Shlomo Zabludowicz
From Wikipedia, the free encyclopedia
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Nationalité | |
| Activités |
Homme d'affaires, marchand d'armes |
| Enfants |
| Lieu de détention |
|---|
Shlomo Zabludowicz, né en 1915 ou 1916 à Łódź en Pologne, alors partie de l'Empire russe et décédé le à Césarée en Israël[1],[2] est un marchand d'armes international d'origine polonaise actif en Finlande et en Israël, qui a amassé sa fortune, entre autres, grâce à des transactions d'armes entre la société Tampella et l'État d'Israël[3].
Jeunesse
Zabludowicz nait dans une famille juive polonaise. Son père est rabbin et sa famille adhère au mouvement hassidique[4]. Les sources divergent quant à la date, le lieu et le nom de naissance de Zabludowicz. Selon son biographe Matti Mörttinen, les dates les plus plausibles sont le ou le , cette dernière étant la date choisie par Zabludowicz pour célébrer son anniversaire[5],[6]. Il serait né à Łódź, en Pologne, bien qu'il ait déclaré à une occasion être né à Ostrow[5].
Zabludowicz obtient son diplôme d'ingénieur à Varsovie en 1939. Pendant l'occupation allemande durant la Seconde Guerre mondiale, il est interné dans le ghetto de Łódź et contraint au travail forcé dans un atelier de métallurgie jusqu'en , date à laquelle toute sa famille est déportée, avec d'autres Juifs du ghetto, au camp d'extermination d'Auschwitz[7]. Les parents de Zabludowicz et cinq de ses frères, ainsi que ses sœurs périssent durant la Shoah, son père dans le ghetto de Łódź et le reste de la famille, pour la plupart, à Auschwitz[8]. Zabludowicz et son frère aîné, Moshe, sont transférés d'Auschwitz vers un camp de travail en Allemagne. Zabludowicz travaille comme travailleur forcé à l'usine Continental, près de Hambourg, transformée en usine d'armement, jusqu'à la fin de la guerre[9]. Son frère Moshe meurt environ une semaine avant la fin du conflit, lors de l'incendie criminel d'un navire ancré près de Hambourg, où périssent des prisonniers juifs[10],[2]. Zabludowicz ne retournera jamais en Pologne de son vivant[11].
Après la guerre, en , affaibli par la faim et la tuberculose, Zabludowicz se rend de Lübeck à Gotland, en Suède, pour y recevoir des soins, à bord des « Bus blancs » organisés par le comte Folke Bernadotte[12],[13],[2]. En 1946, Zabludowicz s'installe dans un camp de réfugiés en Dalécarlie et vit également pendant un certain temps à Stockholm. Il arrive pour la première fois en Finlande en 1947 après avoir obtenu un emploi à Helsinki avec l'aide de la communauté juive d'Helsinki en tant que précepteur privé pour la famille de l'homme d'affaires juif finlandais Ruben Liebkind[14].
Carrière de marchand d'armes et collaboration avec Tampella
Zabludowicz repart de Finlande et regagne la Suède, puis se rend en Israël, pays nouvellement indépendant. Il revient rapidement en Finlande pour le compte du mouvement Mahal afin de recruter des volontaires juifs pour la guerre d'indépendance israélienne et de leur procurer des armes. Selon son propre récit, il s'adresse directement au commandant des Forces armées finlandaises, le général Aarne Sihvo, au sujet de cette transaction d'armes[15]. Apparemment, c'est par l'intermédiaire de Sihvo qu'il entre en contact avec Tampella, qui avait fabriqué des canons, des obus d'artillerie et des mortiers pendant la guerre[15],[13]. Lors de son premier voyage en Israël, Zabludowicz avait établi des contacts avec le groupe industriel coopératif Solel Boneh[16], et peut ainsi débuter une carrière de marchand d'armes sans capital. Parmi les personnalités influentes de Tampella, il aurait d'abord rencontré le conseiller industriel Eino H. Liljeroos, puis noué une relation de longue date avec le conseiller industriel Åke Kihlman, tous deux fervents amis d'Israël[3],[1].
Fondée en 1950 à l'initiative de Zabludowicz, Soltam fabrique des armes conçues par Tampella près de Haïfa, en Israël, à l'aide de machines importées de Finlande[3],[1],[6]. Solel Boneh et Salgad, filiale Luxembourgeoise de Tampella, détiennent chacune la moitié de Soltam, mais les liens de Tampella avec Salgad et Soltam restent secrets[17]. Le traité de paix de Paris interdit la quasi-totalité des exportations d'armes finlandaises, mais les bordereaux d'expédition mentionnent des machines agricoles et du carton pour la presse[2]. Zabludowicz vit alternativement en Finlande et en Israël à partir du début des années 1950[18], et s'installe à Tampere en 1953[19]. Il n'est pas officiellement employé par Tampella et n'occupe pas de poste défini chez Salgad avant 1959, mais il assiste aux réunions de direction de Soltam[20]. Une société du même nom que Salgad dont Zabludowicz est également copropriétaire, est créée et enregistrée au Liechtenstein[21]. Une société appelée Tamares est créée à Londres pour représenter Salgad, mais Zabludowicz n'y est pas mentionné initialement[22].
Zabludowicz est un vendeur hors pair, doté d'un excellent relationnel, qui vend des armes Tampella et Soltam à des pays aux idéologies diverses[2]. Lorsque la vente d'armes Soltam d'Israël à l'Allemagne de l'Ouest est révélée en 1959, un scandale politique éclate en Israël, menaçant de faire tomber le gouvernement de David Ben Gourion[23],[1]. Zabludowicz contribue à l'organisation de la visite de Ben Gourion en Finlande en 1962[24]. Le ministre israélien de la Défense, Moshe Dayan, attribue la victoire de la guerre des Six Jours aux chasseurs Mirage et aux mortiers de type Tampella. Zabludowicz parvient également à vendre des armes israéliennes à l'Inde à une époque où les relations entre Israël et l'Inde sont tendues[2]. Ces armes joueront un rôle important dans la guerre d'indépendance du Bangladesh[25]. En , Zabludowicz reçoit à Rovaniemi la Première ministre israélienne Golda Meir[26]. Cette visite cache en réalité une négociation secrète entre Mme Meir et des représentants de Tampella, possiblement liée à l'accord d'armement alors en cours avec l'Inde[27],[2]. En 1969, Zabludowicz vend des canons de fabrication Tampella à Singapour, que ce dernier est soupçonné d'avoir revendus au Sud-Vietnam, alors en guerre[28].
Zabludowicz est mentionné pour la première fois dans les médias finlandais en lien avec des ventes d'armes, lorsque le Helsingin Sanomat, le plus grand quotidien finlandais, publie un article sur le scandale des ventes d'armes à l'Allemagne de l'Ouest en 1959. À cette époque, toutes les parties nient l'implication de Tampella dans Soltam[23]. Les liens de Tampella avec Israël sont rapportés plus fréquemment à partir de la fin des années 1960, mais le nom de Zabludowicz n'y est jamais mentionné. Son rôle de cerveau derrière les ventes d'armes finlandaises n'est révélé au public qu'en 1983, lorsque le Helsingin Sanomat publie un article à son sujet et que le manager de Tampella, Nils Björklund, évoque son cas dans ses mémoires, publiés la même année[29]
Suite de sa carrière
En 1974, Tampella décide de mettre fin à sa coopération avec Israël et au commerce international des armes et de céder les brevets étrangers de ses armes à Salgad, société du Liechtenstein, passée entre les mains de Zabludowicz et de son fils. Cela marque officiellement la fin de la coopération de Zabludowicz avec Tampella. Le transfert des documents et des brevets a lieu en 1978[30]. Salgad devient par la suite la société d'investissement Tamares Ltd de la famille Zabludowicz, enregistrée aux îles Caïmans, grâce à laquelle ils vont amasser une fortune estimée à un milliard de dollars[30],[2],[13]. Zabludowicz vend un important lot de lance-grenades à l'armée américaine en 1988, après avoir fondé avec son fils leur propre usine de grenades, Pocal, à Scranton, en Pennsylvanie, par l'intermédiaire de Salgad, car l'armée américaine n'accepte d'acheter que des armes dont les munitions sont de fabrication nationale[31],[1].
Zabudowicz et son épouse obtiennent la nationalité israélienne peu de temps après la création de l'État d'Israël. Zabludowicz obtient la nationalité finlandaise en 1974, deux ans après sa femme et sept ans après ses enfants. Cependant, il commençe à résider principalement en Israël à peu près à la même époque[32]. Il conserve apparemment son appartement à Kaakinmaa, un quartier de Tampere, jusqu'à la fin des années 1970, et possède encore une villa d'été à Sarvisalo, une île du lac Päijänne dans la région de Pirkanmaa[33]. Dans les années 1980, Zabludowicz commence à se retirer du commerce des armes et à investir dans l'immobilier, l'hôtellerie, la construction et les arts de la table, entre autres[34],[1]. Il vend ses parts dans Soltam en 1989[31], mais Pocal reste propriété de sa famille jusqu'en 2013[34]. Zabludowicz commence également à faire des dons à des œuvres caritatives[35].
On a prétendu que Zabludowicz avait espionné pendant la guerre froide et entretenu des contacts secrets avec des Juifs soviétiques, mais cette allégation n'a pas été vérifiée[36].
Vie privée
Zabludowicz parle sept ou huit langues. Il apprend le suédois lors de son séjour à Gotland juste après la guerre, mais connait peu le finnois[37],[13]. Durant ses dernières années, il étudie les textes juifs, suivant ainsi l'exemple de son père rabbin[2].
Son épouse, Pola Reich (1921-1995), est également une Juive polonaise rescapée de la Shoah et d'Auschwitz. Elle arrive en Suède dans les bus blancs. Zabludowicz rencontre sa future femme au camp de réfugiés de Stråtenbo à Aspeboda en 1946. Ils se marient en Israël en 1949[38]. Zabludowicz a deux enfants, Chaim « Poju » Zabludowicz (né en 1953) et Rebecka Belldegrun (née en 1950), qui vit aux États-Unis. Ils sont en conflit au sujet de leur héritage. Tamares appartient actuellement à Poju Zabludowicz[3]. La fille possède une fortune estimée à 1,75 milliard de dollars (en 2021) [39] et son frère une fortune estimée à 8,7 milliards de dollars en 2015[40]. Tous les deux évitent autant que possible toute publicité[2].
Notes et références
- 1 2 3 4 5 6 (fi): Timo Vuorela: Kuolleita: Liikemies Shlomo Zabludovicz (Décès : l'homme d'affaires Shlomo Zabludovicz); journal Helsingin Sanomat; édition numérique du 29 aout 1994
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 (fi): Simopekka Virkkula: Satumaisen rikas kansainvälinen asekauppias asui huomaamattomasti Tampereella parikymmentä vuotta (Un marchand d'armes international fabuleusement riche a vécu discrètement à Tampere pendant vingt ans); journal Helsingin Sanomat; édition numérique du 13 septembre 2021
- 1 2 3 4 (fi): Anssi Miettinen: Isänsä Poju (Le père de Poju); Helsingin Sanomat - supplément mensuel de septembre 2011; page: 25 à 33
- ↑ (fi): Matti Mörttinen; 2021; pages: 17 et 23
- 1 2 (fi): Matti Mörttinen; 2021; page: 14
- 1 2 (fi) Kari Pitkänen: Kaupungin parhaiten varjeltu salaisuus: Shlomo Zabludowicz tuli Tampereelle ostamaan aseita ja teki Tampellasta Israelin armeijan hovihankkijan (Le secret le mieux gardé de la ville : Shlomo Zabludowicz est venu à Tampere pour acheter des armes et a fait de Tampella le fournisseur officiel de l'armée israélienne); site: Kulttuuritoimitus; 10 septembre 2021
- ↑ (fi): Matti Mörttinen; 2021; pages: 19, 20, 35, 36
- ↑ (fi): Matti Mörttinen; 2021; pages: 12, 18, 39
- ↑ (fi): Matti Mörttinen; 2021; page: 41
- ↑ (fi): Matti Mörttinen; 2021; pages: 47, 48
- ↑ (fi): Matti Mörttinen; 2021; pages: 34, 70, 71
- ↑ (fi): Matti Mörttinen; 2021; pages: 12, 20, 38, 52, 53, 60, 61
- 1 2 3 4 (fi): Tommi Liljedahl: Shlomo Zabludowiczin tarina on häkellyttävä kertomus siitä, miten Tampellan kehittämiä aseita myytiin kylmän sodan aikaan (Le récit de Shlomo Zabludowicz est un témoignage saisissant de la manière dont les armes développées par Tampella ont été vendues pendant la Guerre froide); site: Kulttuuritoimitus; 2 octobre 2021
- ↑ (fi): Matti Mörttinen; 2021; pages: 71 à 74, 82 à 84.
- 1 2 (fi): Matti Mörttinen; 2021; pages: 86 à 89, 91 à 95
- ↑ (fi): Matti Mörttinen; 2021; pages: 81, 121
- ↑ (fi): Matti Mörttinen; 2021; pages: 92, 95, 115
- ↑ (fi): Matti Mörttinen; 2021; pages 132 à 135
- ↑ (fi): Matti Mörttinen; 2021; page: 105
- ↑ (fi): Matti Mörttinen; 2021; pages: 117, 126, 128, 129
- ↑ (fi): Matti Mörttinen; 2021; page: 115
- ↑ (fi): Matti Mörttinen; 2021; pages: 118, 192, 193
- 1 2 (fi): Matti Mörttinen; 2021; pages: 182, 183, 191, 192
- ↑ (fi): Matti Mörttinen; 2021; page: 171
- ↑ (fi): Matti Mörttinen; 2021; pages: 174 à 176
- ↑ (fi): Meirin Rovaniemen vierailun isäntä ihmettelee kohua (L'hôte de la visite de Meir à Rovaniemi s'étonne du tapage médiatique); journal Helsingin Sanomat; édition numérique du 3 juin 1971; page: 11
- ↑ (fi): Matti Mörttinen; 2021; pages: 176 à 181
- ↑ (fi): Matti Mörttinen; 2021; pages: 200, 201
- ↑ (fi): Matti Mörttinen; 2021; pages: 193 à 198, 206 à 208
- 1 2 (fi): Matti Mörttinen; 2021; pages: 169, 204, 215 à 217
- 1 2 (fi): Matti Mörttinen; 2021; pages: 186, 217 à 219
- ↑ (fi): Matti Mörttinen; 2021; pages: 99, 103, 144, 145
- ↑ (fi): Matti Mörttinen; 2021; pages: 143, 207
- 1 2 (fi): Matti Mörttinen; 2021; page: 224
- ↑ (fi): Matti Mörttinen; 2021; page: 227
- ↑ (fi): Matti Mörttinen; 2021; page: 90
- ↑ (fi): Matti Mörttinen; 2021; page: 65
- ↑ (fi): Matti Mörttinen; 2021; pages: 20, 21, 55, 71, 72, 101, 226
- ↑ (he): "עשירי ישראל 2021"; (Israéliens riches); site: Forbes Israel du 25 juillet 2021
- ↑ (he): "100 העשירים בישראל 2015" (Les 100 personnes les plus riches d'Israël en 2015 ); Forbes Israel du 10 septembre 2015
- (fi) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en finnois intitulé « Shlomo Zabludowicz » (voir la liste des auteurs).
- (fi): Matti Mörttinen : Shlomo Zabludowicz – Holokaustin kauhuista salaperäiseksi suomalaismiljardööriksi (Shlomo Zabludowicz – Des horreurs de la Shoah à un mystérieux milliardaire finlandais); éditeur: Into; Helsinki; 2021; (ISBN 978-9523516472)