Tlgadintsi

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Naissance
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Kuyulu (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Յովհաննես ՅարութիունեանVoir et modifier les données sur Wikidata
Pseudonyme
ԹլկատինցիVoir et modifier les données sur Wikidata
Tlgadintsi
Biographie
Naissance
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Kuyulu (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Décès
Nom de naissance
Յովհաննես ՅարութիունեանVoir et modifier les données sur Wikidata
Pseudonyme
ԹլկատինցիVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
École Smbatyan (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Personnalité, écrivain, enseignantVoir et modifier les données sur Wikidata
Période d'activité
À partir de Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
A travaillé pour
Lycée arménien Guétronagan de Kharpert (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Étape de canonisation

Tlgadintsi (en arménien : Թլկատինցի), né Hovhannès Haroutiounian vers 1860 à Tlgadin et mort en martyr le 20 juin 1915 près du lac Dzovk, est un écrivain, dramaturge, chroniqueur et pédagogue arménien de renom. Chef de file de l’école réaliste provinciale (Kavaragan grakanutyun), il est considéré comme le père de la littérature régionale arménienne moderne. Son œuvre constitue une archive irremplaçable de la vie rurale dans la province de Kharpert, au sein de l'Empire ottoman, avant sa destruction lors du Génocide arménien.

Origines et vocation

Hovhannès Haroutiounian naît dans le village de Tlgadin, également connu sous le nom de Khuylu et aujourd'hui officiellement Kuyulu, situé au sud de la ville de Harput (Kharpert). Il adopte le pseudonyme de Tlgadintsi, signifiant « celui de Tlgadin », en hommage à ses racines paysannes. Il reçoit son éducation initiale au Lycée National de Kharpert. Dès la fin de ses études, il s'engage comme enseignant dans les provinces voisines avant de revenir s'établir définitivement à Kharpert pour se dévouer à l'éducation et aux lettres[1],[2],[3].

Le « Collège Rouge » et l'éducation

En 1887, il fonde le lycée Azkayin Getronagan (Lycée National Central), situé dans le quartier de Surp Hagop. Le bâtiment est surnommé le « Collège Rouge » en raison de la couleur caractéristique de ses murs. Tlgadintsi y dirige l'éducation avec une vision stricte et ancrée dans le réel. Lors de ses cours, il exhorte ses élèves à une rupture esthétique radicale :

« Oubliez les étoiles et la lune, la rose et le rossignol ; posez vos pieds fermement sur le sol réel, sur le sol de la vie. »

Sous son mentorat, l'école devient un foyer intellectuel majeur, formant des écrivains tels que Vahan Totovents, Hamasdegh, Rupen Zartaryan, Peniamin Noorigian et Bedros Keljik. Pour Tlgadintsi, la culture est une arme de défense nationale : « un stylo vaut une épée, deux écrivains constituent une armée »[3],[4],[5].

Photo issue de l'exemplaire de la bibliothèque de la NAASR de l'ouvrage T‘lgadints‘in ew ir Kordzě [T‘lgadints‘i et son œuvre], Boston, 1927.
Le quartier Surp Hagop (Saint-Jacques) de Kharpert, avec l'église Surp Hagop au centre. L'école de T'lgadints‘i se trouvait à côté de l'église.

Position politique et répression

Bien qu'essentiellement apolitique et critique envers les partis révolutionnaires, qu'il jugeait parfois déconnectés des besoins culturels ou incapables de protéger la langue, Tlgadintsi subit la répression ottomane. Son école est incendiée lors des massacres hamidiens de 1895. En 1903, suite à des troubles politiques dans la région, il est arrêté et emprisonné pendant neuf mois avant de retrouver son poste. Il refuse de s'exiler, considérant les provinces comme la seule fondation sûre pour le rétablissement national[6],[2].

Mort et disparition des manuscrits

En juin 1915, au début du génocide, il est arrêté avec l'élite intellectuelle de Kharpert. Il trouve d'abord refuge chez un ami turc à qui il confie ses volumineux manuscrits inédits. Cependant, par crainte des autorités, cet ami brûle l'intégralité de ces documents. Tlgadintsi est assassiné le 20 juin 1915 sur les rives du lac Dzovk (Gölcük), après avoir appris la déportation sans retour de sa femme, de son fils unique et de ses six filles[5],[4].

Vision Littéraire

L'archéologie du présent

Pour le critique Krikor Beledian, l'œuvre de Tlgadintsi est une « archéologie du présent ». Contrairement aux livres de mémoire (Houshamadyan) écrits après 1915 pour reconstruire un monde perdu, Tlgadintsi documente la vie arménienne alors qu'elle est encore debout, tout en pressentant son effondrement. Ses écrits, publiés principalement dans les journaux Hayrenik et Arevelk de Constantinople, rejettent les modèles européens pour privilégier une finesse ethnographique absolue[3],[4],[1],[5].

Dans ses Impressions de route (1893), il note avec une lucidité prémonitoire à propos du monastère d'Abdul-Mseh :

« Le chef de file des moines est mort, son frère aussi, et après ces morts, c'est au tour du monastère de mourir.»

Thématiques sociales

  • La crise rurale : Il décrit l'usure, la dette, le manque d'hygiène et l'abandon des terres. Il traite du phénomène des migrants (bantukht) vers les États-Unis et des "épouses par photographie" délaissées.
  • Satire et critique : Il fustige la corruption du clergé et l'hypocrisie de l'élite urbaine. Sa nouvelle Émilé (1893) tourne en dérision l'activité des missionnaires protestants, qu'il percevait comme une menace pour l'unité culturelle.
  • La condition féminine : Il rend hommage à la ténacité des femmes rurales, décrivant leur labeur quotidien, comme le polissage des murs à la chaux ou le travail dans les champs de l'Aradzani[1],[2],[5].

Le théâtre de Tlgadintsi : un miroir des tensions sociales

Bien que Tlgadintsi ait été un dramaturge prolifique, écrivant chaque année des pièces pour les célébrations scolaires de Kharpert dès 1884, la majeure partie de son œuvre dramatique a disparu dans l'incendie de ses manuscrits en 1915. Les six pièces qui nous sont parvenues, souvent décrites par des critiques comme Peter Cowe, ne misent pas sur une action spectaculaire mais sur une succession de dialogues satiriques percutants destinés à exposer les plaies de la société provinciale[6],[5],[4].

L'œuvre la plus emblématique reste "Or Mēgun Edewēn" (Lequel suivre ?), publiée à Boston en 1912. Cette pièce semi-autobiographique met en scène la compétition pour un poste de directeur d'école. L'intrigue oppose deux profils radicalement différents :

  • Mihran, un intellectuel superficiel et porté sur la boisson venant de Constantinople.
  • Hrant, un candidat local, intègre, dont les écrits dépeignent la souffrance réelle du peuple.

À travers ce duel, Tlgadintsi fustige le conseil scolaire local pour sa déférence aveugle envers les élites de la capitale et son incapacité à reconnaître la valeur des talents enracinés dans la province.

Ses autres pièces explorent des thématiques tout aussi critiques. Dans "Vers l'étranger" (1912), il traite du traumatisme de l'émigration et de l'éclatement des cellules familiales. La pièce "De l'autre côté" est quant à elle une charge contre les élites rurales, certains critiques y voyant même une dimension dantesque par sa noirceur. Pour Tlgadintsi, le théâtre n'était pas un simple divertissement mais un outil d'éducation nationale. Il utilisait la scène pour dénoncer la corruption interne, l'hypocrisie du clergé et l'influence des missionnaires étrangers, qu'il considérait comme des forces menaçant l'intégrité et la survie de la culture arménienne[1],[2],[3],[6].

Influence et Postérité

L'héritage de Tlgadintsi survit à travers ses élèves. Vahan Totovents a prolongé sa vision dans son chef-d'œuvre La vie sur l'ancienne route romaine, recréant l'atmosphère de Mezere et de Kharpert. L'écrivain Hamasdegh résumait ainsi son style :

« Les motifs sur sa toile sont des motifs arméniens traditionnels. La couleur qu'il utilise est un produit local fait d'une peinture forte, si durable que ni le soleil ni le lavage ne peuvent l'enlever. »

Après le génocide, ses anciens élèves ont rassemblé ses textes sauvés pour publier en 1927 à Boston le volume T‘lgadints‘in ew ir Kordzě (Tlgadintsi et son œuvre), qui sert de monument littéraire à une civilisation disparue. Sa langue, née « du sol et de l'eau », reste le modèle de l'arménien occidental provincial[5],[3],[4],[2].

Photo

Tlgadintsi entouré de ses élèves en 1910 à Kharpout.

Bibliographie

Notes et références

Liens externes

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