Wikiwand AI

Statue équestre de Jeanne d'Arc (place des Pyramides)

statue d'Emmanuel Frémiet, place des Pyramides, Paris, France From Wikipedia, the free encyclopedia

Le Monument à Jeanne d'Arc[1] est une statue équestre de Jeanne d'Arc réalisée par le sculpteur français Emmanuel Frémiet. Inauguré en 1874, il est situé place des Pyramides, dans le 1er arrondissement de Paris, en France[2].

Faits en bref Type, Créateurs ...
Statue équestre de Jeanne d'Arc
Détail du monument.
Présentation
Type
Créateurs
Matériau
Construction
Propriétaire
État
Patrimonialité
Localisation
Pays
Commune
Coordonnées
Fermer

Description

Ce monument est une statue équestre en bronze doré. Jeanne d'Arc, tête nue et portant une armure, chevauche un puissant cheval caparaçonné et brandit son étendard de la main droite.

Localisation

La statue est située au centre de la place des Pyramides, dans le 1er arrondissement de Paris. Son emplacement se situe à proximité du lieu où Jeanne d'Arc aurait été blessée lors de sa tentative ratée de prise de Paris[2].

Historique

Commande

Le monument est une commande du gouvernement français faisant suite à la défaite du pays dans la guerre franco-allemande de 1870[2]. Parmi les 150 statues érigées à Paris au cours de la période 1870-1914, qualifiée d'« âge d'or de la statuomanie », celle de Jeanne d'Arc est l'unique commande publique passée par l'État (les autres étant dues à des initiatives privées)[3]. La symbolique de la statue est « la reconquête »[2].

Réalisation

Elle est exécutée par Emmanuel Frémiet[2], qui prend comme modèle Aimée Girod (1856-1937), paysanne lorraine vivant alors à Domrémy, le village de Jeanne d'Arc, qui mourra ironiquement brûlée vive dans l'incendie de son immeuble en , tout comme Jeanne d'Arc en 1431[4][réf. à confirmer]. Il la juche sur un puissant cheval de labour.

La statue est installée le et inaugurée la même année. Le piédestal est dessiné par l'architecte Paul Abadie et la grille élaborée par Gabriel Davioud protège celui-ci[2]. Cette statue de bronze est fondue par la fonderie Thiébaut Frères[5],[6],[7].

Réception

La réception de ce groupe déçut l'artiste : On critiqua les amples proportions — pourtant réalistes — du cheval au sommet duquel disparaissait la frêle jeune fille.

Frémiet explique : « Jeanne d’Arc fut une de mes premières commandes importantes d’après la guerre. Le sujet me passionnait, pour l’émotion de rendre d’abord, puis pour la vérité historique à dire. Jusqu’à là, on ne connaissait que l’archifausse Jeanne d’Arc à pourpoint et à toque à créneaux. Le document qui me servit le plus, le seul presque, fut la tapisserie du musée d’Orléans. Au point de vue de la monture, tous les documents graphiques sur les guerres d’alors me furent d’une grande aide. On a critiqué — oh ! ce fut un déchainement en 1874 ! — la robustesse du cheval. Mais tous les gens d’armes, le roi tout le premier, montaient d’énormes bêtes, des chevaux d’omnibus, oui, de ces gros chevaux d’omnibus à museau rose. Rien d’étonnant à ce que la guerrière, rendue svelte encore par les lignes élancées de l’armure, paraît petite et frêle. J’avais été trouver Carpeaux, lui disant ce qu’était la vérité, et lui demandant s’il fallait la faire. Il fut très embarrassé pour se prononcer. Et bien tant pis me dis-je, mon Maître m’aurait dit de m’attacher à la vérité avant tout. Oui, Rude m’aurait répondu cela. Je me déterminai donc. Et, depuis le public a compris et accepté. »[8],[9],[10],[11].

À la suite de nombreuses critiques, qui déclarent que rien ne manifestant visiblement la mission de la Pucelle d’Orléans, ni sa haute stature, ni son air de piété ou de « folie mystique », on en vint à déclarer que Frémiet avait bafoué l’héroïne nationale[9]. On lui dit que sa Jeanne a l’air d’un gamin, ou même d’un gavroche[12]. Tant et si bien que Frémiet en vient à douter : il se dit que la place où elle est installée manque de dégagement, que Jeanne d’Arc ne peut lui appartenir, donc que son image doit être conforme à ce qu’en attendent les Parisiens, même s’ils ont tort[12].

Le sculpteur décide alors de refaire une nouvelle Jeanne d’Arc, dont le corps passe de 1m73 à 1m96 et qui monte un cheval moins massif[12]. On peut voir la maquette de la première version au musée d’Orsay : les différences sont assez subtiles. Frémiet fait donc fondre la deuxième version et la donne à Nancy. Une nouvelle version de la statue exécutée en 1889 par Frémiet, pour la ville de Nancy[2], est financée par le mécène Osiris et installée sur la place Lafayette. Le cheval est réduit de taille.

Dans Le Temps du [13], alors que Frémiet présente une nouvelle version de cette statue, le critique d'art Paul Mantz juge positivement le travail du sculpteur pour la première version déjà installée sur la place des Pyramides :

« [Fremiet] …avait fait jadis la statue équestre de la place des Pyramides, et, avec cette loyauté touchante qui est au fond de sa conscience d'artiste, il craignait de ne pas avoir complètement réussi. Nous pouvons aujourd'hui rassurer M. Fremiet, il était le seul à Paris à n'être pas satisfait de son œuvre, la Jeanne d'Arc de la place des Pyramides, un peu grêle, un peu fillette, sur son énorme cheval de travail, est une des figures les plus originales de ce temps, et si, aux premières heures, elle a surpris quelques personnes, elle a bientôt fait la conquête des bons juges, nous sommes tous d'accord pour trouver intelligent, subtil même, le contraste qui existe entre la jeunesse de la petite combattante et la rustique monture qu'elle chevauche. Quoi qu'on ait pu dire à l'origine, la Jeanne d'Arc de la place des Pyramides est une œuvre de haute valeur, et beaucoup d'entre nous ne voyaient pas la nécessité de la corriger. […] …il nous fâcherait que la statue de la place des Pyramides fût détrônée par sa sœur cadette. M. Fremiet serait cruel s'il entendait nous priver d'une œuvre où il a tout dit et d'une image que nous aimons. »

Remplacement

Frémiet voudrait remplacer la première version par celle-ci mais ni l'État ni la Ville de Paris ne pourraient financer ce nouvel exemplaire[12]. Une importante commande arrive alors des États-Unis : Frémiet la réalise et consacre l’argent ainsi gagné à faire fondre, à ses propres frais, un nouvel exemplaire de la deuxième version, ce qui dut représenter une somme colossale pour le pauvre artiste qui n’était pas riche[12]. Il devient alors obsédé par la nécessité d’installer cette nouvelle Jeanne d’Arc à la place de l’ancienne, mais l’Administration s’opposerait à ces frais[12]. Il la garde donc en réserve. Or, en 1900, lors du creusement du métro sous la rue de Rivoli, le sol s’effondre un peu et Jeanne d’Arc s’incline un peu. Il faut l’enlever d’urgence et consolider ses fondations. Huit jours plus tard, la statue est réinstallée, en patine dorée[12]. Certains trouvent que cette nouvelle patine la change un peu. Et pour cause : c’est la deuxième version qui, en toute discrétion, a été installée. La précédente est détruite. Frémiet ne veut pas que cela se sache et veut garder le secret jusqu’à sa mort[12]. Mais en 1905, le pot aux roses sera découvert[14]. Le modèle en serait une certaine Valérie Laneau[14],[12].

Le monument fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis le [2].

Répliques

Henri-Léon Gréber, Monument à Emmanuel Frémiet (détail du socle), 1913, MNHN.

La version de Frémiet de Jeanne d'Arc à cheval est reproduite en de nombreux exemplaires, on la retrouve entre autres à Lille, Compiègne, Saint-Étienne, La Nouvelle-Orléans, Philadelphie, Portland et Melbourne.

À la mort d'Emmanuel Frémiet en 1910, son élève Henri-Léon Gréber lui rend hommage avec un monument installé à l'entrée du Jardin des plantes de Paris ; sur le socle est représentée la statue équestre de Jeanne d'Arc.

Postérité

Souvent[15], le 1er mai, la manifestation annuelle du Front national — renommé Rassemblement national en 2018 — en l'honneur de Jeanne d'Arc prend la statue de la place des Pyramides comme lieu de rendez-vous. Il en est de même de son ancien président Jean-Marie Le Pen et ses fidèles, lors d'un rassemblement différent organisé depuis les années 2010. Cette tradition est un héritage des ligues d'extrême droite de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle : on peut notamment citer l'Union nationale qui, en 1894, semble avoir été la première à avoir organisé une manifestation devant la statue[16], puis l'Action française ou encore la petite Ligue de la Rose-Blanche d'Achille Joinard, qui déposa en 1907 et 1908 des gerbes de roses blanches et des lys devant la statue.

La statue est l'un des objectifs d'un groupe de jeunes terroristes, personnages centraux du film Nocturama, réalisé par Bertrand Bonello et sorti en 2016. L'incendie, provoqué par une explosion, qui à l'écran dans plusieurs séquences du film ravage la statue, est un effet spécial numérique.

En 2019, la statue est un décor de l'opéra La traviata dans la mise en scène de Simon Stone à l'Opéra Garnier[17].

Images

Notes et références

Voir aussi

Related Articles

Timelines

Top Qs

Fact Checks