Le peuple Shirazi a principalement été une communauté marchande, prospérant grâce au commerce. À l'origine, entre le Xe et le XIIe siècle, ce sont les régions productrices d'or du Mozambique, qui les ont amenées sur la côte africaine. Plus tard, le commerce s'est diversifié, avec notamment des échanges d'esclaves africains, d'ivoire, d'épices, de soie et de produits issus des plantations de giroflier, de noix de coco et d'autres cultures exploitées par des esclaves devint l'essentiel de cette activité commerciale[13],[14],[15]. Ces esclaves africains furent capturés lors de multiples raids réalisés l'intérieur des terres[16]. Leur présence dans les villes swahilies est mentionnée dans les mémoires de voyageurs islamiques des XIVe et XVe siècles, comme celle de l'explorateur et érudit maghrébin du XIVe siècle, Ibn Battuta[17],[18]. Les Shirazi étaient également un important fournisseur de ces esclaves, principalement pour les plantations européennes de l'époque coloniale ainsi que pour divers sultanats. Selon August Nimtz, après l'abolition du commerce international des esclaves, la communauté Shirazi a été économiquement paralysée[14].
L'arrivée de l'islam, avec les Perses et les Arabes, a grandement affecté l'identité ainsi que les structures sociales des Shirazis de multiples façons. Selon Helena Jerman, le mot « Sawahil », chez les Shirazi, désignait les sphères « libres mais sans terre » de la société, qui avaient adopté l'islam, formant alors une nouvelle catégorie sociale sur la côte swahilie[19]. Chez les musulmans, il s'agissait de la sphère sociale la plus basse des personnes libres, étant juste supérieure à celle des esclaves. Outre les sphères Wa-shirazi, il existait d'autres sphères, telles que les Wa-arabu, Wa-manga, Wa-shihiri, Wa-shemali et la catégorie des nobles souverains arabes purs appelée Wa-ungwana[19],[20],[21]. Les sphères sociales du peuple Shirazi comportaient leurs propres tabous, croyances et privilèges. Par exemple, les sphères supérieures Waungwana (également appelés Arabes swahilis [22],[23] ) avaient le droit exclusif de construire des maisons en pierre prestigieuses, et les hommes Waungwana possédaient de grands privilèges, ils pratiquaient notamment l'hypergamie polygynique, c'est-à-dire qu'ils avaient des enfants de statut inférieur avec des femmes esclaves. La pureté rituelle et sexuelle des femmes Waungwana était protégée en les confinant dans certains locaux à l'intérieur de ces maisons de pierre, appelés Ndani[24].
Selon Michel Ben Arrous et Lazare Ki-Zerbo, la société Shirazi a été « fracturée par les implications de caste de la race et de la classe »[25]. Lorsque les Arabes, arrivés de Perse et des terres arabes, devinrent propriétaires et commerçants d'esclaves. De plus, ils considéraient leurs esclaves comme inférieurs et inaptes à l'islam. Les femmes esclaves étaient généralement leurs concubines, qui leur donnaient des enfants. Les garçons, issus de ces unions, étaient considérés comme musulmans et « hommes libres », mais les filles héritaient de leur esclavage et de leur héritage non musulman. Même dans la société postcoloniale, les relations et distinctions résiduelles, associées à un système de castes raciales, sont restées présentes chez certains Shirazi[25]. Selon le sociologue Jonas Ewald et d'autres chercheurs, la stratification sociale dans la société shirazi ne se limite pas uniquement aux critères raciaux et religieux, mais s'étend au statut économique et à la région d'origine[26],[27].
La culture shirazi est de nature islamique, s'identifiant largement à ses racines persanes et arabes[28]. Il existe également des influences bantoues, comme la langue swahilie, très largement répandue dans cette culture[29].
Selon G. Thomas Burgess, Ali Sultan Issa et Seif Sharif Hamad, de nombreux Africains « revendiquaient l’identité shirazi pour dissimuler leurs origines d’esclaves, pour affirmer leur statut de propriétaires terriens ou pour accéder aux rations de la Seconde Guerre mondiale distribuées par l’État colonial selon des critères ethniques ». Les Shirazi se considèrent principalement d’origine perse et se perçoivent plus systématiquement comme n’étant ni Arabes ni de récents migrants de travail venus d’Afrique continentale[30].
Cette identité fut donc un symbole de prestige, permettant, en y étant associé, de ne subir des discriminations raciales.