Tenue traditionnelle féminine de Bou Saâda

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La tenue traditionnelle féminine de Bou Saâda représente l'une des expressions les plus riches du patrimoine algérien. Originaire de cette ville emblématique des Hauts Plateaux, il est principalement porté par les femmes de la tribu des Ouled Naïl. Ce costume n'est pas simplement une tenue vestimentaire : il symbolise l'histoire, les traditions et les croyances d'une communauté enracinée dans une culture ancestrale. Chaque élément du costume – des vêtements aux bijoux en passant par les coiffures – reflète une esthétique unique et un savoir-faire artisanal transmis à travers les générations.

Les premières descriptions écrites du costume féminin de Bou Saâda remontent au XIXᵉ siècle. En 1887, M. Galland, alors maire d'Alger, relate sa fascination pour cette tenue dans un récit de voyage. Il écrit :

  • « Elles sont vêtues d’une tunique flottante, rouge ou polychrome, serrée à la taille par un foulard ou une ceinture de cuir, ornée d’un épais fermoir en argent. » [1]

Les œuvres du peintre orientaliste Étienne Dinet, qui s'est établi à Bou Saâda, offrent également un témoignage visuel précieux. Ses peintures comme Costume de fête (1907), Danseuse (1904) et Jeune Fille de Bou-Saâda (1892) mettent en lumière les détails somptueux des costumes, des bijoux et des coiffures. Ces œuvres montrent que le costume n'était pas uniquement porté dans le quotidien mais aussi lors des cérémonies et événements sociaux, renforçant son importance dans la vie communautaire.

Description

Le costume traditionnel de Bou Saâda est constitué de plusieurs éléments soigneusement assemblés, chacun ayant sa fonction, sa signification et son esthétique propre. Il peut être divisé en trois catégories principales : les vêtements de base, les vêtements supérieurs et les accessoires[2].

Les Vêtements de Base : Fonctionnalité et Confort

  1. Qmouja Iham : Une chemise légère et ample, généralement fabriquée en coton ou en lin. Elle est portée comme base sous les autres pièces pour apporter confort et fraîcheur.
  2. Siroual : Un pantalon bouffant, conçu dans un tissu fin et ample, adapté aux conditions chaudes des Hauts Plateaux et permettant une grande liberté de mouvement.
Tenue traditionnel bou saada

Les Vêtements Supérieurs : Élégance et Identité

  1. Malhfa (ou Qanbouz) : Une tunique ample, souvent ornée de broderies fines, maintenue par des fibules triangulaires reliées par une chaîne doublée (mdeouar) décorée de pendentifs[3].
  2. Rouba : Une robe longue, raffinée et richement décorée. Les motifs en fil d'or ou d'argent varient selon le statut social et l'occasion : des tenues plus sobres pour le quotidien et des pièces somptueuses pour les cérémonies.
  3. Ouga : Un manteau long porté sur le dos, essentiel pour symboliser la pudeur. Il est si central à Bou Saâda qu’une femme sans ouga est perçue comme « nue », même si son visage est couvert.
  4. Bou’aouina : Un voile intégral qui couvre tout le corps, ne laissant visible qu’un œil. Il incarne la modestie et le respect des traditions locales.
  5. Rihiyât : Des sandales simples mais robustes, pensées pour résister aux conditions arides tout en offrant un confort optimal.

Accessoires

Les bijoux occupent une place centrale dans le costume féminin de Bou Saâda. En or ou en argent, ils ne sont pas uniquement décoratifs mais portent des significations profondes : richesse, protection, fertilité et identité culturelle[4],[5].

Bijoux de Tête

  1. Jbin ou Assaba : Diadèmes richement ornés de motifs complexes, servant à stabiliser les coiffures volumineuses.
  2. Aloga : L'Aloga est une boucle d'oreille pendante, parfois imposante, ornée de pierres précieuses ou d'émail. Unique à Bousaâda, elle est portée comme préservatif par les jeunes et peut aussi se fixer aux tempes. Composée d’un demi-cercle et d’un demi-disque plein, elle symbolise à la fois le statut social, la féminité et intègre des motifs protecteurs ou symboliques, en plus de son aspect esthétique.
  3. Les khrous (boucles d’oreilles larges) ou mcharef se déclinent en différentes tailles. Les petites mecharfa de 10 à 12 grammes se portent dans l’oreille, tandis que les plus grandes, atteignant parfois 70 grammes, entourent l’oreille en épousant son contour. À Bou Saâda, les mecharfa sont fabriquées avec un fil d’argent recourbé, aplati à une extrémité et soudé à l’autre sur un corps principal décoré de motifs ajourés, de filigranes et de huit annelets pour des pendeloques. Parfois, le fil d’attache est directement coulé avec l’ensemble de l’ouvrage.

Colliers

  1. Chentouf ou Matrague Louiz : Colliers constitués de pièces d’or ou d’argent, souvent montés en plusieurs rangées couvrant la poitrine. Ces pièces, appelées louiZ (en référence à Louis-Philippe ou Napoléon III), illustrent la richesse de la porteuse.a chaque pièce est soude un anneau en cuivre ou passent dans des fils de soie les rangées de perles qui forme le collier. Quelquefois, les pièces sont retenues les unes aux autres par des crochets. Les plus beaux colliers sont composés de louis à l'effigie de Louis-Philippe 1er, de pièces d'or de cent francs de Napo-léon III ou de la République et aussi de pièces de 25 f francs d'Alphonse XII.l’auteur ferhati dans son livre  précise qu’il était en argent au début du siècle, le louis d’or arrivera plus tard dans les années 20
  2. Skhab Anbar : Collier parfumé, fabriqué à partir de pâte de musc et de clous de girofle. Il est souvent agrémenté de pendentifs tels que la khamsa (main de Fatma).ou Mesk (Meskia°CASSOLETTE en deux parties ressemblant à une poire apla

Fibules et Bracelets

  1. Khoulalat : Fibules triangulaires, reliées par une chaîne délicate, utilisées pour fixer les vêtements.il est composer d’une bzima d’une chaine et d’un plané d’or avec ornements
  2. Swar ou Magaousse : Bracelets épais, gravés de motifs géométriques, portés par paire ou en multiples exemplaires.servaient non seulement d'ornements, mais aussi de symboles de fertilité et de protection. Dans certaines régions, ils étaient également utilisés pour l'autodéfense, notamment par les danseuses Ouled Naïl.
  3. Khelkhal ou Rdif' : Bracelets de cheville en or ou en argent, soulignant l'élégance des mouvements féminins.

Parmi les accessoires traditionnels, on trouve :

  • Mnacha (éventail) : utilisé à la fois comme accessoire pratique pour se rafraîchir et comme élément d’ornement.
  • Mhazma (ceinture) : une ceinture richement ornée, fabriquée en cuir ou en tissu brodé, dotée d’un fermoir en argent ou de plaques d'argent reliées entre elles, richement décorées de motifs traditionnels et parfois incrustées de pierres colorées. Elle met en valeur la taille tout en aidant à maintenir la tenue en place.

Coiffure

La coiffure des femmes de Bou Saâda est aussi élaborée que le reste de la tenue, chaque style reflétant une étape de la vie ou une occasion spécifique.

  • Guennour : Une coiffure traditionnelle constituée de grosses tresses (dhifayer) enroulées autour des oreilles et enveloppées dans plusieurs foulards et de Djbin . Ce style complexe pouvait peser jusqu’à un kilogramme.
  • Aksa : Un style plus léger et moderne, souvent adopté par les jeunes femmes, où les cheveux sont enveloppés dans des foulards plus simples.
  • Chedda : Apparue dans les années 1950, elle combine des cheveux en tresses rejetés en arrière, recouverts d’un mendil léger.

Pratiques Esthétiques

Les femmes de Bousaâda intègrent des rituels traditionnels pour magnifier leur beauté tout en respectant les coutumes locales. Les sourcils sont soulignés au khôl ou au hargous pour intensifier le regard et protéger les yeux. Les dents et gencives sont soignées avec le swak, alliant hygiène et esthétique. Le henné est utilisé pour teindre les cheveux, les mains et les pieds avec des motifs symboliques représentant fertilité et prospérité. Enfin, l'usage d'encens (bkhour) et de parfums naturels crée une présence olfactive raffinée, renforçant l'élégance et la richesse culturelle de ces pratiques.

Transmission et Modernité

Notes et références

Annexe

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