Soninkara
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Soninkara signifie littéralement « le pays des Soninké » ou « la maison des Soninké ». Ce terme désigne l’ensemble des territoires historiquement occupés par le peuple Soninké, regroupant plusieurs royaumes et cités-États issus de la décomposition de l’ancien empire du Wagadu[1],[2],[3],[4].
Au Mali, en Mauritanie et au Sénégal, les Soninkés occupent une large bande continue s’étendant sur plusieurs centaines de kilomètres, du Gajaaga à l’ouest jusqu’au ouagadou commune malienne à l’est. Bien qu’ils constituent le groupe ethnique le plus important de cette zone sahélienne, ils partagent ce territoire avec d’autres populations nomades ou sédentaires telles que les Bambaras, Maures, Peuls et Toucouleurs.
Le peuplement du pays Soninké s’est effectué progressivement depuis plus d’un millénaire, au fil d’une histoire marquée par le contact et les échanges avec d’autres groupes. Le territoire Soninkara couvre aujourd’hui plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, notamment :
- La Mauritanie
- Le Mali
- La Gambie
- Le Sénégal
On distingue plusieurs formations politiques (jamaane), une douzaine au XIXe siècle à la veille de la colonisation, qui continuent à marquer des différences au sein du peuple Soninké.
Histoire politique et sociale
Parmi les anciennes formations politiques de la zone sahélienne, la plus célèbre est sans doute le Wagadu, dont le nom évoque un passé prestigieux. Cet État a joué un rôle dominant du VIIIe au XIe siècle. Après la chute du Wagadu, le territoire Soninké s’est organisé en plusieurs royaumes indépendants, parfois en cités-États, comme Goumbou qui ont perduré jusqu’à la veille de la colonisation.
Cette diversité ancienne est le produit d’une longue histoire et s’est conjuguée avec des héritages coloniaux spécifiques et l’appartenance à trois États bien différents, avec leurs situations géographiques et compositions sociales propres.
Dans d’autres régions d’Afrique de l’Ouest, on trouve également des minorités Soninké qui, tout en gardant leur identité, n’ont pas constitué de formations politiques propres. C’est le cas notamment au Fuuta Tooro dans la vallée du Sénégal, en Gambie, en Haute Casamance, au Fuuta Jallon en Guinée, dans la région de Tichitt en Mauritanie, au Karta et dans le delta intérieur du Niger (Dia, Djenné...).
Économie du Soninkara
L’économie traditionnelle du Soninkara reposait surtout sur l’agriculture, base de la vie quotidienne. Ils produisaient du mil, du maïs, de l’arachide, du coton, des haricots et d’autres cultures vivrières et commerciales. L’or avait également une grande importance et était transmis de génération en génération sous forme de bijoux ou de pièces, considéré comme un héritage familial. En 1803, la conquête du royaume de Diangounte par le royaume bambara du Kaarta entraîna le pillage de plus d’une cinquantaine de villages. Plus tard, certaines richesses soninké, notamment à Gory , qui renfermait selon les sources orales près de trois tonnes d’or, furent pillées par les armées coloniales françaises dirigées par le colonel Archinard. Le tata de Gory fut détruit et le trésor déterré selon les récits oraux de l’époque.
À la veille de la colonisation, la société soninké se transforma progressivement en société esclavagiste, conséquence des guerres incessantes et des besoins militaires et économiques qu’elles imposaient.
Organisation sociale et pouvoir
L’organisation sociale actuelle des différentes régions Soninkés est un héritage du passé précolonial. Sur le plan politique, le pouvoir était exercé au niveau du jamaane par un chef issu d’un clan dirigeant appartenant à l’aristocratie guerrière. Ce chef se nommait :
Il gouvernait avec un conseil d’anciens composé de notables, parents et alliés de statut « libre » ou « noble » (hôoro), de clients (nyaxamalani) et d’esclaves de confiance (komo-xooro, jonkurunko...).
Dans la plupart des pays Soninkés, le pouvoir du chef était limité par celui des chefs de village (debi-gumu) qui conservaient une large autonomie, notamment au Guidimaxa et au Diafunu. Dans d’autres États, comme au Gajaga ou au Kingi, le pouvoir central était plus fort.
Les familles dirigeantes, appelées tunka-n-lenmu dans la plupart des régions et hankama-n-lenmu au Kingi, devaient compter avec l’influence d’autres groupes sociaux : alliés militaires (mangu au Gajaaga, soninka-xooro au Kingi), maîtres de la terre (nyiinya-gumu), marabouts (moodini), etc.
On retrouve partout en pays Soninké la coexistence d’anciennes familles guerrières animistes (toori-gumu, « porteurs de tresse » ou tugura-gumu, « porteurs de carquois ») et de familles maraboutiques.
Les royaumes et familles dirigeantes
Parmi les royaumes Soninké, la direction est restée longtemps dans les mêmes familles :
- Le Diafounou, dirigé par la famille Doucouré, dans le bassin de la Térékholé et de la Kolinbine.
- - Le Wagadou (Wagadu) autour de Goumbou et Nara , dirigé par la famille Doucouré
- Le Guidimakha, dirigé par les familles Camara et Soumaré, au nord du fleuve Sénégal, partagé entre le Mali et la Mauritanie.
- Le Kaarta (Kingi ou Diarra), dirigé par les Camara Wagué
- Le Gadiaga (Galam), au sud du fleuve Sénégal et en aval de Kayes, partagé entre le Mali et le Sénégal.
- Le Diombokho (Jonbooxu) à l'immédiat est de Kayes
- Le Tringa (Tiringa) à la frontière sud du Diafounou.
- Le Guidimé ( Gidinme) situé à l’est du Diafounou et au sud du Kianaga.
- Le Khaniaga (Xafiaarenme) ou Kaniaga (Xanaaga) à la frontière Mali-Mauritanie.
- Le Sorma (Soroma) au sud de tringa et nord de jaala.
- Le Kaarta (Karata) divisé en Kaarta-Nord (Diangounté) et Kaarta-Ouest (Séféto) (Kaarta-Nord, Kaarta-Ouest).
- Les deux anciens royaumes Diawara, situés l'un à l'immédiat est de Nioro : le Kingui (Kingi), l'autre sensiblement plus à l'est : le Dabola
- Le Bakhounou (Baaxunu).
- Le Koussata (Kusata).
- Le Lamballakhé (Lanballaqqe) que l'on appelle parfois de son nom bambara : Kodala, ce qui signifie également << Bords du marigot .
Guerres civiles et conflits de succession
Comme les dynasties soninké sont très anciennes, les familles tunkallemu se sont dispersées dans tout le jamaane. Les gesseru, spécialistes de l’histoire orale, jouent un rôle clé, ils conservent et vérifient les généalogies, parfois sur plus d’un millénaire[5].
Pour éviter les conflits de succession, plusieurs mécanismes existaient, mais malgré cela de nombreuses guerres civiles éclatèrent fréquemment. On peut donc considérer que le Soninkara fut davantage affaibli par ces luttes internes que par les ennemis extérieurs.
Le Diafounou et le Gadiaga, deux des royaumes soninké jadis les plus puissants, ont été particulièrement affaiblis par ces guerres civiles. Au Diafounou, la rivalité entre les Doucouré de Gori et ceux de Tambakara les uns s'en tenaient à le règle classique de l'ancienneté pour l'accession au trône, les autres, ayant constaté que le sort ne cessait de favoriser leurs rivaux, réclamaient une procédure d' alternance a laissé le pays en proie aux interventions etrangeres commes Les Bambaras Koulibaly-Massassis du Kaarta, les incursions maures et la tentative d’El Hadj Omar Tall de vassaliser les jamaane soninké et pour finir la conquete francaise[6].
Gori fut entièrement rasée en 1899 par le colonel Archinard, et son tata détruit. Il est important de noter que la capitale du Diafounou n’avait jamais été conquise par l’armée coloniale française. Son ouverture aux Français ne fut possible qu’en raison d’une nouvelle guerre civile, alors que la cité était déjà affaiblie par le siège imposé par Ahmadou Tall et en conflit interne avec Tambacara. Sans ces divisions, la prise de Diafounou Gori aurait été impossible[6].
Louis Faidherbe lui-même tenta de s’en emparer à trois reprises, en 1858, 1864 et 1865, sans succès. Il fut finalement rappelé à Paris lors de la guerre franco-allemande de 1870, avant de prendre la tête de l'Armée du Nord (1870-1871)
Au Gadiaga, la lutte incessante entre les Bathily de Makhana, Lany et Tuabou a contribué à amputer considérablement le territoire (Kayes et Médine à l'est cédés aux Khasonkés pour prix de leur alliance et à diviser le pays; les Français ayant pris position entre les Bathily de Tuabou (Senegal) et leurs freres de Makhana (Mali), le long de la rivière Falémé, ont par la suite officialisé cette frontière comme séparation entre les territoires du Sénégal et du Soudan français, devenu maintenant le Mali. La frontière actuelle est née des limites d' influence entre les deux branches de la famille Bathily lors de cette guerre civile[6].