Techniques nouvelles de pêche au thon rouge
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Le gros thon rouge est un poisson difficile à attraper. Les bancs de thons sont présents dans les cinq grands océans de notre planète. Ces thons géants parcourent de très grandes distances et vont très vite. Leurs ailerons se replient de sorte que le thon se déplace comme une torpille[1],[2]. Sa vitesse moyenne est de 50 km/h et il peut atteindre ponctuellement 70 à 88 km/h, soit environ 40 nœuds.
Des techniques nouvelles de pêche au thon rouge voient le jour dans la seconde moitié du XXe siècle, permettant d'augmenter les prises par de petits bateaux.
Vie d'un thon géant
Les gros thons à sang chaud vivent en moyenne de dix à vingt ans, les plus vieux dépassent les trente ans[3]. Durant leur vie, ils affrontent de nombreux risques, traversent des dangers et surmontent de multiples difficultés tout en restant en vie grâce à leur esprit d’équipe et une intelligence comparable à celle des poissons-éléphants ou des raies manta[4]. Leur cerveau fonctionne de façon similaire à celui des êtres humains. Par exemple, lorsqu’un bateau de pêche se trouve sur leur passage, les thons ne sont pas indifférents, ils pointent leur nez et observent le bateau. Ils se tournent de côté et regardent très attentivement. C’est l’une des rares espèces qui fait cela, ce qui démontre que ce genre de poisson possède un réel degré d'intelligence. Les plus gros thons sont aussi gros qu’une vache et pèsent plus de 500 kg[5],[6]. Leur corps est constitué essentiellement de chair comestible, leur ossature est réduite[7].
L’espèce dénommée thon rouge de l’Atlantique Ouest met environ huit ans avant d'atteindre la maturité[8] : il vit de 20 à 40 ans. La femelle pond une fois tous les deux ou trois ans des milliers d'œufs qu'elle abandonne en haute mer[9] ; cette espèce se reproduit principalement dans le golfe du Mexique[9].
Techniques nouvelles du XXe siècle
La prise de thons géants a été aléatoire jusqu'au milieu du XXe siècle. Cela va changer progressivement après la Seconde Guerre mondiale avec l'arrivée de la pêche sportive. L'apparition du sondeur et du sonar, des filins très solides et de gros hameçons, la méthode de la ligne à la main, de petits bateaux rapides pour aller très loin, une pêche en flottilles, sont autant d'atouts pour sécuriser la prise de gros thons lors de leur passage.
Technique de repérage : connaître le relief sous-marin
Les thons circulent en bancs, à grande vitesse et en profondeur de 500 à 200 mètres. Les jeunes sont très nombreux dans un même banc tandis que les plus vieux forment de petits groupes isolés[10].
Leur principale alimentation sont de petits poissons qui vivent sur des plateaux sous-marins entre 70 et 20 mètres de profondeur. La plupart de ces petits poissons sont sédentaires. Ils restent toute l'année sur le même habitat.
Après une course de 20 à 100 km au fond d’une vallée, un banc de thons rouges grimpe sur un col ou sur un plateau et se met à table. Pendant une demi-heure, les thons font un bon repas puis reprennent leur trajet vers un autre spot. Peut-être reviendront-ils dans quelques heures ou le lendemain ou bien ils auront migré quelques dizaines de kilomètres plus loin.
Le choix d'un secteur où la présence de thons rouges est avérée, est primordial, soit parce qu'éclate de temps à autre une petite chasse ou bien qu’une tradition centenaire révèle qu’à cet endroit les thons viennent chaque année. Ces zones sont connues pour leur forte concentration de poissons fourrages gras tels que les sardines, anchois ou les maquereaux très appréciés des thons[11],[12]. Le choix du secteur est validé par des signes d'une activité sous-marine manifeste mise en évidence par la présence d’oiseaux, des chasses de poisson en surface ou des dauphins qui accompagnent volontiers les thons.
Les zones de passage sont connues par le relief sous-marin et repérables par des appareils ou, comme dans les temps anciens, mesurés par des lignes de sondes afin de dresser une carte. Le sonar permet d'observer le passage de bancs de thons à proximité du bateau[13].
De nouveaux types de bateaux rapides sont conçus pour la pêche au gros. Une embarcation qui fend la vague arrive plus rapidement sur les rebords de plateaux sous-marins éloignés. Le changement de temps étant pris au sérieux, le petit bateau peut rentrer rapidement au port pour sa sécurité. Dans les années 1970, le bateau à moteur Mako, de 200 à 300 cv, a été le premier spécialisé dans la pêche au thon et autres gros poissons comme l'espadon ou le marlin bleu.
Technique d'un matériel adéquat : hameçons et fil métallique
Au milieu du XXe siècle les crochets de bouchers servaient d'hameçon, puis les pêcheurs ont forgé des hameçons plus fins qu'ils cachent dans un gros morceau de poisson tel que du requin ou du chien de mer faciles à capturer[14].
Pour la pêche sportive de lourdes cannes à pêche sont utilisées. Une canne puissante, un moulinet de taille 14 000 à 20 000 équipé d'un système de frein style ATD, des montages solides et parfaits sont nécessaires[15]. Le matériel est choisi avec soin et vérifié au préalable afin de contrôler un maximum de paramètres lors de la pêche.
Pourtant, les pêcheurs professionnels préfèrent la méthode de la ligne à main qui consiste à relier l'hameçon à un solide filin métallique de plusieurs mètres attaché à une grosse corde, elle-même enroulée dans un baquet et munie d'une bouée à son extrémité. Lorsque le thon mord à l'hameçon, il suffit de retenir la corde quelques secondes pour que l'hameçon pénètre dans sa mâchoire. La corde est suffisamment longue pour que le poisson puisse la dérouler totalement et s'enfuir avec la bouée. Un bateau dispose de quatre à six lignes enroulées minutieusement chacune dans leur corbeille. Dès qu'un thon mord sur un appât, les autres lignes sont rentrées rapidement pour éviter qu'elles ne s'emmêlent entre elles. Ainsi le bateau suit la bouée et la rattrape[16].
Technique du broumé
Le pêcheur ne peut avoir d'influence sur les habitudes millénaires de l’espèce. En revanche, il peut s’installer patiemment sur un spot où les bancs ont l’habitude de passer[17]. Quatre ou cinq gros hameçons très spécifiques sont alignés depuis le fond, de façon à créer une ligne jusqu’au bateau. À rythme régulier d’une poignée ou deux par minute, les déchets de poissons lancés depuis l’embarcation et emportés par le courant descendent lentement en passant près du premier hameçon, puis du second et du troisième jusqu’au dernier[18].
Les vieux thons ont déjà rencontré des milliers d’hameçons au cours de leur existence et ne se sont jamais laissé leurrer[19]. Le banc passe en meute sur le plateau, chasse ce qu’il veut et s’en va plus loin dans les profondeurs de l'océan[20]. Mais les plus vieux et les plus gros thons ne sont pas pressés comme les plus jeunes et délaissent bien volontiers leur équipe. C’est à eux que s’adresse le festin proposé par le pêcheur. Ils aperçoivent cette chaîne de petits poissons qui descendent lentement et décident de ralentir pour en profiter si le mets paraît suffisamment savoureux.
C'est à se demander si ces vieux poissons, qui sont à la fin de leur vie, ne préfèrent pas se battre avec un petit homme courageux que d'être mangés par un gros requin !
Technique du corps à corps
Cette ligne de vie constituée de petits poissons n'est pas à dédaigner pour un vieux poisson indifférent au danger. Du fond, il remonte la chaîne, esquissant peut-être l’un ou l’autre des hameçons cachés dans un morceau de poisson. C’est là que la ruse du pêcheur fait, par malchance, son effet et ce gros thon qui en a vu tellement d’autres est pris à l’hameçon. Habituellement le fil ou la corde se rompt et le thon va essayer de se défaire de cette gêne en raclant sa bouche sur un rocher. Mais, si le pêcheur a été assez malin, il aura mis un câble suffisamment solide[21]. Alors, dans un premier temps, la bête est hameçonnée. Ce n’est que le début du combat qui comprendra beaucoup de batailles avant d’assurer la capture du géant[22].
Si la corde est attachée au bateau, le thon saisira l’opportunité de la casser. Le pêcheur averti laissera du moût pour passer à un combat au corps à corps entre « lui et moi ». Le bateau sera libéré de son ancre et se laissera tirer par le thon[23]. Chaque fois qu’il sera possible, le pêcheur ramènera le poisson plus près du bateau. Jamais la corde ne doit toucher l'embarcation, seule la main gantée du lutteur sert de contact. L’hameçon étant entré sur un côté de la mâchoire, le thon aura tendance à devoir tourner en cercle par la pression douce appliquée par le pêcheur. Ainsi, petit à petit, lentement mais sûrement, le poisson remonte du fond et se rapproche du bateau. En dix, vingt ou trente ans d’existence, le thon n’a jamais vécu une telle expérience, alors il s’interroge. Ces poissons sont très doués. Le pêcheur sera-t-il plus intelligent que lui ? Il ne s’agit pas seulement d’un combat à la force des muscles, il s’agit aussi d’une stratégie intellectuelle. Il faut être très concentré sur chaque étape de façon à ne pas laisser échapper cette prise[24].
Technique des yeux dans les yeux : son dernier combat
Parfois le poisson sort la tête de l’eau pour faire connaissance avec son adversaire. Cette rencontre, les yeux dans les yeux, est émouvante. Il arrive même que le thon fasse une crise cardiaque en comprenant ce qui lui arrive. D’autres signent leur défaite et se rapprochent impitoyablement de l’embarcation pour une dernière tentative. Là, celui qui tient le harpon peut donner le coup fatal[25].
La lutte aura duré une ou plusieurs heures, voire jusqu’à dix heures. Quelques thons réussissent à s’enfuir. Parfois ce sont les pêcheurs qui sont exténués malgré le passage de relais toutes les minutes. Combien de pêcheurs qui ont embrassé ce défi qui leur a donné la victoire, ont versé des larmes ! La victoire n’est définitive qu’au moment où le thon arrive sur la terre ferme ou est récupéré par un chalutier.
