Synagogue de Hersfeld (1896-1938)
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La synagogue de Hersfeld ou synagogue de Bad Hersfeld était le lieu de prière des Juifs de la ville d'Hersfeld avant la Seconde Guerre mondiale. La synagogue a été détruite deux jours avant la nuit de Cristal où les nazis ont incendié la plupart des synagogues et lieux de prière juif en Allemagne et en Autriche.
Bad Hersfeld est une ville allemande dans le Land de Hesse, district de Cassel, arrondissement de Hersfeld-Rotenburg. Située sur la rive gauche de la Fulda, à 65 km au sud de Cassel et 40 km au nord de Fulda, elle compte actuellement un peu plus de 30 000 habitants. Initialement dénommée Hersfeld, la ville n'a pris son nom actuel qu'à partir de 1949.
La communauté au Moyen Âge
Une communauté juive existe à Hersfeld dès le Moyen Âge. L'empereur Charles IV autorise en 1347 l'abbé de Hersfeld Johann à accueillir des Juifs dans la ville. Certains d’entre eux s’installent alors en ville. Cependant, ils sont victimes de la persécution des Juifs lors de l'épidémie de peste de 1348-1349. L'abbé Johann confisque alors leurs biens. Mais dès 1362, les Juifs se réinstallent dans la ville. En 1378-1379, au moins trois hommes juifs adultes habitent à Hersfeld, et en 1380, au moins quatre hommes et une femme. Les familles juives vivent principalement des revenus du commerce de l'argent et des transactions de prêts sur gages. Les abbés de Hersfeld détiennent le droit de protection et d'imposition. Ils délivrent de soi-disant lettres de protection d’une durée de deux à huit ans aux familles juives qu’ils accueillent. Les documents relatifs aux admissions (délivrance ou prolongation de lettres de protection) ont été conservés jusqu'au début du XVIe siècle (plus récemment de 1504 à 1508).
Bien que l'on ignore la raison de l'expulsion des Juifs de la ville, à l'exception de séjours de courte durée dans la seconde moitié du XVIIe siècle (1665, 1679), aucun Juif ne vit à Hersfeld jusqu'au XIXe siècle.
La communauté moderne
Au XIXe siècle, pour la première fois depuis le Moyen Âge, trois familles juives s'installent à Hersfeld alors partie du royaume de Westphalie (1809-1810) membre de la confédération du Rhin. En 1827, on compte 31 résidents juifs. En 1852, ce nombre tombe à 7; En 1861, il ne reste plus qu’un seul juif dans la ville. À partir de 1866, les Juifs obtiennent le droit illimité de s’installer dans la ville et de nombreuses familles juives des « villages juifs » de la région en profitent pour déménager à Hersfeld : les familles Goldschmidt de Raboldshausen; les familles Hahn, Klebe, Wetterhahn et Stern de Rhina ; la famille Nußbaum de Niederaula; la famille Wertheim de Breitenbach am Herzberg. Initialement, les familles qui déménagent à Hersfeld appartiennent toujours à la communauté juive de Niederaula. De nombreux juifs venus s'installer à Hersfeld avaient initialement un droit de cité dans d'autres localités.
La création d'une communauté juive indépendante à Hersfeld est approuvée par les autorités le et achevée l'année suivante. Le nombre de résidents juifs évolue comme suit après 1866: en 1871 76 membres de la communauté juive, soit 1,1% du nombre total de 6 438 résidents; en 1880: 143, soit 2,0% des habitants de la ville; en 1885, 190 soit 2,6% d'un total de 7 262 résidents; en 1895, 187 soit 2,5%; en 1905, 300 soit 3,5% sur un total de 9 613 habitants; en 1910 on atteint 325 habitants juifs représentant 3,3% de la population totale de 11 410 habitants. Les premiers chefs de famille juifs immigrés gagnent leur vie comme marchands de bétail, ou comme bouchers, et seul l'un d'eux possède un commerce d'antiquités. Plus tard, ils ouvrent des ateliers d'artisanat, des magasins de détail, de négoce de bétail et de chevaux, un atelier de vernis et de peinture et une pharmacie. L'activité de banque privée de Jakob Hahn existe depuis 1895 et, peu après, ouvrent deux cabinets de soins dirigés, entre autres, par des médecins juifs.
En termes d'équipements, la communauté juive dispose d'une synagogue, d'une école primaire juive depuis 1877-1878 et probablement d'un bain rituel et d'un cimetière. L'école primaire juive est fondée à l'instigation du rabbin Dr. Michael Cahn de Fulda. Moses Nußbaum (1855-1929[1],[2]) de Zeitlofs y est professeur de 1878 jusqu'à sa retraite en 1920. En 1879, il enseigne à 19 élèves et en 1897 et en 1912 à 51 élèves, garçons et filles. En 1919, le nombre d'élèves tombe à 26. Le successeur de Nußbaum pendant seulement deux ans et demi est Isidor Landsberg qui meurt 1923[3]. Chajim Emanuel de Fulda devient l'enseignant à Hersfeld à partir de 1923. En 1927, l'école compte encore 23 élèves. La communauté juive de Hersfeld dépend du rabbinat de district de Fulda.

Les hommes juifs de Hersfeld participent à la guerre franco-allemande de 1870-1871 ainsi qu'à la Première Guerre mondiale. Au cours de cette dernière, la communauté juive de Hersfeld perd au front, ou des suites de leurs blessures, 13 de ses membres, dont le fils de l'enseignant Nußbaum tué près de Verdun[4]:
« Une souffrance indicible s'est installée dans la maison de notre vénéré professeur, Monsieur Nußbaum ici présent. Avec lui, toute la communauté pleure la perte de son fils plein d'espoir, le professeur principal Sally Nußbaum, qui, à l'âge florissant de 28 ans, est mort héroïquement pour la patrie sur les champs de bataille ensanglantés. La description des vertus de ce pieux héros est réservée à une autre plume. Que le Tout-Miséricordieux réconforte les parents et les frères et sœurs endeuillés. Que son âme soit liée dans l'alliance de la vie. »
Au cours de l'été 1925, un mémorial aux morts est inauguré à Hersfeld, sur lequel sont également inscrits les soldats juifs tombés au combat[5].
Devant la montée de l'antisémitisme, propagé par le politicien et prédicateur Adolf Stoecker, le haut gouvernement royal de Cassel apporte son soutien à la communauté éducative juive. L'enseignant Nußbaum rédige un article dans la revue Der israelit[6]:
« À une époque où les graines empoisonnées de la haine des Juifs de Stöcker menacent de germer partout, chaque personne noble et en particulier chacun de nos coreligionnaires doit être rempli d'une grande joie et d'une noble satisfaction en apprenant que nos autorités désapprouvent fermement les activités ignobles des antisémites et prennent les mesures appropriées pour retirer le sol de cette semence pernicieuse. Lors de la conférence des enseignants locaux qui a eu lieu ici aujourd'hui, le surintendant, l'inspecteur Dr. Vial, qui présidait la conférence, a lu un décret du gouvernement royal de Cassel dont le contenu était le suivant: Le Haut Gouvernement Royal a appris que des écoliers chrétiens se moquaient et ridiculisaient souvent publiquement des écoliers israélites ainsi que des Israélites adultes. Par ailleurs, il n'a pas échappé à l'attention du Haut Gouvernement Royal que certains enseignants, en violation grave de leur fonction, encouragent leurs élèves à commettre ces méfaits en tenant des propos inconvenants. C'est pourquoi le Haut Gouvernement Royal charge les inspecteurs scolaires de district d'informer les enseignants de leur district lors de la conférence qui aura lieu que le Haut Gouvernement Royal considère qu'un tel comportement de la part des enseignants est hautement anti-pédagogique et le désapprouve fortement. L'enseignant a au contraire le devoir de punir sévèrement tout cas d'insultes et de moqueries de ce type et d'habituer ses enfants à tolérer et à respecter les autres croyances par une instruction appropriée. »
De l'entre-deux-guerres à la période nazie
Vers 1925, alors que la communauté juive compte environ 400 membres, soit 3,64 % d'un total d'environ 11 000 habitants, le président de la communauté est Max Blumenfeld, A. Emanuel est l'enseignant et le hazzan (chantre), A. Dreyfuß le shohet (abatteur rituel) et K. Katz le gabbaï (serviteur de la synagogue). Le professeur Emanuel donne aussi des cours de religion aux élèves juifs dans les écoles publiques de la ville. Dans l'école primaire israélite, 25 enfants reçoivent une instruction religieuse en 1925, et 27 en 1932, auxquels s'ajoutent 14 enfants étudiant dans les écoles publiques.
De nombreuses associations juives aident les moins favorisés: la Chewro Gemillus chassodim, fondée en 1877 a pour objectif d'aider les nécessiteux. Son président est Max Blumenfeld et compte 19 membres en 1932; La Chewro Ahawas Emeß, fondée en 1883, a aussi pour objectif de soutenir les nécessiteux. Son président est Louis Goldschmidt remplacé en 1932 par Elias Stern; l'association Aurach Chajim, fondée en 1894, pour soutenir les personnes dans le besoin. Son président en 1932 est M. S. Nußbaum et compte 20 membres; la Israelitische Frauenverein (Association des femmes israélites), dirigée en 1932 par M. Levi et Julie Oppenheim, puis par J. Oppenheim seule à partir de 1932. En 1919, se crée l'association locale du Reichsbund jüdischer Frontsoldaten (Fédération du Reich des soldats juifs du front).
En 1932, le nombre de membres de la communauté juive est tombé à 360. Le président de la communauté est Max Blumenfeld avec comme vice-présidents Josef Bacharach et Jakob Levi.
La période nazie
De nombreuses agressions contre les Juifs ont lieu même avant l'arrivée au pouvoir d'Hitler[7]:
« Dans la ville voisine de Hersfeld, quatre voyageurs juifs en provenance de Francfort ont été attaqués par un groupe de SA et violemment tabassés avec des coups-de-poing américains et des couteaux. »
En 1933, à l'arrivée au pouvoir d'Hitler, la communauté juive de Hersfeld compte encore 273 membres.
Les nazis locaux imposent à la population juive de Hersfeld de signer volontairement une lettre indiquant qu'ils sont bien traités et qu'ils demandent aux Juifs à l'étranger d'arrêter leur campagne de boycott des produits allemands. Le journal local Hersfelder Zeitung pronazi écrit[8]:
« Hier, à Hersfeld, ... en raison de l'incitation à la haine contre l'Allemagne menée à l'étranger, notamment par les Juifs, de la propagation d'atrocités totalement inventées et des mesures de boycott décrétées, une action de défense a été prise spontanément. Les citoyens israélites locaux ont été sortis de leurs maisons par des camarades SS et SA et conduits au Hessischer Hof. Là, le chef SS Gunst a prononcé un discours devant les juifs rassemblés, ... Ensuite, les Juifs ont été emmenés vers la place du marché en une procession fermée par les SS et les SA, portant de nombreuses pancartes invitant la population à éviter les magasins juifs. Le chef de la section locale Kunde et le chef SS Gunst se sont de nouveau adressés aux Juifs ... ... Les habitants juifs ont finalement signé volontairement la résolution suivante :
Nous, les juifs de Hersfeld, nous nous opposons avec indignation aux mesures de boycott et à la propagande juive d’atrocités à l’étranger. Nous ne pouvons que confirmer que le soulèvement national s'est déroulé de manière ordonnée et tout à fait disciplinée. Nous, résidents juifs de Hersfeld, n'avons pas du tout été traités différemment. Nous demandons à tous les Juifs de l'étranger de s'abstenir de leurs actions répréhensibles envers le peuple allemand, dans l’intérêt de la communauté juive. »
Après 1933, une grande partie des membres de la communauté juive déménage ou émigre en raison de la privation croissante de leur droit civiques, du boycott économique, des représailles ainsi que des articles violemment antisémites dans le journal local Hersfelder Zeitung. 54 personnes réussissent à émigrer aux États-Unis, 6 en Amérique du Sud, 17 en Palestine, 11 en Angleterre, 10 aux Pays-Bas et 83 personnes ont annoncé leur départ pour Francfort-sur-le-Main. Deux jours avant le la nuit de Cristal du 9 au , des actions ont eu lieu contre les habitants juifs et les institutions de la communauté juive de Hersfeld. Le soir du , des groupes d’émeutiers nazis défilent dans les rues. Les Juifs sont maltraités, les fenêtres de leurs maisons et de leurs magasins sont brisées, la synagogue et l'école juive sont pillées et incendiées. En 1938, l'école juive comptait encore cinq élèves. En 1939, il ne reste plus que 22 Juifs à Hersfeld. Les derniers Juifs de Hersfeld sont déportés en dans le cadre de trois trains de déportation du nord de la Hesse vers le ghetto de Riga. Ils seront envoyés vers le camp d'extermination de Majdanek près de Lublin, en ou vers Theresienstadt en .
Le mémorial de Yad Vashem[9] de Jérusalem et le Gedenkbuch - Opfer der Verfolgung der Juden unter der nationalsozialistischen Gewaltherrschaft in Deutschland 1933-1945[10] (Livre commémoratif – Victimes des persécutions des Juifs sous la dictature nazie en Allemagne 1933-1945) répertorient 117 habitants juifs nés, ou ayant vécu longtemps à Bad-Hersfeld parmi les victimes juives du nazisme.

