Scènes de l'histoire d'Esther
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Les Scènes de l'histoire d'Esther sont un ensemble de six panneaux consacrés à l'histoire d'Esther qui constituait autrefois la décoration des faces avant et latérales d'une paire de cassoni, des coffres de mariage, peints dans les années 1470 à Florence. Ces panneaux sont attribués à Sandro Botticelli et à Filippino Lippi. Ils sont aujourd'hui dispersés dans cinq musées en Europe et au Canada.
Commande
Ces panneaux constituaient les faces avant et latérales de deux cassoni, c'est-à-dire des coffres offerts généralement à l'occasion d'un mariage par l'époux à son épouse pour que celle-ci puisse y ranger sa dot dans la chambre nuptiale. Plusieurs hypothèses ont été émises sur leur origine sans qu'aucune ne fasse l'unanimité. L'une d'entre y a vu une commande d'une famille juive florentine[1]. Cependant, si cette histoire est tirée du Targoum, l'histoire d'Esther est aussi très bien connue dans les milieux chrétiens, par les livres de Flavius Josèphe par exemple. D'autres cassoni de cette époque représentent aussi cette histoire. Une autre hypothèse y voit une commande à l'occasion d'un mariage au sein de la famille Torrigiani, peut-être entre Antonio Torrigiani et Dianora di Nicolo Tucci, dont les descendants ont vendu les panneaux au XIXe siècle. Cependant cette famille n'atteignait pas un rang très élevé au XVe siècle à Florence. Par contre, une famille alliée, les Del Nero, assume des fonctions très importantes dans la ville à cette époque, et notamment Bernardo del Nero, qui est connu comme commanditaire d'œuvre encore conservées[2].
Attributions et datation
L'ensemble des six panneaux est attribué généralement à Filippino Lippi, pendant la période où il travaille à l'atelier de Sandro Botticelli, à partir de 1472. Ils sont généralement datés vers 1475. Cependant, dès l'époque de Herbert Horne, les historiens de l'art ont longtemps hésité pour savoir si le maître avait participé à la réalisation de ces œuvres et dans quelle proportion. Pour certains, il est à l'origine de la composition et Lippi a réalisé les détails. Pour d'autres, les deux hommes ont plus ou moins travaillé sur les cassoni en fonction des panneaux[3].
Une analyse scientifique des panneaux a permis de préciser ces attributions. L'observation de la radiographie et de la réflectographie infrarouge permettent de repérer le dessin sous-jacent. Au moins deux mains différentes se distinguent ainsi dans les grands panneaux centraux, et peut-être une troisième. Sur les petits panneaux latéraux, on y observe qu'une seule main mais elle est différente à chaque fois. Les deux panneaux représentant Mardochée semblent être de la même main. Il pourrait s'agir de celle de Botticelli. Le panneau représentant l'arrivée d'Esther pourrait être de la seule main de Filippino Lippi. Le panneau représentant Vashti répudiée pourrait être d'une troisième main, celle d'un assistant anonyme. Toujours selon cette analyse, Botticelli est à l'origine de la composition et des grands traits des panneaux de face et ses assistants auraient complété les détails, corrigés par le maître[4].
Propriétaires
La date à laquelle les panneaux des deux coffres sont détachés est inconnue. Leur trace se retrouvent au XIXe siècle : le panneau aujourd'hui conservé à Rome est le premier à être séparé des cinq autres : il est vendu en 1816 par une famille du nom d'Amigoni ou Amigoli à la famille romaine Rospigliosi. Il est alors attribué à Masaccio et il faut attendre 1930 pour qu'il soit rapproché des cinq autres. Il est toujours conservé au sein de cette collection dans leur palais romain. Les autres sont encore conservés au Palais Torrigiani Del Nero à Florence au milieu du XIXe siècle. Jacob Burckhardt les évoque dans son ouvrage, Le Cicérone, paru en 1855. Le panneau de Chantilly est acquis en 1877 au marquis Pietro Guadagni-Torregiani par Georges Leclanché qui l'apporte en France. Ce dernier le cède au duc d'Aumale en . La collection de ce dernier est donnée à l'Institut de France qui ouvre le musée Condé dans son château de Chantilly en 1897. Le tableau est conservé dans la salle du Santuario du musée. En 1896, le même marquis vend les deux panneaux aujourd'hui conservés à Ottawa. Le panneau du Louvre est vendu à une date inconnue à Léopold Goldschmidt (1830-1904). Il passe ensuite en possession de son gendre, Ange André Pastré (1856-1926) puis de la fille de ce dernier, Diane Pastré, comtesse de Vogüé (1888-1971). Il est acquis par l'État à la suite d'une dation en 1972. Le dernier panneau est vendu par le frère de Pietro, Filippo, au collectionneur d'art britannique Herbert Horne. Les collections de ce dernier sont toujours conservées dans son hôtel particulier, devenu un musée[5].
Description
Cet ensemble formait autrefois deux paires de coffres en bois qui étaient décorés des panneaux encore conservés sur le devant et les côtés.
- Premier cassone
- Esther aux portes du palais, 48,4 × 43,2 cm, musée des beaux-arts du Canada, Ottawa, Inv.6085[6]
- Esther choisie par Assuérus, 47 × 131 cm, musée Condé, Chantilly, PE 19
- La reine Vashti quitte le palais royal, 48,5 × 43,2, Musée Horne, Florence, inv.41[7]
- Second cassone
- Mardochée en pleurs ou La Derelitta, 47 × 43 cm, Palais Pallavicini Rospigliosi, Rome, inv.271
- Trois scènes de l'histoire d'Esther : Mardochée se lamentant ; L'Évanouissement d'Esther en présence d'Assuérus ; Aman implore en vain sa grâce, 48 × 132 cm, musée du Louvre, Paris, inv.RF1972-13[8]
- Le Triomphe de Mardochée, 48,3 × 43,2 cm, musée des beaux-arts du Canada, inv.6086[9]