Rif central
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Le Rif Central bénéficie d’un climat plutôt tempéré et arrosé en dehors de l’été. Soumis à l’influence atlantique côté ouest mais plus aride coté est, il est doté d’une terre plutôt fertile et productive notamment chez les Asht Ashem et chez les Ait Ouriaghel de la plaine de Nekour, ce qui permet à la région d’atteindre une densité rurale parmi les plus fortes du pays, et d’être dotée de chevaux[2].
Culture
La langue et la culture du Rif Central est Zénète et Senhadjienne, cependant mise à part Ait Touzine les toponymes sont souvent Sanhadja. Il y a une absence de grande Zaouïa en dehors de Tafersit, ce qui les distingue du Rif Oriental.
La seule tribu arabophone de cet ensemble demeurant Marnissa[3],[4],[5].
Histoire
Bien que les noms des tribus soient très anciens et parfois même déjà cités du temps de l'émirat de Nekor, leur configuration actuelle (faction, leff et sous-factions) date des Mérinides/Wattassides dont elles ont constitué le fief jusqu’à la disparation du dernier prince/gouverneur Wattasside dans ces montagnes durant le règne saadien.
Les tribus du Rif Central occupèrent de tout temps une position stratégique au sein de la géographie marocaine, elles contrôlaient les principaux cols permettant l’accès aux seuls ports méditerranéens directement reliés à Fès (principalement Badis et dans une moindre mesure Nekour).
Situées donc sur les routes de Gênes et Venise, et ayant accès à l’Europe, les tribus du Rif Central ont ainsi pu pour acquérir une supériorité militaire certaine sur le reste du pays.
L’exemple le plus représentatif demeure l’adoption précoce et massive du fusil à répétition, la fabrication de munitions et même la maitrise de l’artillerie moderne qui étonnera les armées européennes après la bataille d’Anoual[3],[4],[5].
Jaych Ar-Rifi
C’est cette supériorité militaire très tôt acquise qui donnera l’idée à Ismaïl ben Chérif de créer un Guich composé exclusivement de ces tribus servant ainsi de rempart aux invasions européennes principalement à Tanger et dont les nombreux toponymes de quartier (Igzenayen, Ait Ouriaghal etc ) témoignent encore de ce corps militaire dirigé par une dynastie de pachas originaires de Temsamane[6].
Affrontements contre la France
L'émir Abdelkader ibn Muhieddine dont l'ancêtre est originaire de la Zaouïa de Tafersit, et donc de la tribu Aït Touzine, chercha dès le départ de son épopée le soutien des tribus du Rif Central. Il le trouva d'abord chez ses parents Aït Touzine[7] qui formèrent sa garde rapprochée, puis ce fut au tour de l'alliance Ait Ammart/Asht Assem (plus grande faction de Igzenayen) de conquérir en son nom la ville de Taza en 1847[8].
En 1915 plusieurs factions du Rif Central (il séjourna plusieurs années à Boured) rejoignirent Abdelmalek,(le petit-fils de l'émir Abdelkader), ils combattirent la France jusqu'en 1919, il menaça Fès à plusieurs reprises et faillit embraser tout le Maroc, notamment les Zayanes et les Bni Ourain, mais il fut hésitant au moment d'appeler au djiahd car il jouait sur plusieurs tableaux, avec la France, l'Espagne et l'Allemagne, ce qui lui fit perdre de son prestige et il fut mis de côté. Plus tard il viendra tout de même en aide à Abdelkrim Al-Khattabi, mais des dissensions apparaitrons rapidement, il fut tué à Midar en 1924 par ses propres hommes qui espéraient ainsi rejoindre Abdelkrim Al-Khattabi[3],[4],[9].
On retrouve encore aujourd'hui bon nombre des descendants de ces combattants (Ait Touzine, Ait Ammart, Igzennayen) dans les patronymes et toponymes de la région de Lamtar près de Mascara, ancien fief de l'émir Abdelkader en Algérie.
Bled Siba et affrontements avec l'Espagne
À partir de la fin du XIXe siècle, tout le Rif est dans un état de guerre permanent avec l’Espagne. Alternant des épisodes particulièrement intenses (Mohamed Améziane, Guerre de Melilla (1860), Guerre de Margallo (1893/1894) etc ), avec des périodes de relatives stabilité externe[10].
À cela il faut ajouter que depuis quelques dizaines d’années le Rif vit alors dans un relatif état d’anarchie appelé Siba[3],[4].
Si par moments des Caïds et des Cadis sont nommés comme lors de l’expédition punitive du Vizir Baghdadi contre Iboqayen, la majorité du temps les tribus vivent en totale autonomie vis-à-vis du pouvoir central, dans le Rif Central profond autrefois bastion des Wattasssides (Ait Ammart, nord de Igzenayen, sud de Ait Ouriaghel) des quasi principautés tribales voient le jour, et de puissantes familles d’Imagharen (seigneurs tribaux) émergent (Ababou, Bekkich, Aberchan , Ahmidou…) qui vont jouer un rôle très importants dans les évènements de la Guerre du Rif à venir, certains du côté colons (Aberchan, Bekkcih, Medbouh, Ahmidou..) d’autres du côté rifains (Ababou[9],[5],[3]).
Le Rogui Bouhmara
Le Rogui Bou Hmara, soutenu en sous-main par la France, se fit proclamer sultan à Taza en 1902. S’il put bénéficier au départ d’une certaine passivité des tribus du Rif Central, voire du soutien de certaines familles en les nommant Caïd comme Medbouh à Jbarna (Sud de Igzenayen), très vite son alliance avec l’Espagne posa problème et autant que les guerriers du Chérif Mohamed Améziane alors en guerre ouverte avec le colon espagnol dans la région de Melilla, qu’une alliance Ait Ammart/Ait Ouriaghel/Igzenayen , se mirent à le combattre et lui infligèrent de sérieuses défaites au nom du Sultan, ce qui sauva le trône, alors même que les armées officielles conduites par le El Glaoui en personne avaient été largement défaites à Taza en 1907[11],[3].
Si les tribus du Rif Central permirent d’écarter du trône cet imposteur, paradoxalement cela conduisit aussi la France à accélérer son entreprise de colonisation notamment en faisant pression pour dissoudre les armées du Sultan (en dehors des harkas du sud déjà sous contrôle français), le Glaoui d’ailleurs commença alors, à la suite de sa disgrâce conséquence de sa défaite à Taza, à soutenir moulay Abdelhafid contre son frère Sultan, et donc cela précipita la signature du protectorat 5 ans plus tard[11],[3].
