Schisme goanais
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Le schisme goanais (ou encore schisme indo-goanais) fait référence à un grave conflit de juridiction dans l’Église catholique en Inde, durant le XIXe siècle, qui entraina une séparation des diocèses et paroisses portugaises de celles qui relevaient de la 'Propaganda Fide'. Il prit fin en 1886 avec l’accord entre le Saint-Siège et le Portugal.
Avec les colons portugais arrivent en Inde et Asie, au début du XVIe siècle, les missionnaires catholiques qui dépendent totalement des autorités portugaises pour toutes leurs activités et ressources. Le pape accorde alors aux rois du Portugal le droit de patronage (le ‘Padroado’). La promotion et les activités missionnaires sont entièrement confiées aux rois catholiques du Portugal. Le roi portugais acquiert ainsi le droit de créer des diocèses, nommer des évêques (sous réserve de la confirmation pontificale), tout en prenant en charge la construction d’églises et subvenant aux besoins du travail missionnaire.
Avec la création (1622) de la 'Propaganda Fide', le dicastère romain cherchant à coordonner le travail d’évangélisation dans les régions nouvellement ‘découvertes’, et le déclin de la puissance coloniale portugaise, au fil des années le système du 'Padroado' est de moins satisfaisant pour l’Église catholique qui cherche à s’en dégager, d’autant plus que l’expansion missionnaire est rapide. L’utilisant à des fins de contrôle politique, au contraire, le Portugal insiste pour garder tous ses droits ecclésiastiques liés au 'Padroado', même dans des régions, en Inde, qui ne sont pas sous contrôle portugais.
Des discussions avec le Portugal n’aboutissent à rien. Aussi, pour contourner la difficulté, le pape Grégoire XVI publie le un bref apostolique Multa praeclare[1] élargissant, dans des régions hors du contrôle colonial et politique du Portugal, le territoire des vicariats apostoliques de Madras et du Malabar aux dépens des diocèses portugais de Meliapur, Cranganore et Cochin et les rendant totalement indépendants des archevêques de Goa. De plus l’obligation pour les missionnaires envoyés en Inde d’embarquer nécessairement à Lisbonne est levée. La 'Propaganda Fide' veut développer le travail missionnaire dans les régions de l’Inde où le Padroado n’a pas de présence effective.
Le gouvernement portugais et les autorités religieuses de Goa (Padroado) rejettent le bref apostolique comme ‘nul et sans validité’. Les relations diplomatiques sont rompues. Le schisme est ouvert. C’est dans la région de Bombay (passé sous le contrôle anglais en 1668) que les tensions sont les plus fortes, les deux juridictions ('Padroado' et 'Propaganda') y ayant leurs paroisses respectives et luttant d’influence. Pour des raisons de convenance politique le gouvernement colonial anglais soutient les Vicaires apostoliques de Bombay (Propaganda). Les conflits sont fréquents. L’archevêque de Goa, Antonio de Santa Rita Carvalho (1836 - 1er février 1839), jamais confirmé dans sa fonction par le Saint-Siège, s'oppose au bref Multa praeclare.
Tensions et conflits culminent autour des années 1850. Elles diminuent lorsque João Crisóstomo de Amorim Pessoa est nommé archevêque de Goa (22 mars 1861 - 17 novembre 1874). Une certaine coexistence pacifique s’établit entre les deux juridictions, malgré les innombrables problèmes pratiques au niveau des paroisses (mariages, écoles, etc).
Le schisme prend officiellement fin sous le pontificat de Léon XIII, lorsqu’un concordat est signé le (échange des ratifications le ) entre le Saint-Siège et le Portugal, dans le cadre du remembrement des circonscriptions ecclésiastiques en Inde britannique et l’organisation de la hiérarchie catholique en Inde. Le 'Padroado' n’a plus juridiction que dans les régions effectivement sous contrôle portugais, et quelques paroisses ailleurs où de large communautés goanaises sont présentes (Calcutta, Madras, etc.). En compensation, le concordat décide que le titulaire de la « Chiesa Metropolitana e Primaziale di Goa » sera désormais, « per benigna concessione di Sua Santità », patriarche ad honorem des Indes Orientales[2], ce que confirme la bulle Humanæ Salutis Auctor ()[3].
En 1930 les paroisses sous juridiction du Padroado se trouvant hors des territoires portugais passent sous la juridiction des évêques locaux respectifs.
Bibliographie
- Ignatius Persico: The Goa Schism: Being a short historical account of the resistance made by the Indo-Portuguese clergy to the institution of apostolic-vicariates in British India, Gerald Bellew, 1853, 108pp.
- Thomas Reddy: Archdiocese of Bombay at crossroads; Double Jurisdiction controversies, Pune, Jnanadeepa Vidyapeeth, 2014, 224pp.
Références
- ↑ Cf. Iuris pontificii de propaganda fide: Pars prima, complectens bullas, brevia acta S. S. a Congregationis institutione ad praesens, Volume 5, p. 195-198.
- ↑ Conventiones de Rebus Ecclesiasticis Inter S. Sedem Et Civilem Potestatem Initæ Sub Pontificatu Ssmi D.N. Leonis PP. XIII usque ad diem 7 Nov. 1893, Roma 1893, p. 47, §2.
- ↑ Acta Sanctae Sedis 19 (1886), p. 176-184.