The Edge of Sentience
Livre de 2024 sur la conscience
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The Edge of Sentience: Risk and Precaution in Humans, Other Animals, and AI (« Aux frontières de la sentience: risque et précaution chez les humains, les autres animaux et l'IA ») est un ouvrage de Jonathan Birch, publié par Oxford University Press en 2024. Il examine les questions éthiques et politiques soulevées par l'incertitude concernant la sentience (la capacité à ressentir des expériences subjectives comme la souffrance ou le plaisir). Birch se demande où situer la limite entre simple homéostasie et souffrance chez l'humain, les autres mammifères, les poissons, les invertébrés, et même l’IA (car il existe une possibilité réaliste que certains systèmes d’intelligence artificielle deviennent prochainement conscients et/ou dotés d’une agentivité robuste, ce qui pose la question de leur bien-être et de leur statut moral)[1].
| The Edge of Sentience | |
| Auteur | Jonathan Birch |
|---|---|
| Pays | |
| Sujet | Sentience, éthique |
| Version originale | |
| Langue | Anglais |
| Titre | The Edge of Sentience |
| Éditeur | Oxford University Press |
| Nombre de pages | 384 |
| ISBN | 978-0-19-287042-1 |
| Version française | |
| Type de média | Livre numérique |
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Ce livre analyse comment ce cadre d'analyse est aussi un enjeu éthique peut s'appliquer aux humains, aux animaux non humains et aux systèmes d'intelligence artificielle. Birch y propose une approche de précaution en matière de prise de décision éthique, arguant que les considérations morales devraient s'étendre aux êtres pour lesquels il existe une possibilité réaliste de sentience.
Il propose un concept de « candidat à la sentience » pour décrire les systèmes susceptibles d'être dotés de conscience. Il explore des exemples tels que les personnes atteintes de troubles de la conscience, les fœtus humains, les organoïdes cérébraux, les céphalopodes, les crustacés et l'intelligence artificielle. Birch soutient que les politiques publiques devraient, quand il y a une possibilité réaliste de conscience, privilégier la prévention de la souffrance, en s'appuyant sur des mesures de précaution proportionnées et démocratiquement éclairées.
Cet ouvrage a fait l'objet de revues dans des publications telles que 3 Quarks Daily, Leonardo et Biosemiotics. Celles-ci ont analysé l'application du principe de précaution aux questions de sentience et l'importance accordée à l'intégration de la réflexion éthique aux politiques publiques. Son lancement a eu lieu lors d'événements organisés par l'université de New York et la London School of Economics.
Contexte

Jonathan Birch est professeur de philosophie à la London School of Economics et chercheur principal du projet « Foundations of Animal Sentience project », sur les fondements de la sentience animale. En 2021, il a présidé une étude commandée par le gouvernement sur les preuves scientifiques de la sentience chez les mollusques céphalopodes et les crustacés décapodes. Les conclusions de cette étude ont éclairé la décision du Royaume-Uni d’étendre la reconnaissance juridique de la sentience aux invertébrés, notamment les pieuvres, les crabes et les homards, par le biais de la loi de 2022 sur le bien-être animal (sentience)[2].
Depuis la fin du XXe siècle, les débats sur la conscience animale se sont déplacés de la question de savoir si des animaux non humains sont conscients, vers la question de savoir quels animaux (ou entités artificielles comme des systèmes d'intelligence artificielle) sont conscients, et quelle forme prennent leurs expériences conscientes. Savoir où commencent et finissent les émotions et sentiments de douleur ou de plaisir n’est pas simple. Par exemple, un nombre croissant d'experts estiment que la sentience pourrait apparaître dans des machines et des logiciels complexes, et en particulier dans les systèmes d’IA[3].
Birch a écrit The Edge of Sentience pour explorer les questions éthiques et politiques soulevées par la question de savoir si certains êtres — tels que les invertébrés, les organoïdes cérébraux ou les systèmes d'intelligence artificielle — sont sensibles. Ces cas sont décrits comme étant à la « limite de la sentience ». L'ouvrage s'intéresse à la manière dont les décideurs politiques peuvent agir de façon responsable face à l'incertitude concernant la sentience, en privilégiant le raisonnement pratique et la précaution proportionnée plutôt que les théories spéculatives de la conscience[4].
Résumé
Le livre The Edge of Sentience propose un cadre de réflexion éthique pour les situations où la présence de la sentience est incertaine mais moralement significative. Jonathan Birch (p. 1) commence par y définir la sentience comme la capacité à vivre des expériences valencées (c'est-à-dire à valence émotionnelle : agréables ou désagréables pour le sujet, allant de la détresse à la satisfaction). Il la distingue des notions plus générales de conscience et d'intelligence, arguant que la sentience à elle seule justifie une réflexion morale. Sa définition aide à identifier les risques pour le bien-être, mais aussi à évaluer les moyens d’éviter de causer des dommages gratuits[3].
L'auteur y reprend un thème proposé par Kai M. A. Chan en 2011 dans un article intitulé « Ethical Extensionism under Uncertainty of Sentience: Duties to Non-Human Organisms without Drawing a Line »[5], en présentant de nombreux cas où la sentience est incertaine, (ex. : personnes atteintes de troubles de la conscience, fœtus humains, organoïdes cérébraux, animaux non humains tels que les céphalopodes et les crustacés, voire certains des systèmes d'intelligence artificielle émergents ou à venir).
Birch y analyse comment le raisonnement de précaution peut éclairer les réponses éthiques et politiques dans ces contextes.
L'idée centrale de cet ouvrage est celle du « candidat à la sentience », une hypothèse qui s'appuie sur la probabilité croissante (et devenue non négligeable) de sentience chez des espèces non-humaines qu'on ne pensait pas sentientes, voire au sein d'un système informatique dit « intelligent ». Birch soutient que, face à une telle possibilité, ignorer la souffrance potentielle d'autres entités serait une imprudence éthique. Le cadre qu'il propose repose sur trois principes : le devoir d'éviter toute souffrance gratuite, la reconnaissance de la pertinence morale du candidat à la sentience et l'importance d'une délibération démocratique sur les mesures de précaution appropriées.
Cet ouvrage applique ce cadre à des domaines pratiques tels que l'éthique médicale, la recherche sur les organoïdes et les fœtus, le bien-être des invertébrés en agriculture et la réglementation de l'intelligence artificielle. Selon Birch, les politiques publiques devraient être guidées non par la certitude, mais par la précaution et la proportionnalité, en privilégiant la prévention des souffrances lorsque les risques sont graves ou irréversibles.
Plutôt que de s'attaquer au problème philosophique de l'existence d'autrui, Birch se concentre sur l'action responsable à avoir en contexte d'incertitude. Pour lui, même si les limites de la sentience demeurent indéterminées, la prise de décision éthique peut néanmoins s'appuyer sur les principes de précaution, de proportionnalité et de responsabilité.
Dans un article de 2025, intitulé Précis of The Edge of Sentience: Risk and Precaution in Humans, Other Animals, and AI, il explique que dans les cas d'incertitude, « Nous devrions plutôt évaluer les précautions quant à leur proportionnalité en utilisant les « tests PARC ». Quand nous envisageons les problèmes ainsi, nous constatons que la surconfiance quant à l’absence de sentience a conduit à plusieurs reprises les décideurs à négliger des risques sérieux. Privilégier la prudence nécessite de nombreuses révisions des pratiques actuelles dans de nombreux domaines de l’activité humaine »[6].
Réception
Dans 3 Quarks Daily, Mike O'Brien décrit The Edge of Sentience comme une contribution claire et pragmatique à la philosophie publique. Il écrit que Jonathan Birch y développe un cadre systématique pour appréhender l'incertitude liée à la sentience chez l'humain, l'animal et l'intelligence artificielle, en s'appuyant sur les devoirs de prévenir la souffrance et de promouvoir la prise de décision démocratique. O'Brien souligne l'importance accordée par l'ouvrage au raisonnement pratique et à l'absence de spéculations. Il s'interroge cependant sur la pertinence de la consultation démocratique comme moyen de représenter les intérêts non humains, mais considère la position de Birch comme une approche applicable au sein des institutions existantes[7].
Dans une critique publiée dans Leonardo, Gregory F. Tague a analysé la manière dont l'ouvrage aborde les questions éthiques et politiques relatives à la sentience chez l'humain, l'animal et l'intelligence artificielle, soulignant l'importance accordée par Birch à la prudence et à la participation du public quand les preuves de sentience sont incertaines, qualifiant le livre d'accessible et pertinent pour les débats en éthique animale et en éthique de l'IA. Tague encourage la poursuite de réflexions et discussions sur la manière dont le principe de précaution peuvent orienter les politiques dans les domaines scientifiques émergents[8].
Dans un article paru dans Biosemiotics, Claudio Julio Rodríguez Higuera a analysé la pertinence de l'ouvrage pour la recherche sur la sentience et l'éthique des politiques publiques. Il estime que, bien que Birch n'aborde pas explicitement la biosémiotique, ses perspectives sur la communication et la valeur chez les organismes non humains pourraient enrichir le cadre théorique de Birch. Rodríguez Higuera suggère que l'éthique politique développée dans l'ouvrage pourrait contribuer à des échanges interdisciplinaires plus larges entre la biosémiotique et la philosophie de l'esprit[9].
Jeff Sebo soutient dans un article qu'« en admettant que les êtres conscients méritent d’être considérés, les humains devraient accorder une considération morale à des êtres ayant au moins une chance sur mille d’être conscients, et nous devrions considérer certains systèmes d’IA comme ayant au moins une chance sur mille d’être conscients et moralement significatifs d’ici 2030. Il en découle que nous devrions étendre la considération morale à certains systèmes d’IA d’ici 2030. Et puisque le changement technologique tend à être plus rapide que le changement social, nous devrions commencer à nous préparer à cette éventualité dès maintenant. »[10]. Il confirme en 2025 dans un essai intitulé que l'ouvrage de Birch est complémentaire de son livre The Moral Circle(2025)[11], qui lui aussi suggère des cadres de précaution pour étendre la considération morale aux êtres de conscience incertaine — tels que certains invertébrés ou systèmes d’IA, mais avec dans son cas une perspective de théorie éthique à plus long terme que ce que propose Birch[12].
Présentation au public
Un événement de lancement de livre a eu lieu à Lipton Hall, à la faculté de droit de l'université de New York, le 11 novembre 2024[13]. Birch a également donné une conférence publique à la London School of Economics le 3 décembre 2024. L'événement, intitulé « À la frontière de la conscience : risque et précaution chez l'humain, les autres animaux et l'IA », a exploré les principaux arguments du livre et leurs implications pour l'éthique et les politiques publiques[2].
Historique de publication
Le livre a d'abord été publié en ligne en accès libre par Oxford University Press le 19 juillet 2024. Sa couverture était illustrée par Anna Zeligowski. Une version reliée est parue le 15 août 2024[14]. Une version audio, narrée par Graham Mack, a été publiée par HighBridge Audio le 18 février 2025[15].