Saverio Lucariello
From Wikipedia, the free encyclopedia
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Nom de naissance |
Saverio Lucariello |
| Nationalité | |
| Activité | |
| Formation |
École des beaux-arts de Naples Faculté d'architecture de Naples |
| Mouvement |
Fantôme (1995) Nomadisme glouton et boulimique Romantique nocturne et mélodique |
Saverio Lucariello, né le à Naples et mort le à Sens, est un peintre, sculpteur, vidéaste et performeur italien, actif principalement en France à partir de 1988. Formé à l'école des beaux-arts et à la faculté d'architecture de Naples, il s'installe en France où il développe une œuvre pluridisciplinaire traversée par la dérision, le grotesque et une critique constante du discours institutionnel sur l'art. Associé à des figures telles que le critique Jean-Yves Jouannais et le galeriste Georges-Philippe Vallois, il participe notamment à deux éditions de la Biennale de Venise (1995 et 1999) et bénéficie d'une quarantaine d'expositions personnelles en Europe et aux États-Unis. Il se définissait lui-même comme « conceptuel, surréaliste, baroque et ringard, pataphysique et poétique »[1].
Saverio Lucariello naît le 1er à Naples. Il se forme à l'école des beaux-arts de Naples puis à la faculté d'architecture de la même ville[2]. Son travail attire tôt l'attention du critique et commissaire d'exposition Achille Bonito Oliva, figure centrale de la Transavanguardia italienne, qui organise alors les manifestations les plus importantes de l'art contemporain dans la péninsule[3].
En 1985, Lucariello participe à l'exposition collective Evacuare Napoli : l'ultima generazione à l'Institut français de Naples, organisée par Achille Bonito Oliva. Cette exposition réunit dix artistes — parmi lesquels Fabrizia Abbagnano, Gabriele Di Matteo, Eugenio Giliberti et Franco Silvestro — autour d'une rupture revendiquée avec les conventions artistiques dominantes[4]. Le catalogue, édité en trois langues (italien, français et anglais), est préfacé par Bonito Oliva[5].
Installation en France et pratique sculpturale (1988–1995)
En 1988, Lucariello s'installe en France, d'abord à Paris, puis dans le village de Piffonds, dans l'Yonne, au nord de la Bourgogne[3]. C'est dans ce contexte rural qu'il développe une pratique sculpturale singulière : il coule du ciment dans de grands sacs de toile, qui retrouvent leur forme propre une fois le matériau durci. Cette série de sculptures est présentée en 1991 dans la cour du Musée Carnavalet à Paris, où elle retient l'attention du critique d'art Bernard Lamarche-Vadel (1949–2000)[6].
Au même moment, Lucariello pratique la peinture à l'huile, une activité qu'il assume pleinement alors que le milieu de l'art contemporain le perçoit avant tout comme un artiste conceptuel. Le critique Harry Ballet, dans sa notice nécrologique publiée par Le Monde, souligne que Lucariello aimait raconter comment l'odeur de la térébenthine avait surpris des directeurs de musées venus visiter son atelier[7].
La sculpture de sacs : genèse d'une poétique de la matière
La série des sacs de ciment illustre un principe qui traverse l'ensemble de l'œuvre : la matière banale et industrielle, soumise à un processus simple, produit une forme dont l'interprétation reste ouverte. Les sacs, une fois solidifiés, prennent des allures de corps, de volumes organiques ou de présences indéfinissables. Cette indétermination formelle est constitutive de la démarche de Lucariello, qui refuse les conclusions univoques[1].
Reconnaissance critique et Biennales de Venise (1995–1999)
En 1995, le critique et commissaire d'exposition Jean-Yves Jouannais invite Lucariello à participer à Histoire de l'infamie, une exposition présentée au Cercle de l'Arsenal de Venise à l'occasion de la 46e Biennale de Venise (7 juin – 31 juillet 1995), organisée par l'AFAA. Le catalogue de l'exposition est publié aux éditions Hazan, Paris[8]. La même manifestation se prolonge sous le titre Autres victoires au château de la Louvière à Montluçon[9].
En 1996, une collaboration s'établit avec la Galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois à Paris, qui durera près de quinze ans[1]. La galerie le représente notamment à la FIAC à plusieurs reprises (2002, 2003, 2004, 2007) et à Art Brussels (2003, 2007)[10].
En 1997, il expose aux côtés de Gilles Barbier au Frac Paca, et participe à l'exposition collective Les choses en soi à la Galerie Vallois. La même année, la revue Beaux Arts Magazine consacre un article à leur duo, sous la plume de Jean-Max Colard[10].
En 1999, il est invité à la 48e Biennale de Venise (dAPERTutto), organisée par Harald Szeemann. Il y présente une œuvre vidéo, marquant une évolution de sa pratique vers ce médium[1]. Le catalogue officiel de cette biennale est publié par les éditions Marsilio, Venise[10]. La même année, il participe à l'exposition EXTRAetORDINAIRE dans le cadre du Printemps de Cahors.
Pratique artistique
L'œuvre de Lucariello se déploie sur plusieurs supports simultanément — peinture, sculpture, photographie, performance, vidéo et écriture — sans hiérarchie entre eux[2]. Dans ses œuvres photographiques et vidéo, il recourt fréquemment à l'autoportrait, se mettant en scène en mage kitsch, en fantôme monté sur brouette (Nomadisme glouton et boulimique) ou en personnage vêtu de costumes folkloriques à tendance disco, procédant à des manipulations d'objets quotidiens traités comme autant de pentacles magiques[11].
Peinture
Les toiles des années 2000 se caractérisent par des formes organiques proliférantes, des masses colorées en aplat tracées à l'huile et au graphite, proches de structures viscérales ou placentaires. La critique d'art Danièle Yvergniaux décrit en 2005 ces créations comme des « peintures puissantes, étranges, figurant des masses informes, ressemblant à des outres ou des calebasses reliées par des sortes de viscères »[1]. Ces formes, délibérément non expliquées par l'artiste, laissent au spectateur la charge de l'interprétation.
Photographie et vidéo
Dans la photographie, Lucariello organise des mises en scène complexes où il intervient lui-même, souvent grimé ou déguisé. La série Préparation pour la déclaration aux objets (2000, sept photographies couleur, pièce unique) et l'œuvre Jaune, jeune, or. J'utilise la lumière de manière urinale (2000, photographie couleur, 180 Modèle:× 125 cm) illustrent une rhétorique du titre volontairement absurde, qui court-circuite toute lecture symbolique stable[12].
Performance
Ses performances empruntent à la tradition burlesque et à la pataphysique. Il y adopte des postures de chamane ou de mage néapolitain, accomplissant des gestes immotivés et des discours d'allure cabalistique dans des tenues à la fois baroques et incongrues. Jean-Yves Jouannais, dans le catalogue publié par Images en Manœuvres Éditions (Marseille, 2000), caractérise cette dimension comme une « alchimie du quotidien » fondée sur la sublimation du trivial[13].
Expositions (2000–2019)
La décennie 2000 est marquée par une présence régulière dans les institutions françaises et européennes. En 2000, il participe à Micropolitiques, exposition collective au Magasin de Grenoble, commissariée par Paul Ardenne et Christine Macel[14]. En 2002, il présente Le mont des efforts… au Frac des Pays de la Loire à Carquefou[15], et expose au CEAAC de Strasbourg ainsi qu'à la TZR Gallery de Bochum, en Allemagne.
En 2003, il présente Le Babaréel à la Galerie Vallois, puis expose à la Galerie Domi Nostrae (Lyon) et à l'Institut culturel italien de Strasbourg. En 2005, l'exposition Minimal Tragic à la Galerie Vallois est suivie d'une exposition personnelle au Parc Saint-Léger, centre d'art contemporain de Pougues-les-Eaux. Il figure dans l'exposition collective L'Idiotie au Domaine Pommery de Reims (juin – novembre 2005)[10].
En 2007, une exposition personnelle est organisée à la Villa Arson de Nice[2]. En 2008, il expose à la Galerie Vallois (Paris) et sur le site de la briqueterie de Ciry-le-Noble, puis dans l'exposition Coquillages et croustacées au Musée international des arts modestes (MIAM) de Sète.
En 2011, il participe à Tous Cannibales, exposition collective à La Maison Rouge (Paris, 12 février – 15 mai 2011), commissariée par Jeanette Zwingenberger, qui réunit une quarantaine d'artistes autour de la question de l'anthropophagie dans les arts plastiques contemporains[16]. En 2013, il expose à New York. En 2014, il participe à La Comédie de l'art à la Fondation du doute de Blois. En 2016, il est présent à Bourlesque à la Galerie municipale Jean-Collet de Vitry-sur-Seine, et à Shadoks au MIAM de Sète[2].
En 2019, sa dernière exposition parisienne se tient à la Galerie Christophe Gaillard. La même année, il participe à l'exposition Le réel est une fiction, seule la fiction est réelle au Centre d'art contemporain de Meymac, à l'occasion du quarantième anniversaire de l'institution[17].
Réception critique
Le positionnement de l'œuvre de Lucariello au croisement de l'art conceptuel, du surréalisme, du burlesque et de la pataphysique lui vaut une place singulière dans la critique d'art française des années 1990 et 2000. Jean-Yves Jouannais, dans son ouvrage L'Idiotie (Beaux-Arts Magazine Livres, Paris, 2003), consacre un passage à Lucariello, qualifiant l'hermétisme de ses images de forme d'intelligence poétique supérieure : les œuvres se donnent comme des rituels dont la symbolique aurait été perdue en chemin, et leur absurdité rappelle davantage le comique de Buster Keaton que le sérieux sectaire du symbolisme[2].
Le critique Christophe Kihm lui consacre un article dans Art Press (no 281, juillet-août 2002), tandis que Jean-Max Colard traite de son duo avec Gilles Barbier dans Beaux Arts Magazine (no 157, juin 1997)[10]. Harry Ballet, dans la notice publiée par Le Monde à l'annonce de son décès, résume la singularité du personnage en soulignant qu'il avait « peu de limites, tous les talents et une loquacité d'autres temps »[7].
L'Institut d'art contemporain de Villeurbanne conserve dans sa collection l'œuvre Fantôme (1995), photographie couleur[18]. L'artiste est également documenté par le réseau Documents d'artistes Provence-Alpes-Côte d'Azur[19].