Tolkien et l'antiquarisme

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Tolkien avait prévu d'inclure de nombreux éléments issus de l'antiquarisme dans Le Seigneur des anneaux, notamment des dessins et des peintures. Malgré tous ses efforts, cette illustration des Portes de Durin est la seule que ses éditeurs ont retenu dans la première édition[1].

Dans ses écrits sur la Terre du Milieu, en particulier dans Le Seigneur des anneaux, J. R. R. Tolkien introduit de nombreux éléments qui ne font pas directement partie de la narration comme des œuvres d'art, des calligraphies, des chronologies, des arbres généalogiques, de l'héraldique, des cartes, des poèmes, des proverbes, des systèmes d'écriture, des glossaires, des prologues ou des notes. Ces documents sont pour la plupart rassemblés dans les nombreuses annexes. D'après certains chercheurs, l'usage de tels éléments place Tolkien dans la tradition de l'antiquarianisme anglais.

D'autres chercheurs ont cherché à comprendre pourquoi Tolkien avait réalisé avec tant de soin ces documents de style antiquarianiste. Certaines de ces pièces suggèrent que Tolkien n'est que l'éditeur de matériaux qu'il a découvert. C'est le cas, par exemple, d'illustrations comme le faux Livre de Mazarbul et d'annales qui paraissent avoir été éditées et annotées par différentes personnes au fil des années. C'est également le cas du cadre narratif des écrits de Tolkien comme les mémoires de Bilbo et Frodo Bessac dans Le Seigneur des anneaux, qui est supposé être le Livre rouge de la Marche de l'Ouest. Pris ensembles, ces documents constituent un cadre éditorial qui place l'auteur dans le rôle de traducteur fictif d'ancien documents et qui renforce la crédibilité du monde fictif de la Terre du Milieu.

J. R. R. Tolkien (1892-1973) est un écrivain, poète, philologue et universitaire catholique anglais, connu pour ses œuvres de high fantasy Le Hobbit et Le Seigneur des anneaux. Durant sa carrière, il a travaillé sur les langues germaniques anciennes, dont le gothique et le vieux Norse. Il s'est spécialisé en vieil anglais, la langue des Anglo-Saxons. Il a passé la majorité de sa carrière comme professeur de moyen anglais à l'université d'Oxford[2]. Tolkien a dit qu'à chaque fois qu'il lisait un texte médiéval, il voulait écrire une œuvre moderne en puisant dans la même tradition[3].

Le Seigneur des anneaux a été publié entre 1954 et 1955. Il a remporté l'International Fantasy Award en 1957. Sa parution en livre de poche chez Ace Books et Ballantine a contribué à le rendre extrêmement populaire auprès de la jeune génération américaine des années 1960. Sa popularité n'a pas faiblit depuis et le livre s'est classé parmi les fictions les plus populaires du vingtième siècle, du point de vue des ventes comme des sondages auprès des lecteurs. En 2003, l'enquête "Big Read" menée par la BBC au Royaume-Uni a décerné au Seigneur des anneaux le titre de "Livre le plus aimé de la nation"[4]. Des sondages similaires en Allemagne et en Australie en 2004 l'ont aussi placés parmi les favoris. Dans un sondage réalisé auprès des clients du site Amazon.com en 1999, Le Seigneur des anneaux a été élu "livre du millénaire". La popularité du Seigneur des anneaux s'est encore accrue avec la sortie de la trilogie de films dirigés par Peter Jackson entre 2001 et 2003.

Tolkien dans la tradition de l'antiquarisme anglais

Avant Tolkien, Jonathan Swift a été un des premiers à utiliser des cartes dans un roman. Il y montrait l'île de Liliput au large de Sumatra dans Les Voyages de Gulliver en 1726[5].

D'après Christina Fawcett, la manière dont il a créé le monde de la Terre du Milieu, en lui donnant à la fois une histoire et un récit, le place dans une tradition qui mêle histoire et littérature. Elle indique que l'antiquarianisme s'est développé au XVIIIe siècle, et que la littérature néo médiévale du XIXe siècle est née du genre gothique[6].

Jamie Williamson identifie l'antiquarisme comme un ancêtre de la fantasy contemporaine. D'après lui, Tolkien marche dans les pas d'auteurs plus anciens comme William Morris, qui reprenait lui-même des auteurs antiquaristes comme James Macpherson. Leurs procédés comprenaient par exemple une prose qui associe archaïsme et style élégiaque ou des annexes historiques pour créer un sentiment de réalisme[7]. Carl Phelpstead écrit que la "prolifique création de langues, de peuples, de généalogies, d'histoire, qui donne à la Terre du Milieu un sentiment de réalité inédit (et inégalé), a été calculée pour prévenir [...] la rupture de la vraisemblance, en créant une cohérence interne qui régit une seconde suspension de l'incrédulité"[8]. Phelpstead constate que Tolkien s'oppose à la définition de la fiction donnée par Samuel Taylor Coleridge dans sa Biographie Literaria (1817), pour qui elle suscite a willing suspension of disbelief (une suspension volontaire de l'incrédulité). Pour Tolkien, la suspension de l'incrédulité est volontaire dans une œuvre réussie, ce qui est "difficile et requière beaucoup de travail" en littérature[8]. Phelpstead remarque que les "aspects non-narratifs de la construction d'univers de fiction" ont été largement ignorés par les chercheurs en littérature, mais qu'ils sont travaillés par la discipline plus large de sociologie des médias[8].

Nick Groom, dans A Compagnon to J. R. R. Tolkien, situe Tolkien dans la tradition de l'antiquarianisme anglais, auquel appartiennent des auteurs du XVIIIe siècle qui, à l'instar de Thomas Chatterton, écrivaient dans un style médiéval, en créant de nombreux documents extérieurs à la fiction, comme le fait aussi Tolkien[8]. Constatant qu'il manquait de matériaux convenables, il "inventa ses propres langues et calligraphies archaïques ; produisit ses propres manuscrits, cartes, dessins et héraldiques médiévales ; [et] chargea ses écrits antiquisants de préfaces, de notes de bas de page, d'annexes et de glossaires[8]". Björn Sundmark note que Tolkien prend la suite d'auteurs comme Jonathan Swift par son usage des cartes dans ses récits[5]. Will Sherwood, dans le Journal of Tolkien Research, avance que tous ces éléments extérieurs à la narration "paraîtront tous familiers, dans la mesure où ce sont des techniques que Tolkien utilise pour immerger ses lecteurs en Arda [le monde dans lequel se trouve la Terre du Milieu][9]". Andrew Higgins, dans un compte-rendu de l'article de Nick Groom, remarque que Tolkien, comme les antiquarianistes, invente des légendes et des mythes, mais pas uniquement en tant que fantasy. Comme eux, il considérait qu'ils "étaient les archives préexistantes d'un passé[10]".

L'analyse de Nick Groom sur la relation de Tolkien avec l'antiquarianisme anglais [11]
Auteur Dates Illustration Calligraphie Héraldique Cartes Manuscrits Généalogies Langues Paratextes Chansons / Poèmes
Jonathan Swift 1667–1745 Oui Oui
William Stukeley 1687–1765 Oui Oui Oui Oui
Thomas Percy 1729–1811 Oui Oui
Thomas Chatterton 1752–1770 Oui Oui Oui Oui Oui Oui
William Blake 1757–1827 Oui
J.R.R. Tolkien 1892–1973 Oui Oui Oui Oui Oui Oui Oui Oui Oui
La première page du Livre de Mazarbul, un fac-similé d'un manuscrit soigneusement créé par Tolkien comme un faux pour renforcer son récit et immerger ses lecteurs dans sa fiction. Il souhaitait l'inclure dans la première édition du Seigneur des anneaux. [12]

Catherine McIlwaine écrit que Tolkien a utilisé sa pipe pour brûler les marges des pages du Livre de Mazarbul, il "a percé des trous sur le côté où le parchemin aurait été cousu par la reliure et les a peints en rouge pour ressembler à des tâches de sang[13]". Nick Broom remarque que Tolkien n'était pas un "faussaire" comme Chatterton, mais son fac-similé du Livre de Mazarbul "reprend l'esthétique de l'antiquarisme" et "adopte les techniques d'un faussaire littéraire"[8]. Sherwood ajoute que ces méthodes de faussaires ressemblent beaucoup à celles que Chatterton utilisait pour rendre ses documents crédibles[9]. L'ensemble des faux et des éléments inventés accompagnent le cadre narratif selon lequel Bilbo et d'autres Hobbits ont édité, transcrit et annoté les textes anciens du Livre rouge de la Marche de l'Ouest, que Tolkien aurait lui-même trouvé et édité sous le titre du Seigneur des anneaux.

Parmi les auteurs antiquaristes, Nick Groom distingue l'évêque Thomas Percy, dont les Reliques d'anciens poèmes anglais de 1765 contiennent des chansons et du parapente tels que des "préfaces, des notes, des appendices [et] des glossaires" et William Stukeley, qui ajoute à ces procédés les généalogies. Le satiriste Jonathan Swift aimait "les langues fictives, les systèmes linguistiques, et les inventions orthographiques", et peuple les Voyages de Gulliver de "fausses cartes et de pseudonymes[8]". Le poète et artiste William Blake remplit aussi ses écrits avec des "pages enluminées" de ses propres illustrations[8]. Pour Sherwood, Tolkien a volontairement cherché à améliorer les faux des antiquaristes, ce qui le conduit à créer "les codes et les conventions de la littérature de fantasy contemporaine[8]".

L'antiquarisme dans les écrits de Tolkien

Suivant la tradition antiquariste, Tolkien a créé de nombreux éléments extérieurs à la narration. Il s'agit à la fois d'élément graphiques, comme des illustrations, des blasons et des cartes, et de textes, que ce soient des annexes, de notes de bas de page, des glossaires et des préfaces[8].

Composants graphiques

Illustrations

Les illustrations de Tolkien ont été des éléments clés de sa créativité dès le moment où il a commencé à écrire des fictions. Il avait préparé des dessins pour ses livres sur la Terre du Milieu, des fac-similés comme le Livre de Mazarbul, des cartes plus ou moins pittoresques et des calligraphies comme l'iconique inscription de l'Anneau unique[1], en Noir parler. Une partie de ses illustrations combine plusieurs de ces éléments pour soutenir la fiction[14].

Systèmes d'écriture

Tolkien a inventé plusieurs systèmes d'écriture pour accompagner ses langues, notamment pour le Cirth, le Sarati et le Tengwar[15],[16]. Lorsque son éditeur lui demanda des idées pour les jaquettes des trois tomes du Seigneur des anneaux, il dessina une couverture à partir de l'inscription de l'Anneau unique pour le premier tome. Trop coûteuse, une version simplifiée de l'inscription lui fut préférée pour les trois volumes[15]. Pour la page de titre, il écrivit une marge supérieure qui intégrait une écriture Cirth, qu'on peut traduire par "Le Seigneur des anneaux, traduit depuis le Livre rouge". La marge inférieure était en Tengwar et poursuivait la phrase "de la Marche de l'Ouest, par John Ronald Reuel Tolkien, ici est présentée l'histoire de la Guerre de l'Anneau et le retour du Roi tel que l'ont vu les Hobbits[15]".

Recours à différentes disciplines artistiques : Tolkien a employé ses compétences de calligraphe pour écrire l'iconique inscription de l'Anneau unique, un poème en Noir parler du Mordor, en utilisant l'écriture elfique Tengwar, qu'il a tous les deux inventé[1].

Héraldique

Tolkien a décrit les armoiries d'un grand nombre de personnages et de régions de la Terre du Milieu. Il écrit ces descriptions en anglais sans recourir au blasonnent[17],[18]. Ces emblèmes reflètent la nature de leur propriétaires et leur variété renforce le réalisme du récit. Ils colorent le passé et le caractère des personnages[19]. Les chercheurs notent que l'usage de l'héraldique par Tolkien connait plusieurs étapes. Ses premières mentions des armoiries elfiques de Gondolin dans Les Contes perdus reprennent généralement les traditions héraldiques pour les couleurs et le choix des emblèmes, mais lorsqu'il écrit plus tard Le Seigneur des anneaux il adopte une approche plus libre. Les symboles complexes qu'il sollicite pour décrire l'épée et la bannière d'Aragorn montrent clairement qu'il se détache de la tradition pour mieux servir sa narration[18].

 

Cartes

Tolkien a réalisé des cartes de la Terre du Milieu pour l'aider à construire son intrigue, pour guider le lecteur dans ses récits souvent complexes et pour renforcer la profondeur et le réalisme de ses mondes fictifs[1]. Pour Shippey, les cartes donnent "une impression de solidité et d'étendue dont ses successeurs [dans la fantasy du XXe siècle] manquent visiblement"[20]. Il suggère que les lecteurs prennent les cartes et les noms qu'elles contiennent comme des étiquettes qui entretiennent "une correspondance très étroite avec ce qu'elles désignent"[20]. Cette caractéristique rend les cartes "extraordinairement utile au genre de la fantasy", parce qu'elles ne cessent d'assurer au lecteur que les lieux décrits existent et possèdent une histoire et une culture[20].

Tolkien disait qu'il commençait par des cartes puis en dérivait ses intrigues, mais il affirmait aussi qu'il voulait que ses cartes soient pittoresques[2]. Il s'efforçait laborieusement de construire les itinéraires de ses personnages pour que chacun d'entre eux soit au bon endroit au bon moment. Comme le montrent par exemple les cartes du Gondor et du Mordor, il dessinait ces plans à l'échelle sur un papier millimétré et concevait les parcours de ses personnages en notant les dates pour s'assurer que la chronologie soit exacte[20],[13].

Composants textuels

Chronologies

Les annexes du Seigneur des anneaux contiennent des chronologies précises de la Terre du Milieu, qui alimentent la narration avec des informations sur l'histoire des personnages et des territoires. L'annexe A "Annales des Rois et des Dirigeants" donne le contexte plus large de la Terre du Milieu, avec de brefs aperçus des événements des deux premiers âges du monde, ainsi que des histoires plus détaillés des pays des hommes du Gondor et du Rohan, ainsi que l'histoire de la lignée des Rois nains de Durin durant le troisième âge[21]. L'annexe B « Le conte des années (Chronologie des Terres de l'Est) » est une frise chronologique des événements du Seigneur des anneaux, et d'autres épisodes plus anciens importants pour le récit. Il replace aussi l'intrigue dans la chronologie plus large de la mythologie, quoique de manière moins détaillée. En plus des cartes de la Terre du Milieu, Tolkien utilise la frise chronologique pour rassembler les différents fils narratifs qui s'entrelacent en suivant la progression des personnages qui parcourent le paysage dans plusieurs directions[21].

Extrait de l'annexe B : « Le conte des années (chronologie des Terres de l'Est) [21]»
Année Le deuxième âge
1 Fondation des Havres Gris et de Lindon .
32 Les Edain arrivent à Númenor .
vers 40 De nombreux Nains quittent leurs anciennes cités d' Ered Luin pour se rendre à la Moria dont les habitants augmentent.
442 Mort d'Elros Tar-Minyatur.
c. 500 Sauron commence de nouveau à s'activer en Terre du Milieu.
548 ...

Généalogies

Les arbres généalogiques contribuent à l'impression de profondeur et au réalisme des intrigues qui se déroulent dans les mondes fantastiques de Tolkien en montrant comment les personnages s'enracinent dans l'histoire à travers un riche réseau de relations[1]. Tolkien inclut plusieurs arbres généalogiques dans les annexes du Seigneur des anneaux, dédiés aux Elfes, aux Nains, ou aux Hobbits aussi bien qu'aux Hommes. Les arbres généalogiques permettent à Tolkien de développer l'étymologie des noms des personnages et leurs liens familiaux[1],[22]. Ils renvoient également à la fascination des Hobbits pour leur histoire familiale. Une autre de leur fonction est de montrer comment les traits de caractères sont transmis par l'hérédité[1].

Ascendance de Bilbo et de Frodo en fonction de la géographie de la Comté et du caractère des Hobbits. Bilbo descends des Bessac nantis et des Touc téméraires, ce qui le prédispose à la vie à la Comté comme aux aventures décrites dans Le Hobbit. Frodo tient quant à lui des Sacquet et de l'excentricité des Brandibouc, ce qui le prépare à la quête du Seigneur des anneaux mais le laisse finalement déboussolé.

Langues

Tolkien était fasciné par les langues quand il était enfant ; il les a ensuite explorées dans sa vie professionnelle en tant que philologue. La philologie a beaucoup influencé le monde fantastique qu'il a créé, la Terre du Milieu. Il a inventé des langues tout au long de sa vie, et ce dès l'adolescence, une habitude qu'il décrivait comme son "vice secret"[23]. Le plus développé de ses projets linguistiques est la famille des langues elfiques, dont font partie le quenya et le sindarin[24],[25]. Tolkien disait qu'il était "philologue et que tous ses travaux étaient philologiques". Il expliqua ainsi à son éditeur américain Houghton Mifflin qu'il entendant par là que ses œuvres "formaient un tout, d'inspiration fondamentalement linguistique (sic). [...] L'invention de langues est le point de départ. Les "histoires" ont été faites pour donner un monde aux langues plutôt que l'inverse. En ce qui me concerne, c'est d'abord le nom qui me vient et l'histoire suit[26]".

Quenya laissé non traduit dans le récit (souligné)
Les Hobbits invoquent Elbereth [21]

  Sam drew out the elven-glass of Galadriel again. As if to do honour to his hardihood, and to grace with splendour his faithful brown hobbit-hand that had done such deeds, the phial blazed forth suddenly, so that all the shadowy court was lit with a dazzling radiance like lightning; but it remained steady and did not pass.
  'Gilthoniel, A Elbereth!' Sam cried. For, why he did not know, his thought sprang back suddenly to the Elves in the Shire, and the song that drove away the Black Rider in the trees.
  'Aiya elenion ancalima!' cried Frodo once again behind him.
  The will of the Watchers was broken with a suddenness like the snapping of a cord, and Frodo and Sam stumbled forward.

Tolkien emploie "audacieusement[27]" des langues elfiques sans les traduire, par exemple, lorsque les Hobbits arrivent dans la demeure d'Elrond à Rivendell, ils entendent le poème A Elbereth Gilthoniel en entier : A Elbereth Gilthoniel / silivren pensa mìriel / o mener agora elenath ! ... Pour Tom Shippey, spécialiste de Tolkien, les lecteurs ne sont pas censés comprendre le sens du chant, mais ils doivent tout de même en tirer quelque chose : il s'agit clairement d'une langue étrangère, et elle clame que " la Terre du Milieu est bien plus que ce qui est dit explicitement [27]".

En plus des langues inventées, on trouve dans l'œuvre de Tolkien des salutations en vieil anglais, comme par exemple lorsqu'Éomer s'exclame "West Théoden hál!". Il s'agit ici d'une plaisanterie savante. Tolkien reprend une forme dialectale d'un phrase tirée de Beowulf : "Wæs þú, Hróðgár, hál" (Portes-toi bien Hrothgar !). Autrement dit, le salut d'Éomer signifie "Longue vie au roi Theoden" dans l'ancien dialecte de Mercie, la région d'Angleterre où Tolkien a grandi[28].

Poésie

La poésie du Seigneur des Anneaux comprend des poèmes et des chants disséminés dans la prose. Le livre contient ainsi plus de 60 textes versifiés de différents genres, que ce soient des chansons pour se promener, partir au combat, boire ou prendre un bain ; des récits de mythes anciens, des énigmes, des prophéties, des formules magiques, des chants de louanges ou de lamentation (élégies)[29]. Certains de ces genres renvoient à des formes de la poésie en vieil anglais. Tolkien considérait que ses poèmes et ses chants avaient une fonction dramatique. Elles n'expriment pas les émotions du poète, mais éclairent les personnages qui les récitent ou les chantent, comme le font Bilbo Bessac, Sam Gamgie et Aragorn[26],[30].

Les critiques ont souligné que la poésie de Tolkien a été longtemps laissée de côté et qu'elle n'a presque jamais été imitée par d'autres auteurs de fantasy. Elle est cependant étudiée dans le cadre universitaire depuis les années 1990. Ces poèmes comprennent ; des chansons légères et apparemment insensées, à l'image de celles de Tom Bombadil ; la poésie du Comté, qui a été qualifiée "d'intemporalité mystique[27]" et les lamentations des cavaliers du Rohan, qui reprennent la tradition de poésie orale en Vieil Anglais[27]. Les analyses universitaires de la poésie de Tolkien montrent qu'elle est à la fois variée et d'un haut niveau technique, avec l'usage de différents mètres et des effets obtenus grâce à des procédés stylistiques peu communs[31].

Chanson élégiaque de Tolkien, inspirée du poème The Wanderer[27]
Lament of the Rohirrim[32]
Where now the horse and the rider?

     Where is the horn that was blowing?

Where is the helm and the hauberk,

     and the bright hair flowing?

Where is the hand on the harp-string,

     and the red fire glowing?

Where is the spring and the harvest

     and the tall corn growing?

They have passed like rain on the mountain,

     like a wind in the meadow; ...

Proverbes

 

All that is gold does not glitter,
Not all those who wander are lost;
The old that is strong does not wither,
Deep roots are not reached by the frost.




Tolkien emploie de nombreux proverbes dans Le Seigneur des Anneaux pour rendre la Terre du Milieu familière et concrète et pour donner forme aux cultures des hobbits, des hommes, des elfes et des nains qui la peuplent[33],[34]. D'après certains chercheurs les proverbes peuvent faire directement partie du portrait de personnages comme Filibert Fleurdebeurre, qui n'a jamais le temps de rassembler ses pensées[3]. De plus, les proverbes contribuent à transmettre le message sous-jacent de Tolkien sur la providence. Bien qu'il n'exprime pas ses convictions chrétiennes, les lecteurs peuvent comprendre que ce que les personnages prennent pour de la chance est en fait le reflet d'un dessein divin[20].

Cadre éditorial

Références

Sources

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