Titan II GLV
Lanceur spatial
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Titan II GLV, contraction de Titan II Gemini Launch Vehicle, également appelé Gemini-Titan, est un lanceur spatial américain de moyenne puissance dérivé du missile balistique intercontinental Titan II. Il est développé à la demande de l'agence spatiale américaine, la NASA, pour placer en orbite le vaisseau Gemini de 3,5 tonnes. Celui-ci, qui embarque un équipage de deux astronautes, a été développé pour maîtriser les techniques qui seront utilisées lors du programme Apollo, dont l'objectif est d'amener les hommes à la surface Lune.
| Titan II GLV Gemini-Titan | |
| Lanceur spatial | |
|---|---|
La fusée Titan II GLV au décollage, transportant le vaisseau Gemini 9 (1966) | |
| Données générales | |
| Pays d’origine | |
| Constructeur | |
| Premier vol | 8 avril 1964 |
| Dernier vol | 11 novembre 1966 |
| Statut | Hors service |
| Lancements (échecs) | 12 (0) |
| Hauteur | 32,94 mètres |
| Diamètre | 3,05 mètres |
| Masse au décollage | 151 tonnes |
| Étage(s) | 2 |
| Poussée au décollage | 1912,80 kN |
| Moteur(s) | 3 moteurs en tout |
| Base(s) de lancement | Complexe de lancement 19 à Cap Canaveral en Floride |
| Version décrite | Titan II Gemini Launch Vehicle |
| Famille de lanceurs | Titan |
| Charge utile | |
| Orbite basse | 3,8 tonnes |
| Motorisation | |
| Ergols | 1er et 2e étages : Aerozine 50 et Peroxyde d’azote (N2O4) |
| 1er étage | 2 moteurs-fusées LR-87-7 |
| 2e étage | moteur-fusée LR-91-7 |
| Missions | |
| Envoie de capsule Gemini | |
| modifier |
|
Pour réduire le risque d'une défaillance qui serait fatale pour l'équipage, le missile balistique est modifié. Au total, 12 lancements de la fusée Titan II GLV, tous réussis, ont lieu entre 1966 et 1969 depuis le Complexe de lancement 19 de la base de Cap Canaveral.
Contexte
Génèse du missile balistique Titan
En 1955, l’US Army, à cause du risque de l’échec de développement des missiles Atlas, décide le développement du missile Titan, qu’il confie à Glenn L. Martin Company, devenue plus tard Lockheed Martin. Celui-ci se basera sur une architecture plus basique, avec seulement deux étages à ergols liquides. Le premier de la famille de missile, le SM-68 Titan I, a été lancé la première fois en 6 février 1959 et déclaré opérationnel et déployé sur le territoire américain comme missile stratégique de 1962 à 1965 avant d’être remplacé par son successeur, le LGM-25C Titan II, qui est déjà en développement avant même le premier vol de Titan I[1].
La version Titan II
Même avant le premier vol de Titan I, un nouveau missile est à l’étude : le LGM-25C Titan II. Le choix du remplacement de Titan I par le son successeur est crucial, à cause de l’utilisation de l’oxygène liquide sur le Titan I, demandant un temps de préparation trop long pour des opérations militaires. Contrairement au premier Titan, Titan II utilise des ergols stockables, ce qui le rend plus souple d’utilisation. Le 16 mars 1962, son premier vol est un succès. Son déploiement se fera l’année suivante en remplaçant son prédécesseur[1].
Les besoins du programme Gemini de la NASA
Le programme Gemini (1961-1966) est le deuxième programme spatial habité développé par les États-Unis après le programme Mercury. Son objectif est de mettre au point des techniques spatiales qui seront mises en œuvre par le très ambitieux programme Apollo qui doit amener des hommes à la surface de la Lune. Ces techniques que les capsules spatiales Mercury, trop rudimentaires (ils ne disposaient pas de système propulsif leur permettant de modifier ou corriger leur orbite), ne permettaient pas de tester sont notamment les manœuvres orbitales (en particulier le rendez-vous spatial et l'amarrage à un autre engin spatial) et les sorties extravéhiculaires. Pour remplir ces objectifs, l'agence spatiale américaine, la NASA, développe le vaisseau spatial Gemini. Cet engin biplace dispose de capacités de manœuvre en orbite importantes et, pour la première fois dans le monde de l'astronautique, met en œuvre un ordinateur embarqué. Pour placer en orbite le vaisseau Gemini, la NASA choisit d'utiliser une version du missile balistique Titan II modifiée pour le lancement d'un vaisseau contenant un équipage.. Entre 1963 à 1966, douze missions Gemini sont lancées : celles-ci atteignent tous les objectifs fixés et préparent le triomphe du programme Apollo. Les États-Unis à travers ce programme rattrapent leur retard sur le programme spatial soviétique.
Développement
Douze lanceurs Titan II GLV seront construits pour le programme Gemini de la NASA plus deux exemplaires pour qualifier cette version. Toutes les fusées du programme Gemini sont tirés depuis le complexe de lancement 19 situé sur la base de lancement de Cap Canaveral qui a été reconverti pour un usage civil. Le délai de mise en œuvre du lanceur est tellement réduit que la NASA parvient à lancer deux missions Gemini à moins de dix jours d'intervalle depuis la même installation (Gemini 6 et Gemini 7). Le premier vol sans équipage a lieu le lors de la mission Gemini 1 (vol de qualification, le premier vol avec équipage le pour la mission Gemini 3) et l'utilisation du lanceur dans le cadre du programme de la NASA s'achève avec la mission Gemini 12 qui décolle le . Le coût total du développement et de fabrication des Titan utilisées par la NASA se monte à 283,2 millions de dollars. Tous les lancements sont réussis : le seul incident à déplorer est une mise à feu interrompue avant le décollage de la mission Gemini 6. L'utilisation du missile Titan II comme lanceur s'achève provisoirement en 1966. Ce lanceur reprendra du service plus tard avec la version 23G suite au retrait de service des missiles installés dans les silos.
Caractéristiques techniques
Dérivé du LGM-25C Titan II, Titan II GLV est haute de 32,94 mètres avec un diamètre de 3,05 mètres, une masse au décollage d'environ 151,00 tonnes, dont 137,88 tonnes d’ergols et une capacité de mise en orbite en orbite terrestre basse (Low Earth Orbit) de 3,8 tonnes. Il pouvait produire une poussée de 1 912,80 kN au décollage.
Les étages du lanceur
Le Titan II GLV est composé de deux étages et d’une capsule Gemini au sommet du lanceur. Les deux étages utilisent comme carburant de l’Aerozine 50, et comme oxydant du peroxyde d’azote.
| Caractéristique | 1er étage | 2e étage |
|---|---|---|
| Dimension
(longueur × diamètre) |
21,39 x 3,05 mètres | 5,76 x 3,05 mètres |
| Poussée maximale
(dans le vide) |
1912,8 kN | 453,7 kN |
| Durée de fonctionnement | 141 s | 183 s |
| Moteurs | 2 x LR-87-7 | 1 x LR-91-7 |
| Ergols | Aérozine 50 et peroxyde d’azote | Aérozine 50 et peroxyde d’azote |
Premier étage

Le premier étage, d’une longueur de 21,39 mètres et d'un diamètre de 3,05 mètres, est équipé de deux moteurs-fusées LR-87 avec lesquels il produit une poussée de 1912,8 kN pendant 121 secondes. De bas en haut de l’étage, s’y trouve le bâti de propulsion sur lequel sont fixés les LR-87, le réservoir de carburant, la jupe intermédiaire, le réservoir d'oxydant et la jupe avant. Parmi ces éléments, les jupes avant, intermédiaire et le bâti donnent la rigidité du Titan. Les réservoirs de carburant et d’oxydant ont une capacité respective de 33 850 kg et 65 000 kg. Chaque réservoir est constitué d'un dôme avant et arrière constitué de quatre pétales et d'un panneau longeron. Deux prises d’air disposées à 180° se situent sur le réservoir de carburant. Des cloisons à l'intérieur évitent les phénomènes de vortex lors de l'ascension qui désamorce les pompes. Le support du second étage est soutenu par la jupe avant par l'intermédiaire de la jupe dite "inter-étage". 20 portes de feu y sont percées, permettant l'évacuation des gaz de combustion du moteur-fusée LE-91 du second étage. Sur la jupe dite "inter-étage", 16 autres portes rectangulaires complètent le dispositif, disposées par paquet de 4 autour de la structure. La jupe inter-étage fait partie du premier étage durant le vol mais pendant les opérations de mise en place sur le pas de tir, elle est attachée au second étage et boulonné sur le premier[2].
Second étage

Le second étage, d’une longueur de 5,76 mètres et d'un diamètre de 3,05 mètres, est équipé d’un moteur-fusée LR-91-7, générant une poussée de 453,7 kN en brûlant également de l’Aérozine 50 et du peroxyde d’azote, pendant 183 secondes. Sa structure est similaire à celle du premier étage. De bas en haut, il est composé d'une jupe arrière, d'un réservoir de carburant, d'une jupe intermédiaire, d'un réservoir d'oxydant et d'une jupe avant. Les réservoirs semi-sphériques de carburant et d’oxydant, ont une capacité respective de 8 300 kg de carburant et 15 000 kg d'oxydant[2].
Modifications apportées au missile balistique
Les modifications apportées pour l'adapter au programme Gemini portent principalement sur l'augmentation de sa fiabilité par le recours à des systèmes redondants. Les modifications les plus importantes sont[3] :
- Le système de guidage inertiel est remplacé par un système de guidage radio ;
- Redondance du système de guidage et de contrôle de vol ;
- Ajout d'une système de détection de défaillance critique du lanceur ;
- Redondance du système d'alimentation électrique des composants principaux du lanceur ;
- Suppression des moteurs verniers et des rétrofusées (pas nécessaires pour les missions Gemini) permettant un gain de poids significatif ;
- Ajout d'un adaptateur assurant la liaison mécanique entre le réservoir d'oxydant du deuxième étage et le vaisseau Gemini ;
- Modification des systèmes d'auto-destruction de la fusée pour prendre en compte la présence de l'équipage ;
- Réduction du niveau de vibrations longitudinales (effet pogo) très élevé (+/- 2,5 g). La NASA ayant besoin, pour lancer des équipages humains, que ce niveau soit abaissé à +/- 0,25 g accepte de participer au financement des améliorations réduisant les vibrations. Pour y parvenir la principale modification effectuée porte sur l'abaissement de la pression dans la chambre de combustion des moteurs.
Chronologie de lancements
| Succès | Vol n° | Version | Date de lancement (UTC) | Base de lancement | Opérateur | Orbite | ||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| ✓ | Gemini I | GLV | Complexe de lancement 19 | NASA | OBT (LEO) | |||
| ✓ | Gemini II | GLV | 19 janvier | Complexe de lancement 19 | NASA | OBT (LEO) | ||
| ✓ | Gemini III | GLV | Complexe de lancement 19 | NASA | OBT (LEO) | |||
| ✓ | Gemini IV | GLV | Complexe de lancement 19 | NASA | OBT (LEO) | |||
| ✓ | Gemini V | GLV | Complexe de lancement 19 | NASA | OBT (LEO) | |||
| ✓ | Gemini VI | GLV | Complexe de lancement 19 | NASA | OBT (LEO) | |||
| ✓ | Gemini VII | GLV | Complexe de lancement 19 | NASA | OBT (LEO) | |||
| ✓ | Gemini VIII | GLV | Complexe de lancement 19 | NASA | OBT (LEO) | |||
| ✓ | Gemini IX | GLV | Complexe de lancement 19 | NASA | OBT (LEO) | |||
| ✓ | Gemini X | GLV | Complexe de lancement 19 | NASA | OBT (LEO) | |||
| ✓ | Gemini XI | GLV | Complexe de lancement 19 | NASA | OBT (LEO) | |||
| ✓ | Gemini XII | GLV | Complexe de lancement 19 | NASA | OBT (LEO) | |||
Galerie

- Décollage de Gemini 6A.
- Comparaison (à droite) des capsules Mercury, Gemini et Apollo, avec la comparaison (à gauche) de leur lanceur : Saturn V, Titan II GLV et Mercury-Atlas.