Semion Skrepetsky
artiste peintre satiriste et caricaturiste russe
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Semion Skrepetsky, de son vrai nom Robert Moubariakovitch Kouzovkov, né le à Beloretsk (Bachkirie) en RSFS de Russie (URSS) et mort assassiné le à Biała Podlaska (Pologne), est un artiste et militant d'opposition russe, spécialisé dans la caricature politique.
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Семён Скрепецкий, Роберт Бурдай, Скрепоносный Бузотёр, MC Screp |
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Il réalise de nombreux dessins prenant pour cible Vladimir Poutine, Ramzan Kadyrov et Alexandre Loukachenko, avant de devoir fuir la Russie en 2021. Il s'oppose à l'invasion de l'Ukraine par la Russie et critique la répression politique en Russie. Réfugié en Pologne, il est abattu de plusieurs balles en , un meurtre aux motivations potentiellement politiques.
Biographie
Jeunesse et carrière artistique
Robert Kouzovkov naît en 1981 à Beloretsk (Bachkirie) en république socialiste fédérative soviétique de Russie, alors constitutive de l'URSS[1].
Il se fait connaître en tant qu'artiste sous le nom de Semion Skrepetsky, avec d'autres alias tels que Robert Bourdaï ou Skreponosny Bouzotior[2], en étant spécialisé dans la caricature. Ses œuvres, qualifiées de néo-primitivistes, représentent des personnalités politiques liées à la Russie[1], telles que Vladimir Poutine, ses alliés biélorusse Alexandre Loukachenko et tchétchène Ramzan Kadyrov, ainsi que le fils de celui-ci, Adam Kadyrov et le commandant tchétchène Apti Alaoudinov[3]. Le dessinateur cherche à les tourner en ridicule, notamment en déformant leurs traits. Il définit son propre style comme appartenant au « psychédélisme » et forge le terme de « skrepréalisme »[4].
Il n'épargne pas non plus les personnalités de l'opposition russe, notamment Alexeï Navalny, visé par certains de ses dessins[1], de même que sa femme Ioulia Navalnaïa[4].
Fuite vers la Pologne
Semion Skrepetsky s'engage ouvertement au sein du mouvement d'opposition à Vladimir Poutine[5] par le biais de ses caricatures. En 2021, dans le contexte des manifestations anti-Loukachenko en Biélorussie, la répression s'intensifie contre les opposants au régime. De nombreux Biélorusses fuient vers la Pologne, et avec eux se trouvent plusieurs citoyens russes, dont Semion Skrepetsky. Il s'installe à Biała Podlaska, en Pologne, à proximité de la frontière avec la Biélorussie. Il parvient par la suite à faire sortir de Russie sa femme et ses 5 enfants. En exil, il se remet à dessiner et peindre depuis Biała Podlaska. Il continue également à s'opposer à la politique russe et manifeste contre l'invasion de l'Ukraine par la Russie, publiant même des vidéos régulières sur Facebook[4].
En 2024, lors d'une manifestation en Allemagne, il tient un portrait d'Alexeï Navalny tenant un sandwich, en référence à une déclaration controversée de l'opposant sur l'annexion de la Crimée par la Russie en 2014[3]. Le , pour la Journée de la Russie (en), il fait une apparition devant l'ambassade de Russie à Berlin lors d'un rassemblement d'opposants russe, portant une caricature de Vladimir Poutine et Joseph Staline ainsi qu'un drapeau russe qu'il laisse traîner au sol[1],[5].
Cependant, s'il indique soutenir l'Ukraine dans sa résistance à l'invasion russe, il est parfois critique des décisions de Volodymyr Zelensky, de ses proches et du gouvernement de l'Ukraine et tient des propos controversés à l'égard des Ukrainiens, ce qui lui vaut d'être inscrit sur le site Internet Myrotvorets, avec ses coordonnées diffusées publiquement peu avant qu'il soit tué[3].
France 24 révèle que les autorités polonaises ont proposé au dessinateur de le placer sous protection policière, mais que celui-ci a refusé[6].
Mort
Le vers 10 h du matin[3], Robert Kouzovkov est assassiné sur un parking à Biała Podlaska, à quelques centaines de mètres du consulat de Biélorussie. Un homme inconnu s'approche de lui et tire d'abord trois balles, puis deux autres à bout portant, une fois la victime à terre, avant de s'enfuir[6]. L'artiste, touché à la tête, à la poitrine et au dos, meurt sur le coup[5],[3],[7].
Selon un média biélorusse, un chauffeur de taxi biélorusse aurait emmené les assaillants, au nombre de deux, sur les lieux du crime, et celui-ci aurait ensuite tenté de se réfugier dans le consulat de Biélorussie après avoir été menacé par les tireurs[8], sans qu'il soit possible de savoir s'il était au courant de leurs intentions[3].
La police polonaise du district de Lublin ouvre une enquête avec pour principale piste celle de l'exécution politique[9], ce que confirme la BBC qui écrit que le meurtre « ressemble à une exécution »[5],[3]. Le lendemain, deux hommes, citoyens biélorusses de 33 et 37 ans, sont arrêtés à proximité du consulat. Leur implication potentielle dans l'homicide de Robert Kouzovkov n'est d'abord pas précisée[3]. Meduza affirme que l'un d'entre eux fait partie du groupe de deux assaillants, tandis que l'autre tireur est toujours recherché[8]. Toutefois, les deux Biélorusses sont relâchés dès le lendemain. Un homme possédant un passeport géorgien est arrêté le . Ses papiers d'identité seraient probablement des faux et il serait originaire de Tchétchénie. Il est suspecté d'avoir commis plusieurs autres délits en Pologne depuis 2022[10].
Réactions politiques
Les faits s'inscrivent dans une série de meurtres visant des personnes identifiées comme s'opposant à Ramzan Kadyrov, dont Umar Israilov, son ancien garde du corps, tué à Vienne en 2009, Zelimkhan Khangochvili, assassiné par le FSB à Berlin en 2019 ou Imran Aliev, blogueur dissident retrouvé mort en 2020 à Lille[3]. Le meurtre choque la communauté russe et biélorusse de Pologne, dont sont membres des dissidents politiques qui craignent d'être à leur tour ciblés par la Russie[4].
Le Premier ministre polonais affirme le , deux jours après les faits, que « tout indique qu'il s'agit d'un assassinat politique », ajoutant qu'il pourrait avoir été commandité par la Russie, ce qui en ferait « un sujet très sérieux avec une dimension internationale »[4].