Street-level bureaucracy
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La Street-level bureaucracy désigne l’ensemble des fonctionnaires d’agences et d'administrations étatiques offrant des services directs à des usagers (par exemple une mairie ou une école). Son analyse découle d’une théorie des sciences sociales, rattachée aux études sur l’administration publique, qui a été développée et popularisée par le sociologue américain Michael Lipsky. Elle tend à expliquer les différents mécanismes d’application des politiques publiques par les fonctionnaires de première ligne « les street-level bureaucrats » (SLB) qui ont un contact quotidien avec les clientèles des services publics.
Quelques exemples de SLB[1]:
- Une policière en patrouille, elle est en contact direct avec le citoyen car elle entretient un dialogue avec celui-ci, elle est chargée de l’application des lois et sanctionne le citoyen quand celui-ci est en contravention avec la loi (par la remise d’un constat d’infraction ou d’une arrestation par exemple).
- Un professeur d’école donne un enseignement à ses élèves. Il est un SLB pour la raison qu’il est en contact direct avec les usagers (les élèves), mais aussi avec leurs parents. Il est chargé d’appliquer les programmes d’éducation prévus par l’autorité compétente (par exemple le Ministère de l'Éducation au Québec).
- Une travailleuse sociale interagit avec des familles en situation de pauvreté, elle essaie de trouver des solutions à leurs problèmes sociaux. Elle travaille pour des organismes communautaires, des centres jeunesse, des municipalités ou des pénitenciers.
- Un agent d’immigration est présent à un point d’entrée, il s’assure de contrôler la conformité des documents d’identités des personnes voulant se rendre sur le territoire national. Il travaille principalement dans les aéroports, le long de la frontière terrestre et dans les ports.
Lipsky part du constat fait par plusieurs chercheurs et chercheuses en science politique qu’il est difficile d’évaluer le degré d’application des politiques publiques. Il prend l’exemple du point de vue des SLB, qui est selon lui le meilleur angle d’analyse étant donné que ces fonctionnaires sont directement en contact avec le public.
Dans sa recherche Toward a theory of street-level bureaucracy publiée en 1969, Lipsky pose les premiers postulats de son approche des SLB et plaide en faveur de la création d’une théorie entourant les SLB. Il présente ses arguments en faveur d’une analyse portée du point de vue des SLB à l'aide de trois cas d’étude de SLB aux États-Unis : les policiers, les professeurs et les juges des tribunaux régionaux ou provinciaux. Cette première recherche marquera le point de départ des études sur les SLB.
En 1980, Lipsky publie l'édition complète de ses recherches sur les SLB, Street-Level Bureaucracy: Dilemmas of the Individual in Public Services, qui devient l’ouvrage de référence pour les études portant sur les SLB. « Idéalement, et étant donné leur formation, les [SLB] devraient répondre aux besoins ou aux caractéristiques individuels des personnes qu'ils servent ou auxquelles ils sont confrontés. En pratique, ils doivent traiter les clients collectivement, car les exigences du travail interdisent les réponses individualisées[2],[3].»
La conceptualisation du fonctionnaire de première ligne comme étant au cœur de l’analyse des politiques publiques remet en cause l’approche traditionnelle "top-down" (de haut en bas) de la prise de décision. Selon Paul Sabatier, les décideurs publics au sommet de la hiérarchie organisationnelle (top) ont tendance à éclipser les mécanismes et stratagèmes mis en place par les SLB (down) pour mettre en œuvre les politiques publiques[4].
En France, les études portant sur les SLB se sont développées peu après le début des années 1990 pour deux raisons : l’essor des techniques du Nouveau management public (NMP) dans l’organisation de l’administration française, ainsi que la recherche de satisfaction et de rétroaction sur les services publics proposés à la population de la part de l’administration[5].
Pour l’anniversaire des 30 ans de la publication de son ouvrage à succès, Lipsky publie une nouvelle édition réadaptée en 2010. Cette édition vise à réactualiser les apports précédents et les mettre à jour, il évoque notamment l’évolution de la discipline de science politique et les nouveaux défis auxquels sont assujettis les SLB. Par exemple, il fait référence aux enjeux raciaux, à l’immigration, au fait que les effectifs de police et de professeurs ont doublé entre 1970 et 2010 aux États-Unis[2]. Il conclut son livre de la manière suivante : « C'est le défi actuel pour les défenseurs de ces services publics : comment trouver un équilibre entre le respect de la rencontre individuelle qui est au cœur de la prestation de services au niveau de la rue, et en même temps négocier les questions plus vastes d'efficacité, de maintien de revenus adéquats, et de témoignage du rôle critique de ces systèmes publics dans la vie civique[2],[3].»
En 2012, Gregory Marston et Catherine McDonald, chercheur et chercheuse à l'Université de Queensland en Australie, suggèrent que les travailleurs sociaux soient pleinement intégrés au concept de SLB[6]. Les auteurs justifient leurs arguments par le fait que les travailleurs sociaux agissent dans la mise en œuvre des politiques publiques, et que la professionnalisation du travail social a été largement empêchée par l’essor du NMP et par extension du néolibéralisme[6].
Le pouvoir discrétionnaire, prérogative majeure des SLB
Le pouvoir discrétionnaire est au cœur de l’analyse des SLB, il « désigne en droit le pouvoir reconnu de l’administration d’agir en se fondant sur sa propre appréciation, au-delà donc d’une simple application des règles, mais en restant néanmoins dans un cadre légal[7]. » C’est l'un des principes les plus discutés dans la littérature relative aux SLB, du fait de son caractère d’appréciation assez large.
Lipsky affirme que le pouvoir discrétionnaire détenu par les SLB est un élément fondamental dans le cadre de leur travail et qu'il serait difficile de le leur retirer. Il évoque trois principales raisons pour justifier son positionnement[2].
- Les SLB travaillent dans des situations qui ne peuvent être résolues par des procédures préétablies. Le risque est que les fonctionnaires de première ligne ne souhaitent plus travailler dans des situations difficiles ou dangereuses par peur de s’éloigner des procédures établies et risquer des sanctions.
- Il est important de prendre en compte les dimensions humaines dans chaque situation rencontrée par la SLB. Les cas étant variés et différents, il est essentiel de faire appel à un jugement basé sur une observation afin de ne pas rendre des décisions uniformisées.
- Le pouvoir discrétionnaire contribue à la reconnaissance de la diversité des usagers au sein d'un système bureaucratique d’État-providence, où les services rendus doivent être personnalisés et adaptés aux situations. Ce qui permet d’accroître la perception de confiance entre travailleurs de première ligne et usagers.



