Système tributaire de la Chine

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Chine (Jaune) et les états lui versant un tribut (orange), 1820
Fresque murale provenant du mausolée de Qianling, Shaanxi, 706. Des ambassadeurs étrangers sont reçus à la cour. L'homme chauve au centre vient de l'Occident et l'homme à sa droite vient de Silla.

Le système tributaire de la Chine (chinois simplifié : 中华朝贡体系 ; chinois traditionnel : 中華朝貢體系 ; pinyin : Zhōnghuá cháogòng tǐxì) ou Système Cefeng (chinois simplifié : 册封体制 ; chinois traditionnel : 冊封體制 ; pinyin : Cèfēng tǐzhì) est le mode de fonctionnement des relations diplomatiques et commerciales de la Chine impériale avec les autres nations durant pratiquement deux millénaires jusqu'à la fin du 19e siècle. À son apogée, ce système prend la forme d'un réseau de relations internationales informelles centrées autour de la Chine, qui facilite le commerce et les relations étrangères en reconnaissant le rôle hégémonique de la Chine au sein d'un ordre mondial sinocentrique. Il implique de multiples relations commerciales, militaires, diplomatiques et rituelles. Les autres États doivent envoyer régulièrement en Chine des envoyés porteurs d'un tribut, qui doivent exécuter un kowtow devant l'empereur chinois en signe de soumission et reconnaissent sa supériorité et sa préséance. Les autres pays suivent le rituel officiel chinois afin de maintenir la paix avec leur puissant voisin et de pouvoir bénéficier d'une aide diplomatique ou militaire sous certaines conditions. Les acteurs politiques au sein du système tributaire sont largement autonomes et, dans presque tous les cas, pratiquement indépendants[1].

Les chercheurs divergent quant à la nature des relations entre la Chine et ses voisins à l'époque impériale. Beaucoup décrivent un système qui englobe un ensemble d'institutions, de conventions sociales et diplomatiques, et d'organismes qui encadrent les relations de la Chine avec le monde non chinois pendant deux millénaires, jusqu'à l'effondrement du système vers la fin du XIXe siècle[2]. D'autres chercheurs, comme Odd Arne Westad, y voient une grande variété de relations qui diffèrent par leur caractère, et non un « système tributaire » global. Ils suggèrent un système sinocentrique, dans lequel la culture chinoise est au cœur de l'identité de nombreux groupes appartenant à l'élite sociale dans les pays asiatiques environnants[3].

Dans tous les cas, ce système, quelle que soit sa forme exacte, disparait à la fin du XIXe siècle, lorsque la Chine intègre une communauté d'États souverains de type européen et établi des relations diplomatiques avec d'autres pays du monde conformément au droit international[4].

Si certains chercheurs suggèrent que le système tributaire est un modèle permettant de comprendre les relations internationales en Asie de l'Est aujourd'hui, d'autres font valoir que ce concept est trompeur pour comprendre aussi bien les relations étrangères Chinoises au début de l'ère moderne que celles d'aujourd'hui[5].

Envoyés venant des royaumes Coréens de Baekje, Goguryeo et Silla. Peinture du 7eme siécle par Yan Liben (c. 600–673)

Le terme « système tributaire » est une invention occidentale. Il n'existe aucun terme équivalent dans le lexique chinois pour décrire ce que l'on considère aujourd'hui comme le « système tributaire », qui n'est d'ailleurs pas envisagé comme une institution ou un système par les chinois de la période impériale. Ce sont les historiens John King Fairbank et Teng Ssu-yu qui ont créé la théorie du « système tributaire » dans une série d'articles publiés au début des années 1940, pour décrire « Un ensemble d'idées et de pratiques développées et perpétuées par les dirigeants chinois au cours de nombreux siècles »[6]. Le concept est développé et devient influent après 1968, lorsque Fairbank édite et publie un recueil de conférences intitulé "The Chinese World Order", comprenant quatorze essais sur les relations prémodernes de la Chine avec le Vietnam, la Corée, l'Asie centrale, le Tibet, l'Asie du Sud-Est et les Ryukyu, ainsi qu'une introduction et des essais décrivant la vision chinoise de l'ordre mondial. Ce modèle présente le système tributaire comme une extension de l'ordre social confucéen hiérarchique et non égalitaire prévalent en Chine Impériale[7].

Mais selon Peter C. Perdue, historien spécialiste des relations étrangères sous la dynastie Qing, le terme "tribut" utilisé par Fairbank et Ssu-yu est « une traduction inadéquate du terme gong, qui a plusieurs significations en chinois classique », car «sa signification première, celle d'un cadeau offert par des subordonnés à leurs supérieurs, s'appliquait à toutes les relations personnelles... ». Toujours selon Perdue, le concept de "système tributaire" de Fairbank « a transformé une pratique flexible aux multiples significations en un système rituel excessivement formalisé » dans lequel le terme gong a toujours la même signification et le rituel gong est vu comme étant exclusivement et principalement un marqueur des relations étrangères, alors que les Qing ont pratiqué « de nombreuses et diverses formes de rituels tributaires »[8].

Image panoramique
Portraits des offrandes périodiques des Liang; copie datant de la dynastie Song d'une peinture du VIe siècle attribuée à Xiao Yi, qui est actuellement exposée au Musée national de Chine. De droite à gauche, les émissaires porteurs de tributs sont : Uar (Hephthalites); Perse; Baekje; Qiuci; Wo (Japon); Langkasuka (en); Dengzhi (邓至) (Qiang) de Ngawa; Zhouguke (周古柯), Hebatan (呵跋檀), Humidan (胡密丹), Baiti (白題 d'origine hephthalite semblable) qui vivent près des Hephthalite; Mo (Qiemo)[9].
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En pratique

Une girafe ramenée en 1414 du Bengale par Zheng He lors d'un de ses voyages, qui fut qualifiée de qilin par une partie de la Cour. Peinture de Shen Du, artiste de la cour des Ming (Philadelphia Museum of Art)

Légitimité

Le « système tributaire » est souvent associé à un « ordre mondial confucéen », dans lequel les États voisins se conforment et participent au « système tributaire » afin d'obtenir des garanties de paix, des titres officiels et des opportunités commerciales[10]. Un État intégré dans ce système reconnait la position supérieure d'un autre, et ce dernier lui accorde un titre officiel et les attributs associés prenant la forme d'une couronne, d'un sceau officiel et d'une tenue officielle, afin de le confirmer comme roi[11]. La pratique Chinoise consistant à accorder des titres a des dirigeants voisins non chinois est en vigueur depuis l'Antiquité et constitue l'expression concrète d'une politique étrangère souple[12].

Les dirigeants du royaume de Joseon, en particulier, cherchent à légitimer leur pouvoir en se référant à l'autorité symbolique chinoise. À l'opposé du spectre des relations tributaires se trouve le Japon, dont les dirigeants peuvent nuire à leur propre légitimité en s'identifiant à l'autorité chinoise[13]. Dans ces situations politiquement délicates, un faux roi est parfois mis en place pour recevoir l'investiture afin d'intégrer le système de commerce tributaire Chinois[14].

Autonomie

Dans la pratique, le système tributaire ne se formalise qu'au cours des premières années de la dynastie Ming[15]. Les acteurs du « système tributaire » sont pratiquement autonomes et mènent leurs propres projets malgré l'envoi de tributs, comme le montrent les exemples du Japon, des royaumes Coréens, du Royaume de Ryūkyū et du Vietnam[16]. L'influence chinoise sur les États tributaires est presque toujours de nature non interventionniste et les États tributaires « ne peuvent normalement espérer aucune aide militaire de la part des armées chinoises en cas d'invasion »[17],[18].

Tribut

Le versement d'un « tribut » consiste pour une cour étrangère à envoyer des émissaires et des produits exotiques à l'empereur chinois[19] En échange, l'empereur offre des cadeaux aux émissaires et les autorise a faire du commerce en Chine[20].

Le don d'un tribut implique une soumission à l'Empereur de Chine et à la Chine Impériale, mais il s'agit d'une soumission de façade, qui n'est généralement pas associé à une soumission politique. Il s'agit donc d'une « obéissance symbolique »[15]. Les États qui envoient des tributs ne sont pas non plus contraints d'imiter les institutions chinoises, comme le prouve le cas des peuples d'Asie centrale, qui versent des tributs sans jamais reprendre à leur compte le mode de gouvernement chinois. Au contraire, ils manipulent les pratiques chinoises en matière de tributs à leur propre avantage financier[21].

En effet, les cadeaux distribués par les empereurs Ming et les permis de commerce qu'ils accordent ont une valeur supérieure au tribut lui-même, de sorte que les États tributaires envoient autant de missions tributaires que possible. En 1372, l'empereur Hongwu réagit à ces abus en limitant les missions tributaires du royaume de Joseon et de six autres pays à une seule tous les trois ans. Le royaume de Ryūkyū ne figurant pas sur cette liste, il en profite pour envoyer 57 missions tributaires entre 1372 et 1398, soit une moyenne de deux missions par an. La densité géographique et la proximité n'étant pas un problème, les régions comptant plusieurs rois, comme le sultanat de Sulu, tirent un immense profit de ces échanges[14].

Après 1435, la dynastie Ming exhorte les délégations étrangères à partir et cesse de les aider à rejoindre et quitter la cour impériale. La taille des délégations est réduite de plusieurs centaines de personnes à moins d'une douzaine, et la fréquence des missions tributaires est également réduite[22].

Si les Ming ont l'habitude de faire des contre-dons supérieurs à la valeur des tributs versés, cela n'est pas le cas des mongols de la dynastie Yuan, avec le royaume de Goryeo; les cadeaux offerts par les Yuan ne représentant qu'une fraction du tribut versé par le royaume coréen[23].

Culture

La participation à une relation tributaire avec une dynastie chinoise peut également être motivée par des raisons culturelles ou civilisationnelles plutôt que par des avantages matériels et financiers. Ainsi, le royaume coréen de Joseon ne traite pas la dynastie Qing dirigée par des Mandchous, qui ont envahi la Corée et l'ont contraint à devenir tributaire en 1636, de la même manière que la dynastie Ming dirigée par des Han. Le Joseon continue de soutenir les Ming dans leurs guerres contre les Qing, malgré les représailles militaires de ces derniers. Même après leur victoire les Mandchous sont considérés comme des barbares par la cour coréenne qui, se considérant comme le nouveau « centre idéologique confucéen » à la place des Ming, continue à utiliser le calendrier et les noms d'ère Ming en défi aux Qing, malgré l'envoi de missions tributaires[24].

Le Vietnam est un autre exemple d'affiliation culturelle et d'attirance communes. Bien que les missions tributaires envoyées en Chine sont décrites dans l'histoire nationaliste vietnamienne moderne comme une pratique cynique visant à apaiser la Chine, « il existe peu de preuves d'une haine constante ou extrême des Vietnamiens envers la culture chinoise » tout au long de l'histoire. Au contraire, les élites vietnamiennes sont généralement favorables à la culture et aux normes politiques chinoises. Une étude des poèmes composés par les envoyés vietnamiens en Chine n'a révélé aucune hostilité envers la Chine, mais plutôt une véritable fierté de faire partie de l'aire culturelle Chinoise. Dans l'ensemble, avant la colonisation française les élites vietnamiennes sont profondément ancrées dans la culture chinoise. Jusqu'au XIXe siècle, la plupart des élites vietnamiennes ne semblent pas avoir écrit dans une autre langue que le chinois classique et vont jusqu'à critiquer les tentatives de modifications de l'écriture chinoise pour représenter la langue vietnamienne. La connaissance de textes chinois spécifiques est alors considérée comme l'équivalent de la culture historique. Jusqu'au XXe siècle, d'importants ouvrages littéraires vietnamiens, tels que le poème Vọng Nguyệt de Ho Chi Minh, qui retrace toute l'histoire du Vietnam, sont écrits en chinois classique[25],[26],[27].

Pour ce qui est du Japon, il évite tout contact direct avec la Chine des Qing et préfère manipuler les ambassades des royaumes voisins de Joseon et Ryukyu afin de faire croire qu'ils viennent rendre hommage[28]. Le royaume de Joseon reste un vassal de la Chine des Qing jusqu'en 1895, date à laquelle la première guerre sino-japonaise met fin à cette relation.

Rituels

Le système tributaire chinois oblige les États tributaires a accomplir une série de rituels lorsqu'ils cherchent à établir des relations avec la Chine, afin de formaliser les relations diplomatiques[29]. Les principaux rituels comprennent généralement :

  • L'envoi de missions par les États tributaires en Chine[29]
  • La prosternation des envoyés tributaires devant l'empereur chinois en tant que « reconnaissance symbolique de leur infériorité » et « reconnaissance de leur statut d'État vassal »[29]
  • La présentation d'hommages et la réception des « cadeaux des vassaux » par l'empereur[29]
  • L'investiture du souverain de l'État tributaire en tant que roi légitime de son territoire[29]

Une fois ces rituels accomplis, les États tributaires peuvent se livrer aux activités qu'ils souhaitent, telles que le commerce[29].

Histoire

Détail du rouleau « 西拯雲馳 » peint en 1757 par Giuseppe Castiglione, montrant des Kazakhs présentant leur tribut de chevaux à l'empereur Qianlong, peu de temps après la conquête du Xinjiang par les Quing. Rapidement, un commerce intense se développé à Kulja et Chuguchak, où des chevaux, des moutons et des chèvres kirghizes sont échangés contre de la soie et des tissus de coton chinois [30]. (Rouleau conservé au musée Guimet, Paris)

Les relations tributaires débutent pendant la dynastie Tang, sous le règne de l'empereur Taizong, lorsque les dirigeants chinois commencent à voir les envoyés étrangers apportant des tributs comme un « signe de conformité à l'ordre mondial chinois »[31].

En 1371, l'empereur Hongwu, le fondateur de la dynastie Ming, met en œuvre la politique haijin, qui prohibe toute forme de commerce maritime privé, afin de débarrasser les mers des de pirates. En vertu de cette interdiction, tout le commerce maritime doit être effectué par le biais du « commerce des tributs », le seul officiellement approuvé. Il délivre des laissez-passer aux ambassades étrangères qui apportent les tributs, et soumet ces dernières à des limites quant au nombre de personnes et d'articles autorisés.

Corée

Selon l'Ancien Livre des Tang et le Nouveau Livre des Tang, le royaume Coréen de Silla envoi comme tribut a la cour impériale Tang quatre femmes, toutes rejetées[32], ainsi que de l'or, de l'argent et divers autres objets en guise de tribut[33],[34].

« Si Silla a effectivement servi la Chine avec dévouement en envoyant des navires tributaires les uns après les autres, pourquoi le roi Beopheung a-t-il utilisé son propre titre de règne (au lieu de celui de l'empereur Tang) ? Cela prête vraiment à confusion ! À partir de ce moment-là, Silla a maintenu cette pratique erronée pendant de nombreuses années, même après que l'empereur Taizong en ait pris connaissance et ait réprimandé l'ambassadeur de Silla. Finalement, ils ont adopté le titre de règne Tang. Bien qu'il s'agisse d'une mesure nécessaire, on peut tout de même dire qu'ils ont réussi à corriger leur erreur[35]. »

 Kim Pusik (1075–1151), sur la nature des relations tributaires entre Silla et la Chine

Les souverains du royaume de Goryeo se font appeler « Grand Roi » et se considèrent comme étant les souverains de l'Asie du Nord-Est, un ensemble vus comme étant un monde centré sur le Goryeo. Ils conservent leur propre style impérial dans l'organisation de leurs institutions gouvernementales, leurs divisions administratives et leur propre système tributaire[36].

Alors que la lutte entre les Yuan du Nord, la Révolte des Turbans rouges et les Ming reste indécise, le Goryeo conserve sa neutralité malgré les demandes d'aide émanant des différents camps pour sortir de cette impasse. Lorsque les Ming finissent par prendre le dessus, le Goryeo leur verse en février 1385 un tribut considérable, composé de cinq mille chevaux, cinq cents Catty d'or, cinquante mille Catty d'argent et cinquante mille rouleaux de tissu de coton, afin de préserver sa neutralité[37].

Japon

Les premiers rois du Japon entretiennent des relations diplomatiques officielles avec la dynastie Jin et ses successeurs, et reçoivent le titre de « Rois de Wa ». Les empereurs chinois désignent généralement le souverain du Japon sous le nom de 倭寇 wōkouwang (wakuō) ,ce qui signifie « roi de Wa », tandis que ces derniers se donnent le titre d'ōkimi, ce qui signifie « grand roi », en référence à l'empereur chinois. Le titre de 天皇 tennō, qui signifie « roi céleste », est également utilisé par les rois du japon dans leur royaume, pour placer le souverain du Japon au même niveau que celui de la Chine.

Entre 607 et 839, le Japon envois 19 missions en Chine, auprès des dynasties Sui et Tang, une ultime mission prévue pour 894 ayant été annulée. La nature de ces contacts bilatéraux évolue progressivement, passant d'une reconnaissance politique et cérémonielle à des échanges culturels, un processus qui s'accompagne au fil du temps du développement des relations commerciales[38]. Mais malgré ces changements, acquérir des nouvelles connaissances est et reste l'objectif principal de chaque expédition. Ainsi, les prêtres étudient le bouddhisme chinois, les fonctionnaires étudient le gouvernement chinois, les médecins étudient la médecine chinoise et les peintres étudient la peinture chinoise. Ces voyages ne sont pas sans risque, et environ un tiers des personnes qui ont quitté le Japon n'ont pas survécu assez longtemps pour revenir sur l'archipel[39].

En 1401, le Japon du Shogunat Ashikaga verse a nouveau un tribut aux empereurs Chinois, au profit des Ming. En conséquence, en 1404, le shogun Ashikaga Yoshimitsu, qui détient la réalité du pouvoir au Japon, accepte le titre de « roi du Japon » décerné par les Ming, bien que le souverain nominal du Japon soit toujours l'Empereur Go-Komatsu. Pendant la période Muromachi, le Japon accepte la vision du monde prônée par les Ming et intègre donc le système tributaire. Cette relation se poursuit jusqu'en 1549 (à l'exception de la période 1411-1432), lorsque le Japon choisit de mettre fin à sa reconnaissance de l'hégémonie régionale de la Chine et d'annuler toute nouvelle mission tributaire[40].

L'adhésion au système tributaire étant une condition préalable à tout échange économique avec la Chine, en quittant ce système, le Japon renonce à ses relations commerciales avec la Chine[41].

Autre conséquence de ce retrait, lorsque débute la première des invasions japonaises de la Corée (1592-1598), la cour de l'empereur Shenzong les voit rapidement comme étant un défi à la vision sino-centrée du monde des Ming[42].

Thaïlande

La Thaïlande est un État important au sein du système tributaire Chine depuis la dynastie Sui (581-618) jusqu'à la Révolte des Taiping, qui éclate au milieu du XIXe siècle, à la fin de la dynastie Qing[43].

Si, durant les premiers siècles, ce sont des états contrôlant partiellement la Thaïlande qui versent un tribut à la Chine; lorsque le Royaume de Sukhothaï émerge et devient le premier État thaïlandais unifié, le roi Ramkhamhaeng établi des relations tributaires officielles avec la dynastie Yuan et la Thaïlande reste un tributaire de la Chine jusqu'en 1853[44].

Wei Yuan, érudit chinois du XIXe siècle, considère la Thaïlande comme étant le plus puissant et le plus fidèle des États tributaires de la Chine en Asie du Sud-Est, citant l'époque où la Thaïlande a proposé d'attaquer directement le Japon afin de détourner les Japonais de leurs projets d'invasion de la Corée et du continent asiatique, ainsi que d'autres actes de loyauté envers la dynastie Ming[45]. La Thaïlande est accueillante et ouverte aux immigrants chinois, qui dominent le commerce et les échanges et occupent des postes élevés au sein du gouvernement[46].

Vietnam

Tout d'abord intégré au royaume de Nanyue, le Vietnam devient une province chinoise (en) province chinoise en l'an 111 av J.C, lorsque les Han annexent les différents royaumes situés sur leur frontière Sud. Lorsque le Vietnam obtient son indépendance en 939, il devient un tributaire de la Chine jusqu'en 1885, date à laquelle il est devient un protectorat français suite au traité de Huế (1884). La dynastie Lê (1428-1527) et la dynastie Nguyễn (1802-1945) adoptent le système impérial chinois, les souverains se proclamant empereurs selon le modèle confucéen et tentant de créer un système impérial vietnamien tout en restant un État tributaire de la Chine[47].

Même si le Vietnam est le seul pays sinisé d'Asie du Sud-Est, la dynastie Ming le traite avec moins de respect que la Corée ou le royaume de Ryukyu[48]. De fait, la politique des Ming concernant le Vietnam n'est pas constante et dépends beaucoup de l'Empereur en place. Ainsi, l'Empereur Hongwu, qui est fermement opposé aux expéditions militaires en Asie du Sud-Est, se contente de réprimander le Vietnam pour sa conquête du Royaume de Champa, qui a envoyé des missions tributaires en Chine pour demander de l'aide. A contrario, pendant le règne de l'Empereur Yongle les troupes chinoises interviennent au Vietnam lorsque le mandarin Hồ Quý Ly usurpe le trône et renverse la dynastie Trần[49].

En 1469, un navire transportant des émissaires du sultanat de Malacca rentrant d'un voyage diplomatique en Chine est pris dans une tempête et est poussé vers les côtes du Vietnam. Les Vietnamiens massacrent une partie des survivants et castrent les autres avant de les réduire en esclavage. Dans un premier temps, le sultanat ne riposte pas et envoie un message à la cour des Ming pour rapporter l'incident et expliquer aux autorités chinoises que, le Vietnam contrôle le Champa et que les Vietnamiens cherchent à conquérir Malacca. En attendant la réponse à cette missive, les autorités du sultanat ne ripostent pas a cette agression, jusqu'à ce qu'elles reçoivent une lettre de la dynastie Ming, dans laquelle l'empereur les réprimande et leur ordonne de lever des soldats et de riposter si les Vietnamiens attaquent[50].

Selon une étude portant sur les relations entre le Vietnam et la Chine de 1365 à 1841, publiée en 2018 dans le Journal of Conflict Resolution, «la cour vietnamienne reconnaissait explicitement son statut inégal dans ses relations avec la Chine à travers un certain nombre d'institutions et de normes[51].» Toujours selon cette étude, « En raison de leur participation au système tributaire, les dirigeants vietnamiens se comportent comme si la Chine ne constituait pas une menace et lui accordent très peu d'attention sur le plan militaire. Les dirigeants vietnamiens sont clairement plus préoccupés par la répression de l'instabilité chronique dans leur pays et la gestion des relations avec les royaumes situés au sud et à l'ouest[51] ».

Royaume de Ryūkyū

De la fin du XIVe siècle au début du XVIe siècle, le Royaume de Ryūkyū occupe une place importante dans le système tributaire Ming, car il est un intermédiaire clé pour le commerce entre la Chine, l'Asie du Nord-Est et celle Sud-Est; grâce aux marchandises acheminées par les missions tributaires Ming-Ryūkyū.

Le rôle d'intermédiaire des Ryūkyū est facilité par les diverses communautés de la diaspora chinoise qui se sont installées dans ce royaume et occupent des postes à la cour royale[52].

Iles et archipels d'Asie du Sud-Est

Le sultanat de Malacca et le sultanat de Brunei envoient des tributs aux empereurs de la dynastie Ming, leurs premiers souverains se rendant personnellement en Chine avec les flottes impériales[53],[54].

Dans les Philippines, le commerce avec la Chine aurait débuté sous la dynastie Tang et se serait développé sous la dynastie Song[55]. Durant le deuxième millénaire après J.-C., certaines des entités politiques existant au sein de cet archipel font partie du système tributaire de la Chine[56](pp177–178), parmi lesquelles le sultanat de Sulu[57].

Articles connexes

Notes et références

Bibliographie

Pour approfondir

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