Trouble de la personnalité schizoïde
trouble de la personnalité
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Le trouble de la personnalité schizoïde est un trouble de la personnalité caractérisé par un manque d'intérêt pour les relations sociales et une gamme restreinte d'expression des émotions dans les relations avec autrui. L'individu éprouve des difficultés à nouer des liens sociaux ; ses loisirs, son activité professionnelle, sont solitaires et indépendants. Il n'est en apparence pas touché par les marques de sympathie ou d'affection et n'exprime pas ses émotions, d'où une image de froideur, d'apathie.
| Causes | Traumatisme infantile (en), négligence d'un mineur (en), accouchement prématuré ou génétique |
|---|---|
| Symptômes | Isolement social, anhédonie, émoussement affectif, déréalisation, dépersonnalisation et Trouble de la rêverie compulsive |
| Traitement | Psychothérapie, thérapie cognitivo-comportementale, psychothérapie psychodynamique (en), neuroleptique, antidépresseur, inhibiteur sélectif de la recapture de la sérotonine, anxiolytique, bupropione, modafinil et benzodiazépine |
|---|---|
| Médicament | Thérapie cognitivo-comportementale, psychothérapie psychodynamique (en), neuroleptique, inhibiteur sélectif de la recapture de la sérotonine, antidépresseur, anxiolytique, bupropione, modafinil, benzodiazépine et biofeedback |
| Spécialité | Psychiatrie et psychologie clinique |
| CIM-10 | F60.1 |
|---|---|
| CIM-9 | 301.20 |
| MedlinePlus | 000920 |
| MeSH | D012557 |
La prévalence de ce trouble varie selon les études, de 1 %[1] à 5 %. Cette variation est due en partie au manque de définition précise de la personnalité schizoïde, à la confusion de celle-ci avec la schizophrénie, et à la rareté des diagnostics donnés. En effet, peu de personnes schizoïdes consultent pour des soins (alors qu'elles seraient en fait relativement nombreuses par rapport aux autres personnes atteintes de troubles de la personnalité, jusqu'à 40 % d'entre elles selon Philip Manfield[2]). Cette personnalité semble être un peu plus fréquente chez les hommes que chez les femmes[3],[4].
Histoire
Le terme de « schizoïde » fut inventé en 1908 par Eugen Bleuler[5] pour désigner une tendance naturelle d’une personne à s’attacher à la vie intérieure à l'encontre du monde extérieur. C’est un concept apparenté à l'introspection qui n’était alors pas assimilé à une psychopathologie. Bleuler désigna les amplifications morbides mais non-psychotiques comme étant une « personnalité schizoïde ». Depuis lors, des études sur la personnalité schizoïde furent développées de deux façons distinctes : premièrement un descriptif psychiatrique qui se concentre sur les comportements observables et les symptômes énoncés par le DSM-IV révisé, et secondement un descriptif psychologique incluant l’exploration des motivations inconscientes et de la structure caractérielle.
La description psychiatrique traditionnelle démarra avec le portrait des comportements schizoïdes observables qu’Ernst Kretschmer élabora en plusieurs groupes :
- insociabilité, calme, réserve, sérieux et excentricité ;
- timidité (notamment dans les sentiments), sensibilité, nervosité, excitabilité et penchant pour les livres et la nature ;
- docilité, bienveillance, apparence d'honnêteté, indifférence, silence et attitudes émotionnelles froides.
Dans ces caractéristiques et selon le DSM-IV, certains voient les précurseurs de trois troubles de la personnalité distincts, même si Kretschmer lui-même ne concevait pas la séparation radicale de ces comportements[réf. souhaitée]. Il les considérait plutôt comme présents les uns comme les autres mais avec des amplitudes variables selon les individus schizoïdes. Pour Kretschmer[réf. souhaitée], la majorité des schizoïdes ne sont pas soit hypersensibles soit froids, ils sont hypersensibles et froids en même temps dans des proportions relatives, avec une tendance à varier d’un comportement à l’autre. La description psychologique commença avec les observations d’Eugen Bleuler en 1924[réf. souhaitée]. Il observa que les personnes schizoïdes et les pathologies schizoïdes ne pouvaient pas être séparées. En 1940, W. R. D. Fairbairn présenta son travail[réf. souhaitée] sur la personnalité schizoïde. On peut y trouver la majeure partie des phénomènes schizoïdes connus actuellement. Fairbairn esquisse quatre thèmes centraux :
- le besoin de régler une distance relationnelle ;
- la capacité à mobiliser ses défenses personnelles et la confiance en soi-même ;
- une tension entre le besoin d‘attachement et le besoin de distance défensive, qui s’observe de façon manifeste par un comportement indifférent ;
- une surévaluation du monde intérieur et l’exclusion du monde extérieur.
Dans le sillage de Fairbairn, la description psychiatrique a produit de riches analyses[réf. souhaitée] sur le caractère schizoïde, notamment par les écrivains Nannarello (1953), Laing (1960), Winnicott (1965), Guntrip (1969), Khan (1974), Akhtar (1987), Seinfeld (1991), Manfield (1992), et Klein (1995).
Diagnostic
DSM-IV TR
Selon le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, il s'agit d'un mode général de détachement par rapport aux relations sociales et de restriction des expressions émotionnelles. Cette personnalité se caractérise par la présence d'au moins quatre des traits suivants[6] :
- le sujet ne recherche ni n'apprécie les relations sociales y compris intrafamiliales proches ;
- il choisit presque toujours des activités solitaires ;
- il présente peu ou pas d'intérêt pour le sexe (avec autrui) ;
- il n'éprouve du plaisir que dans de rares activités ;
- il n'a pas de confidents en dehors des parents du 1er degré ;
- il semble indifférent aux critiques autant qu'aux éloges d'autrui ;
- il présente une froideur, un émoussement de l'affectivité.
CIM-10
Selon la Classification internationale des maladies (CIM-10) de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), un individu atteint du trouble de la personnalité schizoïde possède au moins quatre des caractéristiques suivantes[7] :
- de la froideur émotionnelle, du détachement et de l'affection réduite ;
- une capacité limitée d'exprimer des émotions positives ou négatives à autrui ;
- une préférence marquée pour des activités solitaires ;
- peu ou pas d'amis proches et manque de désir d'établir des relations amicales ;
- de l'indifférence à la critique et aux remarques ;
- un manque de plaisir dans la pratique d'activités sociales ;
- de l'indifférence envers les normes et conventions sociales ;
- une préférence pour l'introspection (rêve lucide dans des cas extrêmes) et l'imagination ;
- un manque de désir d'accomplir des expériences sexuelles avec autrui.
Critères de Guntrip
Selon Harry Guntrip[8], les dix caractéristiques de la personnalité schizoïde sont l'introversion, le retrait, l'autarcie, le narcissisme, l'indépendance, le sentiment de supériorité, le manque d'émotions, la solitude, la dépersonnalisation et la régression.
PDM-2
La deuxième édition (2017) du Manuel diagnostique psycodynamique (MDP) insiste sur le conflit interne autour du lien relationnel. D'après le PDM la personne schizoïde veut généralement un contact humain, mais elle vit aussi la proximité comme envahissante, dangereuse ou désorganisante.
Il existe donc un mouvement paradoxal qui inclut un désir de relation et de reconnaissance mais aussi un retrait dès que l’intimité devient trop intense, ce retrait servant surtout à protéger le sentiment d’identité et l’équilibre psychique. Les relations sont souvent vécues comme intrusives, exigeantes, humiliantes ou menaçantes pour l’intégrité personnelle. La personne va donc privilégier la solitude, les relations très contrôlées, ou des liens à distance.
Le PDM-2 souligne qu’il existe souvent une souffrance liée à l’isolement, même si elle est peu montrée.
Description d'après Le PDM-2 :
• une vie intérieure riche (imaginaire, réflexion, créativité, monde interne développé) ;
• une apparence émotionnellement distante ou froide ;
• une difficulté à exprimer spontanément les affects ;
• une hypersensibilité relationnelle cachée ;
• une tendance à observer plutôt qu’à participer ;
• un besoin important d’autonomie psychique.
Concernant les défenses psychiques fréquentes le manuel évoque notamment :
• le retrait psychique,
• l’intellectualisation,
• le détachement affectif,
• le refuge dans la fantaisie ou l’imaginaire.
Ces mécanismes servent à éviter des affects vécus comme trop intenses ou désorganisateurs.
Caractéristiques psychologiques
Généralités
Les personnes présentant ce profil ont peu d’intérêt pour les interactions sociales, préfèrent les activités solitaires et semblent souvent indifférentes aux éloges ou aux critiques d’autrui. Elles se considèrent habituellement comme observatrices plutôt que participantes au monde. Elles apparaissent généralement comme froides, distantes ou émotionnellement réservées, cette apparence cohabitant le plus souvent avec une hypersensibilité et une vie intérieure qui peut être riche et imaginative. L'empathie cognitive (compréhension intellectuelle des émotions d'autrui) peut être bonne, voir très bonne, tandis que l'empathie émotionnelle (capacité à ressentir les émotions avec autrui) est souvent réduite, ce dernier point variant en fonction de la sévérité du trouble. Contrairement à certaines pathologies apparentés comme la schizophrénie, la personnalité schizoïde ne s’accompagne pas de psychose, d’hallucinations ou de perte de contact avec la réalité. Dans la vie quotidienne, ce mode de fonctionnement peut conduire à une adaptation relativement stable lorsque la personne trouve des contextes compatibles avec la solitude, bien que des difficultés relationnelles ou professionnelles puissent apparaître si les attentes sociales sont élevées.
Profils phénoménologiques d'Akhtar
Dans un article de 1987[5], le psychiatre et psychanalyste Salman Akhtar (en) fait une synthèse des diagnostics selon les écoles psychanalytiques et le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux dans ses versions III (1980) et III-R (1987). Il y classe les caractéristiques cliniques répertoriées qui s'expriment de manière « manifeste » ou « caché » (en anglais « overt » et « covert ») dans six domaines du fonctionnement psychosocial. Selon le Dr Akhtar, « ces désignations ne relèvent pas du conscient ou de l'inconscient mais dénotent, selon toute apparence, des aspects contradictoires de cette personnalité qui sont phénoménologiquement plus ou moins aisément discernables » et dont « le mode d'organisation souligne la centralité de la division et de la confusion identitaire chez la personnalité schizoïde »[5].
| Caractéristiques | ||
|---|---|---|
| Zones | manifestes | cachées |
| Autodésignation |
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| Relations interpersonnelles |
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| Adaptation sociale |
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| Amour et sexualité |
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| Éthique, standards et idéaux |
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| Style cognitif |
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Traitements
La prise en charge est difficile compte tenu de l'absence de motivation de la part des patients. Le professionnel doit tenter de développer l'empathie du patient et élargir sa palette émotionnelle, l'amener à exercer des activités en groupe afin de réduire son isolement social.
Schizoïdie de civilisation
Dans L'Exil intérieur : schizoïdie et civilisation (1975), Roland Jaccard utilise métaphoriquement le terme de schizoïdie pour qualifier la civilisation occidentale, suivant l'idée que « nous côtoyons l'autre mais ne le rencontrons jamais ».