Su (mythologie basque)
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Su est le mot basque désignant le feu[1]. Depuis les origines, le feu a occupé une place centrale dans la culture humaine, jouant un rôle fondamental dans la réunion des individus et la formation des familles et des sociétés. Il a ainsi acquis, au fil des siècles, des connotations symboliques profondes. Par exemple, en culture basque, un feu permanent était ce qui distinguait une maison d'un simple abri temporaire. Le terme espagnol « hogar » reflète cette idée de « lieu de feu », soulignant que les communautés vivant sous un toit en terre cuite et ayant un feu commun formaient une unité, un symbole de légitimité[2].
Les premiers recensements de population reposaient souvent sur les feux domestiques, d'où l'usage du terme « sutegi » (foyer). En Navarre, il était d'usage de rendre le feu accessible à ses voisins, avec des règles strictes pour maintenir le feu allumé. Parfois, le feu était même transporté d'une maison à l'autre dans un récipient en bois, allumé à l'air pour ne pas s'éteindre[2].
Le renouvellement du feu, lors de célébrations comme Noël ou le solstice d'hiver, symbolisait le cycle de la vie et la renaissance du soleil. Certaines coutumes de Pâques ou d'autres fêtes chrétiennes en Pays basque servaient également à rappeler la résurrection du Christ. Cependant, cette tradition s'estompe aujourd'hui, remplacée par des écrans lumineux qui captent désormais notre attention[2].
Le feu, tout en étant un élément essentiel et utile de la vie, peut aussi être source de grands dangers. C'est ce que rappellent les dictons suivants :
- Sua eta ura morroi onak, nagusi gaiztoak
- « Le feu et l'eau sont de bons domestiques, mais de mauvais maîtres. »
- ura ta sua belaunaz beetik
- « L'eau et le feu (doivent se maintenir) sous les genoux. »
Ces proverbes illustrent le risque que représente le feu lorsqu'il échappe à tout contrôle[3].
Mythologie basque

Dans la mythologie basque, le feu (sua) est un être double, car être bon, car il donne une protection, peut aussi être dangereux. Le feu de la maison est le génie de la maison et on lui demande des faveurs. Le feu de Noël et celui de la nuit de la Saint-Jean sont particulièrement sacrés[4].
Jusqu'à la fin du siècle pratiquement, le feu était produit dans les villages au moyen de silex et d'amadouvier (polypore allume-feu). Dans la Burunda et le Goierri guipuscoan le silex le plus utilisé provenait du massif d'Urbasa. Il était vendu dans les magasins des villages. On tirait l'amadou des hêtraies. Des gens avaient pour tâche de parcourir les bois à sa recherche puis ils le vendaient après lui avoir fait subir un traitement approprié.
On faisait cuire ce champignon dans de l'eau avec de la cendre puis, dans la foulée, on le pilait avec une masse et on le séchait bien. De cette façon il s'allumait facilement au contact de l'étincelle jaillie du silex frappé par un briquet ou une lame d'acier. Ce mode d'utilisation de l'amadou et du silex se perdit avec la diffusion de la suprametxa (nom donné aux allumettes qui firent leur apparition).
Symbole de la maison et de la protection
On a considéré le feu de la cuisine comme un génie du foyer, le symbole de la maison et une offrande dédiée aux ancêtres. On lui demande certaines faveurs telle la dentition définitive des enfants, la purification des aliments (pain, eau, café) de ceux que l'on soupçonne d'être empoisonné, la consécration et l'intégration de personnes ou d'animaux étrangers à la maison.
Dans certains endroits comme en Soule par exemple, lorsqu'on souhaitait qu'une personne s'incorpore à une famille ou à une lignée, on la conduisait à la maison et on lui faisait faire quelques tours autour du feu de la cheminée ou de la crémaillère qui y pend. Par ce procédé, on pensait qu'on obtenait à coup sûr la réalisation de ses souhaits.
Autrefois, au moment de sortir le café du feu, il était courant d'y introduire l'extrémité du tison chauffé ou des braises rougies (Mañaka, Lekeitio, Ataun). De même on introduit du charbon enflammé dans l'eau que l'on ramène de nuit, de la fontaine. Dans certains endroits on faire encore cuire le lait à l'aide de pierres chauffées dans le feu.

En ce qui concerne le génie du feu appelé Eate ou Ereeta, on le reconnait surtout dans les grands incendies de bois et de maisons.
Étymologie
Su signifie « feu » en basque. Le suffixe a désigne l'article : sua se traduit donc par « le feu ».
Feu et chaleur
Le terme basque su et ses nombreuses variantes dialectales (jaka, bu, pu, etxeko su, su bizi, su geldo, su gozo, su alperra, suzale, suzilo, subera, sukoi, puin-puin, sudun, sutara, sutan, surten.) sont employés pour décrire le feu et la chaleur sous différents aspects. Cela comprend la chaleur produite par la combustion, mais aussi des nuances liées à l'intensité, à l'usage domestique, et à des aspects plus figuratifs du feu[5].
Armes à feu
Le mot su s'applique également au domaine des armes à feu : su egin (tirer avec une arme), et l'expression su! est utilisée pour ordonner de tirer. En revanche, lorsqu'une arme ne fonctionne pas, on utilise xixpa su egiten eztuena pour désigner un fusil qui ne tire pas[5].
Foyers et maisons
En basque, le mot su désigne aussi la maison ou la famille. Plusieurs termes comme sugate, suate, sugete, suete, subizgu, supizgu, supizgi, sutegi, sukune sont utilisés pour parler de foyers ou de maisons. Ces termes sont aussi utilisés dans des expressions sociales pour parler du nombre de foyers dans un village, comme dans l'expression zenbat su dire herri huntan? (combien de foyers y a-t-il dans ce village ?), ou pour parler de la contribution par maison, comme dans l'expression sugal egotxi deikuei errepartoa( On nous a demandé une part de contribution pour chaque maison (ou foyer))[5].
Santé et passions
Le mot su est également utilisé pour décrire certains phénomènes corporels comme les éruptions cutanées (su-urten, sueri, beroen, bero-urten, bero-zigar, arregosiak, suldar, zuldar, zaldar, zeldor, zelder, uder). De plus, il est associé aux passions humaines, notamment les ardeurs et les émotions intenses : su (c), gar, kar, berotasun, goritasun, gortazun, kalda, sumur, qui évoquent la jeunesse, la colère, ou l'amour. Par exemple, on parle de su gaztetasuneko (le feu de la jeunesse) ou de su amodiozko (le feu de l'amour)[5].
Célébrations et phénomènes naturels
- Feux publics: Le terme su est également employé pour désigner des phénomènes publics, comme dans les ventes aux enchères, où l'on dit suak itzal arteraino jo dezake nahi duenak (le feu peut continuer jusqu'à son extinction, celui qui veut peut enchérir).
- Feux d'artifice: Les feux d'artifice sont appelés suak ou suzko erreberak, utilisés lors des célébrations publiques ou des divertissements.
- Feux traditionnels: Les feux de la Saint-Jean (fête traditionnelle) sont appelés suberri, alamartsua, saino. Le feu du Samedi Saint, celui qui est bénit, est désigné par suberri.
- Phénomènes naturels: Le feu de San-Telmo, un phénomène lumineux souvent observé sur les mâts des navires, est appelé su gozo. En revanche, un su fatuo ou feu follet (petites flammes errantes), est désigné par des termes comme argi-txakur, argi-xakurrak, sutxakur, su sorgin, su-gora, larresu, argi-jauzi, argiak[5].
Actions liées au feu
Les termes relatifs aux actions avec le feu sont nombreux :
- Itzali, itzalgi, iraungi, il, hil, hilürhentü, itzaungi, itzungi, izungi, eho, amata, amatau, amatigatu, amatikatu, ametikatü signifient éteindre le feu.
- Su eman, su emon, supiztu, subermarazi, hasarrea piztu font référence à l'action d'allumer ou d'attiser une dispute.
- Su egotzi signifie appliquer le feu sur une arme ou un forage.
- Su egin signifie tirer avec une arme à feu.
- Su! est un cri de commandement pour ordonner à l'armée de tirer[5].