Le Seigneur des anneaux

roman de fantasy de J. R. R. Tolkien, publié en trois parties en 1954 et 1955 From Wikipedia, the free encyclopedia

Le Seigneur des anneaux (The Lord of the Rings) est un roman de fantasy de J. R. R. Tolkien paru en trois volumes en 1954 et en 1955. Prenant place dans le monde fictionnel de la Terre du Milieu, il suit la quête du hobbit Frodon Sacquet (Frodo Bessac), qui doit détruire l'Anneau unique afin que celui-ci ne tombe pas entre les mains de Sauron, le Seigneur des ténèbres, qui l'a créé. Plusieurs personnages l'accompagnent, issus de différents peuples : les hobbits Sam, (jardinier de Frodon), Meriadoc et Peregrin (surnommés Merry et Pippin), le mage Gandalf, l'humain Aragorn, héritier d'une longue lignée de rois, l'humain Boromir, le nain Gimli et l'elfe Legolas. Ils doivent échapper aux serviteurs de Sauron, dont les Nazgûls et les orques, mais aussi aux périls du voyage et à l'influence corruptrice de l'Anneau, sans compter des personnages ambigus comme le mage Saroumane ou encore Gollum, hobbit autrefois corrompu par l'Anneau.

Faits en bref Auteur, Pays ...
Le Seigneur des anneaux
Image illustrative de l’article Le Seigneur des anneaux

Auteur J. R. R. Tolkien
Pays Drapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni
Genre Roman
Fantasy
Version originale
Langue Anglais britannique
Titre The Lord of the Rings
Éditeur Allen & Unwin
Lieu de parution Londres
Date de parution 1954-1955
Version française
Traducteur Francis Ledoux
Daniel Lauzon
Éditeur Christian Bourgois
Lieu de parution Paris
Date de parution 1972-1973
Chronologie
Fermer

Après le succès critique et commercial de son roman Le Hobbit, Tolkien entreprend la rédaction du Seigneur des anneaux en à la demande de son éditeur, Allen & Unwin, qui lui réclame une suite[1]. Il lui faut douze ans pour la terminer. Plus ample et plus sombre que Le Hobbit, Le Seigneur des Anneaux s'ancre plus profondément dans la mythologie créée par l'auteur : l'univers de la Terre du Milieu, que Tolkien souhaite présenter à son lectorat dans un autre livre, Le Silmarillion.

À l'origine, Tolkien souhaite publier Le Seigneur des anneaux en un seul volume, mais le prix du papier étant trop élevé en cette période d'après-guerre, l'œuvre est divisée en trois volumes (chacun divisé en deux livres) : La Communauté de l'Anneau / La Fraternité de l'Anneau (The Fellowship of the Ring), Les Deux Tours (The Two Towers) et Le Retour du roi (The Return of the King).

Le succès commercial du roman est énorme à partir de la décennie suivante et continue dans la deuxième moitié du XXe siècle puis au début du XXIe siècle. Le Tolkien Estate gère les droits d'auteur et ses revenus, de même que le droit moral. Le roman donne lieu à des adaptations sur de nombreux supports, dont une trilogie de films à grand budget réalisés par Peter Jackson et sortis entre 2001 et 2003.

Le Seigneur des Anneaux renouvelle largement le genre de la fantasy, dont il devient un grand classique. Tolkien évoque le terme de fantasy dans son essai Du conte de fées de 1939. L'auteur lui-même considérait son livre comme « un conte de fées […] pour des adultes », écrit « pour amuser (au sens noble) : pour être agréable à lire »[2]. Le roman obtient peu à peu une reconnaissance universitaire au tournant du XXIe siècle et suscite en outre de nombreuses interprétations plus ou moins étayées. J.R.R. Tolkien réfute vigoureusement toute lecture allégorique de son œuvre, en particulier les lectures politiques.

Résumé

La Communauté de l'Anneau (ou La Fraternité de l'Anneau)

Un paysage vallonné et verdoyant. Des portes se découpent dans le flanc des collines.
Hobbitebourg : décors employés pour le tournage des films de Peter Jackson.

Après un prologue décrivant les Hobbits et leurs mœurs, le passé de la Terre du Milieu et un rapide résumé des aventures de Bilbon Sacquet (Bilbo Bessac), le livre I s'ouvre sur le cent onzième anniversaire de ce dernier, soixante années après les événements décrits dans Le Hobbit. Au cours de la réception, Bilbon s'éclipse grâce à l'invisibilité que lui confère son anneau magique et quitte Hobbitebourg, laissant la plus grande partie de ses biens, l'anneau compris, à son neveu et héritier désigné, Frodon Sacquet (Frodo Bessac). Dix-sept ans plus tard, leur vieil ami, le magicien Gandalf le Gris, révèle à Frodon que son anneau est en réalité l'Anneau unique, instrument du pouvoir de Sauron, le Seigneur Sombre, qui l'a perdu jadis ; s'il devait le retrouver, son pouvoir deviendrait insurmontable. Gandalf presse Frodon de quitter la Comté, qui n'est plus sûre pour lui, et de se mettre en route pour le refuge qu'est Fondcombe (Fendeval), la demeure d'Elrond le Semi-elfe.

Frodon vend sa demeure de Cul-de-Sac, dissimulant son départ sous le prétexte d'un déménagement au Pays-de-Bouc, à la lisière orientale de la Comté. Accompagné de son jardinier Sam Gamegie (Sam Gamgie) et d'un jeune ami, Pippin, il échappe de justesse à plusieurs reprises aux Cavaliers noirs, serviteurs de Sauron chargés de retrouver l'Anneau unique. Les trois compagnons atteignent le Pays-de-Bouc, à l'est de la Comté, où Merry les rejoint. Les quatre hobbits poursuivent leur route vers l'est, échappant aux dangers de la Vieille Forêt et des Hauts des Galgals (Coteaux des Tertres) grâce à l'énigmatique Tom Bombadil. À Bree (Brie), ils font la connaissance de l'étrange Grands-Pas (l'Arpenteur), un ami de Gandalf, qui devient leur guide et révèle son véritable nom : Aragorn. Les Cavaliers noirs, toujours à leurs trousses, parviennent à blesser Frodon près du Mont Venteux (Montauvent), mais il parvient à franchir le gué de Bruinen grâce à l'elfe Glorfindel et les Nazgûls sont emportés par une crue soudaine de la rivière. Frodon s'évanouit alors.

Au début du livre II, Frodon se réveille à Fondcombe, où il a reçu les soins d'Elrond et où il retrouve Bilbon. S'ensuit le Conseil d'Elrond, auquel assistent des représentants des principales races de la Terre du Milieu : Elfes, Nains et Hommes. Gandalf leur apprend la trahison de Saroumane (Saruman), son supérieur dans l'Ordre des Mages, qui recherche l'Unique pour lui-même. Après avoir examiné toutes les possibilités qui s'offrent à eux, les participants au Conseil décident que le seul moyen de vaincre Sauron est de détruire l'Anneau en l'amenant au cœur du Mordor, pays de Sauron, et en le jetant dans la lave des Crevasses du Destin, là où il fut forgé. Frodon se déclare volontaire pour accomplir cette tâche, et une « Communauté de l'Anneau » est formée pour l'accompagner et l'aider : elle comprend Frodon et ses trois compagnons hobbits Sam, Merry et Pippin, ainsi que Gandalf, Aragorn, Boromir du Gondor, Gimli le nain et Legolas l'elfe.

La compagnie traverse l'Eregion déserte avant de tenter de franchir les Monts Brumeux (Montagnes de Brume) par le col enneigé du Caradhras. Après leur échec face aux éléments déchaînés, Gandalf conduit ses compagnons dans les mines de Moria, ancienne cité naine désormais peuplée par des gobelins, mais il tombe dans un gouffre en affrontant le Balrog, une antique créature démoniaque. La Communauté, désormais menée par Aragorn, quitte la Moria et entre dans le pays elfique de Lothlórien, gouverné par Celeborn et Galadriel. Frodon et Sam regardent dans le miroir de Galadriel et voient des visions du passé, du présent et d'un possible futur. Terrifié par l'Œil de Sauron, Frodon propose de remettre l'Anneau à Galadriel, mais celle-ci surmonte la tentation. Les compagnons quittent la Lórien, avec des présents donnés par les elfes, à bord de trois bateaux et descendent le grand fleuve Anduin. Arrivée à hauteur des chutes de Rauros, la Communauté se sépare après une attaque d'Orques et Frodon et Sam partent seuls en direction du Mordor.

Les Deux Tours

Dessin d'un cavalier blond en armure brandissant une lance.
Un cavalier du Rohan.

Le deuxième volume suit les différents chemins empruntés par les membres de la Communauté dissoute.

Au début du livre III, Boromir meurt en tentant de défendre Merry et Pippin, qui sont enlevés par les Uruk-hai de Saroumane. Après avoir offert des funérailles au capitaine du Gondor, Aragorn, Legolas et Gimli se lancent à leurs trousses à travers les plaines du Rohan. Aux abords de la forêt de Fangorn, ils retrouvent Gandalf, désormais le Blanc, qui a été renvoyé en Terre du Milieu pour achever sa mission après avoir péri en terrassant le Balrog. Les quatre compagnons se rendent à Edoras, où Gandalf libère le roi Théoden de l'emprise de son conseiller Gríma Langue de Serpent, un pantin de Saroumane. Ils participent à la guerre du Rohan contre les armées de Saroumane, qui sont vaincues lors de la bataille de Fort-le-Cor (bataille de la Ferté-au-Cor) tandis qu'Orthanc, la forteresse de Saroumane, est prise d'assaut par les Ents, des créatures à l'apparence d'arbres menées par Sylvebarbe (Barbebois) auprès de qui Merry et Pippin ont trouvé refuge. Refusant de se repentir de ses erreurs, Saroumane est exclu de l'Ordre des Mages par Gandalf.

Le livre IV suit Frodon et Sam sur la route du Mordor. Ils parviennent à capturer et à apprivoiser Gollum, l'ancien détenteur de l'Anneau, qui les suivait depuis la Moria. Il les guide vers une entrée secrète du Mordor, dans la vallée de Minas Morgul. Traversant l'Ithilien, ils sont capturés par Faramir, le frère de Boromir, qui les relâche lorsqu'il apprend l'importance de leur mission. À la fin du livre, Gollum trahit Frodon en le menant dans le repaire d'Arachne (Araigne), l'araignée géante. Il survit, mais est fait prisonnier par les Orques de Cirith Ungol après que Sam lui a pris l'Anneau, le croyant mort empoisonné par le venin de l'araignée.

Le Retour du Roi

Le livre V relate la guerre entre le Gondor et le Mordor, vue à travers les yeux de Merry aux côtés du roi des Rohirrim Théoden, et par Pippin aux côtés de Denethor, surintendant de Minas Tirith, capitale du Gondor. La Cité Blanche, assiégée par des milliers d'Orques, est sauvée par l'arrivée des cavaliers du Rohan, puis par celle d'Aragorn, qui a libéré le sud du Gondor grâce à l'armée des Morts et s'est emparé de la flotte des pirates d'Umbar, alliés de Sauron. La bataille des champs du Pelennor se conclut par une défaite des forces de Sauron, mais ce dernier dispose encore de forces prodigieuses dont ne peuvent espérer triompher les Peuples libres. Afin de détourner l'attention de Sauron de la quête de Frodon, Aragorn mène une armée très réduite devant la Morannon, la Porte Noire du Mordor, pour y livrer une bataille désespérée face aux troupes innombrables de Sauron.

Le livre VI revient à Sam, qui libère Frodon des Orques de Cirith Ungol. Les deux hobbits traversent à grand-peine le désert du plateau de Gorgoroth et atteignent le Mont Destin, Gollum sur leurs talons. La tentation se révèle alors trop forte pour Frodon, qui revendique l'Anneau et le passe à son doigt. Il est attaqué par Gollum, qui lui tranche le doigt à coups de dents pour récupérer l'Unique avant de tomber dans les flammes de la montagne en fêtant son triomphe. Par ce retournement de situation eucatastrophique, l'Anneau est détruit, Sauron définitivement vaincu et ses armées mises en déroute. Aragorn est couronné roi du Gondor et épouse sa promise Arwen, la fille d'Elrond. Après plusieurs semaines de festivités, les membres de la Communauté retournent chez eux. De retour dans la Comté, les quatre hobbits retrouvent leur pays ravagé par des brigands humains et des semi-orques. À Cul-de-Sac, après avoir mis les bandits en déroute, ils découvrent que le responsable de ce chaos, qui se fait appeler Charquin, n'est autre que Saroumane, qui trouve peu après la mort aux mains de Gríma. La Comté connaît par la suite une grande embellie, mais Frodon, blessé physiquement et mentalement, ne peut apprécier ce renouveau. Il finit par faire voile vers l'Ouest avec Bilbon pour y trouver la paix, accompagné des porteurs des Trois anneaux des Elfes, Galadriel, Elrond et Gandalf. Le Troisième Âge du Soleil et Le Seigneur des anneaux s'achèvent.

Le récit proprement dit est suivi de six appendices, visant à donner de plus amples informations sur le passé, les peuples, les langues de la Terre du Milieu :

  • L'appendice A retrace brièvement l'histoire des royaumes des Hommes (Númenor, puis l'Arnor et le Gondor, le Rohan enfin) et des Nains.
  • L'appendice B propose des annales des Deuxième et surtout du Troisième Âges.
  • L'appendice C contient les arbres généalogiques des principaux hobbits du récit.
  • L'appendice D étudie les divers calendriers employés par les Elfes, les Hommes et les Hobbits.
  • L'appendice E présente les deux principaux alphabets de la Terre du Milieu, les tengwar et les cirth, avec des précisions sur la prononciation des langues.
  • L'appendice F s'intéresse aux langues des peuples de la Terre du Milieu et discute de questions de traduction.

Conception de l'œuvre

Onze ans d'écriture, de 1937 à 1948

Projet initial : une suite au Hobbit

Un mois après la publication du Hobbit, le , Stanley Unwin, l'éditeur de Tolkien, lui écrit qu'un « large public réclamerait à cor et à cri dès l'année suivante qu'il leur en dise plus au sujet des Hobbits ! », ce à quoi Tolkien, « inquiet », répond qu'il « ne saurai[t] que dire de plus à propos des Hobbits », mais qu'il n'a « en revanche que trop de choses à dire […] à propos du monde dans lequel ce Hobbit a fait intrusion »[3] : en effet, cela fait vingt ans qu'il travaille sur les textes du Silmarillion, tandis que Bilbo, le héros du Hobbit, s'est retrouvé intégré à cet univers au fil de l'écriture, « contre l'intention première » de Tolkien[4],[5]. Après une réponse encourageante d'Unwin[N 1], Tolkien promet qu'il commencera quelque chose dès que possible. Le 1937, il écrit à C. A. Furth, de Allen & Unwin : « J'ai écrit le premier chapitre d'une nouvelle histoire sur les Hobbits — "Une réception depuis longtemps attendue" »[6]. Dans ce chapitre, le héros est encore Bilbon Sacquet, qui disparaît de Hobbitebourg lors de la réception donnée pour son soixante-dixième anniversaire : le trésor qu'il a rapporté d'Erebor est épuisé, et il éprouve le désir de repartir à l'aventure[7],[8].

Une enseigne ovale représentant un aigle en vol tenant dans ses serres un nourrisson en langes.
Enseigne du pub Eagle and Child, à Oxford, où se réunissaient les Inklings. Tolkien leur lut Le Seigneur des anneaux au fur et à mesure qu'il l'écrivait.

« Un tour inattendu » : une œuvre plus ample et plus sombre

Après plusieurs faux départs, Tolkien décide de placer l'anneau trouvé par Bilbon lors de son aventure au centre de cette suite : à l'origine simple objet magique, il devient au fil des réécritures le terrible Anneau unique forgé par Sauron[9],[8]. L'histoire se met lentement en place : trois hobbits, Bingo le fils de Bilbo et ses cousins Frodo et Odo partent pour Fondcombe, dans un récit au ton encore bon enfant, proche de celui du Hobbit, qui subsistera en grande partie dans la version définitive des premiers chapitres du Livre I. Sur leur route, les hobbits croisent un cavalier entièrement drapé dans un manteau. Après un bref moment d'angoisse, le cavalier éclate de rire : il s'agit du magicien Gandalf[10]. Mais Tolkien abandonne aussitôt cette idée au profit d'une autre, bien plus sinistre : Bingo et ses compagnons sont désormais poursuivis par des Cavaliers Noirs. Dans une lettre à Stanley Unwin, Tolkien indique alors que l'histoire a pris « un tour inattendu »[11],[12].

Au cours de l'année 1938, Tolkien trouve et assemble les idées principales de l'intrigue : l'idée que le Nécromancien est à la recherche de l'Anneau, que les neuf Cavaliers noirs sont ses serviteurs, et que les hobbits doivent porter l'Anneau jusqu'au Mordor pour le jeter dans le feu d'une des "failles du monde". Il poursuit le premier jet du roman jusqu'à l'épisode de Tom Bombadil[13]. À la mi-, le récit atteint le milieu de la conversation entre Bingo, peu après fusionné avec le personnage de Frodo, et le nain Glóin à Fondcombe. Tolkien s'arrête alors un moment et retravaille les premiers chapitres, car l'histoire évolue alors même qu'il l'écrit, nécessitant de fréquentes corrections pour accorder les passages les plus anciens avec les plus récents. Le livre couvre alors 300 pages manuscrites et Tolkien, optimiste, estime qu'il en faudra encore 200 pour le terminer[14]. Le récit est pourtant encore loin de sa version finale : par exemple, l'étranger que les hobbits rencontrent à Bree n'est pas encore Aragorn, Rôdeur descendant des rois de jadis, mais Trotter, un simple hobbit aventureux qui porte des chaussures de bois[15],[13]. Tom Bombadil, quant à lui, préexiste de longue date au Seigneur des Anneaux, puisqu'il a été inspiré à Tolkien par un jouet : une poupée hollandaise qui appartenait à l'un des fils de J. R. R. et Edith Tolkien, Michael. Tolkien lui avait déjà consacré un poème, Les Aventures de Tom Bombadil, paru en 1934 dans l'Oxford Magazine, poème où intervenait également sa compagne Baie d'Or ainsi que le Vieil Homme-Saule qui enferme les gens dans son tronc. Un temps, Tolkien avait même envisagé de faire de Tom le héros de sa suite à Bilbo le hobbit, mais l'idée n'intéressait pas les éditeurs[16].

Vers la fin de l'année 1938, Tolkien a terminé d'assembler les éléments principaux de son récit : l'Anneau commande à tous les autres anneaux et le Nécromancien n'est autre que Sauron, qui donne son titre au livre : Le Seigneur des Anneaux. Ainsi, le roman se rattache fermement à la mythologie développée dans Le Silmarillion[17]. Le roman quitte le registre de la littérature d'enfance et de jeunesse : au cours des années suivantes, Tolkien avertit plusieurs fois son éditeur que le futur roman s'adressera cette fois à un public adulte[18]. Le style change lui aussi et devient plus sérieux et solennel, comme le remarquent les amis de Tolkien dans le cercle littéraire des Inklings, auquel il fait régulièrement des lectures du manuscrit en cours[19].

La Seconde Guerre mondiale et les difficultés de l'écriture

C. S. Lewis, ami de Tolkien et écrivain lui-même, encourage régulièrement Tolkien pendant l'écriture du Seigneur des Anneaux.

1939 est une année difficile pour Tolkien : un accident survenu au cours de l'été se solde par une commotion cérébrale, et le début de la Seconde Guerre mondiale entraîne un accroissement de ses responsabilités à Oxford. Il continue pourtant à travailler sur Le Seigneur des anneaux, qui atteint le chapitre « Les Mines de la Moria » (finalement « Un voyage dans le noir », chapitre 4 du Livre II) en décembre[20]. Il n'y revient pas avant , mais se consacre à des corrections dans le texte déjà existant[21]. Il ne recommence à écrire qu'à la fin de l'année 1941. Il termine alors le Livre II et commence le III, dont les quatre premiers chapitres sont écrits fin janvier. À l'automne, le Livre III est terminé. Tolkien pense alors qu'il lui reste six chapitres à écrire, dont il a ébauché le plan : en réalité, ce sont 31 autres chapitres qu'il va écrire par la suite avant de parvenir à la fin[22]. Entre 1941 et 1943, Tolkien réalise des corrections et renforce la cohérence de l'univers et de l'intrigue, notamment en travaillant sur les cartes de la Terre du Milieu avec son fils Christopher, mais il ne progresse plus dans l'écriture de la suite et, à l'été 1943, il s'avoue "complètement coincé"[22].

Le livre ne progresse plus avant le printemps 1944, lorsque Tolkien, encouragé par son ami C. S. Lewis, entame « dans la douleur[23] » le Livre IV[24]. Tolkien écrit les chapitres et les fait lire au fur et à mesure à C.S. Lewis et à Christopher, qui se trouve alors en Afrique du Sud pour s'entraîner avec la Royal Air Force. Tous deux sont très enthousiastes, ce qui motive Tolkien : il achève le Livre IV à la fin du mois de mai, avant de s'arrêter de nouveau, pris par l'organisation et la correction des examens. Le , il écrit à Christopher : « Toute inspiration pour [Le Seigneur des anneaux] s'est complètement tarie, et j'en suis au même point qu'au printemps, avec toute l'inertie à surmonter de nouveau. Quel soulagement ce serait d'en finir »[25],[26].

1946-1948 : reprise de l'écriture

Tolkien commence le Livre V, persuadé qu'il s'agira du dernier, en octobre. Mais il n'avance guère, et ce n'est qu'en qu'il progresse véritablement, après un long moment sans avoir travaillé sur le récit. Après plusieurs semaines d'écriture, il doit s'interrompre à nouveau pour déménager[27]. Courant 1947, Tolkien ayant dans le même temps apporté le lot habituel de corrections aux premiers livres, ainsi qu'au Hobbit, et avoir fait lire le manuscrit presque terminé à Stanley Unwin, qui y répond par un avis de lecture favorable[28]. Finalement, la rédaction du Seigneur des anneaux est achevée, du moins au brouillon, entre la mi-août et la mi-. Le livre inclut alors un épilogue centré sur Sam et ses enfants, mais Tolkien se laisse convaincre de l'omettre[29]. Tolkien reprend son manuscrit très en profondeur au point d'avoir l'impression de « pinailler sur chaque phrase » et termine l'écriture à l'automne 1949[30].

Conception d'illustrations et de cartes

Carte de la Terre du Milieu. Illustration de fan dessinée sur le modèle de la carte conçue par J.R.R. et Christopher Tolkien pour Le Seigneur des Anneaux.

J. R. R. Tolkien conçoit de nombreuses cartes géographiques montrant plusieurs régions de la Terre du Milieu à titre d'annexes du Seigneur des Anneaux, comme il l'avait fait dans Le Hobbit. Il les modifie ou les précise au fil de l'écriture. L'une des premières qu'il dessine est la carte du Comté[31]. Pour la carte de la Terre du Milieu incluse dans la première édition du roman, il est assisté par Christopher Tolkien, l'un de ses fils, qui interprète les brouillons de son père et y ajoute une part de création propre[32],[33].

Tolkien illustre Le Seigneur des Anneaux avec des dessins et des aquarelles, comme il l'a fait pour plusieurs autres de ses récits ; mais ses illustrations ne sont pas publiées en même temps que le roman et restent longtemps inconnues du grand public[34].

Les difficultés de la publication

Le Seigneur des anneaux est globalement achevé en octobre 1949. En théorie, il devrait être publié par Allen & Unwin, à qui Tolkien avait promis une suite du Hobbit. Cependant, l'idée le prend de vouloir publier Le Seigneur des anneaux avec Le Silmarillion, qui avait été refusé par Allen & Unwin en 1937, lorsque Tolkien le leur avait soumis — refus qui, par ailleurs, a fait naître un certain ressentiment chez lui.

Durant l'automne 1949, Tolkien fait la connaissance de Milton Waldman, de la maison d'édition londonienne Collins, par l'entremise de Gervase Mathew, un membre des Inklings[35]. Waldman propose à Tolkien d'éditer les deux livres ensemble, offre que Tolkien s'empresse d'accepter. En février 1950, il écrit à Stanley Unwin qu'il exige que Le Silmarillion soit édité avec Le Seigneur des anneaux. Après quelques mésaventures, notamment une note de Rayner Unwin que Tolkien n'aurait pas dû lire, dans laquelle le fils de Stanley propose à son père d'éditer Le Seigneur des anneaux, puis de « laisser tomber » Le Silmarillion[36], Tolkien pose un ultimatum à Unwin : soit il prend les deux ouvrages, soit il n'en a aucun. Unwin refuse, n'ayant même pas vu le manuscrit du Seigneur des anneaux[37],[38].

Tolkien s'en remet alors à Waldman ; celui-ci l'assure que Collins éditera ses deux livres durant l'automne 1950. Mais Waldman, malade, est forcé de faire de fréquents séjours en Italie, et ses remplaçants sont beaucoup moins enthousiastes au sujet des deux volumineux livres de Tolkien. Au début de l'année 1952, rien n'est encore fait, si bien que Tolkien somme Collins de publier Le Seigneur des anneaux au plus tôt, sans quoi il se rapproprie le manuscrit. La longueur du texte affole les éditeurs, qui refusent net[N 2],[39].

Rayner Unwin, au courant de ses démêlés avec Collins, reprend alors contact avec Tolkien, qui fait son mea culpa et demande s'il est encore possible de faire quelque chose « pour déverrouiller les portes que j'ai moi-même claquées ? »[40],[41], ce à quoi Unwin répond : « Nous voulons absolument vous publier — ce ne sont que les circonstances qui nous ont retenus. » S'ensuit un long travail de relecture et de correction, au cours duquel il est finalement décidé de publier le livre en trois volumes. Après beaucoup d'hésitations, les titres La Communauté de l'Anneau (The Fellowship of the Ring), Les Deux Tours (The Two Towers) et Le Retour du Roi (The Return of the King) sont choisis, ce dernier contre l'avis de Tolkien qui préfère La Guerre de l'anneau (The War of the Ring), moins révélateur de l'issue du récit[42],[43].

Ce découpage en trois tomes fait que l'on décrit souvent le Seigneur des anneaux comme une trilogie, mais ce terme est techniquement incorrect, car il a été écrit et conçu d'un seul tenant. Néanmoins, Tolkien lui-même reprend dans ses lettres, de temps à autre, le terme de « trilogie » lorsqu'il est employé par ses correspondants[N 3].

Les contraintes techniques empêchent d'autres aspects du manuscrit de paraître tels que Tolkien les souhaitait : il voulait que l'inscription de l'Anneau soit reproduite à l'encre rouge, et avait prévu un fac-similé du livre de Mazarbul (découvert dans le chapitre sur la Moria) en couleurs, afin qu'il paraisse ancien, abîmé et brûlé par endroits, mais tout cela s'avère impossible dans la première édition du roman. Le fac-similé du livre de Mazarbul est publié pour la première fois à titre posthume dans un Calendrier Tolkien en 1977[44]. Pendant les corrections, Tolkien doit aussi batailler pour que ses choix orthographiques soient conservés, par exemple pour le pluriel de dwarf dont le pluriel est dans le roman dwarves (au lieu de dwarfs en général)[44].

La Communauté de l'Anneau est publié au Royaume-Uni par Allen & Unwin le , suivi par Les Deux Tours le et par Le Retour du Roi le , ce tome ayant été retardé à cause des difficultés de Tolkien pour écrire les appendices[45],[46]. Aux États-Unis, Houghton Mifflin publie le volume 1 le , le volume 2 le et le volume 3 le . Défiant les prévisions pessimistes de Rayner Unwin, le premier tirage des deux premiers volumes, assez faible (4 500 exemplaires pour La Communauté de l'Anneau et 4 250 pour Les Deux Tours, couvrant les marchés britannique et américain) est rapidement épuisé, réclamant une réimpression rapide. Ce succès explique que le tirage initial du Retour du Roi, paru un an plus tard, ait été de 12 000 exemplaires[47].

Au début des années 1960, Donald Wollheim, un auteur de science-fiction pour la maison d'édition Ace Books, estime que Le Seigneur des anneaux ne bénéficie pas de la protection du copyright américain à l'intérieur des États-Unis, en raison de l'édition en couverture rigide (hardcover) du livre chez Houghton Mifflin, compilée à partir de pages imprimées au Royaume-Uni pour l'édition britannique. Ace Books publie une édition pirate, sans avoir obtenu d'autorisation de la part de Tolkien et sans lui offrir aucune compensation. Tolkien le fait savoir clairement aux fans américains qui lui écrivent et passe l'été 1965 à réviser le texte du livre, corrigeant les fautes, adaptant quelques éléments de la mythologie toujours mouvante du Silmarillion et rédigeant un nouvel avant-propos, disant à propos de celui de la première édition : « confondre (comme il le fait) de véritables éléments personnels avec la "machinerie" du Conte est une grave erreur »[48]. Cette seconde édition du Seigneur des anneaux est publiée au format poche chez Ballantine Books en [47]. Ace Books finit par abandonner l'édition non autorisée et par signer un accord à l'amiable avec Tolkien, lui payant 4 % des bénéfices et s'engageant à ne pas réimprimer le livre[49]. Par la suite, Wollheim continue cependant à affirmer qu'Ace Books était dans son droit en publiant cette édition pirate. Ce n'est qu'en 1992 que cette controverse est tranchée par une décision de justice, qui statue que la première édition américaine du Seigneur des anneaux chez Houghton Mifflin était bien soumise au copyright américain[50].

À l'occasion du cinquantième anniversaire de la publication du Seigneur des anneaux, une nouvelle édition du livre est parue, sous la direction de Wayne G. Hammond et Christina Scull. Un grand nombre de coquilles y sont corrigées, ainsi que certaines erreurs du texte lui-même. La liste des corrections se trouve dans l'ouvrage séparé The Lord of the Rings: A Reader's Companion.

Ventes

La première édition britannique du roman paraît chez Allen & Unwin en 1954-1955, en trois tomes (La Communauté de l'Anneau en juillet 1954, Les Deux Tours en novembre de la même année et Le Retour du Roi en octobre 1955). Aux États-Unis, Houghton Mifflin publie le roman sous la même forme en octobre 1954, avril 1955 et janvier 1956. Le premier tirage des deux premiers volumes est assez faible pour l'époque : 4 500 exemplaires pour La Communauté de l'Anneau et 4 250 pour Les Deux Tours, couvrant les marchés britannique et américain. Ce premier tirage est rapidement épuisé, réclamant une réimpression rapide. Ce succès explique que le tirage initial du Retour du Roi, paru un an plus tard, ait été de 12 000 exemplaires[47].

À partir de 2001, avec la sortie des films de Peter Jackson, les ventes du roman grimpent. Selon David Brawn, l'éditeur de Tolkien chez HarperCollins, qui détient les droits pour le monde anglo-saxon, à l'exception des États-Unis : « En trois ans, de 2001 à 2003, il s'est vendu 25 millions d'exemplaires du Seigneur des anneaux — 15 millions en anglais et 10 millions dans les autres langues. Et au Royaume-Uni les ventes ont augmenté de 1000 % après la sortie du premier film de la trilogie »[51].

Traductions

Le livre a été traduit dans une trentaine de langues. La traduction initiale en français est due à Francis Ledoux et est publiée par l'éditeur Christian Bourgois en 1972-1973. Le premier tome reçoit le Prix du Meilleur livre étranger en 1973[52]. Cette traduction est sujette à débat : si elle est d'une certaine qualité littéraire (Ledoux a également traduit Charles Dickens, Daniel Defoe, Edgar Allan Poe, entre autres[53]), elle est truffée de coquilles et d'erreurs de traduction, certaines imputables au fait que Ledoux ne disposait pas du Silmarillion, notamment pour les pluriels des noms en quenya : the Valar est ainsi traduit par « le Valar » au lieu de « les Valar »[54]. Le premier tome d'une nouvelle traduction, assurée par Daniel Lauzon, est paru chez Christian Bourgois en 2014 sous le titre La Fraternité de l'Anneau[55], suivi des Deux Tours en 2015 et du Retour du Roi en 2016[56].

Philologue, connaissant une douzaine de langues anciennes et modernes (parmi lesquelles le norrois, le gotique, le vieil anglais, le latin, le grec, l'espagnol, le français, le finnois, le gallois, le russe ou l'italien[57]), Tolkien s'intéresse de près aux premières traductions de son livre (néerlandaise en 1956-1957, suédoise en 1959-1961) et émet plusieurs commentaires afin d'éclairer ses intentions dans la création de tel ou tel nom, en particulier les toponymes de la Comté, dans lesquels Tolkien a glissé nombre de jeux de mots philologiques à plusieurs niveaux. Conscient des difficultés posées par les noms propres de son œuvre, Tolkien aborde la question dans un long essai, « Guide to the Names in The Lord of the Rings », publié à titre posthume dans le recueil A Tolkien Compass (1975). Les dernières éditions de ce recueil ne contiennent plus l'essai de Tolkien, mais une version augmentée est reprise dans The Lord of the Rings: A Reader's Companion. Les problèmes posés par la traduction des livres de Tolkien ont par la suite été abordés par d'autres auteurs[58].

L'univers

Dessin d'une forêt d'arbres aux troncs blancs et aux feuilles dorées.
L'univers de la Terre du Milieu présente des paysages variés, des bois d'or de la Lothlórien

L'histoire du Seigneur des anneaux se déroule sur la Terre du Milieu, principal continent d'Arda, univers créé de toutes pièces par l'auteur. J. R. R. Tolkien appelle ce travail littéraire « sous-création » (aussi traduit par « subcréation »). En réalité, Le Seigneur des anneaux n'a pas lieu sur une autre planète ou dans une autre dimension : il s'agit simplement d'un « passé imaginaire » de la Terre :

« J'ai construit, je le crois, une époque imaginaire, mais quant au lieu j'ai gardé les pieds sur ma propre Terre maternelle. Je préfère cela à la mode moderne qui consiste à rechercher des planètes lointaines dans l'« espace ». Quoique curieuses, elles nous sont étrangères, et l'on ne peut les aimer avec l'amour de ceux dont nous partageons le sang. »

 Lettre no 211 à Rhona Beare (14 octobre 1958)

Ce « passé imaginaire » est décrit avec une précision chirurgicale par son créateur, qui va jusqu'à réécrire des passages entiers du Seigneur des anneaux afin que les phases de la lune soient cohérentes[N 4]. La géographie du récit a été soigneusement élaborée par l'auteur : « J'ai commencé, avec sagesse, par une carte, à laquelle j'ai subordonné l'histoire (globalement en apportant une attention minutieuse aux distances). Faire l'inverse est source de confusion et de contradictions[59]. » Les trois cartes que comprend Le Seigneur des anneaux (la carte générale, celle de la Comté et celle représentant le Gondor, le Rohan et le Mordor à grande échelle) ont été dessinées par Christopher Tolkien d'après des croquis de son père.

Dessin en noir et blanc d'un sommet montagneux coiffé d'un château.
… aux menaçantes montagnes du Mordor.

Tolkien a doté la Terre du Milieu d'une histoire propre, de la création du monde à la naissance des hommes en passant par celle des Elfes et des Nains. Cette histoire, qui n'apparaît qu'en retrait dans le texte du livre, à travers les nombreuses allusions qui y sont faites et les poèmes qui émaillent le récit, est détaillée dans les Appendices, ainsi que dans Le Silmarillion. Elle sous-tend néanmoins Le Seigneur des anneaux tout entier, lui conférant une grande profondeur. Comme son auteur le reconnaît lui-même :

« Une partie de l’attrait du Seigneur des anneaux est due, je pense, aux aperçus d’une vaste Histoire qui se trouve à l’arrière-plan : un attrait comme celui que possède une île inviolée que l’on voit de très loin, ou des tours d’une ville lointaine miroitant dans un brouillard éclairé par le soleil. S’y rendre, c’est détruire la magie, à moins que n’apparaissent encore de nouvelles visions inaccessibles. »

 Lettre no 247 au colonel Worskett (20 septembre 1963)

Pour maintenir cette fiction historique, Tolkien prétend ne pas être l'auteur du Seigneur des anneaux, mais simplement son traducteur et éditeur, sa source étant le fictif Livre Rouge de la Marche de l'Ouest, c'est-à-dire les mémoires de Bilbon, qui forment Le Hobbit, et de Frodon, qui constituent Le Seigneur des anneaux. Par un procédé de mise en abyme, la page de titre de ce Livre Rouge est visible dans le dernier chapitre du Seigneur des anneaux, « Les Havres Gris » : il s'intitule La Chute du Seigneur des anneaux et le Retour du Roi[60].

La richesse du développement de la Terre du Milieu se voit aussi dans des domaines plus inattendus. Elle est peuplée de nombreuses créatures plus ou moins fantastiques, des mouches du Mordor aux trolls des cavernes. L'auteur s'est également soucié de la flore d'Arda dont l'elanor ou le mallorn sont les exemples les plus évidents. Pour ce qui est de l'astronomie, si les constellations et les planètes visibles dans le ciel nocturne sont les mêmes que les nôtres, elles reçoivent de nouveaux noms : par exemple, la Grande Ourse devient Valacirca, la « Faucille des Valar », et la planète Mars devient Carnil, « la Rouge ». Cette polyvalence ne va pas sans poser quelques problèmes à Tolkien, bien en peine de répondre à toutes les demandes de ses lecteurs :

« … beaucoup réclament comme vous des cartes, d'autres veulent des indications sur la géologie plutôt que sur les lieux ; beaucoup veulent des grammaires et phonologies elfiques et des exemples ; certains veulent de la métrique et de la prosodie […] Les musiciens veulent des mélodies et une notation musicale ; les archéologues veulent des précisions sur la céramique et la métallurgie. Les botanistes veulent une description plus précise des mallorn, elanor, niphredil, alfirin, mallos et symbelmynë ; et les historiens veulent davantage de détails sur la structure sociale et politique du Gondor ; ceux qui ont des questions plus générales veulent des informations sur les Chariotiers, le Harad, les origines des Nains, les Morts, les Béorniens et les deux mages (sur cinq) disparus[61]. »

Le travail de Tolkien débute par la création de langues puis la mise en place d'un décor et de personnages parlant ces langues, élaborées pendant plus de soixante ans. Au début, les récits sont en quelque sorte là pour donner de la crédibilité aux langues et rendre leur existence plus vraisemblable : à un fâcheux, Tolkien répond que Le Seigneur des anneaux est « une tentative pour créer une situation dans laquelle on pourrait avoir comme phrase de salutation habituelle elen síla lúmenn' omentielmo, et que cette phrase précédait de beaucoup le livre[62] ». Il s'agit clairement d'une exagération : l'expression elen síla lúmenn' omentielmo[63], qui signifie « une étoile brille sur l'heure de notre rencontre », n'est apparue qu'au cours de la rédaction du livre. Cette anecdote permet toutefois de saisir l'importance des langues dans l'œuvre de Tolkien, qu'il qualifie lui-même « d'inspiration fondamentalement linguistique[64] ».

Analyse

Conservation du manuscrit et publication des brouillons

Les brouillons du Seigneur des anneaux ont été publiés et étudiés par Christopher Tolkien dans les tomes 6 à 9 de son Histoire de la Terre du Milieu, non traduits en français : The Return of the Shadow, The Treason of Isengard, The War of the Ring et Sauron Defeated (1988-1992).

En , Tolkien vend les brouillons du Seigneur des anneaux (entre autres) pour 1 500 £ à l'université Marquette de Milwaukee, à la requête du bibliothécaire de cette dernière, William B. Ready. Avant de les envoyer, Tolkien entreprend de les annoter et de les classifier, mais la tâche se révèle trop longue, et en fin de compte, les papiers sont envoyés dans le désordre à Marquette en 1958. Tolkien s'aperçoit ultérieurement que certains papiers liés au Seigneur des anneaux (principalement parmi les brouillons les plus anciens) sont toujours en sa possession. Finalement, c'est son fils Christopher qui, après avoir étudié et publié ces brouillons dans le cadre de son Histoire de la Terre du Milieu, envoie ces documents à Marquette. L'université américaine possède plus de 9 200 pages concernant Le Seigneur des anneaux[65]

Sources littéraires de Tolkien

Parchemin aux bords brûlés portant un texte à l'encre noire. Première ligne en grandes majuscules, reste en minuscules.
Première page du manuscrit de Beowulf.

Universitaire et philologue, Tolkien nourrit ses œuvres d'une culture littéraire très ample. Il s'inspire de plusieurs mythologies : la mythologie celtique, mais aussi les mythologies germaniques et finlandaises[66] ainsi que la mythologie grecque et la mythologie romaine[67].

Les études portant sur Tolkien ont d'abord mis en avant ses inspirations puisées dans les littératures médiévales : les sagas norroises, l'épopée vieil-anglais Beowulf, les Eddas et le Kalevala. Certains aspects du Seigneur des Anneaux peuvent rappeler le mythe arthurien : ainsi le roi Théoden rappelle la figure du Roi Pêcheur, dont la blessure manque de peu de mener son royaume à sa perte avant qu'il ne guérisse enfin[66]. Cependant, ces rapprochements doivent être nuancés, car nombre d'éléments du roman proviennent de sources plus anciennes ou reprennent des éléments trop généraux pour constituer des références à ce mythe en particulier, comme la figure du magicien Gandalf qui ne fait pas nécessairement référence à l'enchanteur Merlin, dont il est très différent[66].

Le Seigneur des Anneaux puise aussi dans la littérature antique grecque et latine, souvent de manière indirecte par le biais de la postérité de cette littérature dans la littérature médiévale. Les Appendices du Seigneur des Anneaux contiennent de nombreuses chronologies et annales, genres apparus dans l'Antiquité[68]. Nourri de culture classique, Tolkien reprend à son compte des lieux communs littéraires antiques comme le locus amoenus (le lieu d'agrément) dans la description du Comté et de l'Ithilien, ainsi que le topos inverse, le locus horribilis (lieu effrayant) pour les monts arides du Mordor[69].

Le roman se nourrit aussi du modèle littéraire de l'épopée, aussi bien antique que médiévale, car Tolkien puise à plusieurs modèles : outre l'épopée anglaise médiévale Beowulf, dont Tolkien était un spécialiste, l'écrivain puise dans Sire Gauvain et le chevalier vert, mais emprunte aussi à l’Iliade, à l’Odyssée et plus souvent à l’Énéide de Virgile, elle-même inspirée par les deux épopées homériques[70]. Cependant, Tolkien opère une critique du "code héroïque" de ces épopées : loin de l’hubris (la démesure) à laquelle cèdent des héros comme Achille, les personnages de Sam, Aragorn et Faramir repoussent leurs rêves de gloire personnelle afin de rester au service de la cause commune de la Fraternité de l'Anneau, tandis que l'ambition personnelle et les excès de Boromir causent sa perte[71]. Aragorn, quant à lui, a pu être analysé comme un nouvel Énée, à cette différence que son aventure ne s'achève pas avec la mort d'un ennemi, mais avec le récit de son mariage avec Arwen (tandis que l'union d'Énée et de Lavinia ne fait l'objet que d'allusions chez Virgile)[72].

Mais Tolkien appécie aussi les contes de fées ainsi que ce qu'on n'appelle pas encore à son époque la fantasy. Il consacre aux contes une conférence publiée sous forme d'essai, Du conte de fées, en 1943. Il lit et admire les récits de William Morris, comme Le Pays creux et La Plaine étincelante, et de George MacDonald, comme La Clef d'or et La Princesse et le Gobelin[73],[74]. Enfant, il a apprécié les romans d'aventures de Henry Rider Haggard, en particulier Elle, paru en 1886-1887, et ses suites[75].

Un imaginaire géographique

L'attention prêtée par Tolkien aux descriptions de paysages, aux voyages et aux cartes dans Le Seigneur des Anneaux lui a valu de faire assez tôt l'objet d'études portant sur son imaginaire géographique[76]. La géographie de la Terre du Milieu dans le roman se caractérise par une recherche très poussée de réalisme, grâce à des descriptions de paysages, à une toponymie riche de sens employant les langues imaginaires créées par l'auteur, et aux cartes géographiques incluses dans le livre[77]. Les paysages traversés par les personnages durant leurs voyages sont grandioses, mais souvent inhabités ou peu peuplés, tandis que les communautés rencontrées paraissent souvent repliées sur elles-mêmes. Les paysages sont souvent accompagnés d'allusions à des contrées plus lointaines qui ne sont pas explorées, mais qui participent au réalisme de l'ensemble[77]. Les différents types de paysages de la Terre du Milieu sont conçus et décrits pour évoquer la féerie, ainsi les forêts peuplées de communautés d'elfes offrant des refuges mais aussi de créatures malveillantes comme le Vieil Homme-Saule, ou encore les montagnes, qui dissimulent souvent des réseaux de cavernes abritant des nains ou des monstres[77]. Durant leur quête, Frodo et Sam sont confrontés à des paysages de marais et d'eau stagnante de plus en plus menaçants, qui forment une métaphore de la volonté maléfique de Sauron[78].

L'anneau maléfique

Illustration en images de synthèse de l'Anneau Unique, par Peter J. Yost, 2021.

La quête des personnages consiste à trouver le moyen de détruire l'Anneau unique, puissant objet magique forgé par Sauron et qui contient la plus grande partie de ses pouvoirs maléfiques. L'Anneau rend invisible la personne qui le porte, mais l'expose aussi à une tentation constante qui risque de la faire passer sous l'influence de Sauron. Comme le soulignent Wayne G. Hammond et Christina Scull, l'anneau d'invisibilité est un objet courant dans la littérature, que l'on retrouve dès La République de Platon avec l'histoire de l'anneau de Gygès, puis au Moyen Âge chez Chrétien de Troyes (Yvain ou le Chevalier au lion) ou encore dans les contes de fées d'Andrew Lang[79].

Tolkien, qui connaît très bien la littérature médiévale et s'intéresse de longue date à la musique classique, connaît le poème épique de la chanson des Nibelungen et les opéras de L'Anneau du Nibelung qu'en a tirés le compositeur Richard Wagner au XIXe siècle[80]. À la parution du Seigneur des Anneaux, plusieurs critiques opèrent des rapprochements entre les deux œuvres. Tolkien réfute ces liens en affirmant dans sa correspondance : « Ces deux anneaux sont ronds, et c'est là leur seule ressemblance », répond-il à l'introduction de la traduction suédoise du Seigneur des anneaux qui affirme que « l'Anneau est, d'une certaine manière, "der Nibelungen Ring"[81] ». Les ressemblances peuvent en effet s'expliquer largement par des sources communes et par le fait que les anneaux magiques sont présents dans les mythes et les légendes depuis l'Antiquité. La volonté de Tolkien de se démarquer de Wagner s'explique aussi par le mécontentement suscité chez l'écrivain par le traitement de la légende que Wagner opère dans ses opéras, et par sa répulsion envers le nazisme qui tente à son époque de récupérer à son compte l'œuvre de Wagner et les légendes nordiques[80].

La lutte de la vie contre la mort

Tolkien écrit à plusieurs reprises, dans sa correspondance, que l'élément au centre de son livre n'est autre que la Mort et que l'intrigue développe une réflexion sur la condition mortelle, déjà au centre de ses analyses consacrées à l'épopée anglaise médiévale Beowulf[82]. Dans un ouvrage paru en 2001, Tolkien : sur les rivages de la Terre du Milieu, l'universitaire français Vincent Ferré propose une lecture du roman comme un récit d'une lutte contre des puissances liées à la mort[83]. Au fil de leur quête, les personnages sont confrontés à une menace grandissante, et leurs aventures sont marquées par l'omniprésence de la mort, le deuil et les souvenirs d'êtres chers[84]. À l'inverse, leur espoir est nourri par les alliances, l'amitié et l'amour ; seul Frodo se trouve de plus en plus isolé des autres du fait du fardeau qu'il a endossé en acceptant de porter l'anneau. La quête se termine par une heureuse surprise, que Tolkien nomme une eucatastrophe[85]. Les personnages évoluent : certains s’anoblissent (notamment Merry et Pippin qui deviennent capables de protéger eux-mêmes le Comté sans se reposer sur les Rôdeurs, tandis qu'Aragorn devient roi du Gondor) tandis que d'autres succombent à l'aliénation du fait de la tentation exercée par l'anneau (Saroumane agit ainsi comme un double de Sauron, mais nombre d'autres personnages sont tentés par l'objet, que ce soit Boromir ou Bilbo) ; Frodo, quant à lui, est tellement hanté par l'anneau que même la destruction de l'objet ne résout rien, l'ancien porteur de l'anneau étant dès lors envahi par le manque[86]. Après la destruction de l'anneau, le monde connaît un retour à la vie[87].

Figures du Mal et lutte contre le Mal

Le Seigneur des Anneaux constitue une œuvre morale. Selon Anne Besson, Tolkien y promeut une conception de la nature humaine selon laquelle l'être humain est doté d'une éthique, ce qui le distingue des œuvres de certains écrivains venus après lui, comme le cycle romanesque du Trône de ferGeorge R. R. Martin questionne cette nature et met en scène de nombreux comportements cruels[88].

Le roman met en scène plusieurs figures de serviteurs du Mal incarné par Sauron. Les orques, serviteurs de Sauron à l'apparence repoussante, constituent les ennemis récurrents des personnages principaux. Tolkien les montre pourtant comme dotés de moralité, comme le montre l'épisode du dialogue entre les orques Shagrat et Ghorbag dans Le Retour du roi où Shagrat désapprouve le fait que Sam ait (selon ce qu'il croit) abandonné Frodo[89]. Les orques ne sont pas intrinsèquement mauvais : ce sont, à l'origine, des elfes victimes d'expériences horribles menées par Morgoth ; dans la pensée de Tolkien, le Mal ne peut pas être une puissance créatrice : il imite, distord et pervertit, mais ne crée pas, de sorte que l'Ombre (Morgoth ou Sauron) est incapable de créer elle-même ses propres serviteurs et doit pervertir des formes de vie déjà existantes[90]. Dans Myths Transformed, un texte écrit après la parution du Seigneur des Anneaux et publié à titre posthume dans Morgoth's Ring, dixième volume de l'Histoire de la Terre du Milieu, Tolkien imagine une autre version de l'origine des orques où ils sont des humains victimes d'expériences menées par le seigneur maléfique Sauron[91].

Guido Semprini rapproche les orques de ce que Tolkien dit des monstres de l'épopée anglaise médiévale Beowulf, à laquelle l'écrivain a consacré une conférence (Beowulf : Les Monstres et les Critiques), les orques incarnent des aspects maléfiques de l'âme humaine de manière atemporelle : ils relèvent du domaine du mythologique et ne font donc référence à aucune réalité historique. Les Haradrim et les Orientais, peuples de l'est de la Terre du Milieu, sont quant à eux des humains qui s'allient à Sauron parce qu'ils sont trompés par ses mensonges, et ils sont pardonnés sans conditions par Aragorn après son accession au trône du Gondor à la fin du Seigneur des Anneaux[91].

Représentation d'un Nazgûl sous sa forme de Cavalier noir, par The Artifex, 2010.

Le roman pose ainsi la question des origines du mal et de la corruption qui conduit des êtres doués de moralité à adopter des comportements maléfiques et à persister dans ces comportements. Ce sujet d'interrogation est déjà présent dans les réflexions des Inklings, le groupe littéraire dont Tolkien fait partie durant ses études à l'université d'Oxford, bien avant d'entreprendre l'écriture du Seigneur des Anneaux. À bien des égards, le comportement des orques est similaire à celui des humains : ils sont simplement incapables de se rendre compte que leurs actions sont maléfiques[92].

Les Spectres de l'Anneau, ou Nazgûls, sont des humains corrompus par Sauron, qui leur distribue neuf de ses anneaux de pouvoir et les enferme ainsi sous son emprise. Impalpables, pareils à de la fumée, ils ne peuvent être blessés par les armes (hormis les armes enchantées comme l'épée de Merry). Leur nom, wraith, évoque étymologiquement un volute ou un tourbillon de fumée[93]. Leur cri frappe leurs victimes de peur et de désespoir : leur arme la plus dangereuse n'est pas tant une atteinte physique qu'une influence psychologique[94].

Le cas de l'Esprit des Tertres est plus curieux, car il s'agissait autrefois d'un guerrier de l'Ouistrenesse (l'île de Númenor), ennemi des serviteurs de Sauron, qui s'avère cependant maléfique lorsque les hobbits le rencontrent avant d'être sauvés par Tom Bombadil et Baie d'Or. Tom Shippey remarque qu'aucune explication cohérente n'est donnée sur ce qui a pu le faire devenir maléfique, car il ne semble pas avoir pu être corrompu par Sauron après sa mort, à moins qu'il n'ait été rendu maléfique par la solitude et la cupidité avivée par les nombreux trésors conservés dans son tombeau[95].

Au-delà de ces figures maléfiques, le Mal est aussi incarné par la tentation que l'Anneau Unique exerce sur presque tous les personnages, et qui risque de corrompre n'importe qui, hormis peut-être Tom Bombadil[88]. Quant aux personnages corrompus par l'Anneau, ils restent dignes de pitié, en particulier Gollum, grâce à qui l'Anneau finit par être détruit. Cela permet au roman d'échapper au manichéisme[88].

La part de l'Histoire réelle


J.R.R. Tolkien réfute vigoureusement toute interprétation allégorique de son œuvre[2], en particulier celle visant à dresser un parallèle entre la guerre de l'Anneau et la Seconde Guerre mondiale :

« La vraie guerre ne ressemble en rien à la guerre légendaire, dans sa manière ou dans son déroulement. Si elle avait inspiré ou dicté le développement de la légende, l'Anneau aurait certainement été saisi et utilisé contre Sauron ; celui-ci n'aurait pas été anéanti, mais asservi, et Barad-dûr n'aurait pas été détruite, mais occupée. Saruman, n'ayant pas réussi à s'emparer de l'Anneau, aurait profité de la confusion et de la fourberie ambiantes pour trouver, au Mordor, le chaînon manquant de ses propres recherches dans la confection d'anneaux ; et bientôt il aurait fabriqué son propre Grand Anneau, de manière à défier le Maître autoproclamé de la Terre du Milieu. Dans un tel conflit, les deux camps n'auraient eu que de la haine et du mépris pour les hobbits, qui n'auraient pas survécu longtemps, même en tant qu'esclaves. »

 Avant-propos de la seconde édition du Seigneur des anneaux

Tolkien ne conçoit pas non plus son roman comme ayant un lien quelconque avec la guerre froide qui commence après la Seconde guerre mondiale. En 1961, Åke Ohlmarks, traducteur suédois du roman, évoque ainsi dans l'introduction qu'il ajoute en tête du livre une interprétation de l'intrigue comme une allégorie de la guerre froide, et il identifie Sauron à Staline, en se fondant sur le fait que le Mordor se situe à l'est de la Terre du Milieu, tout comme l'URSS se trouve à l'est du Royaume-Uni. Soumis à Tolkien par l'éditeur Allen & Unwin pour approbation avant sa publication en Suède, le texte suscite la colère de Tolkien : « Cette localisation a été pensée bien avant la révolution russe. Une allégorie de ce genre est totalement étrangère à ma façon de penser. Le fait de placer le Mordor à l'est est simplement dû à des nécessités narratives et géographiques, internes à ma "mythologie". ». Il rappelle, dans la même lettre, que dans Le Silmarillion, qui relate des événements antérieurs au Seigneur des Anneaux, la forteresse de Morgoth, la puissance maléfique dont Sauron est le serviteur, se situait initialement au Nord de la Terre du Milieu, avant d'être détruite et submergée par les Valar[96].

Approches chrétiennes

Le roman donne lieu à de nombreuses lectures chrétiennes, dans une approche d'histoire littéraire prenant en compte l'influence du christianisme sur Tolkien. Il suscite même des études théologiques de la part d'analystes eux-mêmes chrétiens. Dans une lettre adressée en 1953 au père Robert Murray qui a joué un rôle important dans son éducation, Tolkien décrit Le Seigneur des anneaux comme « une œuvre fondamentalement religieuse et catholique ; de manière inconsciente dans un premier temps, puis de manière consciente lorsque je l'ai retravaillée »[97]. Cependant, Tolkien s'oppose à toute lecture allégorique de son œuvre, contrairement par exemple à son ami écrivain C. S. Lewis qui adopte cette approche dans l'écriture de ses Chroniques de Narnia dont les personnages et les événements font directement allusion aux mythes chrétiens. Tolkien, quant à lui, indique que la religion n'est jamais directement présente dans son œuvre, mais qu'elle l'éclaire indirectement, « comme une lampe invisible ». Cet aspect a été étudié notamment par Leo Carruthers dans Tolkien et la religion en 2016[98].

Plusieurs thèmes mythologiques et catholiques sous-tendent la narration : l'ennoblissement des humbles, la pitié, le libre arbitre, ainsi que l'attirance pour le pouvoir et la « tentation du Bien », celle qui vise à atteindre le Bien en usant de tous les moyens, même les plus mauvais, à laquelle Gandalf et Galadriel manquent de succomber[réf. nécessaire]. Laurent Alibert, dans une étude sur l'influence des mythes indo-européens dans la conception de l'univers d'Arda et sur les limites de cette influence, conclut qu'Arda réalise un syncrétisme entre des éléments issus de ces mythes et la morale chrétienne, sans que les deux soient en tension[99].

Approches féministes et études sur le genre

La magicienne elfe Galadriel et le miroir dans la forêt de la Lothlórien. Illustration par Tessa Boronski.

Dans une perspective féministe, le roman a fait l'objet de lectures contradictoires, certaines l'accusant de sexisme, d'autres la considérant comme féministe[100]. Selon Laura Iseut Lafrance St-Martin, cela s'explique par le fait que Tolkien se refuse à écrire des allégories, c'est-à-dire des histoires qui consistent simplement à illustrer une idée abstraite préalable ; il leur préfère la notion d'applicabilité, qui laisse une plus grande liberté interprétative à son lectorat[101].

Dans une perspective d'étude de la masculinité, notion élaborée par la sociologue Raewyn Connell et ses collègues dans les années 1980, l'omniprésence de la figure du guerrier (par exemple les frères Boromir et Faramir, mais aussi les hobbits au fil de leur évolution narrative, comme Sam qui accomplit des exploits en terrassant Arachne) peut être lue comme une représentation d'une hypermasculinité violente ; la construction de l'univers du roman se fait par oppositions entre des notions fondamentales comme le Bien et le Mal, dont les différends sont réglés par un affrontement violent. Cependant, plusieurs personnages présentent une masculinité différente intégrant des éléments traditionnellement féminins, comme l'expression de la tristesse et de la vulnérabilité, allant jusqu'aux larmes. Ainsi Sam consacre une grande partie de son attention au soin et au soutien émotionnel envers son maître Frodo et il fait la cuisine[102].

Une étude de la féminité dans Le Seigneur des Anneaux amène à remarquer d'abord, en termes statistiques, le très faible nombre de personnages féminins. En termes de points de vue narratifs, l'attention est également portée avant tout aux personnages masculins. De plus, les personnages féminins sont souvent assignés à des rôles correspondant à une vision conservatrice des rôles de genre dans la culture catholique du début du XXe siècle, comme les personnages féminins chez les hobbits qui sont toutes définies par leur rôle familial et accomplissent des tâches domestiques, tandis que Lobélia, une hobbite au fort caractère, est dépeinte de manière négative[103]. Cependant, plusieurs études de la diversité de genre dans Le Seigneur des Anneaux d'un point de vue féministe et queer amènent à nuancer ce premier constat. Bien que peu nombreux, les personnages féminins du roman montrent une force de caractère et une volonté qui fait d'elles des pivots du récit. Ainsi Galadriel, Baie d'Or et Arwen incarnent la joie et la lumière qui redonnent espoir aux personnages face aux épreuves qu'ils ont subies ou qu'ils devront subir[104]. Des schémas actanciels ont été proposés pour comprendre la bienveillante magicienne elfe Galadriel et la terrifiante araignée Arachne comme des figures opposées[105],[106]. De plus, l'identité de genre dans le roman permet une certaine fluidité. Ainsi Éowyn, régente du royaume du Rohan durant la maladie de son père Théoden, revêt à plusieurs reprises une identité masculine sous le nom de Dernhelm, un guerrier aussi fort physiquement que les autres, qui contribue notablement à la victoire. Lorsque Pippin la reconnaît malgré son déguisement, le narrateur indique qu'elle est double : « Eowyn it was, and Dernhelm also » (« C'était Eowyn, et c'était aussi Dernhelm »). Jamais Éowyn/Dernhelm n'est présenté comme folle ou excentrique[107].

La relation entre Frodo et Sam et son évolution sont décrites avec de nombreux éléments qui laissent ouverte la possibilité d'une liaison amoureuse de même sexe[108],[103]. Engagés d'abord dans une relation hiérarchique en tant que maître (Frodo) et domestique (Sam), les deux hobbits partagent toutes leurs épreuves et atteignent une très grande proximité. Au retour, ils s'établissent ensemble à Cul-de-sac à leur retour et vivent ensemble plusieurs années, cette fois sur un pied d'égalité, dans la même maison que Rosie, l'épouse de Sam. Les sentiments de Sam pour Frodo sont décrits à plusieurs reprises comme passionnés, avec de multiples étreintes et baisers lorsqu'il prend soin de son maître ou le croit mort[108]. Les relations homosexuelles étant illégales au Royaume-Uni à l'époque de la jeunesse de Tolkien, qui vit notamment à l'époque du procès d'Alan Turing, un soutien ouvert ou même une représentation non péjorative d'un tel amour aurait eu des conséquences dévastatrices pour lui. Mais un signe de tolérance de la part de Tolkien dans ce domaine est le fait qu'il a entretenu de longues amitiés avec des écrivains ouvertement homosexuels, comme le poète W. H. Auden et la romancière Mary Renault qui figura parmi les élèves de Tolkien puis parmi les fans du Seigneur des Anneaux[108].

La proximité des corps de Frodo et de Sam et le langage tendre employé entre eux sont aussi compatibles avec d'autres lectures également informées par le genre : une relation homosociale non sexuelle, possiblement inspirée par la proximité physique entre soldats dans les tranchées de la Première guerre mondiale, et qui constitue déjà une transgression des codes sociaux de l'époque ; ou encore une lecture religieuse, qui ressort essentiellement à la fin de leur quête, lorsque Frodo, accablé par le fardeau que représente l'Anneau, devient une figure christique portant l'Anneau comme Jésus sa croix, tandis que Sam est incapable de porter l'Anneau mais porte Frodo[109].

Accueil public

Accueil de la critique

Si la valeur littéraire du Seigneur des anneaux est reconnue presque universellement, le livre est longtemps l'objet d'un certain mépris universitaire qui s'inscrit dans un mouvement qu'Ursula K. Le Guin caractérise comme une « méfiance puritaine profonde à l'égard du fantastique ». Les accusations les plus récurrentes touchent au discours politique attribué au texte, tour à tour qualifié de paternaliste, réactionnaire, anti-intellectuel ou fasciste[110].

Dans le monde anglophone

À la parution de La Communauté de l'Anneau, les critiques sont dans l'ensemble mitigées. La plus élogieuse est celle de C. S. Lewis, ami de Tolkien, qui déclare, dans sa critique pour Time and Tide :

« Ce livre est comme un éclair dans un ciel ensoleillé : aussi différent, aussi inattendu à notre époque que Les Chants d'Innocence l'étaient à la leur. Il est inadéquat de dire qu'à l'intérieur la romance héroïque, superbe, éloquente, et vierge de toute honte, a soudain réapparu dans une période à l'antiromantisme presque pathologique. Pour nous, qui vivons en ces étranges temps, le retour, et le soulagement pur qui en découle, est sans nul doute chose importante. Mais dans l'histoire du Roman elle-même, une histoire qui remonte jusqu'à l'Odyssée et au-delà, il ne s'agit pas d'un recul, mais d'une avancée et d'une révolution : la conquête de nouveaux territoires. »

 C. S. Lewis, « The Gods Return to Earth », dans Time and Tide, 14 août 1954

Néanmoins, Lewis, auteur controversé, prévient Tolkien que son soutien « peut [lui] faire plus de mal que de bien[111] », et c'est effectivement ce qui se passe : plusieurs critiques préfèrent moquer l'enthousiasme de Lewis et sa comparaison du Seigneur des anneaux avec L'Arioste que s'attacher vraiment au livre de Tolkien. Beaucoup d'entre eux trouvent à redire au style : dans le Daily Telegraph, Peter Green trouve qu'il varie « du préraphaélite au Boy's Own Paper [un journal pour enfants] », et ajoute que le livre « devrait être immensément populaire chez les enfants de 10 ans qui ne préfèrent pas la science-fiction »[112]. Même ainsi, il reconnaît que « cet ouvrage informe exerce une fascination indéniable », et la plupart des critiques s'accordent avec lui : quels que soient les défauts qu'ils lui trouvent, Le Seigneur des anneaux possède quelque chose d'indéfinissable et de marquant, qui fait que « même une simple lecture ne sera pas oubliée de sitôt »[113].

Les critiques des deux autres volumes suivent peu ou prou le même modèle, mais la parution du Retour du Roi permet aux journalistes d'appréhender enfin Le Seigneur des anneaux dans son entièreté. C. S. Lewis publie une seconde critique dans Time and Tide, où il déclare que, s'il est encore trop tôt pour juger le livre, « il nous a fait quelque chose. Nous ne sommes plus tout à fait les mêmes »[114]. À l'opposé se trouve la critique fameuse d'Edmund Wilson pour The Nation, selon laquelle peu de choses, dans le livre, « dépasse[nt] l'entendement d'un enfant de sept ans », et que les compliments qui lui sont faits ne sont dus qu'au fait que « certaines personnes – peut-être en particulier en Grande-Bretagne – ont toute leur vie un goût pour des déchets juvéniles »[115]. Dans sa propre critique, W. H. Auden, qui a déjà déclaré au sujet de La Communauté de l'Anneau qu'« aucune œuvre de fiction ne [lui] a donné autant de plaisir ces cinq dernières années »[116], résume les réactions passionnées au Seigneur des anneaux : « Je ne me rappelle guère d'autre livre au sujet duquel nous ayons eu d'aussi violentes disputes. Personne ne semble avoir une opinion modérée ; soit, comme moi-même, les gens trouvent qu'il s'agit d'une œuvre maîtresse de son genre ou ils ne peuvent le supporter »[117]. Amusé par ces querelles, Tolkien compose ce petit quatrain[118] :

Le Seigneur des anneaux
Est une de ces choses :
Si vous l'aimez c'est bien
Sinon vous criez bah !

À la fin du XXe siècle, plusieurs sondages effectués au Royaume-Uni montrent l'engouement populaire suscité par Le Seigneur des anneaux : un sondage organisé par la chaîne de magasins Waterstone's et la chaîne Channel 4 en 1996 l'élit « plus grand livre du siècle », loin devant 1984 de George Orwell. Ce résultat est confirmé peu après par des sondages réalisés par le Daily Telegraph et la Folio Society. En 2003, Le Seigneur des anneaux arrive encore en tête d'un sondage de la BBC concernant le livre favori des sondés[119].

En France

En France, le premier à évoquer Tolkien et son roman dans une publication est Jacques Bergier, tout d'abord par une mention dans Le Matin des magiciens (1960)[120], puis plus longuement dans Admirations, en 1970[121]. Celui-ci recommande ensuite Le Seigneur des anneaux à Christian Bourgois, qui le fait traduire et le publie en 1972-1973[122]. La réception de la presse est alors bonne, tant locale (Le Républicain lorrain) que nationale : Le Point, Le FigaroJean-Louis Curtis fait l'éloge d'un livre qu'il avait proposé à la publication chez Julliard[52].

Par la suite, outre la citation du Seigneur des anneaux comme source de La Gloire de l'Empire, de Jean d'Ormesson (1971) et l'admiration manifestée par Julien Gracq pour un livre « où la vertu romanesque ressurgissait intacte et neuve dans un domaine complètement inattendu »[123], ou encore celle manifestée par le père Louis Bouyer, ami personnel de Tolkien, dans ses Lieux magiques de la légende du Graal, il faut attendre vingt ans pour qu'un premier ouvrage critique, écrit par Pierre Jourde, soit publié sur Tolkien, avant ceux d'Édouard Kloczko, de Nicolas Bonnal et de Vincent Ferré[124]. À la suite de la sortie des films de Peter Jackson en 2001-2003, de nombreux ouvrages ont été traduits ou publiés.

Avant cette occasion, les critiques restent rares : divers articles dans la presse lors de la sortie des différentes traductions suivantes, articles commentés par Vincent Ferré comme pleins d'erreurs[52], un article de l'essayiste « traditionaliste » Julius Evola dans la revue Totalité qui célèbre la dimension spirituelle du livre en 1981, ou Les Cahiers de l'imaginaire l'année suivante[121]. Les critiques littéraires rouvrent en 2001 Le Seigneur des anneaux, comme Patrick Besson, qui publie dans Le Figaro un article titré « Le Seigneur des Fachos »[125], auquel répondent des spécialistes de Tolkien, parlant de « critiques largement réfutées[126] ». Du reste, Le Figaro littéraire fait sa une à la même époque sur « Tolkien : le dernier des magiciens » où Jean-Marie Rouart, de l'Académie française affirme[127] : « Avec le retour de Tolkien, dont le succès brave tous les ukases de la littérature expérimentale ou minimaliste, le romanesque reprend sa revanche : une orgie de féerie, un bain dans l'imaginaire le plus débridé, un abandon dans l'irrationnel. »

Communautés de fans

Réunion de membres de la Tolkien Society, association de passionnés de Tolkien, à Oxford en 1979, dans la cour du pub The Eagle and Child que Tolkien a fréquenté.

Les premières communautés de fans de Tolkien se forment aux États-Unis, puis dans d'autres pays, dont le Royaume-Uni et la France[128]. Des groupes de lecture consacrés à Tolkien existent dès 1958[129]. Une Tolkien Society of America existe à la fin des années 1950, ce qui suscite le soutien de l'éditeur américain Ballantine mais une certaine inquiétude de la part de Tolkien[129]. L'édition pirate parue aux États-Unis suscite une première communauté de fans, qui s'élargit avec la parution d'une édition autorisée, et des branches de la Tolkien Society se multiplient sur la côte ouest ; certaines s'élargissent à des auteurs comme C.S. Lewis et Charles Williams et prennent le nom de Mythopoetic Society[130]. Des communautés de fans se forment peu à peu dans d'autres pays, y compris en Asie où une Société Frodo est créée dans le nord de Bornéo[130]. L'écrivain admet être flatté par les courriers enthousiastes et par le "culte" rendu à son œuvre, mais, au fil des années, il éprouve un sentiment d'imposture et de dépossession : « cela me fait me sentir très petit et pas à ma place », écrit-il à l'un de ses lecteurs vers la fin des années 1960[131].

Le roman suscite des créations faites par des fans dans plusieurs pays, notamment la publication de fanzines[132]. L'avènement d'Internet dans les années 1990 facilite grandement la mise en relation des fans entre eux[128], au point que la plupart des activités des fans empruntent désormais ce canal plutôt que des fanzines papier[132]. Ainsi, une encyclopédie participative de fans en ligne utilisant la technologie wiki, le Lord of the Rings wiki, est actif sur Internet au début des années 2010 ; ce type d'encyclopédie faite par des fans prospère à cette période pour de nombreuses autres œuvres et univers de fiction populaires[133].

Groupe de fans déguisées en personnages du Seigneur des Anneaux lors de la Comiccon de Montréal (Canada) en 2013.

Des associations en lien avec Tolkien se créent dans plusieurs pays, dont des Tolkien Societies dans le monde anglophone[128]. Des conventions réunissant les fans s'organisent. En France, la convention Sur les terres de l'Unique attire 6 000 personnes en 2021[134]. Les passionnés de Tolkien se costument en personnages du Seigneur des Anneaux et sont demandeurs de produits dérivés tels que des bijoux, des vêtements, des répliques d'armes ou des accessoires de déguisement tels que des oreilles d'elfes ou des pieds de hobbits[135].

Le roman suscite également de très nombreuses fictions écrites par des fans. En 2022, le Tolkien Estate, qui gère la propriété intellectuelle des œuvres de Tolkien, publie une Foire aux questions qui, entre autres, interdit la création de ce type de fiction, en indiquant que sa mission est « protéger l’intégrité des écrits et des œuvres d’art originales de Tolkien et prend le droit d’auteur très au sérieux. Cela signifie que vous ne pouvez copier aucune partie des écrits ni des images de Tolkien ni créer des documents faisant référence aux personnages, histoires, lieux, événements ou autres éléments contenus dans l’une de ses œuvres  ». Jusqu'à présent, l'Estate n'avait jamais poursuivi en justice des auteurs de fictions de fans[136].

Des fans du roman en conçoivent aussi de nombreuses illustrations, qui alimentent commentaires et discussions[132].

Des films faits par des fans sont également tournés. The Hunt for Gollum, réalisé par Chris Bouchard avec l'aide de 160 artistes bénévoles et d'une durée de 40 minutes, est mis en ligne à titre non commercial en 2009[137]. Il raconte la traque menée par Aragorn et Gandalf pour retrouver Gollum, lui faire avouer l'emplacement de l'Anneau Unique et retrouver l'objet avant que Sauron ne fasse la même chose[138],[139]. Born of Hope, réalisé par Kate Madison, sort la même année et raconte l'histoire des parents d'Aragorn[140].

Adaptations

Illustrations

Pauline Baynes (1922-2008, ici dessinée par Luis Segovia) est la première artiste à illustrer Le Seigneur des Anneaux avec l'aval de Tolkien.

Tolkien accueille souvent avec sévérité les premiers projets d'illustrations par des tiers que lui proposent les éditeurs[141]. Les premiers artistes dont Tolkien, de son vivant, accepte et approuve le travail d'illustration sur ses livres, sont la Britannique Pauline Baynes, dont le style rappelle les enluminures médiévales, et qui réalise notamment des couvertures pour des rééditions du Seigneur des Anneaux, et l'illustrateur néerlandais Cor Blok, dont les illustrations pour le roman s'inspirent de la tapisserie de Bayeux et sont publiées en 2011 dans le recueil Une tapisserie pour Tolkien. Margrethe de Danemark, princesse héritière de ce pays, dessine également des illustrations pour le roman qu'elle envoie à Tolkien, sous pseudonyme, durant les dernières années de l'écrivain au début des années 1970 ; ces dessins illustrent l'édition danoise du roman ainsi que les pochettes des albums du groupe musical The Tolkien Ensemble[141]. Parmi les illustrations conçues sans l'aval préalable de Tolkien figurent celles créées pour l'édition américaine Ballantine Books par Barbara Remington[142].

Par la suite, en particulier depuis les années 1970, de très nombreux illustrateurs et illustratrices ont illustré les multiples rééditions et traductions du roman[141]. Dans les années 1970, l'artiste américain Frank Frazetta réalise une série de dessins en noir et blanc ainsi qu'une peinture montrant Gollum dans une atmosphère assez sombre[141]. À la même période, les frères Greg et Tim Hidlebrandt et Michaël Green adoptent une ambiance bien plus lumineuse[141]. À partir de 1969, les Calendriers Tolkien (Tolkien Calendars) rassemblent des illustrations variées et remportent un succès croissant, qui durait encore dans les années 2000[141]. Ces calendriers font connaître des artistes comme Roger Garland, Inger Edelfeldt, Michael Hague et Dietrich Ebert. Ils permettent à des artistes déjà bien installés de travailler une nouvelle facette de leur œuvre : c'est le cas notamment de Rodney Matthews, Michaël Kaluta et Ted Nasmith, ainsi que de d'Alan Lee et John Howe, qui illustrent de nombreux autres récits de Tolkien situés en Terre du Milieu et travaillent par la suite en tant que directeurs artistiques sur les films de Peter Jackson dans les années 2000[141]. Au Japon, la première édition du Seigneur des Anneaux est illustrée par Ryūichi Terashima, qui s'inspire des croquis de Tolkien[143].

Le succès des films met en valeur ces artistes et inspire une nouvelle génération d'illustrateurs et d'illustratrices[141].

Livres audio

Un livre audio du Seigneur des Anneaux lu par Andy Serkis, acteur ayant incarné Gollum dans l'adaptation cinématographique de Peter Jackson, paraît chez HarperCollins en 2021[144].

Films

Logo français de la trilogie cinématographique réalisée par Peter Jackson entre 2001 et 2003.

Forrest J. Ackerman est le premier à entrer en contact avec J. R. R. Tolkien, dès 1957, pour lui proposer une adaptation cinématographique du Seigneur des anneaux, alors que les ventes du livre restent confidentielles : il obtient les droits pour un an et penche pour un film en prise de vues réelle alors que l'auteur privilégie un film d'animation ; mais aucun producteur ne se montre intéressé[145].

Le studio United Artists achète les droits d'adaptation en 1969 pour 250 000 dollars : John Boorman est chargé de mener le projet et collabore avec Rospo Pallenberg ; les Beatles sont toujours envisagés par le studio dans le rôle des Hobbits ; mais le scénario élaboré est finalement rejeté par United Artists, ainsi que par d'autres studios dont Disney. Boorman et Pallenberg s'inspirent cependant de leur travail pour produire Excalibur (1981)[145],[146].

Après ces projets avortés, la première adaptation du Seigneur des anneaux sur grand écran sort en 1978 : il s'agit du Seigneur des Anneaux, un film d'animation réalisé par Ralph Bakshi, qui ne couvre qu'une partie du récit : il s'arrête à la bataille de Fort-le-Cor. Le roman de Tolkien semble alors impossible à adapter au cinéma[147]. En 1991, une adaptation non officielle soviétique, Khraniteli (Les Gardiens) et réalisée par Natalya Serebryakova, sort en URSS mais disparaît assez vite dans le contexte de la dislocation de l'URSS la même année ; elle reste inconnue ailleurs dans le monde jusque dans les années 2020[148].

C'est en 2001 que le réalisateur néo-zélandais Peter Jackson réalise une trilogie cinématographique à gros budget dont les trois volets sortent en salles entre 2001 et 2003. Leur succès public et critique donne naissance à une franchise de divertissement et fait découvrir le roman à un public plus large[147].

Le Seigneur des Anneaux apparaît dans les années 2020 comme l'une des œuvres littéraires ayant exercé une grande influence sur le monde du divertissement à la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle, de manière comparable à des cycles romanesques comme Dune de Frank Herbert et Harry Potter de J. K. Rowling ou à des romans comme Le Parrain de Mario Puzo, L'Exorciste de William Peter Blatty, Shining de Stephen King ou encore Jurassic Park de Michael Crichton[149].

Séries télévisées

L'acteur finnois Timo Torikka écrit et réalise Hobitit, la première série télévisée adaptée du Seigneur des Anneaux, en 1993.

En 1993, une série télévisée finnoise intitulée Hobitit est créée, écrite et réalisée par Timo Torikka. Elle compte une saison comportant 9 épisodes de 30 minutes chacun. Elle présente uniquement les événements du Seigneur des Anneaux vécus par Frodon Sacquet et Samsagace Gamegie avec quelques exceptions comme la mort de Boromir. C'est aussi la seule adaptation où l'on voit Tom Bombadil et le nettoyage de la Comté[150].

En , Amazon acquiert les droits TV mondiaux du Seigneur des anneaux et annonce la production d'une adaptation en série[151],[152]. Intitulée Le Seigneur des anneaux : Les Anneaux de pouvoir, elle n'adapte pas l'intrigue du roman, mais constitue une création librement inspirée d'une petite partie des appendices A et B, qui retracent les grandes lignes du Deuxième Âge de la Terre du Milieu, l'époque où Sauron forge les anneaux de pouvoir. La série est diffusée sur Prime Video à partir du  ; cinq saisons sont prévues[153].

Fictions radiophoniques

Deux versions radiophoniques du Seigneur des anneaux ont été produites par la radio britannique BBC, en 1955 et en 1981. La première, qui compte six épisodes de 30 minutes, s'est faite sous le regard de Tolkien, qui a échangé une correspondance volumineuse avec le producteur Terence Tiller[154]. Les épisodes sont perdus : seuls les scénarios sont conservés[155]. La seconde, réalisée par Brian Sibley et Michael Bakewell, compte vingt-six épisodes de 30 minutes et est généralement considérée comme la plus fidèle[154]. Une troisième adaptation, d'une durée de 12 heures, a été réalisée par Bob Lewis aux États-Unis en 1979 et diffusée sur la National Public Radio[156].

Adaptations en jeux

Le Seigneur des anneaux est adapté en jeux de société et en jeux vidéo à de nombreuses reprises. En premier lieu, plusieurs jeux de rôle sur table et jeux de société en ont été directement dérivés. Par la suite, de nombreux jeux vidéo se sont inspirés plus librement de l'œuvre, ainsi que des jeux de société et de figurines[157]. Les années 2000 ont connu une accentuation du phénomène à la suite du succès des adaptations cinématographiques de Peter Jackson[158].

Jeux de société

Plusieurs jeux de société familiaux classiques connaissent des versions adaptées à l'univers du Seigneur des Anneaux, sans en être beaucoup modifiées, comme le jeu de stratégie Risk : The Lord of the Rings de Stephen Baker et Jean-René Vernes, 2002, qui reprend en grande partie les règles classiques de Risk, en ajoutant l'opposition entre les peuples libres et Sauron ainsi qu'une règle sur les pouvoirs de l'Anneau[157].

Des jeux de plateau plus complexes tentent de reproduire plus fidèlement l'esprit du roman, tout en préservant l'incertitude sur le déroulement de la partie et les chances de victoires des différentes forces en présence. La Guerre de l'Anneau (La Guerra dell’Anello) de Roberto Di Meglio, Marco Maggi et Francesco Nepitello, paru en 2004, permet ainsi de remporter une partie soit en s'emparant de l'Anneau, soit par des objectifs militaires[157].

Jeux de cartes

Des adaptations du roman en jeux de cartes à collectionner sont publiées dans la lignée du premier jeu du genre, Magic : l'Assemblée. La première, Le Seigneur des Anneaux : Les Sorciers, est publié par Iron Crown Enterprises en 1995. Elle reprend les enjeux narratifs du roman : on peut gagner en accumulant des points d'expérience afin d'apparaît comme le camp le mieux à même de vaincre Sauron, ou on peut tenter de trouver l'Anneau Unique puis de le détruire, ou encore on peut éliminer le Sorcier de l'adversaire. Le jeu se rapproche d'un jeu de plateau au sens où des cartes de lieux peuvent être disposées de façon à constituer peu à peu la carte de la Terre du Milieu. Il est salué pour la beauté de ses cartes et de ses illustrations, tandis que ses règles sont jugées complexes[159]. À la sortie des films de Peter Jackson, un jeu puisant à la fois dans les films et le roman est édité par Decipher, Inc. en 2001[160]. Le jeu Magic : l'Assemblée finit lui-même par se doter d'une extension sur le thème du Seigneur des Anneaux, intitulée Le Seigneur des Anneaux : Chroniques de la Terre du Milieu, qui paraît en juin 2023[161].

Un jeu de cartes évolutif, intitulé Le Seigneur des Anneaux, est édité par Fantasy Flight Games en 2011. Coopératif, il consiste à accomplir des scénarios successifs formant des quêtes de longue haleine[162],[163].

Jeux de rôle sur table

Logo de la deuxième édition du jeu de rôle sur table L'Anneau unique créé par Francesco Nepitello et publié par Cubicle 7 et Edge Studio.

L'univers de Tolkien a connu plusieurs adaptations directes en jeux de rôle sur table[164]. Un projet d'adaptation par l'éditeur américian TSR, éditeur de Donjons et Dragons, au début des années 1990, n'aboutit pas, faute d'avoir obtenu les droits d'adaptation[165]. La première adaptation professionnelle est Le Jeu de rôle de la Terre du Milieu, édité par Iron Crown Enterprises en 1984 et suivi de nombreux suppléments. L'adaptation cinématographie du roman par Peter Jackson donne lieu à un jeu aux couleurs des films, le Jeu de rôle du Seigneur des Anneaux, édité par Decipher en 2002. Une troisième adaptation d'ampleur, L'Anneau unique (The One Ring), paraît en 2014 chez Cubicle 7 et connaît une deuxième édition, par les mêmes auteurs, en 2021 chez Free League Publishing, toutes deux suivies de suppléments[166]. Des versions adaptées utilisant les règles de la cinquième édition de Donjons et Dragons sont publiées durant la même période : Adventures in Middle-earth, chez Cubicle 7 en 2016[167], puis The Lord of the Rings Roleplaying Game chez Free League Publishing en 2023[168].

Jeux vidéo

Logo du jeu vidéo Le Seigneur des Anneaux Online, un jeu de rôle en ligne massivement multijoueur adapté du roman et sorti en 2007.

De nombreux jeux vidéo adaptent l'intrigue du Seigneur des Anneaux ou s'en inspirent plus librement pour proposer des aventures en Terre du Milieu à l'époque du roman[157]. Sorti en 2004, le jeu vidéo de stratégie Le Seigneur des Anneaux : la Bataille pour la Terre du Milieu, produit par le studio américain Electronic Arts, joue sur la connaissance préalable de l'œuvre par son public, mais a tendance à préserver des mécaniques conventionnelles de ce genre de jeu vidéo et à reconstituer d'assez près les événements du roman[157]. Un jeu de rôle en ligne massivement multijoueur, Le Seigneur des anneaux Online, sort en 2007.

Le roman donne également lieu à des mods, des modifications amateurs de jeux vidéo préexistants. Ainsi, le jeu vidéo de stratégie Medieval II : Total War (développé par le studio britannique Creative Assembly en 2006) donne lieu à un mod créé par TW_King_Kong qui permet de jouer avec réalisme des scènes comme le siège de Minas Tirith et la bataille des champs du Pelennor. CK2 : Middle Earth Project, un mod du jeu de stratégie Crusader Kings II, jeu développé par Paradox Development Studio en 2012, reconstitue plutôt la succession des rois au fil du temps et les jeux d'alliances entre peuples et royaumes[157].

Mises en musique

Le compositeur britannique Donald Swann (ici lors d'un numéro musical en 1966) met en musique six poèmes du Seigneur des Anneaux en 1965.

Dès 1965, Donald Swann met en musique six poèmes du Seigneur des anneaux et un des Aventures de Tom Bombadil, avec l'approbation de Tolkien, qui suggère un arrangement en plain-chant pour le Namárië. Les chansons sont interprétées en public avec succès plusieurs fois et publiées en 1967 dans le recueil The Road Goes Ever On: A Song Cycle[169], auquel Tolkien contribue en produisant des calligraphies des poèmes Namárië et A Elbereth Gilthoniel[170]. La même année paraît chez Caedmon Records un enregistrement des chansons par William Elvin au chant et Donald Swann au piano[171].

À partir des années 1980, plusieurs compositeurs et compositrices s'inspirent du roman pour des œuvres originales aux styles variés. Ian Milnes, compositeur britannique, compose en 1981 The Mirror of Galadriel II , un morceau néo-romantique[169]. Entre 1984 et 1988, le compositeur néerlandais Johan de Meij écrit sa Symphonie no 1 « Le Seigneur des anneaux » pour orchestre d'harmonie en cinq mouvements. Elle est créée le à Bruxelles sous la direction de Nobert Nozy et, du fait de son succès, donne lieu à des dizaines d'enregistrements[169],[172]. En 2001, De Meij l'adapte pour orchestre symphonique, et cette nouvelle version est créée la même année par l'Orchestre philharmonique de Rotterdam[réf. nécessaire]. Toujours en 2001, elle est enregistrée avec l'orchestre symphonique de Londres[169].

L'ensemble danois du Tolkien Ensemble a publié quatre albums entre 1997 et 2005 qui reprennent l'intégralité des poèmes du Seigneur des anneaux, parfois avec la participation de l'acteur Christopher Lee, qui interprète Saroumane dans les films de Peter Jackson[173].

Un opéra adapté du Seigneur des Anneaux, The Lord of the Rings (opus 73), est composé par le Britannique Paul Corfield Godfrey ; il se compose de trente "chapitres" représentant environ 15 heures de musique et est prévu pour être joué sur six soirées[169]. C'est le premier projet de ce type à être approuvé par le Tolkien Estate en 2024. Godfrey a également travaillé à des morceaux inspirés d'autres œuvres de Tolkien, en particulier le Silmarillion[174].

Adaptations sur scène

La comédie musicale The Lord of the Rings au Théâtre de Drury Lane, à Londres, en 2007.

Plusieurs adaptations du roman en pièces de théâtre ou en comédies musicales, sérieuses ou parodiques, ont été créées avec des succès divers. Des adaptations théâtrales de La Fraternité de l'Anneau, des Deux Tours et du Retour du Roi sont produites par la compagnie Clear Stage et créées au Centre Aronoff pour les arts à Cincinnati, dans l'Ohio aux États-Unis, de 2001 à 2003[175]. Une autre adaptation américaine, également sous forme de trois pièces de théâtre, est produite à Chicago (Illinois) au théâtre Lifeline, avec La Fraternité de l'Anneau en 1997, Les Deux Tours en 2000 et Le Retour du Roi en 2001. Les pièces emploient des acteurs et actrices ainsi que des marionnettes[176].

En 2006, une adaptation du roman en comédie musicale à gros budget d'une durée de 3h30, intitulée The Lord of the Rings, est créée à Toronto, au Canada, mais, faute de succès, les représentations cessent au bout de six mois. Une version modifiée est jouée à Londres, au théâtre de Drury Lane, de mai 2007 à juin 2008[177]. Une version raccourcie, présentée sous le titre The Lord of the Rings: A Musical Tale, effectue une tournée aux États-Unis, en Australie et à Singapour en 2024-2025[178],[179],[180].

Taru sormusten herrasta, adaptation finlandaise du roman en comédie musicale, est créée au théâtre de Tampere en août 2024, sur une musique originale composée par Tuomas Kantelinen et interprétée par l'Orchestre philharmonique de Tampere[181],[182].

Fellowship!, une comédie musicale formant une parodie de La Fraternité de l'Anneau et du film Le Seigneur des Anneaux : La Communauté de l'Anneau, est créée en 2004 sur un livret de Kelly Holden-Bashar and Joel McCrary et une musique composée par Allen Simpson à l'El Portal Forum Theater à North Hollywood, quartier de Los Angeles, aux États-Unis. Son succès lui vaut d'effectuer plusieurs retours jusque dans les années 2020[183],[184],[185].

Un numéro d'escrime artistique, Le Pouvoir de l'Anneau, inspiré du roman, est créé par la compagnie française d'escrime artistique Contretemps Compagnie puis présenté pour les Championnats de France d'escrime artistique en 2020[186].

Œuvres textiles

Les tapisseries créées à Aubusson à partir des aquarelles de Tolkien exposées à Paris, au collège des Bernardins, en 2025.

La Cité internationale de la tapisserie d'Aubusson (Creuse), en France, fait tisser sur place au début des années 2020, dans le cadre de son fonds contemporain, une série de 16 tapisseries reproduisant des illustrations de J. R. R. Tolkien, dont plusieurs illustrant Le Seigneur des Anneaux. Elles sont terminées et exposées en 2024 à Aubusson[187] puis à Paris en 2025[188].

Postérité

Aux États-Unis : de la contre-culture des années 1960-1970 à l'imaginaire geek

Durant les années 1960 et 1970, Le Seigneur des anneaux devient la base d'un véritable phénomène : le livre est considéré comme un symbole de la contreculture[189],[145]. Des slogans « Frodo Lives! » (« Frodon est vivant ») ou « Gandalf for President » (« Gandalf président ») sont très populaires chez les fans de Tolkien durant ces deux décennies[190]. De nombreuses parodies dérivées de l'œuvre paraissent, dont la plus connue est sans doute Lord of the Ringards (Bored of the Rings), écrite par des rédacteurs du Harvard Lampoon et publiée en 1969.

En plein succès, les Beatles cherchent à monter en vain une adaptation cinématographique sur l'impulsion de John Lennon ; ils s'accordent pour que ce dernier joue le rôle de Gollum, Paul McCartney celui de Frodon, George Harrison celui de Gandalf et Ringo Starr celui de Sam ; Heinz Edelmann, qui travaille alors pour le quatuor sur leur film d’animation Yellow Submarine, imagine « un genre d’opéra, une sorte d’impression opératique […] une distillation de l’ambiance et de l’histoire qui n’aurait pas suivi chaque recoin de l’intrigue » ; le réalisateur Stanley Kubrick décline leur proposition et J. R. R. Tolkien n'est pas séduit par l'idée[145],[191].

Aux États-Unis, le succès du Seigneur des Anneaux peut s'expliquer par le contexte culturel de la culture pulp née dans la première moitié du XXe siècle : des revues publient à bas prix romans et nouvelles de science-fiction, de fantasy ou de fantastique, des bandes dessinées (comics) avec super-héros, lectures que les passionnés font alterner avec l'écoute de feuilletons radio, ou le visionnement de films et séries télévisées[192],[193]. Les jeunes gens, notamment les étudiants sur les campus de Californie, découvrent Tolkien plus de dix ans après la première édition britannique soit dans les années 1960 via les éditions américaines. L'écriture de Tolkien les passionne notamment en raison de la précision des descriptions qui donnent vie et cohérence à l'univers de la Terre du Milieu, permettant le développement d'un imaginaire nouveau par rapport à ce qu'ils avaient connu jusque là[193]. Ces lecteurs lisent Tolkien en parallèle à des récits relevant du sous-genre spécifique de l'heroic fantasy, comme Robert E. Howard et son Conan le Barbare ou Lyon Sprague de Camp, à l'imaginaire bien distinct de celui de la fantasy britannique qui a influencé Tolkien[192]. Dans le dernier quart du XXe siècle, ce renouveau de la culture pulp se mêle à l'essor des jeux de société narratifs, à l'informatique grand public et aux jeux vidéo, formant la culture geek du tournant des XXe – XXIe siècles[194].

Une œuvre (re)fondatrice du genre de la fantasy

Le succès populaire du Seigneur des anneaux provoque un regain d'intérêt pour la science-fiction et la fantasy. La spécialiste française Anne Besson écrit que, si Tolkien n'a pas inventé la fantasy, il opère une « refondation du genre » dans les années 1960 et devient une référence pour les nouveaux auteurs de fantasy qui lui accordent une importance centrale[195]. En outre, de nombreux auteurs, autrices et artistes disent avoir découvert le genre, voire leur vocation d'écrivains ou d'artistes, avec Tolkien[196]. Un grand nombre d'ouvrages d'inspiration tolkenienne sont alors publiés, par exemple Le Cycle de Terremer de Ursula K. Le Guin ou les livres de Shannara de Terry Brooks[197].

Au Japon, où Le Seigneur des Anneaux est traduit au milieu des années 1970, le roman exerce une influence conjointe avec d'autres œuvres de la fantasy occidentale, comme le jeu de rôle Donjons et Dragons traduit en japonais en 1985 qui connaît un grand succès. Ces œuvres inspirent des univers dans les jeux vidéo, par exemple Final Fantasy à partir de 1987 et dans les romans, par exemple les Chroniques de la guerre de Lodoss de Ryō Mizuno (en) en 1988-1990 et Slayers de Hajime Kanzaka en 1990-2000, œuvres qui seront adaptées en séries animées respectivement en 1990-1991 et 1995[198].

Influence sur les jeux

Feuille de personnage en anglais du jeu de rôle sur table Donjons et Dragons et dés de jeu de rôle en 2009.

La première édition du célèbre jeu de rôle sur table Donjons et Dragons reprend en partie des créations issues du roman : hobbits, elfes, nains, demi-elfes, orques et dragons. Gary Gygax, principal créateur du jeu, maintient cependant n'avoir été que peu influencé par Tolkien, n'ayant inclus ces éléments que pour rendre son jeu plus populaire[199]. Reste que la vision de ces peuples est proche de celle proposée par Tolkien, et que le jeu partage avec l'œuvre de Tolkien le principe de l'immersion intense dans un monde imaginaire, la possibilité de s'approprier ses éléments et de s'y engager sur le long terme[164].

L'univers de Tolkien influence aussi fortement l'imaginaire de la fantasy dans les jeux de figurines comme Warhammer, le jeu des batailles fantastiques, publié par la firme britannique Games Workshop en 1983. Cette postérité de Tolkien dans la fantasy ludique exerce à son tour une influence sur les choix esthétiques et cinématographiques opérés par les films de Peter Jackson en 2001-2003[200].

Influence sur la musique

Le groupe de rock britannique Led Zeppelin, ici en concert à Chicago en janvier 1975, fait référence au Seigneur des Anneaux dans plusieurs de ses chansons.

Le livre a également influencé de nombreux musiciens. Dès les années 1960-1970, de nombreux groupes de rock ou de beat font référence à Tolkien avec une approche psychédélique. Ils se réfèrent beaucoup au Hobbit, mais aussi parfois au Seigneur des Anneaux : ainsi le pseudonyme de Steve Peregrin Took, percussionniste du groupe britannique T. Rex, vient du nom du hobbit Peregrin Touque[201] Le rock progressif des années 1970, qui aime puiser son inspiration dans les symboles et les mythes pour concevoir des "albums concepts", emprunte souvent au Seigneur des Anneaux. Plusieurs morceaux du groupe de rock anglais Led Zeppelin font explicitement référence au Seigneur des anneaux : Ramble On (sur Led Zeppelin II), The Battle of Evermore et Misty Mountain Hop (sur Led Zeppelin IV), et Over the Hills and Far Away (sur Houses of the Holy)[202]. Le musicien suédois Bo Hansson consacre l'intégralité de Music Inspired by Lord of the Rings (Sagan om Ringen), son premier album, au livre de Tolkien[201]. Mirage, le second album du groupe Camel, contient trois morceaux inspirés par le livre (Nimrodel, The Procession et The White Rider)[201]. D'autres groupes de rock progressif comme Zelta Zonk, Mostly Autumn, Glass Hammer et Amon Ra font fréquemment référence au roman[201]. Le groupe de rock progressif canadien Rush a été également influencé par l'œuvre de Tolkien, avec la chanson Rivendell, par exemple[réf. nécessaire]. Le dernier exemple évident d'influence de Tolkien dans le monde musical est la création en 1979 du groupe britannique de rock néo-progressif Silmarillion, qui deviendra rapidement Marillion dans sa forme définitive (un changement de nom pour éviter tout problème de copyright) et qui connaitra un grand succès sur la scène européenne dans les années 1980. Toutefois, un seul titre du répertoire de Marillion, Grendel, une suite musicale de 17 minutes composée en 1982, est inspiré de Beowulf et de la mythologie scandinave, dans laquelle Tolkien avait lui-même puisé certaines de ses sources pour bâtir son œuvre[réf. nécessaire].

Le groupe allemand de metal Blind Guardian, ici au Wacken Open Air en août 2024, fait de multiples références au Seigneur des Anneaux.

L'œuvre de Tolkien a beaucoup inspiré les groupes de metal, dans de nombreux sous-genres : hardcore metal, black metal, doom metal[201], power metal[203]. Ils mettent volontiers en avant les aspects sombres du roman, avec des références aux Orques, à Sauron ou aux Nazgûls[201]. Plusieurs groupes, comme Burzum, Feminazgûl, Gorgoroth, et Amon Amarth, tirent leurs noms de termes forgés par J. R. R. Tolkien, en général associés au Mordor : le terme burzum (qui apparaît dans les vers gravés sur l'Anneau unique) signifierait « ténèbres » en noir parler, les Nazgûls sont des spectres contrôlés par Sauron, Gorgoroth est le nom d'une région du Mordor, et Amon Amarth est le nom sindarin du Mont Destin. Mais pas toujours : Rivendell, demeure des elfes, est le nom d'un groupe de folk metal autrichien très influencé par l'univers elfique de Tolkien[réf. nécessaire]. La quasi-totalité de la discographie du groupe Summoning se fonde sur celle-ci[201]. Le groupe de power metal allemand Blind Guardian a composé un grand nombre de morceaux contenant des références à l'œuvre de Tolkien, notamment son album Nightfall in Middle Earth en 1998[201],[204].

Au fil du temps, des références au Seigneur des Anneaux se retrouvent dans la musique britannique, américaine, dans les pays germanophones et en Europe du Nord, dans de nombreux autres genres musicaux, souvent contestataires mais très différents les uns des autres, aussi bien la pop beatnik que le punk, la musique électronique ou l'ambient. Elles y côtoient des références à d'autres univers de fantasy et d'autres littératures de l'imaginaire. Et elles prennent une forme plus manichéenne, le New Age s'intéressant plutôt aux elfes tandis que les groupes de black metal aiment à se représenter en monstres violents inféodés à Sauron[201].

Occultation du reste de l'œuvre de Tolkien

Le succès important du Hobbit puis surtout du Seigneur des Anneaux a pour effet paradoxal de maintenir dans l'ombre le reste de l'œuvre de Tolkien, qu'il n'a pas réussi à faire publier, ou à terminer, de son vivant. À sa mort, il laisse des milliers de pages de brouillon en désordre, que ses enfants, en particulier Christopher Tolkien, entreprennent d'étudier, puis de publier. Cela comprend de nombreux récits situés dans l'univers de la Terre du Milieu dont Le Silmarillion publié en 1977, l'Histoire de la Terre du Milieu en douze volumes, puis Les Enfants de Húrin[51], mais aussi des œuvres, fictions et poèmes, qui ne s'y rattachent pas.

L'adaptation cinématographique par Peter Jackson du Seigneur des Anneaux en 2001-2003, puis du Hobbit en 2012-2014, donne lieu à une intense production de produits dérivés sur laquelle les ayant droit de Tolkien et ses enfants déplorent n'avoir qu'une prise limitée, regrettant l'occultation de l'œuvre de Tolkien, en particulier du Le Silmarillion, par ces deux romans[51].

Instrumentalisations politiques

Dès sa parution, Le Seigneur des Anneaux suscite des commentaires politiques, aussi bien de la part de son lectorat que des critiques. On cherche à y déceler un message politique sous-jacent, ou à y reconnaître les opinions de J. R. R. Tolkien lui-même. Une limite de ces lectures est qu'elles ont tendance à confondre les idées politiques que l'œuvre exprimerait avec celles exprimées par son auteur[205]. Une autre limite est qu'elles remettent rarement le roman dans le contexte de l'ensemble de l'œuvre de Tolkien (ne serait-ce que Le Hobbit et Le Silmarillion)[205]. Une troisième limite est qu'elles ne prennent pas en compte le fait que l'intrigue du Seigneur des Anneaux se déroule dans un passé lointain et dans un univers dont les structures politiques, sociales et économiques sont archaïques, d'où des accusations dépeignant le roman comme réactionnaire[206].

George R. R. Martin, écrivain de fantasy, observe que le roman ne cherche pas à faire preuve de réalisme politique[207] : « La philosophie du Seigneur des anneaux était très médiévale : si le roi est un homme bon, le pays prospère. Nous regardons l’histoire réelle, et ce n’est pas si simple. Tolkien peut dire qu’Aragorn est devenu roi et a régné pendant cent ans, et qu’il était sage et bon. Mais il ne répond pas à des questions comme : quelle était sa politique fiscale ? […] Que faisait-il en période d’inondation et de famine ? »

Lectures écologistes

Le mode de vie rural des hobbits dans le Comté (ici une illustration du trou de Château-Brande) inspire des lectures écologistes du Seigneur des Anneaux.

Des lectures écologistes du roman se développent à partir des années 1960, notamment sur les campus des universités américaines où Le Seigneur des Anneaux réunit un lectorat étudiant nombreux. Ces lectures s'appuient sur le mode de vie rural des hobbits et des elfes d'un côté, et, de l'autre, sur les représentations du Mal associées à une exploitation industrielle débridée des ressources naturelles entraînant notamment la déforestation, notamment dans le Mordor et dans l'Isengard, ou encore dans le Comté vers la fin du roman. Selon ces lectures, le roman apparaît comme une dénonciation de l'industrialisation et de l'urbanisation et prône un mode de vie proche de la nature[208],[209]. Ces lectures prêtent ainsi à Tolkien une vision du monde proche de l'écologisme[210],[211], voire du primitivisme ou même du luddisme[209]. Certains de ces rapprochements sont pertinents : ainsi, le mode de vie des hobbits constitue en bonne partie une vision rêvée de la vie rurale anglaise, et l'industrialisation du Mordor peut être comprise comme une critique de l'industrialisation à marche forcée de l'Angleterre au temps de Tolkien. Cependant, la présence de plusieurs de ces éléments dans l'intrigue et dans l'univers de la Terre du Milieu peuvent s'expliquer autrement que par des choix politiques. Le mode de vie des elfes reprend des légendes bien antérieures à Tolkien. La représentation du Mordor comme une terre dévastée reprend le motif médiéval de la terre gaste, une terre désolée où rien ne pousse[209].

Au tournant du XXIe siècle : la généralisation des références à des univers imaginaires en politique

Dès les années 1960, le lectorat de Tolkien intègre des références au Seigneur des Anneaux à ses revendications politiques. Ainsi, au milieu et à la fin des années 1960, la phrase "Frodo est vivant !" (Frodo Lives!) se répand sur les campus américains puis au Royaume-Uni, écrite sous forme de graffitis dans les espaces publics tels que les stations de métro et les abris de bus ou inscrit sur des T-shirts ou des badges, puis incluse dans un virus informatique diffusé sous MS-DOS[212]. Elle ne correspond à aucune revendication politique précise, mais forme un slogan de la contre-culture des années 1960 et exprime une insatisfaction de la jeunesse dans ces pays[190]. Lors du mouvement politique de mai 1968 en France, un jounaliste britannique interviewant Tolkien rapproche les étudiants français en révolte des hobbits du roman[213].

Le pare-choc arrière d'une voiture de couleur grise portant plusieurs autocollants avec des inscriptions humoristiques
Exemple d'utilisation du Seigneur des anneaux à des fins satiriques : un autocollant de voiture disant « Frodon a échoué : Bush a l'Anneau ».

Le début du XXIe siècle voit de nombreux mouvements politiques s'approprier des références issues d'œuvres récentes relevant des cultures de l'imaginaire, comme la science-fiction et la fantasy, pour les utiliser comme outils de réflexion ou comme slogans de ralliement à des fins politiques. Des œuvres de fantasy comme Le Seigneur des Anneaux, Le Trône de fer de George R. R. Martin et Harry Potter de J. K. Rowling ou de science-fiction comme Hunger Games et ses adaptations cinématographiques ou encore les séries de films Star Wars de George Lucas et Avatar de James Cameron, donnent lieu à des références durant des manifestations[214].

Dès le premier succès du Seigneur des Anneaux dans les années 1950-1960, les références au roman dans des contextes politiques deviennent régulières et multiples. Aux États-Unis, Le Seigneur des Anneaux est utilisé pour contester la guerre du Vietnam dans les années 1960-1970, puis pour critiquer la guerre en Irak lancée par le président américain George W. Bush et menée de 2003 à 2011, des slogans affirmant : « Frodon a échoué : Bush a l'Anneau »[51].

L'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2014 et la guerre russo-ukrainienne qui s'ensuit donnent lieu, dès 2015, à des références à Tolkien : le président ukrainien Petro Poroshenko qualifie le projet territorial russe de "Mordor"[215] et les Ukrainiens traitent les soldats russes d'orques. De son côté, le président autoritaire russe Vladimir Poutine tente de présenter le roman comme une œuvre de propagande occidentale hostile à la Russie, pour mieux se présenter comme victime d'une injustice[216]. Il offre à huit présidents de pays sous influence russe huit anneaux, comme Sauron aux futurs Nazgûls, lors d'une réunion de la Communauté des États indépendants fin 2022[217].

Instrumentalisation par l'extrême droite

En Italie

En Italie, des camps hobbit sont organisés par la section jeune du mouvement politique d'extrême droite MSI de 1977 à 1981[218]. L'extrême droite à l'instar de Giorgia Meloni s'approprie et réduit l’œuvre de Tolkien pour justifier une bataille prétendument existentielle entre les forces de la tradition et celles de la modernité, le tout dans des « termes socialement acceptables » selon le quotidien britannique The Guardian[219]. Les miliciens du mouvement d'extrême droite italien du Colle Oppio à Rome disent se considérer comme des hobbits et vouent un culte au roman, désignant la région de Rome où le parti se réunit comme la Comté[220]. En 2008, Giorgia Meloni, alors jeune militante du Mouvement social italien post-fasciste (MSI)[221], se déguise en hobbit pour visiter des écoles. Une photo d'elle à côté d'une sculpture de Gandalf paraît dans le supplément mode du journal Corriere della Sera[219].

Selon Paolo Pecere, écrivain et professeur de philosophie à l’université Roma Tre, cette récupération politique correspond à un besoin du parti pour un nouveau narratif passant sous silence sa filiation avec Mussolini[222]:

« C’est une histoire étrange qui commence à la fin des années 1970, quand le Front de la jeunesse, l’organisation de la jeunesse de l’extrême droite, s’est mis en quête d’un nouveau récit, qui ne soit ni fasciste ni post-fasciste.(...) Tolkien n’avait rien à voir avec cette culture […]. Il désapprouvait le type de société auquel l’ultra droite aspire. »

Paolo Pecere fait référence notamment à la coopération entre une très grande variété d'êtres vivants,- humains, hobbits, elfes, nains et même ents (arbres) - présente dans La Terre du milieu pour endiguer les forces du mal, ce qui est de loin pas le modèle de société promu par Meloni et ses amis[222].

Selon Vincent Ferré, professeur de Littérature à La Sorbonne et Responsable des éditions Tolkien chez Christian Bourgeois Éditeur, la réduction de l'œuvre de Tolkien par l'extrême droite italienne révèle une profonde incompréhension et/ou désir de récupération[223] des nombreux lecteurs de Tolkien :

« C'est choquant car tout ce qui est dit va à l'encontre à la fois des convictions de Tolkien comme personne et des messages de ses livres. »

Selon Sébastien Fontenelle[224],- qui voit en Tolkien un précurseur de l'écologie -, les appels à l’altruisme, au désintéressement et à la générosité que l'on trouve dans le roman revêtent une tonalité anti-autoritaire et libertaire. Bilbo offre ce qu'il n'utilise pas et les Hobbits considèrent les cadeaux comme essentiels. Le droit de propriété semblerait ainsi moins important que le droit d’usage selon le chercheur. Enfin, il précise que Tolkien se méfiait autant du socialisme que du capitalisme prédateur[225].

En Espagne

Le , le parti d’extrême droite espagnol Vox utilise l’image du personnage d'Aragorn pour sa campagne électorale. Il publie un tweet avec la légende « Que la bataille commence ! » et le hashtag « Pour l’Espagne », en référence au cri de ralliement « Pour Frodon ». La Warner Bros proteste en précisant qu'il y a violation des droits d'auteur. L'acteur Viggo Mortensen réagit et écrit une lettre au journal El País[226],[227],[228] :

« Il faut être bien ignorant pour penser que l’utilisation du personnage d’Aragorn, afin de promouvoir la campagne électorale d’un parti xénophobe d’extrême droite comme Vox, soit une bonne idée (...) il est ridicule d’utiliser Aragorn, un homme d’État polyglotte qui prône la connaissance et l’inclusion des différentes races, coutumes et langues de la Terre du Milieu, pour légitimer un groupe politique anti-immigrés, antiféministes et islamophobe. »

En conclusion, Mortensen préconise une attention accrue et un engagement citoyen pour défendre la démocratie et combattre l'extrême droite[228] :« Ce n'est pas une blague, nous devons rester attentifs et militer à la manière d'Aragorn dans la saga de Tolkien. (It’s not a joke and we must stay attentive and proactive as Aragorn did in the Tolkien saga). »

Instrumentalisations trumpistes aux États-Unis

Plusieurs entrepreneurs américains du domaine de l'informatique et des technologies font référence au Seigneur des Anneaux à des fins publicitaires puis politiques. L'entrepreneur Peter Thiel, figure du libertarianisme et soutien précoce de Donald Trump[229],[230], nomme son entreprise d'analyses de données Palantir Technologies (du nom des palantirs, objets magiques permettant de voir à distance), son entreprise de gestion de richesses Mithril (référence au mithril, métal précieux des nains) et son entreprise d'armement Anduril (référence à l'épée du même nom)[231].

Le politicien et entrepreneur du monde de la technologie Elon Musk, qui intègre par la suite le gouvernement au début du second mandat de Donald Trump, fait référence au Seigneur des Anneaux pour promouvoir une politique antimigratoire : il compare les hobbits aux citoyens anglais, les demandeurs d'asile aux orques et les douanes aux rôdeurs du Gondor qui protègent le Comté à son insu, afin de promouvoir les étrangers comme une menace pour la civilisation[232]. Mais cette lecture est un contresens[233], car le roman, loin de mettre en scène une opposition binaire entre un intérieur idéalisé et une menace purement extérieure, se montre critique envers le chauvinisme des hobbits, le repli sur soi des elfes et l'appétit de pouvoir de gens du Gondor comme Isildur et Boromir qui se laissent corrompre par l'Anneau[207]. En outre, le roman développe une vision de la technologie diamétralement opposée aux projets des entreprises technologiques comme celles de Musk[231].

Durant les mandats de Donald Trump, le vice-président américain J.D. Vance se réfère au roman comme « modèle de sa vision conservatrice du monde »[231]. L'opposition américaine à Trump le compare parfois à Sauron[234],[235].

Notes et références

Annexes

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