Sollac
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| Sollac | |
L'usine à chaud, Florange, 1968. | |
| Création | |
|---|---|
| Disparition | |
| Forme juridique | Coopérative et société anonyme |
| Activité | Sidérurgie |
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Sollac, acronyme de SOciété Lorraine de LAminage Continu, est une ancienne société sidérurgique fondée en 1948 qui a marqué l'histoire industrielle de la Lorraine après la Seconde Guerre mondiale.
Après la fusion Usinor-Sacilor, les usines de Dunkerque du groupe Usinor, et celle de Fos-sur-Mer (la Solmer) prennent aussi le nom « Sollac ». Elles deviennent « Sollac Atlantique » et « Sollac Méditerranée », tandis que l'usine de Florange devient « Sollac Lorraine ».
En , Arcelor décide l'abandon du nom Sollac, les entités devenant alors « Arcelor Atlantique et Lorraine » et « Arcelor Méditerranée ». Depuis 2006, cette société fait partie du groupe ArcelorMittal.
Contexte : essor des produits sidérurgiques plats
Le début du XXe siècle est marqué par une évolution de fond du marché sidérurgique : les produits sidérurgiques longs, historiquement dominants avec notamment la production de rails de chemin de fer, s'effacent progressivement au profit de produits plats, qui assurent l'essentiel de la croissance de la demande[1] :
| Évolution du rapport entre consommation de produits plats / total (%) | ||||||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 1905 | 1913 | 1915 | 1925 | 1937 | 1938 | 1945 | 1954 | 1955 | 1957 | 1960 | 1964 | |
| États-Unis[1] | 20,5 | 34,4 | 40,0 | 45 | 54,0 | 67,5 | 70,1 | 65,7 | ||||
| France[2] | 19 | 29 | 39,4[3] | 40 | 46,7[3] | |||||||
Cette évolution est liée à l'apparition, en 1926, aux États-Unis, du premier laminoir continu à larges bandes à chaud fabriquant des plats. Le laminage en continu s'inscrit dans l'évolution de la sidérurgie en entraînant une intégration verticale plus poussée. En effet, une seule installation réalise les opérations de réchauffage, les laminages en bande, le traitement thermique et le bobinage[1]. La suppression des manipulations manuelles permet à la fois de réaliser des produits plus lourds et de supprimer le réchauffage des ébauches préalable au laminage des tôles très minces :
« Outre la suppression de l'effort physique des ouvriers, les procédés de laminage continu à chaud et à froid apportent des économies considérables : 80 % sur la main d'oeuvre, 40 % sur la consommation d'énergie et de 20 à 40 % sur la perte métal en cours d'élaboration. L'abaissement du prix de revient ainsi obtenu permet un développement considérable des usages de la tôle et du fer-blanc[2]. »
— Jean Thomas Casarotto, La sidérurgie des Wendel entre Orne et Fensch 1704-1978
Ainsi, en 1948, si les Pays-Bas réfléchissent à l'adoption du procédé, le Luxembourg, l'Autriche et l'Italie ont chacun déjà commencé la construction train semi-continu[note 1], la Belgique en installe deux et la Grande-Bretagne achève sa troisième installation. Cela reste peu par rapport aux États-Unis : en 1949, 30 trains continus y sont en service[2]. Par contre, le laminage en continu accélère l'évolution du métier vers l'industrie lourde :
« C'est une révolution technologique. Ce sera une révolution économique quand on aura examiné toutes les répercussions économiques qu'aura cette invention pendant plus d'un demi-siècle à travers le monde.
Première caractéristique économique du laminoir à larges bandes à chaud : son coût d'investissement est très élevé et on estime que les laminoirs pour plats représentent [en 1975] la moitié de l'investissement pour un complexe sidérurgique moderne.[…]
Deuxième caractéristique économique du laminoir à larges bandes à chaud : la capacité optima du laminoir à larges bandes à chaud atteint dès 1926, 600 000 t/an et augmente très vite : 2 Mt en 1950, 4 à 5 Mt en 1970. Ces capacités croissantes et considérables sont liées au caractère continu du processus de production […].
La taille optima du laminoir à larges bandes à chaud va donc favoriser le développement des complexes et déterminer la taille des nouveaux complexes. Elle la déterminera, car la taille des laminoirs pour produits longs a été et est nettement inférieure à celle des laminoirs pour plats : un blooming n'a en 1970 qu'une taille optima de 2,2 Mt ; de même la taille optima des aciéries et hauts fourneaux est nettement inférieure à celle des laminoirs pour plats, jusqu'en 1970 au moins. Elle va également déterminer la structure de ces complexes[1]. »
— J.-Y. Debost & B. Réal, Les rapports des industries de la manutention avec l'évolution des processus de production, p. 51
Ainsi, en 1926 comme en 1950, il faut mettre devant un laminoir à larges bandes à chaud 5 à 10 hauts fourneaux et une dizaine de convertisseurs Martin ou Thomas. En 1955, à Gary, il y avait 12 hauts fourneaux et 55 convertisseurs Martin pour alimenter un blooming et un slabbing dont la capacité annuelle était de 7,2 Mt/an d'acier. L'évolution logique de ces outils amont consiste alors à diminuer leur nombre pléthorique en augmentant leur taille unitaire : c'est ainsi qu'apparaissent les hauts fourneaux géants, et que la productivité du procédé LD devient incontournable dès sa mise au point[1].
Le laminoir en continu de produits plats a ainsi redéfini la taille optimale des outils sidérurgiques. L'organisation industrielle est aussi affectée car le laminoir en continu des produits longs, moins capacitaire, est soit combiné aux outils produisant et alimentant le laminoir de plats, soit isolé et alimenté par une aciérie électrique. Aux États-Unis comme en Europe de l'Ouest, la taille idéale du complexe sidérurgique suit alors celle des laminoirs à chaud de produits plats :
- un peu moins d'un million de tonnes en 1930 ;
- de l'ordre de deux millions de tonnes en 1950 ;
- trois millions de tonnes en 1960 ;
- cinq millions de tonnes en 1970 ;
- cinq à sept millions de tonnes en 1975-80[1].
L'investissement nécessaire devient phénoménal. De plus, en 1970, la demande nationale française pour les produits plats ne dépasse pas 10 Mt/an : le marché ne peut pas absorber la production d'une usine neuve. La mise en commun des moyens, de financement comme de production de brames, est la seule issue possible[1].
Fondation au lendemain de la Seconde Guerre mondiale

Dès 1937, François de Wendel étudie le projet d'un « train de laminoir à bande » pour produire des produits plats[4]. Il envisage de commander cette installation aux États-Unis, où la technologie vient d'être développée. Mais l'investissement dépasse largement le milliard de francs de l’époque. Pour l'amortir, il faut planifier une marche intensive mais la capacité annuelle d’un train à bandes excède alors de 100 à 150 % la capacité d’absorption de la clientèle de la maison de Wendel en produits plats[5].
Ce projet est remis en cause par la guerre. Au sortir de la guerre, les Wendel, bien qu'acteurs majeurs de la sidérurgie française, ne peuvent pas faire face seuls à la nouvelle demande comme aux investissements nécessaires pour y répondre. Ils sont obligés de s'allier avec d'autres sidérurgistes lorrains[4]. De plus, en 1946, le plan Monnet prévoit une importante croissance de la demande d'aciers, notamment des aciers plats pour la construction automobile et l'électroménager. Deux grandes fusions ont alors lieu en France pour permettre la construction et le lancement, sans nationalisation, du premier train à bandes (TAB) en France, appelés aussi "laminoirs à produits plats", destinés à une industrie automobile appelée à suivre la forte croissance connue aux États-Unis[6] et une stratégie de lutte contre certains projets publics semble émerger chez les industriels privés[6].
Si le train à chaud prévu au nord, à l'usine sidérurgique de Denain, est vite décidé, celui de l'est s'avère plus difficile à implanter. François II de Wendel s'oppose à ses confrères qui ne veulent pas voir la famille de Wendel contrôler l'outil. Évaluant soigneusement les avantages et inconvénients respectif d'une installation aux usines d'Hagondange, de Thionville et d'Hayange-Florange, la « commission de modernisation de la sidérurgie » conclu que seule l'implantation à Hayange permet d'orienter la sidérurgie lorraine vers la meilleure efficience industrielle. Non seulement l'usine est vaste et approvisionnée en minerai de qualité, mais le train continu à chaud remplacera pertinemment des unités obsolètes et complètera d'autres plus modernes[7].
En 1948, l'investissement atteint 29 milliards de francs. La moitié de cette somme est destinée à des achats de matériel aux États-Unis, et la moitié de ce matériel est financée sur les crédits Marshall[8]. Les sidérurgistes lorrains consentent finalement à s'associer. C'est ainsi que le est constituée la Sollac, regroupant 9 sociétés sidérurgiques. Son objectif est alors de construire en Lorraine une usine qui fabriquera exclusivement des tôles minces[9].
Les 9 « adhérents » initiaux, qui s'associent pour construire et alimenter le laminoir sont alors[9] :
- Les petits-fils de François De Wendel ;
- De Wendel & Cie, S.A. ;
- Société des Aciéries de Rombas ;
- UCPMI d'Hagondange;
- Société des Aciéries de Longwy ;
- Compagnie des forges et aciéries de la marine et d'Homécourt ;
- Forges et Aciéries de Dilling dans la Sarre ;
- Forges et Aciéries de Gueugnon ;
- Établissements J.-J. Carnaud et Forges de Basse-Indre ;
Une gouvernance originale
Le premier projet pour le grand train à chaud de l'Est est celui d'une société nouvelle, Usinest, issue de fusions à l'instar d'Usinor. Mais la famille de Wendel refuse absolument toute solution qui la diluerait dans un ensemble plus gros. De l'autre coté, c'est l'emplacement du train qui suscite des réticences : le situer dans la vallée de la Fensch serait pertinent, mais l'installer au cœur de l'empire des de Wendel ne peut que susciter la méfiance des associés[10].
Pendant toute l'année 1946, les négociations traînent. La formule de la coopérative est acceptée à contrecœur par François de Wendel, qui obtient en contre-partie l'installation à l'emplacement désiré, à Serémange. La direction en est confiée en à Louis Dherse, un polytechnicien sans expérience — ni passif — en métallurgie, proposé par le président de la Chambre syndicale de la sidérurgie, Jules Aubrun[10]. La présidence est, quant à elle, confiée à Léon Daum, le président de Marine-Homécourt.
Le fonctionnement en coopérative est la principale originalité de la Sollac, qui n'achète et ne vend rien. Chaque adhérent fournit la matière première, la fonte brute liquide, transformée par Sollac en aciers plats revendus sur le marché par ces mêmes adhérents. La formule préserve l'autonomie de chacun mais a l'inconvénient de gêner la coordination des services commerciaux des adhérents[10].
En 1968, par suite de regroupements successifs, ils ne sont plus que sept, puis quatre[11] :
- Wendel-Sidélor (64,3 %) ;
- Forges et Aciéries de Dilling (25,1 %) ;
- Forges de Gueugnon (8 %) ;
- Carnaud-Basse Indre (2,6 %).

