Tanele Maseko
militante swazie des droits humains
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Tanele Maseko est une militante des droits de l'homme swazie. Elle est la veuve de Thulani Maseko, assassiné en 2023. Depuis la mort de son mari, elle a repris le flambeau de son militantisme en faveur de réformes démocratiques à Eswatini.
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| Conjoint |
Thulani Maseko (de à ) |
Activisme
L'époux de Tanele Maseko, Thulani, est un militant pour la démocratie, parallèlement à sa carrière d'avocat pour les minorités et les groupes défavorisés en Eswatini. Entre le 18 mars 2014 et le 30 juillet 2015, Thulani est emprisonné pour outrage à la cour après avoir publié un article dans le magazine The Nation, dans lequel il exprime ses inquiétudes concernant l'indépendance et l'intégrité du système judiciaire swazi. Durant cette incarcération, Tanele Maseko rédige un article pour Amnesty International, où elle témoigne de son expérience en tant qu'épouse d'un prisonnier d'opinion[1].
Le 21 janvier 2023, Thulani Maseko est assassiné par des inconnus alors qu'il regarde la télévision à son domicile avec son épouse et leurs deux enfants. Ce meurtre intervient quelques heures seulement après une déclaration publique de Mswati III, avertissant les militants des droits de l'homme de ne pas «verser de larmes» si des «mercenaires les tuent»[2]. À la suite de ce drame, Tanele Maseko acquiert une plus grande notoriété internationale en devenant la figure centrale de la campagne «Justice pour Thulani». En juillet 2023, elle déplore l'absence totale de nouvelles de la part des autorités depuis les premiers jours suivant le crime. Elle accuse alors la police de traiter l'enquête comme une affaire classée[3].
Pour pérenniser l'héritage de son époux, Tanele Maseko crée la Fondation Thulani Maseko. Cette organisation milite pour des réformes démocratiques en Eswatini et pour une transition politique visant à mettre fin à la monarchie absolue. Conjointement, elle occupe le poste de directrice adjointe des Southern Defenders, un réseau régional de défense des droits de l'homme en Afrique australe[4].
Maseko multiplie les interventions publiques critiques envers le roi Mswati III. En octobre 2023, lors d'une conférence de l'Oslo Freedom Forum à Taipei, elle interpelle la présidente de Taïwan, Tsai Ing-wen. Elle critique alors la visite d'État de cette dernière en Eswatini et le maintien de relations diplomatiques avec le gouvernement swazi, malgré la répression exercée contre la population[5].
Campagne de harcèlement et arrestation
En décembre 2023, lors de la remise à Londres d'un prix posthume pour son mari aux Magnitsky Human Rights Awards, elle accuse directement Mswati III d'être un dictateur ayant ordonné l'assassinat de Thulani Maseko en raison de son militantisme[6]. Des médias indépendants locaux rapportent alors que Tanele Maseko est ciblée et surveillée par les autorités de l'État, et que sa vie est potentiellement en danger[7].
Le 29 décembre 2023, le porte-parole du gouvernement swazi, Alpheous Nxumalo, publie un communiqué sur X pour démentir ces rapports. Il tient à cette occasion des propos dérogatoires à l'encontre de Maseko, l'accusant de mener une «mascarade mondiale pour monnayer la mort de son mari». Il lui reproche également d'avoir contaminé la scène de crime immédiatement après le meurtre et d'avoir déformé les propos du roi concernant les défenseurs des droits de l'homme[8]. Les déclarations de Nxumalo sont vivement condamnées par plusieurs organisations et militants, notamment la Fondation des droits de l'homme, le Réseau des défenseurs des droits de la personne en Afrique australe, le Forum multipartite du Swaziland et Maxwell Nkambule[6].
Le 27 mars 2024, Tanele Maseko et ses enfants sont interceptés au poste-frontière entre Oshoek et Ngwenya alors qu'ils tentent de regagner l'Eswatini. Les services d'immigration indiquent que le passeport de Maseko est signalé comme appartenant à une personne recherchée. Les forces de police locales confisquent alors son passeport et son téléphone portable. Elle subit un interrogatoire de quatre heures au quartier général de la police régionale de Manzini, avant d'être libérée dans l'attente d'un nouvel entretien prévu le lendemain à Mbabane. Les premières informations indiquent que son statut de «personne recherchée» est officiellement lié à l'enquête sur l'assassinat de son mari[9].
Le 28 mars 2024, l'interrogatoire de Tanele Maseko par la police de Mbabane est interrompu après que ses avocats ont contesté la légalité du refus de la police de les laisser assister à l'entretien. Pendant sa détention au commissariat, des militantes de l'Assemblée des femmes rurales du Swaziland manifestent à l'extérieur pour protester contre son arrestation. À la date du 29 mars 2024, les autorités swazies n'ont toujours pas communiqué les raisons précises pour lesquelles Maseko a été identifiée comme une «personne recherchée»[9]. Lydia Dlamini, commissaire nationale par intérim de la police d'Eswatini, justifie la nécessité de cet interrogatoire par le fait que Tanele Maseko est l'unique témoin du meurtre de son mari, tout en l'accusant de ne pas coopérer avec les enquêteurs[10].
De nombreuses organisations régionales et internationales de défense des droits de l'homme dont African Defenders, le Southern Africa Litigation Centre, le Centre for Human Rights de l'Université de Pretoria, ainsi que Human Rights Watch et Amnesty International condamnent le ciblage et la détention de Tanele Maseko. Ces organisations appellent d'une seule voix le gouvernement swazi à se concentrer sur la réalisation d'une enquête indépendante et transparente sur la mort de Thulani Maseko. Human Rights Watch qualifie le harcèlement subi par Maseko de tentative délibérée pour la dissuader de réclamer «justice et responsabilité» pour le meurtre de son époux. De son côté, Amnesty International accuse les autorités d'instrumentaliser le système de justice pénale pour la prendre pour cible[11],[12],[13].
