Sanhadja de Srayr

groupe ethnique berbère du nord du Maroc From Wikipedia, the free encyclopedia

Les Sanhadja de Srayr ou Senhaja Sraïr (berbère : ⵉⵚⴻⵏⵀⴰⵊⴻⵏ ⵏ ⵙⵔⴰⵢⵔ (Iṣenhajen n-Srayr) arabe : صنهاجة السراير (Ṣanhaja d-Srayr)) constituent un groupe ethnique et une confédération tribale berbère du nord du Maroc. Établie dans le Rif central, notamment dans les régions de Ketama, Issaguen, et Targuist, ainsi que leurs alentours. Ils sont considérés comme une minorité culturelle, linguistique et ethnique au Maroc[1].

Drapeau du MarocMaroc

165,700 (2024 census)

env. 85,000 berbèrophones
Régions d’origine Rif central, Maroc
Langues
Religions Islam sunnite
Faits en bref Maroc, Régions d’origine ...
Sanhadja de Srayr Senhaja Sraïr
Description de cette image, également commentée ci-après
Drapeau Culturel de Senhaja Srair
Populations importantes par région
Drapeau du Maroc Maroc

165,700 (2024 census)

env. 85,000 berbèrophones
Autres
Régions d’origine Rif central, Maroc
Langues
Religions Islam sunnite
Ethnies liées Sanhadja, Ketamas
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Carte de répartition.
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Géographie

Entre Ketama et Targuist, les Senhadja de Srayr occupent une région montagneuse, la plus élevée de tout le Rif, très dense en cèdres[2]. Elle est comprise entre Tidighine, le point culminant du Nord Marocain (2 456 m)[3] et Tizi Ifri. Disposant également d'une rive côtière à Cala Iris, dont le nom archaïque est "Yalliš"[4], elle est disgnée par El-Bekri comme le port des Senhadja[5]. La région est réputée pour sa verdure et ses immenses forêts tempérées[3], et témoigne d'importantes chutes de neige[3].

Le Pays Sanhadja de Srair, souvent appelé Massif de Sanhadja de Srair est longtemps resté dans un isolement quasi total. Loin de toute influence externe, favorisant la préservation de nombreuses traditions et des normes de vie qui ont disparu dans d’autres régions[6].

Composition tribale

Projet de Province Senhaja

Les Sanhadja de Srayr sont organisés en confédération, ou leff, rassemblant 11 tribus d'origine sanhadja[7],[8] :

  • Ketama, établis autour des communes de Ketama, Tamsaout et Abdelghaya Souahel ;
  • Aït Seddat, établis entre les communes d'Issaguen et Moulay Ahmed Chérif ;
  • Taghzout, établis dans la commune de Taghzout ;
  • Aït Khennous, établis aux environs des communes de Moulay Ahmed Chérif et Bni Bounsar ;
  • Aït Bounsar, établis dans la commune de Bni Bounsar ;
  • Aït Ahmed, établis dans la commune de Bni Ahmed Imougzen ;
  • Aït Bouchibet, établis dans la commune de Bni Bouchibet ;
  • Aït Bchir établis dans la commune de Bni Bchir ;
  • Zarqet, établis à l'ouest de Targuist, dans la commune de Zarqet ;
  • Aït Mezdouy[9], établis à l'est de Targuist, dans la commune de Sidi Boutmim ;
  • Targuist, la tribu mère de la ville de Targuist, établie entre la municipalité de Targuist et le nord de la commune de Sidi Boutmim.

Des sources historiques mentionnent la participation d’autres tribus voisines d'origine senhadji à cette confédération, notamment[8],[10]:

  • Aït Gmil, établis entre les communes de Bni Gmil Maksouline et Bni Gmil ;
  • Mestassa[11], établis aux environs du Plage de Mestassa, dans la commune de Bni Gmil ;
  • Aït Boufrah, aux environs de Cala Iris, établis dans la commune de Bni Boufrah ;

Toutes les tribus mentionnées font partie de la province d'Al Hoceïma.

Langue

Le parler berbère des Sanhadja de Srayr s'appelle Tasenhajit[12], Senhajiya, Shilha/Shelha (ššelḥa). Shelha est un terme en arabe utilisé pour désigner les variétés berbères en général[1]. Le parler des Senhaja Sraïr rapproche aux parlers du Moyen-Atlas[13] et aux Zouaoua de la Grande Kabylie[14], bien qu'il soit influencé par les parlers rifains voisins.

La place de Tasenhajit au Maroc.

Des tribus constituant la confédération des Sanhadja de Srayr, celle de Ketama est majoritairement arabophone et celle d'Aït Bouchibet est totalement arabophone à l'exception du village de Tarya[15], tandis que les autres tribus sont berbérophones. Le parler des Ketama est considéré comme distinct de celui des autres tribus[16] et n'est plus parlé que dans 7 villages de la région: Aït Ahmed, Aït Aïssi, Makhzen, Assamar, Talghount, Sahel et Zgara. À Ketama, le Senhadji est également parlé au village d'Ighoumad, sur le versant nord de l'Adrar Dahdouh, mais ce secteur de Ketama a ses principaux contacts avec les locuteurs berbères d'Aït Seddath[17], ce qui favorisait la préservation de la langue là-bas.

En dehors de la masse berbèrophone actuelle des Senhaja Sraîr, on trouve des communautés qui parlent encore le Senhadji[18]: À Aït Gmil, dans la fraction de Bni Chboun, les villages de Bougherda, Belḥekk et Lmaẓiyyin. Et à Aït Boufrah, le village d'Akhzouz. Ainsi que Zouaoua, qui est un petit village de la tribu de Fennassa.

Le sanhadji de Srayr est considéré par l'UNESCO comme étant en « situation critique »[19]. En 2013, près de 50 000 personnes parlent le sanhadji de Srayr[20],[21]. Cependant quelques études ont déterminé que le nombre estimable est environ 85 000[1].

Histoire

Le monument de Llano Amarillo.

Époque contemporaine

Les Senhadja de Srayr ont longtemps gardé leur indépendance jusqu'à l'apparition d'Abdelkrim qui s'est rapidement imposé à eux[22]. Les tribus de Senhaja Srayr ont largement contribué à la résistance contre le colonialisme espagnol dans le Rif[23], et l'entrepôt d'armes d'Abd al-Karim al-Khattabi était situé à Aït Seddat (l'une des tribus de la confédération)[24]. La confédération de Senhaja de Srair a fourni environ 11700 guerriers lors de la guerre du Rif[25], et a pris part à toutes les actions menées contre les forces espagnoles[22],[24]. Leur résistance était dirigée par Cherif Mohammed Akhamlich, chef de la Zawiya Khamlichia (situé à Zarqet[22]), qui était très respecté dans toute la confédération des Senhaja Sraïr[26].

On note aussi que leur ville majeure « Issaguen » nommée par les Espagnols « Llano Amarillo » a été le théâtre de la première étincelle de la guerre civile espagnole en 1936, sous l'organisation du général Franco[27]. Le site avait auparavant servi de lieu de manœuvres pour l’Armée d’Afrique[28]. En 1940, un monument a été érigé par Franco à Kétama afin de commémorer la date et le point de départ de sa conquête de l'Espagne républicaine[29], avant d’être transféré à Ceuta en 1962[30].

Histoire du cannabis

La culture du cannabis est enracinée dans l'histoire locale[31],[32], attestée depuis plusieurs siècles et renforcée durant le XXᵉ siècle (Avec la vague des hippies des années 70[33]), avant de devenir un élément central de l’économie locale. À la fin du XIXᵉ siècle, le cannabis était cultivé pour le marché local et national sur de petites surfaces, aux côtés d’autres cultures traditionnelles. Les besoins des consommateurs pour l’usage récréatif n’étaient pas excessifs. Plus tard, dans la période du Protectorat (1912-1956), le Maroc a vu naître deux marchés du cannabis, le marché du monopole et le marché de contrebande[34].

Champs de cannabis à Ketama.

Ketama est la seule région où cette culture était légale, car le Sultan a autorisé sa poursuite jusqu'à ce que les terres soient destinées à d'autres cultures. Actuellement, la culture du cannabis (kif) demeure prédominante dans la région, et le kif de Ketama reste encore réputé pour sa qualité[35]. Les cultivateurs de cannabis de Ketama ont pu faire connaître la qualité de leur kif grâce à leur maîtrise du savoir-faire, aux secrets de ses bienfaits thérapeutiques qu'ils détenaient, à leur appréciation des saveurs du kif et, surtout, au fait qu'ils consommaient eux-mêmes leur kif[34].

Cette culture est censée d'avoir été introduite par Sidi Haddi, chef spirituel des Haddawa, et qui serait le premier à avoir rapporté des graines d’Asie, au XVIIIe siècle. Il s’installa chez les Ketama, qui vont devenir l’un des fournisseurs de cannabis au profit de la secte de Sidi Heddi (ismaïlienne chiite/Fatimide). Cette histoire explique en partie la particularité de l’attachement des Ketama à cette culture, lié à leur relation avec la dynastie Fatimide, considérée comme l'origine des Ketamas[36].

Selon les Haddawa, la consommation du cannabis facilite la récitation de Dhikr et l’adoration de Dieu. Ainsi, ils privilégiaient le cannabis de Ketama pour sa qualité; ils disaient: « Khutna ketama, nas fûhama iqalɛu alɣaba, iḥartu nal-bûhala al-cannabis u-ttaba (Nos frères Ketama sont des gens intelligents! Ils défrichent la forêt pour planter le cannabis et le tabac destinés aux bûhala/les fakirs) ». Les fumeurs de kif sont devenus, à partir du XIXᵉ siècle, de plus en plus nombreux parmi la population paysanne.

Culture et société

Religion

Mosquée Sidi Boutmim à Targuist.

Généralement les Senhaja de Srayr sont des musulmans. Selon Abdulrahman Al-Tayyibi dans sa revue[37] "Le cadre religieux des tribus Senhaja Srayr : la Zawiya Khamlichia comme modèle". Les Senhaja de Srayr suivent la secte soufie sunnite de la Tariqa Khamlichie. Il faut également noter que les Senhaja Srayr sont encore attachés à leurs croyances, rites et superstitions ancestrales. Le maraboutisme, ou culte des saints, est encore profondément ancré chez eux, tout comme le culte sacré des grottes, de certains animaux et autres forces secrètes de la nature…[38]

L'artisanat

Taghzout, parmi les tribus des Senhaja Srayr, est connue pour son artisanat du cuir et du bois, ainsi que pour la fabrication de fusils traditionnels[39]. Taghzout fût renommée dans tout le Maroc pour la production des fusils marocains damasquinés[14], utilisés notamment lors de la guerre du Rif pour résister aux forces coloniales espagnoles[40].

Par l'armurerie, la maroquinerie et la marqueterie. Les Taghzoutiens comptent parmi les artisans les plus hautement spécialisés du nord du Maroc, et parcouraient de longues distances pour exercer leurs métiers[41]. Ils fabriquaient également de grandes quantités de longs couteaux, analogues aux poignards kabyles[14].

Folklore et festivals

Contre l'effacement de leur langue "Tasenhajit", l’association Amazighs de Senhaja du Rif a initié plusieurs actions de valorisation, précisément à travers le festival Bachikh[42], qui symbolise à la fois la mémoire poétique locale et le renouveau culturel. Le mot Bachikh, originaire de l’héritage oral des montagnes, exalte une tradition presentée dans les fêtes rurales Senhadjiennes[43],[44]. Le festival offre un espace où se croisent les musiciens, les chercheurs et les jeunes engagés dans la réappropriation identitaire des Senhaja Sraïr dans le paysage culturel amazigh[45].

Femmes Senhadjiennes de Ketama

Musique et danse

La musique traditionnelle des Senhaja Sraïr occupe une place centrale dans leur culture. Le style musical ou poetique le plus caractéristique s'appelle Ticherribin, un chant collectif en langue senhajie, rythmé par le bendir et parfois accompagné par la ghaita. Ces chants reflètent des thèmes comme l’amour, la mémoire des ancêtres, la terre ou encore la solidarité entre les tribus. Ticherribin est souvent pratiquées pendant des mariages, des fêtes agricoles ou religieuses, avec des danses en cercle typiques du Rif central[46],[47].

La danse traditionnelle Lhayt est l’une des expressions culturelles représentatives des Senhaja Sraïr et du Rif central en général. Elle se pratique en groupe, en ligne ou en cercle, avec des mouvements d’épaule et de pieds synchronisés, suivis par le bendir et le chant Ticherribin[48].

Architecture Senhadjienne

L’architecture traditionnelle des Senhaja Srayr reflète une richesse patrimoniale basée aux conditions géographiques de la région, notamment au climat montagnard froid. Les maisons sont souvent construites en pierre, en terre battue, avec des toits triangulaires faits de bois (principalement de cèdre) adaptés aux fortes variations climatiques du Haut Rif central[49].Les habitations sont généralement regroupées en hameaux[50]. Il est également important de mentioner comment ce peuple a su coexister en harmonie avec la nature[51],[52].

Économie

Cannabis

Le Cannabis.

Le Pays Sanhadja de Srair, et en particulier Kétama, est souvent qualifié de « capitale marocaine du cannabis »[1],[35], plusieurs études ont été consacrées à cette culture[53]. La région est également désignée sous le nom de « Bled du Kif (Pays de Cannabis)»[33]. L’augmentation des superficies et l’introduction des inputs en vue de moderniser l’exploitation ont conduit à un accroissement du rythme de la production du cannabis. L’évaluation monétaire de cette production illustre bien l’importance de cette culture pour les agriculteurs locaux[54].

Le Maroc a légalisé en 2021 l'usage du cannabis à des fins médicales, pharmaceutiques et industrielles[55]. Le rendement économique de cette culture réglementée attire de plus en plus d’agriculteurs. En 2024, le chiffre d’affaires du secteur a atteint 200 millions de dirhams pour une production totale de 4.082 tonnes[56].

En effet, la principale source de revenus de la population locale est la culture du cannabis (kif). Toutefois, contrairement à des idées répandues, cette activité ne signifie pas que cette population soit aisée. En réalité, les agriculteurs qui cultivent la terre ne sont généralement pas ceux qui tirent le plus grand profit de cette production[1].

Annexes

Références

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