Situation (philosophie)
concept de philosophie
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En philosophie, le concept de situation définit généralement la relation entre un individu et le monde physique, culturel et politique dans lequel il évolue. Cette définition a été utilisée dans plusieurs courants philosophiques, notamment des courants existentialistes.
Les philosophes ont utilisé la notion de situation à des fins diverses et variées ; les définitions sont similaires mais elles sont mentionnées dans des contextes bien distincts.
Le concept existe en parallèle de la notion de connaissance située théorisée par Donna Haraway en . Elle utilise un concept proche de la situation en philosophie.
Historique
Aristote
La première occurrence du concept de situation en philosophie naît dans l'une des catégories d'Aristote[1], sous le mot keisthai en grec ou situs en latin[2]. Aristote l'utilise lorsqu'il liste les façons de décrire les êtres dans la langue grecque :
« Les mots, quand ils sont pris isolément, expriment chacun l’une des choses suivantes : ou substance, ou quantité, ou qualité, ou relation, ou lieu, ou temps, ou situation, ou état, ou action, ou enfin passion[3]. »
La situation définit plus précisément la position physique dans la théorie d'Aristote : « c'est être couché, être assis [4]».
Karl Jaspers
La situation est une notion utilisée dans la Philosophie der Weltanschauungen () écrite par Karl Jaspers. Elle lui permet de préciser sa définition de l'existence. Il explique que :
« l’être en situation est l’exclusion du savoir intemporel, abstrait, total, c’est-à-dire délié de la condition temporelle, concrète, subjective et partielle de l’existant. Mais, en même temps, Jaspers jette quelques expressions énigmatiques qui nous avertissent de la richesse imprévisible de cette notion : la situation, dit-il, donne à l’existence "une profondeur historique " ; elle est " chaque fois l’accomplissement historiquement médiatisé de l’apparence de l’être " »[5]
Karl Jaspers établit également le concept de situation limite qu'il décline en plusieurs types comme la mort, le hasard ou la culpabilité. Elles désignent les situations sur lesquelles l'être ne peux pas agir ; elles forcent l'être à être renvoyé à lui-même et lui permettent donc d'accomplir la transcendance[6].
Sartre
Jean-Paul Sartre décrit pour la première fois la situation dans son ouvrage L'Être et le néant en
« C'est ma place, mon corps, mon passé, ma position en tant qu'elle est déjà déterminée par les indications des autres, enfin ma relation fondamentale à autrui[7]. »
La situation pose les limites de la liberté et met en lumière son paradoxe. Elle définit les limites de la liberté et la liberté permet la réalisation de la situation[7].
Sartre applique notamment ce concept de situation pour théoriser la littérature engagée. Il défend le principe de responsabilité intellectuelle dans la présentation du premier numéro des Temps modernes en 1945[8] ; pour lui, « l’écrivain est en situation dans son époque »[9]. Il précise sa pensée en théorisant le théâtre de ses pairs et son propre théâtre comme un « théâtre de situations » dans l'essai du même nom[10].
Il publie également une série d'essais répartis en dix volumes intitulés Situations, numérotés de I à X sur des sujets divers : Essais critiques (), Qu'est–ce que la littérature ? (), Lendemains de guerre (), Portraits (), Colonialisme et néo–colonialisme (), Problèmes du marxisme 1 (), Problèmes du marxisme 2 (), Autour de 68 (), Mélanges () et finalement Politique et autobiographie ().
D'autres auteurs utilisent la situation comme Sartre l'entend, par exemple Arthur Adamov. Il décrit son théâtre comme étant passé d'un « théâtre métaphysique » à un « théâtre situé »[11]. Il est assimilé à d'autres dramaturges du théâtre de l'absurde au début de sa carrière ; or, après la parution de Paolo Paoli le dramaturge assume un théâtre plus situé[12].
Guy Debord et L’internationale situationniste
Le concept de situation est également repris par le mouvement des situationnistes. Ce sont des théoriciens, stratèges et activistes révolutionnaires qui opèrent dans les domaines culturels artistiques, politiques, sociaux et qui souhaitent en finir avec la société de classes et la domination de la marchandise. Guy Debord écrit le texte fondateur du mouvement en 1957 : « Rapport sur la construction des situations et sur les conditions de l’organisation et de l’action de la tendance situationniste internationale. »[13]
Debord explique le concept de situation comme suit :
« la construction concrète d'ambiances momentanées de la vie, et leur transformation en une qualité passionnelle supérieure. Nous devons mettre au point une intervention ordonnée sur les facteurs complexes de deux grandes composantes en perpétuelle interaction : le décor matériel de la vie; les comportements qu'il entraine et qui le bouleversent. »[14]
La situation est utilisée par les situationnistes comme outil contre la société bourgeoise et capitaliste. Elle est similaire au concept de Sartre dans le sens où elle est comprend la situation comme facilitateur de la liberté. Cependant, elle est plus radicale puisqu'elle utilise ce concept comme vecteur d'une révolution[15].