Sharp power

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Le sharp power (terme anglais signifiant « pouvoir piquant, pointu, tranchant »[1]) caractérise la politique diplomatique manipulatrice et malveillante d'un pays qui vise à influencer et saper le système politique ou sociopolitique et économique d'un pays cible. Cette expression fait référence aux deux autres catégories principales de pouvoir : le « hard power » (pouvoir de contrainte), et le « soft power » (pouvoir d'attraction).

Création et histoire du concept

Deux chercheurs du National Endowment for Democracy (NED)[note 1], Christopher Walker et Jessica Ludwig[2], ont popularisé le terme « sharp power » (en usage depuis le début du XIXe siècle[3]) en  ; il est apparu dans un article du magazine Foreign Affairs décrivant les politiques agressives et subversives employées par les gouvernements autoritaires comme une projection du pouvoir d'État dans les pays démocratiques, politiques n'entrant pas dans les définitions habituelles de science diplomatique de hard power ou soft power[4]. L'article de la NED cite spécifiquement la chaîne de télévision RT, financée par l'État russe, et les partenariats éducatifs de l'Institut Confucius parrainés par l'État chinois comme des exemples de sharp power. Selon le NED, les États autocratiques ne cherchent pas nécessairement « à gagner les cœurs et les esprits » (l'objectif communément admis des efforts de soft power), mais ils cherchent clairement à manipuler le public ciblé en déformant les informations qui les atteignent[5][réf. à confirmer]. Le NED décrit le sharp power comme « un pouvoir qui perce, pénètre et perfore l'environnement politique et informationnel des pays-cibles », ces derniers subissant une propagande qualifiée « de subversive et de corrosive »[2].

Depuis 2018, le terme de « sharp power » s'est répandu et est utilisé dans les articles de presse, les discussions savantes et les audiences du Congrès américain. Les représentants du Parti communiste chinois ont utilisé cette expression, rejetant les affirmations occidentales selon lesquelles leur pays s'est engagé dans des pratiques de sharp power[6]. Son succès s'explique parce qu'il décrit les politiques imputées à la Chine[7],[8] et la Russie[1].

Aperçu

Le sharp power peut inclure les tentatives d'un pays de manipuler et de gérer à distance et secrètement des informations à son propos dans les médias d'information et les systèmes éducatifs d'un autre pays, dans le but d'induire en erreur ou de diviser l'opinion publique d'un pays ciblé, ou pour masquer ou détourner l'attention d'informations négatives le concernant[5].

Il existe un lien entre le sharp power et les régimes autoritaires, comme l'explique Christophe Walker : « Cette approche tire parti de l'asymétrie entre les systèmes libres et non libres, permettant aux régimes autoritaires à la fois de limiter la libre expression et de déformer les environnements politiques dans les démocraties tout en protégeant simultanément leur propre public domestique des appels démocratiques venant de l'étranger ». Cela rend le sharp power plus facile à utiliser par un État autoritaire que par un régime démocratique[5].

Les stratégies de sharp power se distinguent du :

  • soft power (théorisé par Joseph Nye), qui peut inclure des programmes d'échanges d'étudiants et le parrainage d'événements culturels et sportifs, présentant des aspects attrayantes du pays, et projetant une impression positive de ce territoire et
    de ses habitants, entreprises, etc. pouvant favorisent une meilleure compréhension avec d'autre pays, pour finalement influencer les décisions d'un autre pays par la persuasion ; cependant, ce soft power s'appuie sur la légitimité culturelle, politique ou morale pour séduire et influencer, à travers des vecteurs tels que les universités, les médias ou les normes juridiques occidentales. Mais face à des pays totalitaires, ce pouvoir d'inspiration perd en efficacité face à la montée des critiques sur l'hypocrisie perçue des valeurs qu'il véhicule ; c'est dans ce contexte que s'est imposé un autre concept :
  • hard power qui, par des politiques coercitives vise notamment à contraindre d'autres pays à agir ou à modifier leurs décisions, dont en mobilisant des pressions économiques et des forces armées, parfois en lançant des guerres (par exemple dans les années 2020, l'invasion des forces russes en Ukraine, l'enlèvement de Nicolas Maduro, divers déploiements militaires américains ou les sanctions douanières ou commerciales étatsuniennes ou chinoises),  ; Le hard power peut inclure les sanctions économiques et les menaces diplomatiques[5].

Le sharp power, lui, trompe, semant la confusion et la division sans avoir besoin de recourir à la force directe[9]. Introduit en 2017 par le National Endowment for Democracy (qui désigne l'usage stratégique de la désinformation, des cyberattaques, de la corruption et des réseaux d'influence pour infiltrer et déstabiliser les démocraties de l'intérieur)[9], presque toujours en s'appuyant sur les NTIC, des instances telles que les fermes de trolls et l'IA depuis qu'elle est disponible. Ainsi, les exercices chinois en sharp power[10] sont-ils réalisés presque entièrement en ligne[11], avec par exemple :

  • les ingérences russes[12] (Ingérences russes dans l'élection présidentielle américaine de 2016 notamment)
  • les ingérences électorales du libertarianisme de droite dans le monde, permises par le Groupe SCL, notamment organisées par Steve Bannon[13] qui sont intervenues dans les élections ou référendums de dizaines d'autres pays dont l'Inde et le Royaume-Uni. Elles ont été découvertes à l'occasion du Scandale Facebook-Cambridge Analytica, avec la mise au jour d'actions secrètes d'influence et de manipulation de l'information à large échelle par Aggregate IQ (officine jumelle de Cambridge Analytica, mais basée au Canada, notamment financée par le milliardaire Robert Mercer actionnaire de l'entreprise et de Cambridge Analytika) et par sa famille[14],[15] via IA Ripon)[16], de manière à modifier les intentions de vote (ou provoquer l'abstention) d'un nombre suffisamment important d'électeurs-clé[2]. Des annonces personnalisées leur étaient alors envoyées : les partisans de Trump voyaient défiler sur leur fil d'actualité des images le représentant de manière triomphante[2], pour offrir la victoire et le pouvoir au partis d'extrême droite ainsi soutenus[17] permettant la première élection de Donald Trump et l'avènement du Brexit ; Ces manipulations nécessitent souvent de vols ou détournement de données (ainsi, des millions de données personnelles volées sur Facebook ont été utilisées par le « Make America Number 1 Super PAC » pour faire du profilage psychologique des électeurs et orienter, vers les personnes qui y seraient probablement les plus sensibles, des allégations mensongères de corruption à l'encontre de la candidate Clinton, peu avant l'élection, pour artificiellement gonfler le vote pro-Trump aux présidentiel[18] ;
  • le contrôle chinois des algorithmes de certains réseaux sociaux[19] ;
  • diverses opérations d'influence secrètes menées par les États-Unis contre la Chine[20] ou par Israël contre d'autres pays.

Ces trois formes de pouvoir ne sont pas exclusives : elles s'entremêlent de plus en plus dans les stratégies hybrides contemporaines.

Le développement du Web 2.0 puis de l'intelligence artificielle générative facilite le sharp power, et complexifie et ralentit le travail de vérification. Les démocraties libérales, historiquement dominantes en matière de hard et soft power, se trouvent alors vulnérables aux tactiques de sharp power et tentées d'y recourir à leur tour, au risque d'affaiblir leurs propres institutions et principes[9].

Ce paysage stratégique mouvant redéfinit les équilibres entre puissances et incite à une vigilance accrue quant aux nouveaux moyens d'influence employés dans le monde globalisé. Selon Joseph Nye, l'inventeur du concept de soft power, les gains en sharp power conduisent à des pertes en soft power[2].

Exemples

Le gouvernement chinois a agi pour contraindre Hollywood à prendre en compte ses attentes, comme pour contraindre la NBA à s'autocensurer concernant les affaires et les intérêts chinois[8].

Notes et références

Voir également

Liens externes

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