Thèses de Pomeyrol

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Les thèses de Pomeyrol sont des positions rédigées les 16 et par douze membres de l'Église réformée de France, afin de fournir un appui théologique à la résistance au nazisme, contre l'esprit de collaboration et le défaitisme. Les signataires souhaitent que l'Église réformée de France prenne position sur l'occupation et ses conséquences, notamment pour les juifs persécutés[1]. Ces thèses sont adoptées par le synode régional d'Annecy en et le Conseil national de l'Église réformée de France décide début 1942 de les diffuser à tous les présidents de conseils régionaux. Les thèses de Pomeyrol sont à l'origine de la résistance spirituelle d'un grand nombre de chrétiens et elles vont devenir la trame de la réflexion et de l'action des mouvements de jeunesse et de beaucoup de chrétiens pendant la guerre et au-delà[2].

La défaite et l'occupation

Dès , le choc de l'effondrement et de la défaite conduit de nombreux Français à se tourner vers le maréchal Pétain, le «vainqueur de Verdun» incarnation de la nation et de la continuité de l'État, à qui l'Assemblée nationale vote les pleins pouvoirs le .

Trois dates essentielles conduisent aux thèses de Pomeyrol :

  • le premier statut des juifs étrangers en . Cette loi provoque des discussions entre les membres du Conseil national de l'Église réformée de France et un échange de correspondance entre le président Marc Boegner et les présidents de régions de la zone sud. Dès l'automne 1940, de nombreux protestants demandent avec insistance une intervention de leur Église auprès du gouvernement et une déclaration publique. Le président Marc Boegner préfère observer la plus grande réserve. Il estime alors que les conversations personnelles avec certaines personnalités responsables étaient plus efficaces.
  • la création du Commissariat général aux questions juives le , provoque la lettre du pasteur Boegner au grand-rabbin de France Isaïe Schwartz en , qui est rendue publique. Cette date devient importante dans la chronologie de la défense des juifs persécutés. C'est le premier geste en leur faveur parmi les différentes Églises chrétienne en France. Plusieurs protestants souhaitent une déclaration plus vigoureuse, comparable à celles des Églises protestantes hollandaises.
  • la création du Commissariat aux questions juives et le deuxième statut des Juifs le 2 juin 1941 achève d'alarmer ceux qui se préoccupent du sort des réfugiés[2]. La nécessité d'établir un instrument idéologique de résistance face à la rapide progression du nazisme aboutit à la réunion de Pomeyrol.

La lutte antinazie de l'Église confessante allemande

Après la prise de pouvoir par Adolf Hitler, les Églises régionales protestantes allemande - luthériennes, réformées et unies - constituant l'« Église protestante », se voient contraintes d'adopter dans leurs statuts un paragraphe aryen et l'affirmation d'une supériorité allemande. Le , un synode non officiel réuni à Wuppertal-Barmen s'en désolidarise en adoptant la déclaration de Barmen : des luthériens et des réformés se réunissent alors sous la dénomination d'Église confessante bekennde Kirche »). Ces résistants venus de toutes les parties de l'Allemagne protestent ainsi contre la mise au pas du protestantisme allemand en voie d'organisation dans les « Deutsche Christen » (l'Église officielle). Le texte de cette déclaration, dont un des principaux rédacteurs sont les théologiens Karl Barth et Dietrich Bonhoeffer, se présente comme un acte exclusivement religieux, de résistance spirituelle pour la défense de l'Église et de la pureté de son message ; en particulier, il ne mentionne pas la persécution des juifs. Malgré ses lacunes, sa signification politique est évidente[1],[3],[4].

Les participants au groupe de Pomeyrol

Les fondateurs

Les fondateurs de la démarche de Pomeyrol furent le pasteur Willem Visser 't Hooft, secrétaire général du Conseil œcuménique des Églises et Madeleine Barot secrétaire générale de la Cimade.

Willem Visser 't Hooft connaît bien les Français, il prend au sérieux le « mythe Pétain » et la séduction du « vainqueur de Verdun », et il se demande, à juste titre, si l'Église de France serait capable d'avoir une prédication fidèle et si l'Église pourrait résister. Willem Visser 't Hooft, ancien secrétaire général de la Fédération universelle des associations chrétiennes d'étudiants - FUACE, la World Student Christian Federation, est depuis 1938 secrétaire général du tout jeune Conseil œcuménique des Églises (COE). Ses amis sont nombreux parmi les « post-fédératifs » français, les anciens de la Fédération française des associations chrétiennes d'étudiants, la « Fédé », branche française de la FUACE, et en particulier à Lyon, Nîmes et Montpellier[5].

Madeleine Barot est secrétaire générale de la Cimade depuis . Madeleine Barot et sa coéquipière, Suzanne de Dietrich, ancienne de la Fédé, avaient su forcer la porte du camp de Gurs au culot et y établir un droit de visite de facto. La Cimade est dès lors présente non seulement auprès des évacués et réfugiés relogés parmi la population du sud de la France, mais aussi dans les camps d'internement de la zone sud, confrontée quotidiennement à la situation scandaleuse des étrangers, des apatrides, des juifs et déjà à l'angoisse et à la souffrance de leur avenir incertain.

Les personnes qui se réunissent à Pomeyrol les 16 et sont engagées dans des paroisses ou dans des mouvements de jeunesse ou de solidarité. Ils estiment que le temps d'une parole publique forte est venu[1]. Ils sont influencés par Karl Barth et l'Église confessante allemande qui réunissait des protestants refusant la soumission au national-socialisme. La déclaration de foi du synode clandestin de Barmen () avait été envoyée à toutes les églises protestantes d'Europe. Ces thèses sont ainsi nourries de paroles allemandes : seul l'Évangile de Jésus-Christ réclame une obéissance totale, aucun Führer au monde ne peut y prétendre - c'est un des Cinq solas, Soli Deo gloria, « A Dieu seul la gloire »[6].

Les signataires

Les signataires sont au nombre de douze.

Participants non signataires

Willem Visser't Hooft qui est un pasteur de l'Église réformée néerlandaise détaché à Genève où il a pris le secrétariat général du Conseil œcuménique des Églises tout récemment créé ne souhaite pas signer un document interne à l'Église réformée de France. Sont également présents Henri Clavier (Faculté de théologie de Strasbourg)[14], Henri Eberhard (Dieulefit)[15], André Vermeil (Livron), Antoinette Butte (maison de Pomeyrol).

Le lieu

Le domaine de Pomeyrol, situé à Saint-Étienne-du-Grès, au sud-est de Tarascon dans les Bouches-du-Rhône, appartient à l'Association des pasteurs de France. Sa directrice, Antoinette Butte, y fonde, en 1950, la Communauté diaconesse de Pomeyrol.

Le texte

Réception et influence

Notes et références

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