Il fallait prendre une décision. Je ne peux affirmer avoir raison dans l'absolu, mais il fallait mettre un terme à cette ronde infernale, alors. Le crépi s'effrite, apparaît le lieu du crime. Un suicide c'est toujours le crime parfait.
Si je me suicide, c'est par désespérance envers moi. Comprenez : je suis mort désespéré, mais pas dépressif. Depuis deux ans je pense à mettre un terme à cette situation. Le recours à l'évasion ayant échoué, il me restait "l'autre évasion". Je suis mort à vingt-cinq ans de destructions, de haines, de souffrances, de larmes, de quête d'amour, d'affection et d'amitié. Vingt-cinq ans d'où surgit "glorieusement" le négatif... le vide paralysant de la lâcheté humaine. Lâche à cause de son incompréhension, tout simplement. J'ai reçu en pleine gueule la prise de conscience TOTALE de notre pourrissement. Nous banalisons, minimisons ou employons la dérision pour tout ce qui concerne le cœur et le sexe. Je me suis conduit en fumier et, en ayant pris conscience, je suis condamné à ne pas pouvoir le réparer. Je ne suis pas assez pourri pour me cacher maintenant que j'ai été pourri (avec d'autres que moi). Et ce n'est pas le sens de la normalité judiciaire. Je suis trop écœuré par ce gâchis pour être satisfait de ma SEULE prise de conscience. Il me reste entre quatorze et dix-huit ans à faire... Toutes ces années à vivre, quand, au bout de cinq ans je n'en peux plus. Je n'ai pas assez de courage ou de lâcheté pour résister. Alors que reste l'utérus de Thanatos.
Acceptez de quitter vos conforts pour l'analyse critique constructive. De ma vie de maudit, ont découlé misères pour mon entourage et moi. J'ai trop souffert et trop fait souffrir pour en supporter encore. Je meurs entouré de pauvres de vide. Tout ce que j'écris est dépressif, pensez-vous ? Mais non, je sais que cette terre est bourrée de potentialités. Je sais que, libre, je pourrais construire, innover et vivre heureux. Je sais que des gens vivront heureux, mais, voilà... après vingt-cinq années très, très pénibles, il me reste encore quatorze ou seize années encore plus dures. Faites de cachot, d'isolement, de QHS et... de stérilité sociale et libidinale. [...] ça fait vingt-cinq ans que je fais ainsi la putain. Tous les jours je crève. J'ai mal, terriblement. À croire qu'un cancer me dévore. Je vous quitte, empli de haine et d'amour. De l'amour que j'ai raté, de l'amour que j'ai pas eu, de l'amour que je voulais donner. Bonne chance[1].