Tali Fahima

militante pacifiste israélienne From Wikipedia, the free encyclopedia

Tali Fahima (en hébreu : טלי פחימה) née le , est une militante pacifiste israélienne. Elle est jugée et condamnée du fait de ses contacts avec Zakaria Zubeidi, chef des brigades des martyrs d'Al-Aqsa à Jénine. Elle considère sa nationalité comme palestinienne.

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Tali Fahima
Biographie
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Biographie

Tali Fahima naît en 1976 et grandit à Kiryat-Gat, une ville d’immigrants orientaux fondée en 1954 en bordure du désert du Néguev[1]. Ses parents sont Sarah Lahiani, et Shimon Fahima, des Juifs mizrahis venus d'Algérie et d'origine marocaine[2]. Elle a sept frères et sœurs et est élevée par sa mère, après le divorce de ses parents, qui exerce divers métiers pour subvenir à leurs besoins[2].

Engagement politique

Tali Fahima est, jusqu’en 2003, une partisane du Likoud et d'Ariel Sharon, tout comme sa famille[3].

Après avoir accompli son service militaire obligatoire, Fahima s'installe à Tel Aviv et travaille comme secrétaire juridique[4].

Au plus fort de la Seconde Intifada (2000-2005), elle veut comprendre ce qui pousse des jeunes Palestiniens à se faire exploser dans les bus et dans les restaurants israéliens lors des attentats-suicides. Pour aller au-delà des explications partiales délivrées par les télévisions israéliennes, Tali Fahima achète alors tous les journaux, navigue sur Internet, y rencontre des internautes arabes, avec qui elle mène de longues conversations en anglais. Ces communications déclenchent les soupçons du service de sécurité intérieure, qui l'interroge sur ce subit intérêt[5].

Elle est bouleversée par un reportage des années 1980 sur un théâtre pour les enfants palestiniens de Jénine fondé par une femme juive, Arna Mer-Khamis. Elle est intriguée par le parcours de l'un de ces enfants, Zakaria Zubeidi, devenu un chef des brigades des martyrs d'Al-Aqsa - branche armée du Fatah - et terroriste recherché par les forces israéliennes pour des activités en collaboration avec le Jihad islamique palestinien, pour sa responsabilité dans des attentats meurtriers en Israël[6],[2]. Fahima le contacte et s'entretient avec lui à plusieurs reprises à travers Internet. Il lui explique les raisons de sa transformation d’un militant pour la paix en un combattant : la mort de sa mère et de son frère, écrasés sous les ruines de leur maison par l'armée israélienne quand le camp de Jénine a été rasé par les bulldozers[3].

Après avoir bravé les barrages militaires pour se rendre en territoire palestinien (parfois déguisée en Palestinienne), Fahima se rend à Jenine où Zubeidi lui assure toute sécurité[2]. Là, elle participe au projet des enfants palestiniens et lève des fonds pour acheter livres et ordinateurs pour les enfants réfugiés[5].

Sa démarche est incompréhensible pour l'immense majorité de la société israélienne, en dehors des milieux d’extrême gauche. Pour les institutions militaires et sécuritaires, c'est une trahison[5]. Elle expliquera au sujet de cet engagement peu avant son arrestation : « J'ai voté Likoud toute ma vie. J'ai été éduquée dans la haine et la peur des Arabes. Je pensais que l'occupation était juste. Mais, lorsque j'ai découvert que ma liberté était assurée aux dépens de celle des Palestiniens, notamment ceux de Jénine, je n'ai pas pu l'accepter »[5].

Elle apparaît dans le film documentaire Les enfants d'Arna (en anglais, Arna's Children, réalisé en 2003 par Juliano Mer-Khamis - le fils d'Arna Mer-Khamis - et Danniel Danniel), avec Zubeidi, avant qu’il ne soit emprisonné.

Elle ne nie pas avoir rencontré plusieurs fois Zubeidi à Jénine, mais elle récuse toute participation dans des activités armées. En , elle décide de vivre chez lui et se déclare prête à agir comme un bouclier humain pour protéger Zubeidi, après l'assassinat de plusieurs de ses proches par l'armée israélienne[2],[7]. Toutefois, elle nie, comme Zubeidi, toute relation amoureuse entre eux[5].

Employée comme secrétaire dans un cabinet d’avocats de Tel-Aviv, elle est licenciée à cause de ses activités politiques, ce qui la contraint à revenir vivre chez sa mère[1].

Arrestation et condamnation

« Solidarité avec la militante juive » par Latuff.

Le , Tali Fahima est arrêtée, afin d’être interrogée par des agents des services de sécurité puis placée en détention administrative pendant trois mois. Elle est inculpée en d'assistance à l'ennemi en temps de guerre[8].

Elle passe sept mois dans le plus total isolement, sous le régime de la détention administrative. Cette procédure d'exception permet d'emprisonner des années et sans procès toute personne supposée représenter un danger pour la sécurité de l’État israélien. Des milliers de Palestiniens et quelques militants israéliens sont détenus sous ce régime, mais elle est la première femme juive à en être victime[5].

Elle est violemment dénigrée par les services de sécurité et les médias israéliens[4]. Le cinéaste Juliano Mer Khamis, qui l'avait rencontrée en 2003 pour le documentaire Les enfants d'Arna, témoigne : « On aura tout entendu sur Tali, elle a été démonisée, accusée d'avoir trahi 'la tribu' [le peuple juif], d'être une pute pour Arabes. A son époque, ma mère aussi a été insultée sur ce mode-là. » Pour l'historien et journaliste Joseph Algazy, « le fait que Tali soit une femme, séfarade, d'origine modeste et, par tradition familiale, marquée à droite a certainement aggravé son cas »[5]. Les services de sécurité intérieure israéliens ayant déclaré que Tali Fahima représente un danger pour la sécurité de l'État d'Israël et les journaux titrant sur ces accusations, sa ville d'origine, Kiryat Gat, lui tourne le dos[4]. Sa famille n'est pas épargnée : face à l'hostilité ambiante, Sarah, la mère qui soutient sa fille, doit quitter son appartement[2]. Six de ses sept frères et sœurs ne lui parlent plus[5].

Dans une interview de 2005, Tati Fahima qualifie le service de sécurité israélien Shin Bet d'« organisation terroriste »[9].

Les crimes dont elle est accusée sont passibles d'une peine maximale de 15 ans de prison, mais un accord de plaidoyer est trouvé[10]. Le , elle plaide coupable pour des accusations moins graves, admettant avoir eu des contacts avec un agent étranger avec l'intention de nuire à la sécurité. Elle admet également avoir transmis des informations à l'ennemi et violé une ordonnance interdisant l'entrée d'Israéliens dans les territoires contrôlés par l'Autorité palestinienne. Les accusations les plus graves à son encontre - aide à un ennemi en temps de guerre, soutien à une organisation terroriste et possession d'armes - sont abandonnées. Elle est condamnée à une peine de prison de trois ans fermes, assortis d’un sursis qui serait appliqué en cas de violation d’une ordonnance d’interdiction d’entrée dans une zone militaire fermée, ce qui lui laisse alors moins d’un an de prison à purger[11].  

Se sentant responsable, Zakaria Zubeidi dit prier pour sa libération. Il précise que Fahima n'est pas la seule Israélienne à lui avoir rendu visite mais affirme qu'elle n'a jamais cherché à participer ou l'aider dans des actions terroristes : « Elle est venue ici pour aider le peuple palestinien… aider, ce n'est pas attaquer son peuple »[2]. Le ministre israélien de la Défense, Shaul Mofaz, déclare toutefois que les renseignements obtenus indiquent « clairement l'implication de Tali Fahima dans des organisations prêtes à commettre des actes terroristes contre Israël » et que des sources sécuritaires recommandent sa détention afin de mettre un terme à ses activités[2]. Les détails précis de tout ce lui est reproché n'ont jamais été rendu publics[10].

Sa première demande de libération anticipée de Fahima est refusée, la Commission des libérations conditionnelles statuant le 13 septembre 2006 qu'elle « s'était comportée de manière insolente et grossière envers les gardiens de prison »[12].

Tali Fahima est libérée en , pour bonne conduite, avec un an de moins que sa peine initiale. Cependant, elle n'a pas le droit de quitter le pays, ni de contacter des étrangers, ni d'entrer dans les territoires de Cisjordanie sous contrôle palestinien  des restrictions similaires à celles imposées à Mordechai Vanunu après sa libération de prison.

Poursuite du militantisme

Le , Tali Fahima participe à une cérémonie alternative pour le Jour de l'Indépendance d'Israël, allumant une torche en l'honneur notamment de tous les Palestiniens et Libanais emprisonnés par Israël, les prisonniers politiques en Israël et pour Zakaria Zubeidi[13]. Cependant, quand l'année suivante, Zubeidi, assigné à résidence à Jénine en vertu des conditions de son accord d’amnistie, demande l’autorisation de se rendre à Ramallah pour une opération des yeux. Fahima le dénonce comme une « prostituée du Shin Bet » et d'être une « honte pour la résistance »[14],[10]. Depuis, ils sont brouillés et certains de ceux qui ont milité pour sa libération et l'ont soutenue rompent tout contact avec elle[10].

En mars 2008, elle assiste aux funérailles des personnes en deuil au domicile familial du terroriste Alaa Abu Duhaim, qui a perpétré le massacre contre la yeshiva Merkaz HaRav à Jérusalem, qui a fait huit victimes âgées de quinze à dix-huit ans et quarante blessés[15].

En 2009, elle vit dans le village arabe israélien d'Ar'ara, dans le nord d'Israël et travaille sur le marché local et comme professeur d'hébreu[10],[16].

Elle se convertit à l'islam le , à la mosquée d'Umm al-Fahm et dit avoir pour modèle le chef de la branche nord du Mouvement islamique en Israël, le controversé cheikh Raed Salah[17]. Dans une interview, elle précise que l'admiration pour cet homme et « l'attaque contre la flottille de Gaza (ont) accéléré sa décision de se convertir à l'islam »[18]. Elle porte le keffieh et considère dorénavant sa nationalité comme étant palestinienne[réf. nécessaire].

Depuis 2015, elle vit au moshav Amirim, dans le nord d'Israël, est mariée et mère d'un enfant[19].

Références

Voir aussi

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