Sculpture baroque
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La sculpture baroque est un mouvement artistique sculptural issu du style baroque (comprenant aussi la peinture, l'architecture, la gravure et les arts décoratifs), qui se développe à partir du début du XVIIe siècle. Il fait suite au courant artistique du maniérisme qui constitue une période de transition entre la Renaissance et le Baroque[1]. Le baroque s'épanouit du XVIIe siècle au milieu du XVIIIe siècle dans les pays où la Contre-Réforme a triomphé : en Europe du sud, occidentale et centrale. Il s'agit au départ d'une sculpture monumentale, immeuble par destination, mais son champ d'application s'étend également à celui des tombeaux, du mobilier et des objets somptuaires. Le baroque sculptural se caractérise par l’amplitude du mouvement, la richesse décorative, l’expressivité des postures et des expressions faciales créant des effets théâtraux.
Le baroque cède la place au XVIIIe siècle, aux styles rococo et néo-classique.
La sculpture baroque manifeste un retour au réalisme et au naturalisme. En rupture avec la période maniériste, les corps humains sont représentés avec autant d'exactitude que possible et sans idéalisation. Ce réalisme s'accompagne d'un goût prononcé pour le mouvement corporel des personnages apparaissant en pleine action. Les visages dont l'expression est accentuée reflètent l'intensité des émotions ressenties. Les draperies, elles-mêmes tourbillonnent et se tordent. Les sculpteurs déploient une grande virtuosité plastique dans le rendu des formes anatomiques les plus complexes comme dans celui des textures.
La sculpture est intégrée dans un décor jouant sur tous les artifices de la lumière et l'ombre, créant des effets de perspective et d'illusion[2]. Peuvent s'y ajouter des guirlandes d'anges ou de motifs végétaux apparaissant au milieu de nuages en trompe-l'œil. Tout ceci suscite une mise en scène dramatique et spirituelle génératrice d'émotion pour les fidèles[3].
L'ornementation baroque se manifeste généralement à travers la variété de ses matériaux (marbre, pierre, bois, ivoire et stuc) et les types de support variés (portiques, cariatides, arc de triomphes, fontaines, chapelles, autels, confessionnaux, retables, jubés, buffets d'orgue, chaires de vérité, stalles, tombeaux, calvaires, groupes sculptés, etc.)[4]. Par tous ces supports, l'art de la sculpture baroque est destiné à apporter de la vie dans l'architecture des églises, châteaux, palais, jardins et lieux publics.
Une autre caractéristique de la sculpture baroque est l'inspiration provenant de modèles issus de la religion catholique mais représentant également des personnages mythologiques issus de l'Antiquité et des scènes de genre. Si la sculpture baroque occupe une place prépondérante dans l'univers sacré, elle se fait progressivement plus profane pour embellir les palais, châteaux et lieux publics célébrant ainsi le prestige de ses mécènes (empereurs, rois, princes, ministres, généraux, banquiers, financiers et élites urbaines). C'est particulièrement le cas en France avec le renforcement de l'absolutisme monarchique et dans les pays du nord de l'Europe n'ayant pas adhéré à la Contre-Réforme.
Nombre de sculpteurs de différentes nations européennes font le voyage à Rome pour s'instruire sur le baroque et y travailler. Ensuite, ils retournent partager leur savoir-faire dans leurs pays respectifs puis dans les pays l'ayant adopté plus tardivement (Hollande, Angleterre, Prusse, Suède et Russie).
En Italie
Rome est la principale scène baroque en Italie, ce style étant présent dans les églises et les palais. Le Bernin, par sa virtuosité, est le chef de file incontesté de ce mouvement en Italie, son atelier concentrant la plupart des commandes prestigieuses de l’époque[5],[6]. Pour son protecteur, le cardinal Scipione Borghese, il sculpte une série de chefs-d'œuvre de l'art baroque encore présents à la galerie Borghèse : L'Enlèvement de Proserpine, Apollon et Daphné et David. Il fait preuve d'une extraordinaire maîtrise technique et artistique pour représenter les drapés, la musculature, les expressions du visage, les végétaux, etc. donnant une intensité émotionnelle à ses œuvres. Au service des papes avec son atelier, il réalise le baldaquin en bronze de la Basilique Saint-Pierre ainsi que plusieurs tombeaux de papes. Dans d'autres églises de Rome, il réalise des chapelles ornées de statues dont la plus célèbre est celle de l'Extase de sainte Thérèse[7]. Parmi les figures de proue de la sculpture baroque en Italie, l'on peut également mentionner, Alessandro Algardi, Pietro Tacca, Domenico Guidi, Stefano Maderno, Ercole Ferrata, Antonio Raggi et Francesco Mochi.
Le baroque atteint son apogée notamment en sculpture à l'Église du Gesù de Rome dont l'autel est dédié à saint Ignace de Loyola, œuvre du peintre et sculpteur Andrea Pozzo[8]. Plus au sud, Naples (notamment avec la chapelle Sansevero) et Palerme ont également bénéficié largement des principes sculpturaux du baroque. Le baroque sicilien y a ajouté une flamboyance agrémentée de masques ou d’anges souriants (les putti).
En Espagne

Jusqu'au XVIIIe siècle, la sculpture baroque en Espagne est quasiment exclusivement à usage religieux. La foi s'exprime dans l'art du retable qui concilie architecture et sculpture. Le bois sculpté doré et polychrome manifeste la piété présente dans la péninsule ibérique, notamment avec les chars de procession lors des fêtes du calendrier religieux. Les deux foyers espagnols de sculpteurs baroques sont la Castille avec Gregorio Fernández et l'Andalousie avec Juan Martínez Montañés et Pedro de Mena. Leurs sculptures extrêmement réalistes témoignent d'un traitement minutieux de la morphologie humaine et des visages leur conférant une expression pathétique[9]. Les autres représentants notables de la sculpture baroque en Espagne sont Pedro de Mena, Alonso Cano et Luisa Roldán.
En France
La sculpture baroque en France sert principalement des buts temporels, à savoir la glorification de la monarchie française, Louis XIV puis son successeur Louis XV. La plupart des sculpteurs sont issus de la nouvelle Académie royale de peinture et de sculpture supervisée par Jean-Baptiste Colbert. Les sculpteurs sont ainsi amenés à travailler en collaboration étroite avec les architectes d'intérieur et paysagistes (tel qu'André Le Nôtre) et avec les peintres. Une des tâches importantes qui leur est confiée est la réalisation de statues pour les fontaines du château de Versailles et d'autres résidences royales. Les auteurs en sont notamment Pierre Puget, Jacques Sarazin, François Girardon, Antoyne Coysevox, et Jean-Baptiste Tuby. Ce dernier est l'auteur d'Apollon sur son char dans un bassin du jardin de Versailles[10].
En Europe centrale (Allemagne, empire d'Autriche)

Á l'exemple de l'Italie, la sculpture baroque s'est épanouie dans l'art religieux en Europe centrale dans les territoires conservés ou reconquis par la Contre-Réforme en particulier dans le sud de l'Allemagne et dans l'empire d'Autriche. Il y a cependant peu d'artistes originaires de ces régions de niveau international. On peut citer les noms d'Andreas Schlüter (originaire de Prusse), Balthasar Permoser (originaire de Bavière) et Georg Raphael Donner (originaire d'Autriche). Ils ont en commun de parcourir l'Europe centrale et orientale pour répondre aux commandes de prélats, de princes ou de rois. Les réalisations sculpturales notables sont la colonne de la peste à Vienne, la statue équestre de Frédéric-Guillaume Ier de Brandebourg à Berlin et la Chambre d'ambre (par Andreas Schlüter) transportée de Berlin à Saint-Petersbourg, la statue en marbre de l'Apothéose du Prince-Eugène à Vienne (par Balthasar Permoser) et la Fontaine de la Providence à Vienne (par George Raphael Permoser)[11]. Plus généralement, la présence de statues votives et de colonnes de la peste sur les places publiques est une caractéristique originale de la sculpture baroque dans l'empire d'Autriche.
En Belgique (Pays-Bas espagnols)

Au XVIIe siècle, la sculpture baroque connaît un essor remarquable dans les Pays-Bas espagnols pour reconstituer la statuaire détruite dans les églises par les iconoclastes protestants. Cette reconstitution est encouragée par les archiducs Albert et Isabelle d'Autriche pour matérialiser le triomphe de la Contre-Réforme. Les principaux acteurs en sont le bruxellois François Duquesnoy le Vieux (chaires de vérité exubérantes, autels, statues de grande taille), et la dynastie anversoise des Quellin (Érasme Quellin l'Ancien, Artus Quellinus, Arnold Quellin et Artus Quellinus le Jeune) notamment pour le mobilier des cathédrales et églises à Anvers, Gand et Malines. Les sculpteurs liégeois, spécialistes du bronze, ont pour chef de file Jean Del Cour (par exemple pour le tombeau de l'évêque Allamont à Saint-Bavon à Gand) qui a été l'élève du Bernin à Rome[12]. Les sculpteurs les plus doués des Pays-Bas espagnols exportent leur talent à Rome, Londres, Amsterdam et dans les états allemands. Une des manifestations les plus singulières de la sculpture baroque en Belgique est la fontaine et statuette de bébé joufflu (ou Putto) en bronze du Manneken-Pis due à Jérôme Duquesnoy l'Ancien.
En Hollande (Provinces-Unies)

Á Amsterdam et dans les différentes villes des Provinces-Unies, le climat artistique s'améliore au début du XVIIe siècle après la fin des troubles provoqués par les iconoclastes protestants et par la séparation politique et religieuse avec l'Espagne. Les Provinces-Unies connaissent par ailleurs une grande période de prospérité.
Au niveau sculptural, Hendrick de Keyser, auteur de monuments funéraires, est le seul sculpteur hollandais à connaître une notoriété internationale. Les sculpteurs brabançons originaires des Pays-Bas espagnols (actuelle Belgique) rejoignent au milieu du XVIIe siècle les Provinces-Unies[13]. Artus Quellinus fait carrière à Amsterdam, ville florissante au XVIIe siècle, en réalisant la plupart des sculptures du nouvel hôtel de ville, futur palais royal, entre 1650 et 1664. Sous sa direction, d'autres artistes des Pays-Bas espagnols comme son cousin Artus Quellinus le Jeune et ses compatriotes Rombout Verhulst, Bartholomeus Eggers sont associés à ce projet qui joue un rôle important en diffusant la sculpture baroque dans les Provinces-Unies[14]. D'autres sculpteurs des Pays-Bas méridionaux contribuent à répandre le style baroque aux Pays-Bas (Jan Claudius de Cock, Jean-Baptiste Xavery, Pierre Xavery, et Francis van Bossuit). Ceux-ci forment à leur tour des sculpteurs hollandais tels que Johannes Ebbelaer (c. 1666-1706) et Ignatius van Logteren.
En Angleterre
Un des premiers sculpteurs anglais à adopter le style baroque en Angleterre est Nicholas Stone (1586–1652) qui a appris son art auprès d'Isaak James et du néerlandais Hendrick de Keyser qu'il a notamment accompagné en Hollande. Stone s'est spécialisé dans les monuments funéraires alternant le marbre noir et blanc.
Au XVIIe siècle, l'Angleterre ne disposait toutefois pas d'une école de sculpture propre répondant à la demande de monuments funéraires et publics, bustes et statues sur pied ou équestre. Á la suite du grand incendie de Londres en 1666, elle accueille de nombreux artistes originaires des Pays-Bas espagnols pour œuvrer à la reconstruction et redécorer sa capitale. C'est ainsi qu'ils y constituent vers 1680 une colonie de sculpteurs baroques constituée notamment de Laurent van der Meulen, Arnold Quellin, John Nost, Antoon Verhuke et Pierre Van Dievoet travaillant dans l'atelier de Grinling Gibbons (à proximité de Piccadilly à Londres), sculpteur anglais virtuose dans la fine ciselure sur bois de motifs floraux. Arnold Quellin collabore notamment avec Grinling Gibbons pour l'autel de la chapelle catholique au palais de Whitehall (1685-1686)[15],[16].
Vers 1686, John Nost ouvre son propre atelier à Haymarket à Londres qui est très en vue dans la haute société britannique. Il reçoit ainsi de nombreuses commandes y compris au château de Hampton Court, Melbourne Hall, château Howard, Palais de Buckingham, and Chatsworth House. Nombre de ses statues étaient coulées en bronze dans le quartier compris entre Haymarket et Piccadilly qui devient alors un centre de production majeur de statues à destination de l'« establishment »[17].
Au début du XVIIIe siècle, l'Angleterre enregistre l'arrivée d'une nouvelle génération d'artistes baroques continentaux originaires des Pays-Bas autrichiens : Pieter Scheemakers, Pierre-Denis Plumier, Laurent Delvaux et John Michael Rysbrack ainsi que le Français Louis François Roubiliac. John Michael Rysbrack réalise notamment des monuments funéraires puis le portrait équestre de Guillaume III d'Orange-Nassau à Bristol et le buste d'Isaac Newton[18].