Tombeau des Patriarches
édifice religieux à Hébron
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Le tombeau des Patriarches est un lieu saint pour les trois religions abrahamiques : judaïsme, christianisme et islam[1], situé dans la vieille ville d'Hébron, au sud-ouest de la Cisjordanie (territoires palestiniens occupés). Édifié durant la période du Second Temple (du VIe siècle av. J.-C. au Ier siècle apr. J.-C.) sur un ensemble de grottes, le monument abrite des cénotaphes construits au-dessus de tombes attribuées aux patriarches bibliques Abraham, Isaac, Jacob et à leurs épouses les matriarches Sarah, Rébecca et Léa. Un édifice accolé au mur sud-ouest abrite un cénotaphe attribué à Joseph. Selon la tradition juive, la caverne est aussi le lieu de sépulture d'Adam et Ève.
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890 m |
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Un mur d'enceinte est construit autour du site à l’époque d’Hérode le Grand au Ier siècle av. J.-C.. Les Byzantins l'ont ensuite transformé en église au Ve / VIe siècles, les musulmans en mosquée connue sous le nom de « mosquée d'Abraham » au VIIe siècle et ensuite les croisés en « église Saint-Abraham » au XIIIe siècle. Les cénotaphes datent des IXe siècle et XIVe siècle.
Le site biblique de Machpéla

Dans la Bible hébraïque, le Livre de la Genèse chapitre 23 fait mention de l’achat du terrain par Abraham. Il comporte une grotte connue sous le nom de Machpéla et située à la proximité de la ville d’Hébron, dans laquelle le patriarche voulut enterrer son épouse Sarah :
« Je suis étranger et habitant parmi vous ; donnez-moi la possession d’un sépulcre chez vous, pour enterrer mon mort et l’ôter de devant moi […] de me céder la caverne de Macpéla, qui lui appartient, à l’extrémité de son champ, de me la céder contre sa valeur en argent, afin qu’elle me serve de possession sépulcrale au milieu de vous […] Abraham comprit Éphron ; et Abraham pesa à Éphron l’argent qu’il avait dit, en présence des fils de Heth, quatre cents sicles d’argent ayant cours chez le marchand. Le champ d’Éphron à Macpéla, vis-à-vis de Mamré, le champ et la caverne qui y est, et tous les arbres qui sont dans le champ et dans toutes ses limites alentour, devinrent ainsi la propriété d’Abraham […] Après cela, Abraham enterra Sarah, sa femme, dans la caverne du champ de Macpéla, vis-à-vis de Mamré, qui est Hébron, dans le pays de Canaan. »
C’est aux côtés de Sarah qu’Isaac et Ismaël enterreront plus tard leur père Abraham (Gn 25,9).
Jacob, vers la fin de son séjour en Égypte, nous apprend que Léa, sa première épouse, ainsi que ses parents Isaac et Rébecca y avaient aussi leurs propres sépultures (Gn 49,31) ; il demande donc à ses fils de ramener ses os en Canaan et de les déposer à côté de ceux de ses pères, à Makhpéla (Gn 50,13).
Description
Le monument
Il s’agit essentiellement d’une enceinte de pierres de taille datant d’Hérode le Grand, de forme rectangulaire, mesurant 34 mètres sur 59. Le mur atteint jusqu’à 18 mètres de hauteur, et est épais de 2,65 mètres. L’enceinte est orientée selon un axe nord-ouest/sud-est, et est divisée en deux parties d’inégales grandeurs par un mur :
- une synagogue, lieu de culte juif, occupe les trois cinquièmes du monument dans sa partie nord-ouest ; elle comprend une cour autour de laquelle sont construits des bâtiments ;
- les deux cinquièmes restants dans la partie sud-est constituent la salle de prière de la mosquée musulmane. L'accès à celle-ci est sous occupation israélienne[2],[3].

La partie supérieure de ce mur est décorée de piliers engagés, juste en dessous de la corniche qui le couronnait et s’appuyait sur une plinthe en biseau. Cette enceinte n’avait pour fonction que d’enfermer un lieu rocheux, en forme de colline, qui disparaît sous un dallage, légèrement incliné vers l’ouest. Des caniveaux sur les dalles nous indiquent que le lieu était à ciel ouvert, puisqu’il prévoyait l’évacuation des eaux de pluie, pendant la saison hivernale.
Dans la partie nord-ouest, c'est-à-dire dans la synagogue (la plus grande), les bâtiments abritent quatre cénotaphes, chacun situé dans une salle octogonale. Ceux consacrés à Jacob et à Léa se trouvent sur le côté nord-ouest, tandis que ceux d'Abraham et de Sarah se situent sur le côté sud-est ; ces derniers étant accolés à la mosquée, ils sont accessibles à partir des deux sanctuaires, mais ils restent fermés par des grilles en dehors des fêtes religieuses. Les cénotaphes sont reliés par des couloirs.

Un troisième corridor s’étend sur toute la longueur de la synagogue, et permet l’accès aux cénotaphes, ainsi qu’à la mosquée, à laquelle on accède par une entrée pratiquée dans cette enceinte sud-ouest.
Au milieu de l'enceinte nord, il existe également une entrée à laquelle on accède par un couloir. On atteint celui-ci grâce à un long escalier qui court le long du mur d'enceinte côté nord-ouest. À proximité du centre de la salle de prière se trouvent deux cénotaphes disposés symétriquement. Ceux-ci sont dédiés à Isaac et à Rebecca.
Les cénotaphes, généralement recouverts par un lourd tissu aux broderies musulmanes, sont des constructions en pierre alternativement rouges et blanches qui forment des rayures horizontales.
Les grottes

L’accès aux grottes, situées sous la salle de prière de la mosquée, est clôturé et elles ne sont donc généralement pas accessibles ; le waqf, autorité islamique, a toujours empêché l’accès aux tombes, ne serait-ce que par respect envers les morts (une vieille tradition juive affirme d’ailleurs que celui qui s’y aventurerait serait frappé d’une malédiction mortelle).
Seules deux entrées sont connues. La plus visible se trouve au sud-est près du cénotaphe d’Abraham à l’intérieur de la partie sud-est. Cette entrée forme un petit boyau recouvert par une grille décorative qui elle-même est couverte sous un vaste dôme. L’autre entrée est située au sud-est, près du minbar ; elle est fermée par une grosse pierre, généralement couverte par des tapis de prière, ce qui est très près de l’emplacement de la septième marche de l’escalier situé à l’extérieur de l’enceinte, au-delà de laquelle les Mamelouks interdirent aux juifs d’approcher.
En 1119, des moines augustins du prieuré latin établi à Hébron découvrirent les caveaux situés sous leur église[4]. Un récit assez détaillé de l’événement rapporte qu’on y découvrit deux puits reliés par un couloir bas et étroit. Dans l'un de ces puits, en forme de coupole de cathédrale, de petites entrées donnent accès à des grottes où des jarres d’ossements furent découvertes : il s’agirait là, notamment, des restes des patriarches Abraham et Isaac dont le souvenir est célébré en ces lieux[5],[4].
La première visite de ces lieux cachés depuis celle des moines, eut lieu en 1967, peu après la guerre des Six Jours. Le général d’armée et archéologue amateur Moshe Dayan fit descendre une fillette par l’ouverture étroite du puits ; il la munit de lumière, d’instruments de mesure et d’un appareil photographique pour qu’elle puisse ramener une description assez précise des lieux[6],[7].
Statut religieux
Les théologiens du judaïsme, du christianisme et de l’islam sont d’accord sur le fait que le site abrite le tombeau des quatre patriarches et matriarches. Les tombes sont rendues inaccessibles par un cénotaphe qui les recouvre. C’est le deuxième lieu saint du judaïsme (après le mont du Temple à Jérusalem), l’un des lieux saints musulmans (avec la mosquée sacrée à La Mecque, la mosquée du Prophète à Médine, la Mosquée al-Aqsa à Jérusalem), et il tient également une place importante dans le christianisme.
Judaïsme

Le judaïsme considère ce lieu comme le deuxième lieu saint après le mont du Temple. Ce serait la première parcelle de terre du pays de Canaan (terre promise) achetée par Abraham. Selon la tradition juive (TB Erouvin 53a, Pirke de Rabbi Éliézer 20), quatre couples y sont enterrés[8] :
- Adam et Ève ;
- Abraham et Sarah ;
- Isaac et Rebecca ;
- Jacob et Léa (Rachel, la seconde épouse de Jacob, n’est pas inhumée à cet endroit, mais au tombeau de Rachel, à côté de Bethléem).
Selon l'exégèse rabbinique, le nom de « Machpelah » fait référence aux doubles tombes du site. Elle se base sur la racine כפל (kpl) qui signifie « doubler »[9].
Selon un texte latin datant de la fin du Xe siècle, la communauté juive de Hébron avait fait construire une nouvelle synagogue à côté de la grotte. L'existence de cette synagogue est confirmée par des sources juives, et aurait été érigée durant l'ère fatimide[10].
Islam
Le lieu est connu par les musulmans comme la mosquée d'Abraham (« mosquée d’Ibrahim »)[11].
Après la conquête musulmane de la ville de Hébron par Omar au VIIe siècle, le monument qui avait été édifié à l’époque d’Hérode le Grand au Ier siècle fut converti en mosquée. Pendant les croisades au XIIIe siècle, les chrétiens l’ont aussi temporairement transformé en église, avant qu'il ne redevienne une mosquée.
Histoire
Période du Premier et du Second Temple

On ignore depuis quand les Israélites considéraient ce site comme sacré, bien que certains spécialistes estiment que le récit biblique de l'enterrement d'Abraham à cet endroit remonte probablement au VIe siècle avant notre ère[12],[13].
Entre 31 et 4 av. J.-C., Hérode le Grand fit construire un vaste édifice rectangulaire au-dessus de la grotte afin de commémorer ce lieu pour ses sujets[7]. Il s'agit du seul édifice hérodien de l'époque du judaïsme hellénistique qui soit parvenu jusqu'à nous dans son intégralité. Le bâtiment d'Hérode, avec ses murs en pierre de 1,8 m d'épaisseur, constitués de pierres d'au moins 0,91 m de haut et atteignant parfois 7,3 m de long, n'avait pas de toit. Les archéologues ne savent pas avec certitude où se trouvait l'entrée d'origine de l'enceinte, ni même s'il y en avait une[7]. Le bâtiment hérodien repose sur une structure antérieure, probablement construite sous la dynastie hasmonéenne (vers le IIe siècle avant notre ère)[14].
En 2020, des archéologues israéliens dirigés par David Ben-Shlomo de l'université d'Ariel datent des poteries provenant des grottes (récupérées clandestinement par des habitants de la région en 1981) au VIIIe siècle avant notre ère[14]. Les origines diverses des tessons, provenant de différentes régions autour de Hébron et de Jérusalem, suggèrent que le site aurait pu être un lieu de pèlerinage dès cette époque, selon les auteurs de l'étude[14].
Période chrétienne byzantine
Au cours de la période byzantine, le site devient un important lieu de pèlerinage chrétien. Le Pèlerin de Bordeaux, vers 333, y décrit « un monument de forme carrée, construit en pierre d'une beauté merveilleuse, dans lequel reposent Abraham, Isaac, Jacob, Sarah, Rébecca et Léa »[15].

Dans l'Itinerarium Antonini Placentini du VIe siècle, le pèlerin se rend au sanctuaire de Mambré — nom donné dans la Bible au site des tombeaux, à Hébron (Genèse 13, 18) — pour visiter le sanctuaire abritant les sépultures d’Abraham, Isaac, Jacob, Sara et Joseph. Il le décrit comme un lieu de pèlerinage commun aux Juifs et aux chrétiens qui partageaient alors un vocabulaire de pratiques semblables[16], probablement entre Hanoucca et Noël[17] :
« La basilique a été construite avec quatre portiques, avec un atrium à ciel ouvert au centre. Elle est traversée en son milieu par une grille : les chrétiens entrent d’un côté et les Juifs de l’autre, en faisant beaucoup d’encensements. La déposition de Jacob et de David est célébrée avec beaucoup de dévotion en cette région le lendemain de Noël, de sorte que de toute la région se rassemble une multitude innombrable de Juifs, offrant beaucoup d’encens et de lampes et donnant des cadeaux à ceux qui y assurent le service[18]. »
Période arabe
Lorsque la région passe sous le contrôle des Arabes musulmans, le tombeau devient un lieu saint islamique, où se rendent les fidèles des trois religions du Livre[19]. Les musulmans autorisent la construction de deux petites synagogues sur le site[20].
Au Xe siècle, une entrée est percée dans le mur nord-est, à une certaine hauteur au-dessus du niveau du sol extérieur, et des escaliers sont aménagés depuis le nord et depuis l'est pour y accéder (un escalier pour entrer, l'autre pour sortir)[7]. Un édifice connu sous le nom de qal'ah (قلعة, château) est également construit près du milieu du côté sud-ouest. Sa fonction est inconnue, mais un récit historique affirme qu'il marquait l'emplacement où Joseph fut enterré, la zone ayant été fouillée par un calife musulman, sous l'influence d'une tradition locale concernant le tombeau de Joseph[7]. Certains archéologues pensent que l'entrée d'origine de l'édifice d'Hérode se trouvait à l'emplacement du qal'ah et que l'entrée nord-est a été créée afin que le qal'ah puisse être construit à la place de l'ancienne entrée[7].
Bakr al-Iskari, en 964, relate la façon dont il est parvenu à pénétrer dans le souterrain en soudoyant le gardien des lieux. Il raconte sa descente par un escalier de 70 marches jusqu'à la cave sépulcrale contenant les tombeaux des patriarches, mais lorsqu'il se retourne vers les sépultures des matriarches, une voix l'exhorte à sortir sur le champ ; cette histoire est reprise entre le XIIe et XIIIe siècles par le voyageur Ali al-Harawi (mort en 1215) et réapparaît au XVIIe siècle[21].
Période des croisades

En 1100, après la prise de la région par les croisés, l'enceinte redevient une église et les musulmans n'y ont plus le droit d'entrer.
Les Juifs sont interdits par les croisés d'utiliser les synagogues[20].
En l'an 1113, sous le règne de Baudouin II de Jérusalem, selon Abi Bakr al-Harawi (en) (qui écrit en 1173), une partie du toit du tombeau d'Abraham s'est effondrée, et « un certain nombre de Francs y avaient pénétré ». Ils y découvrent « (les corps) d'Abraham, d'Isaac et de Jacob », « leurs linceuls en lambeaux, adossés à un mur. [...] Puis le roi, après avoir fourni de nouveaux linceuls, fit refermer le lieu ». Des informations similaires sont données dans la Chronique d'Ibn al-Athir en l'an 1119 : « Cette année-là, la tombe d’Abraham fut ouverte, ainsi que celles de ses deux fils, Isaac et Jacob. [...] Beaucoup de gens virent le patriarche. Leurs membres n’avaient en rien été altérés, et à leurs côtés étaient placées des lampes d’or et d’argent »[22]. Un autre récit intitulé Tructalus de inventione sanclorum patriarcharum Abraham, Isaac et Jacob et rédigé peu après 1119 par un témoin oculaire de la découverte par les chanoines Eudes et Arnoul, le chanoine du prieuré établi par les Latins à Hébron dès les premiers temps de la conquête chrétienne, indique que le souterrain se composait : « 1° d'un petit vestibule vide ; 2° d'un couloir long de dix-sept coudées et aboutissant 3° à une petite salle circulaire de la capacité nécessaire à trente personnes, ces trois pièces taillées dans le roc vif ; 4° donnant sur la salle, au point où finissait le couloir... la première grotte avec un sol de terre ; 5° au fond de celle-ci, la deuxième grotte ; 6° enfin, à gauche de l'entrée de cette dernière et en face d'une inscription mentionnée (plus tard) par Benjamin de Tudèle, une cavité peu considérable. De ces six locaux, les trois premiers étaient vides, le quatrième contenait les os de Jacob, le cinquième, ceux d'Abraham et d'Isaac, le sixième, quinze vases pleins d'ossements, mais rien qui correspondit aux restes des femmes des trois patriarches ». Aucun objet ne paraît avoir été trouvé avec les corps des patriarches. Les corps sont alors sortis de leurs caveaux par les religieux et solennellement promenés dans le cloître[23]. L'historien damascène Ibn al-Qalanisi (1073-1160) fait également allusion, dans sa chronique (Dhail ou Mudhayyal Ta'rikh Dimashq), à la découverte à cette époque de reliques supposées être celles d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, une découverte qui suscite une vive curiosité parmi les communautés musulmanes, juives et chrétiennes du sud du Levant[24],[25].
Vers la fin de la période de domination croisée, en 1166, Maïmonide se rend à Hébron et écrit : « Le dimanche 9 Marheshvan (17 octobre), j’ai quitté Jérusalem pour me rendre à Hébron afin d’embrasser les tombes de mes ancêtres dans le caveau. Ce jour-là, je me suis tenu dans le caveau et j’ai prié, loué soit Dieu, (en signe de gratitude) pour tout »[26].
En 1170, Benjamin de Tudèle visite la ville, qu’il désigne par son nom franc, « Saint-Abram-de-Bron ». Il rapporte :
Il y a ici une grande église appelée Saint-Abram, qui était un lieu de culte juif à l’époque de la domination musulmane, mais les Gentils y ont érigé six tombeaux, attribués respectivement à Abraham et Sarah, Isaac et Rébecca, Jacob et Léa. Les gardiens disent aux pèlerins que ce sont les tombeaux des Patriarches, et les pèlerins leur donnent de l’argent pour cette information. Si toutefois un Juif vient et offre une récompense spéciale, le gardien de la grotte lui ouvre une porte de fer, construite par nos ancêtres, et il peut alors descendre par des marches, une bougie allumée à la main. Il parvient alors à une grotte, dans laquelle on ne trouve rien, puis à une autre grotte, qui est également vide, mais lorsqu’il atteint la troisième grotte, voici qu’il y a six sépulcres, ceux d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, respectivement face à ceux de Sarah, de Rébecca et de Léa, sur lesquels sont inscrits en caractères hébraïques les noms des trois patriarches et de leurs épouses. La grotte est remplie de tonneaux contenant des ossements humains, qui y sont apportés comme dans un lieu sacré. Au bout du champ de la Machpéla se dresse la maison d’Abraham, avec une source devant elle[27].
Période ayyoubide
En 1188, Saladin conquiert la région, transformant l'enceinte en mosquée tout en autorisant les chrétiens à continuer d'y pratiquer leur culte. Cependant, l'interdiction faite aux chrétiens et aux Juifs d’entrer dans le sanctuaire reste possible moyennant une certaine somme d’argent[28].
Saladin fait également construire un minaret à chaque angle — dont deux subsistent encore aujourd'hui — et fait installer à l'intérieur de la mosquée un minbar (chaire) provenant du sanctuaire de la Tête de Hussein (en), près d'Ashkelon[7],[29]. Samuel ben Samson (en) visite la grotte en 1210 ; il raconte que le visiteur doit descendre 24 marches dans un passage si étroit que la roche le touche de chaque côté[30].
Période mamelouke
En 1267, le sultan mamelouk Baybars interdit aux chrétiens et aux Juifs de s’approcher du sanctuaire. Ils n'ont le droit d’aller que jusqu'à la septième marche de l'escalier extérieur[31],[32],[33] et dirigent leurs prières en direction d'un orifice ménagé dans le mur de l'édifice[34]. Cette marche reste encore aujourd’hui un lieu de prière privilégié pour les Juifs, où brûlent des bougies.
La mosquée Amir Jawli est construite à l'intérieur de l'enceinte du Haram en 1320 sous l'ordre de Sanjar al-Jawli, gouverneur mamelouk de Gaza (province qui comprenait Hébron)[35]. À la fin du XIVe siècle, deux entrées supplémentaires sont percées à l'extrémité ouest du côté sud-ouest et le kalah est prolongé vers le haut jusqu'au niveau du reste de l'enceinte. Un cénotaphe à la mémoire de Joseph est érigé au niveau supérieur du kalah afin que les visiteurs de l'enceinte n'aient pas à sortir et à faire le tour de l'extérieur simplement pour lui rendre hommage[7].
Le géographe juif Ishtori haFarhi, qui s'est rendu sur place au XIVe siècle, rapporte qu'un vaste mur d'enceinte entoure le tombeau. Selon une tradition locale qu'il mentionne, les pierres de ce mur proviendraient du Temple de Salomon[36].
Période ottomane
En 1660, la visite effectuée par le chevalier d’Arvieux, envoyé extraordinaire du roi Louis XIV à Constantinople est exceptionnelle et permet de connaître la manière dont le culte est organisé par les différentes communautés religieuses, sous la domination ottomane[4].
Par la suite, les tombes des patriarches, alors en ruine, sont restaurées. L'explorateur espagnol Ali Bey, l'un des rares étrangers à y avoir eu accès, rapporte en 1807 :
toutes les sépultures des patriarches sont recouvertes de somptueux tapis de soie verte, magnifiquement brodés d'or ; celles des épouses sont rouges, brodées de la même manière. Les sultans de Constantinople fournissent ces tapis, qui sont renouvelés de temps à autre. Ali Bey en a compté neuf, superposés les uns aux autres, sur le sépulcre d'Abraham[37].
Période du mandat britannique
Jusqu'à la fin du XIXe siècle, soit pendant 700 ans, ni les Juifs ni les chrétiens ne sont autorisés à visiter le lieu saint, et même après cette date, seules quelques rares exceptions sont accordées à des personnalités européennes. Les Juifs sont seulement autorisés à rester prier à l'extérieur de l'édifice, jusqu'à la septième marche de l'escalier d'accès ou alors devant un orifice taillé dans la muraille pour pouvoir adresser leurs prières à ce qui se trouve dans la partie souterraine de l’édifice[38],[39],[40],[41],[4].
La monographie des dominicains Vincent et Abel, publiée en 1923, semble rester la référence absolue des études et plans réalisés sur le caveau des Patriarches[21].
En 1929, 67 des quelque 500 Juifs sont tués lors du massacre d'Hebron perpétré par des assaillants musulmans et le vieux quartier juif de la ville est presque entièrement détruit. Les survivants doivent s'enfuir à Jérusalem[42]. Les personnes revenues vivre à Hébron depuis 1931 doivent être évacuées par les troupes coloniales britanniques le 23 avril 1936, afin de les protéger de nouvelles violences arabes.
Période jordanienne
Durant l'occupation jordanienne entre 1948 et 1967, il est encore interdit aux Juifs de vivre dans la ville et, en dépit des termes de l'armistice, de visiter le sanctuaire et d'y prier. En outre, des preuves de la présence juive à Hébron sont détruites (quartier juif rasé, cimetière juif profané, parc d'animaux sur la synagogue Avraham Avinu)[43],[44].
Dans les années 1960, la Jordanie rénove les environs de la mosquée, détruisant au passage plusieurs bâtiments historiques, parmi lesquels les ruines de la forteresse croisée voisine, construite en 1168[44].
Depuis 1967
Après sa victoire lors la guerre des Six Jours en 1967, Israël occupe la région et des troupes israéliennes font flotter le drapeau israélien sur le sanctuaire. Moshe Dayan, ministre de la Défense d’Israël, émet une directive pour le faire retirer[45]
En 1968, une grenade fut lancée sur des Juifs en prière, faisant 47 blessés et causant des dégâts irréparables au bâtiment[46][réf. à confirmer].
Dès 1968, des militants affiliés au Rav Zvi Yehouda Kook s’installent à Hébron en prenant le gouvernement travailliste de l’époque par surprise. Bien que ce dernier ait interdit toute installation d'Israéliens dans la zone, il est réticent à les évacuer de force de par l’importance du Parti national religieux dans la coalition gouvernementale et de par la symbolique des lieux liée au massacre qui s’est produit 35 ans plus tôt. Après un an et demi d’agitations et une attaque arabe sanglante en mai 1980 envers les colons juifs faisant 6 morts parmi eux et des blessés, le gouvernement finit par permettre à ces derniers de s’installer dans les faubourgs de la ville et de fonder Kiryat Arba, qui deviendra une des plus importantes colonies israéliennes de Cisjordanie[47],[48].
À la suite d'une fouille sauvage due à des Israéliens, en 1981, une mission d'études archéologiques est mise en place sous la responsabilité de l'archéologue Zeev Yeivin et accompagnée de membres de l'armée et du Waqf ; elle met en lumière de nouveaux plans, des coupes et des photographies du réseau souterrain faisant lien entre la surface et la tombe « en puits »[21].

En février 1994, Baruch Goldstein, un fondamentaliste juif originaire des États-Unis, tue 29 musulmans, dont des enfants, et blesse 125 personnes qui priaient dans la mosquée, pendant le Ramadan. Ce crime déclenche des émeutes, à Hébron et dans tous les territoires occupés, qui font de nombreuses victimes.

À la suite du massacre de 1994, la mosquée est fermée pendant neuf mois, sans appel à la prière ni office religieux[49] et un renforcement de la partition physique du sanctuaire. « Depuis, le cénotaphe central est affublé d’une paroi blindée pour éviter d’éventuelles attaques, tandis que l’accès au sanctuaire fait l’objet d’un contrôle militaire drastique »[41]. La commission d'enquête d'État présidée par le juge Meir Shamgar conclut à la division des salles du tombeau entre juifs et musulmans[19]. Deux tiers de la salle de prière sont alloués aux fidèles juifs, le tiers restant aux fidèles musulmans[34]. Le gouvernement israélien prend également des mesures à l'encontre des Palestiniens, leur interdisant l'accès à certaines rues d'Hébron, telles que la rue Al-Shuhada, où de nombreux Arabes ont leur domicile et leur commerce, et les réservant exclusivement aux Israéliens juifs et aux touristes étrangers[50] - pour être rouverte au tout début des années 2000 puis à nouveau fermée peu après, lors de l'Intifada des pierres. À la suite de négociations, un compromis est mis en œuvre : les juifs obtiennent un accès à l'ensemble du site lors de dix fêtes religieuses annuelles, les musulmans en étant alors totalement exclus ; une disposition symétrique est prévue pour dix fêtes islamiques, bien qu'elle ne serait pas toujours respectée en pratique[49],[41] ; à cette occasion, « tous les marqueurs juifs (objets liturgiques, inscriptions, etc.) sont retirés et remplacés par des marqueurs musulmans »[41].
En novembre 2002, douze Israéliens, dont neuf soldats accompagnant des fidèles revenant de leur prière au caveau des Patriarches, sont tués dans une embuscade, et une quinzaine de personnes sont blessées[51],[52],[53].
En juillet 2025, Israël décide de transférer les pouvoirs administratifs relatifs au Tombeau des Patriarches de la municipalité palestinienne vers le conseil religieux juif de Kiryat Arba[54]. Une décision, approuvée par l’Administration civile israélienne, qui a provoqué la ferme condamnation de l'Union parlementaire arabe, estimant que ce projet " constitue une violation flagrante des droits religieux et culturels du peuple palestinien et représente une menace grave pour la sécurité et la stabilité dans la région"[55].
En janvier 2026, l'administration civile israélienne transfère en outre les pouvoirs de planification et de construction sur le site de la municipalité palestinienne de Hébron à son propre Conseil suprême de planification, et octroie un permis pour construire un toit sur la cour intérieure de la mosquée malgré l'opposition palestinienne[56].
Classement du site comme « patrimoine mondial en danger » par l'UNESCO

La vieille ville d'Hébron et particulièrement son centre d'intérêt, le tombeau des Patriarches, sont inscrits depuis le [57] sur sa liste du patrimoine mondial par l'Unesco en tant que site palestinien « d'une valeur universelle exceptionnelle en danger ». Lors du vote du Comité de l'Unesco, douze États se sont prononcés pour classer le lieu, six se sont abstenus et trois ont voté contre.
Cette décision provoque un tollé en Israël[58],[59]. Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, conteste la qualification de site palestinien, affirmant que le tombeau des Patriarches est un lieu saint juif et que la liberté de religion n'est garantie à Hébron que grâce à la présence israélienne[58]. Pour contrer cette décision, il annonce la création d'un « Musée du patrimoine juif à Hébron », qui sera financé par une réduction « d’un million de dollars du financement israélien destiné à l’ONU »[60].
Le ministère palestinien des Affaires étrangères salue de son côté le vote de l'Unesco comme « un succès dans la bataille diplomatique menée par les Palestiniens sur tous les fronts face aux pressions israéliennes et américaines »[61]. L'ambassadeur palestinien à l'UNESCO, Elias Sanbar, estime pour sa part que le classement ne remet pas en cause le caractère religieux du site, la procédure d'inscription portant selon lui sur le territoire et non sur les religions, et la Palestine étant souveraine sur ses terres nonobstant l'occupation[62].
