Tour Perret (Grenoble)
tour d'observation dans le parc Paul-Mistral à Grenoble
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La tour Perret est une tour d'observation située à Grenoble dans le parc Paul-Mistral. Édifice emblématique de la ville, c'est la première tour en béton armé construite au monde.
| Ancien(s) nom(s) | |
|---|---|
| Nom(s) Alternatif(s) |
Tour d'orientation |
| Architecte |
Auguste et Gustave Perret architectes |
| Ingénieur |
Perret frères, entreprise de béton armé |
| Construction |
20 mai 1924 - 4 mai 1925 (11 mois) |
| Ouverture |
, |
| Inauguration |
4 mai 1925, par le président du Conseil Paul Painlevé, le maire de Grenoble Paul Mistral, le président de l'Exposition Marius Blanchet. |
| Coût | |
| Rénovation | Ragréage de façade en 1951, (peu efficace dans la durée)[4] Restauration complète de 2023 à 2026 |
| Statut |
Achevé |
| Usage |
| Style |
Tour en béton armé (ossaturisme) |
|---|---|
| Matériau | |
| Patrimonialité | |
| Hauteur |
Toit : 81 mètres Dernier étage : 79 mètres |
| Étages |
RDC + 3 terrasses[5] |
| Nombre dʼascenseurs |
2 |
| Contracteur |
Touring Club de France |
|---|---|
| Propriétaire |
| Pays |
France |
|---|---|
| Ville | |
| Quartier | |
| Adresse |
Parc Paul-Mistral |
| Coordonnées |
Elle est le seul vestige restant de l'Exposition Internationale de la Houille Blanche et du Tourisme de 1925. Sans entretien, elle est d'abord fermée au public de 1965 à 2026 en raison de son délabrement, puis rouverte au public en juillet 2026 à la suite d'un chantier de rénovation (2022-2026)[6]. Elle est classée au titre des monuments historiques en 1998.
Architecture
La tour Perret a été construite par l'architecte et entrepreneur Auguste Perret en 1924 en prévision de l'Exposition internationale de la houille blanche de 1925 sur la production, le transport et la distribution de l'énergie électrique, et le tourisme, seconde source d'activité économique dans les Alpes au début du siècle[7].
Haute de 95 mètres au paratonnerre et 84 m à la boule béton, et de section octogonale, elle repose sur des fondations de 11 mètres constituées de soixante-douze pieux battus de béton armé[8],[9],[10], réunis au sommet par une dalle. L'ossature se compose de huit poteaux verticaux[11]. Le diamètre de la tour est de 8 mètres à la base[12]. Le dernier étage est accessible par des escaliers hélicoïdaux[11] (visibles dans la partie terminale ajourée) de 484 marches[13]. Le balcon des 60 m est accessible par deux ascenseurs[11],[14].
Son ossature est apparente et elle ne possède pas de décoration particulière[9] en dehors des quatre points cardinaux moulés au sommet[11],[10]. C'est une structure de béton armé dont les coffrages sont modulaires et répétitifs, et les remplissages sont des claustras préfabriqués.
Pour couler le béton, les moules sont faits à partir de planches en bois, dont les traces sont visibles dans la structure finale : il s'agit d'un choix de l'architecte pour mettre en valeur le matériau de construction[9].
Les parois sont constituées de claustras faits de plaques de 60 centimètres de côté et quelques centimètres d'épaisseur qui laissent passer la lumière par des petites ouvertures triangulaires[9]. Les claustras ajourés ont été spécialement inventés. Les claustras géométriques des parties hautes sont des remplois qui viennent de l'église Notre-Dame du Raincy[8].
La tour Perret est aussi appelée « tour d'orientation », parce qu'une table d'orientation prévue par le Touring club de France en fait le tour au niveau « 60 m » (soit 35 m avant le sommet)[11],[14],[10]. Une autre terrasse est accessible uniquement à pied à 79 mètres de hauteur[13].
Sa hauteur de 84 m au dernier élément en béton n'est pas anodine. Auguste Perret a la possibilité d'aller haut, et souhaite donc faire 1 m de plus que la basilique du Sacré-Coeur de Montmartre qui avait été élevée en 1873 pour célébrer la victoire sur la Commune de Paris. C'est un hommage à son père Claude-Marie Perret, tailleur de pierre communard, qui avait été condamné à mort par contumace lors de la Commune.
En 1964, les trois tours du quartier de l'Île-Verte sont inaugurées. Elles mesurent 98 mètres de haut et deviennent les bâtiments les plus hauts de la ville, devant la tour Perret[15].
Historique
Genèse
Auguste Perret, invité par la critique d'art Marie Dormoy, qui sera la marraine de la tour, vient à Grenoble pour se faire connaître[16]. Il y fait des conferences et rencontres dans les milieux politiques et artistiques modernes, notamment à l'école des arts industriels en [17]. Son objectif est de faire apprécier son « ordre du béton armé », nommé ainsi en référence aux ordres de l'architecture grecque antique[16]. L’Isère est alors une place forte de l’industrie française du ciment[18].
Lorsqu’il est décidé d’organiser à Grenoble une Exposition internationale de la houille blanche, Auguste Perret est chargé d'inventer une tour qui doit être le symbole de la manifestation. Il est alors habituel dans ce genre d'évènement de construire un tel édifice au milieu des pavillons, qui permet aux visiteurs de s’orienter et de fixer un point de rendez-vous facile à trouver[19]. Perret décide alors d'ériger la première tour de béton armé du monde[20].
Si personne ne semble avoir critiqué l’esthétique avant-gardiste de l’ouvrage, sa structure et sa légèreté suscitent par contre quelques craintes quant à sa solidité. Auguste Perret doit faire refaire ses calculs par des experts pour rassurer, bien que le maire Paul Mistral ait toujours eu confiance. Les contradicteurs sont déboutés par une moquerie. Le coût de la tour, quant à lui, se limite à 385 000 francs de l’époque (soit environ 130 000 euros de 2015), un prix très abordable pour une construction pérenne[19].
Exposition internationale de la houille blanche de 1925

La construction de la tour dure onze mois[21].
Durant l'exposition, du au , un projecteur est installé au sommet pour éclairer les bâtiments[7],[10]. On contourne la Tour d'orientation dès l'entrée franchie, soit par la droite en direction du palais de la Houille blanche, soit par la gauche en direction du palais du Tourisme. Elle est visible depuis tout endroit de l'exposition et permet de retrouver facilement la sortie[10].
Lors de son inauguration, le , par le président du conseil Paul Painlevé, Édouard Herriot et André Hesse, plus de deux mille visiteurs montent dans la tour en empruntant les ascenseurs qui desservent la plateforme d'orientation située à 60 m[7],[10]. Pendant tout le repas, Édouard Herriot et André Hesse, redescendus les derniers, restent bloqués dans l'ascenseur sans que les employés de la tour ne s'en aperçoivent. Cela provoque une certaine panique dans les services de police[7].
La tour est à la fois l'édifice le moins coûteux et le symbole de l'exposition[22] ; Raoul Blanchard la qualifie d'un des « bijoux de l'Exposition »[10]. Souvent, comme pour la tour Eiffel de l’exposition universelle de Paris de 1889, les monuments d'orientation sont les seuls à survivre aux grandes manifestations internationales[19] : c'est le cas de la tour Perret[17].
En 1929, une antenne de TSF a été installée[7] au sommet de la tour afin de retransmettre les émissions de radio de « Alpes-Grenoble »[23].
Dégradation de la tour
La tour n'est pas entretenue depuis sa construction : des ferraillages sont dénudés ou cassés et l'oxydation de l'armature métallique fait éclater le béton armé[9]. Une restauration a lieu dans les années 1950, mais les réparations ne tiennent pas[21]. En raison de son état, la tour Perret va être fermée au public dans les années 60[24],[25]. Beaucoup d'articles mentionnent une fermeture en 1960, mais en réalité elle sera fermée en 1965, en raison de la vétusté de son ascenseur[26]. Elle reste cependant illuminée la nuit[14].
La tour Perret est inscrite à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques en 1975 et obtient le l'accord de la municipalité pour le classement définitif[22]. Elle est classée au titre des monuments historiques en 1998[11],[25]. Elle est également labellisée Architecture contemporaine remarquable[14].
En 2005, l'étude préalable d'Alain Tillier, architecte en chef des monuments historiques estime le coût de la restauration à 4,6 millions d'euros. En 2012, l'étude Mouton a estimé le coût de la restauration à 6 millions d'euros (intérieure et extérieure) dont 60 % du coût serait supporté par une subvention de l’État et du département puisque la tour est un monument historique[27]. Dans ces études, la restauration comprend également la réouverture de la tour au public avec des mises aux normes de sécurité[réf. nécessaire].
En 2011 et 2012, Cédric Avenier, architecte et chercheur au laboratoire AE&CC de l'école nationale supérieure d'architecture de Grenoble, relance l'intérêt pour cette tour dans les milieux scientifiques et culturels[28],[29]. Il en tire un ouvrage, L'Ordre du béton. La tour Perret de Grenoble, édité en , pour offrir un outil de discussion artistique et architectural au public et aux décideurs politiques[30]. Il monte en 2014 puis en 2016, un comité scientifique, bénévole, avec des experts et spécialistes de la restauration des bétons armés, car les connaissances historiques, culturelles et scientifiques, permettent enfin de réaliser un chantier pilote très attendu dans ce domaine récent du patrimoine, avec des problématiques techniques et éthiques nouvelles pour le XXIe siècle[réf. nécessaire][31],[32].
Le , la pétition « Sauvons la tour Perret de Grenoble »[33] est lancée, elle recueille plus de cinq cents signatures dès la première semaine et est relayée par plusieurs journaux locaux[34],[35],[36],[37].
Le , l'association « Ensemble pour la tour Perret de Grenoble » (ETPG) est créée pour promouvoir la sauvegarde et la restauration de la tour Perret, pour diffuser le plus largement possible son histoire et son intérêt patrimonial et pour veiller et contribuer à sa mise en valeur[4].
- État de dégradation de la tour Perret en 2015
Restauration de la tour

Lors des élections municipales de , plusieurs partis se sont engagés en faveur de la restauration : la liste « Croire en Grenoble » (UMP, UDI, AEI)[38],[4], la liste « Imagine Grenoble » (Modem)[39],[4], la liste « Aimer Grenoble pour vous » (PS, PCF, Cap21, MRC, PRG, GE, GO Citoyenneté)[40],[4], la liste « Grenoble une ville pour tous » (EELV, PG, Les Alternatifs, GA, ADES, Réseau Citoyen)[41],[4],[42],[43].
Régulièrement, les médias locaux sensibilisent l'opinion publique sur l'importance d'une restauration à prévoir[44].
Le , le conseil municipal de la ville de Grenoble vote un projet de réhabilitation de la tour Perret qui doit s'étendre jusqu'en 2021, année de sa réouverture prévisionnelle[45],[46]. Le budget est de 15,5 millions d'euros, partagés entre l'État (5 millions), le département de l'Isère (3 millions) et une collecte populaire faite par l'intermédiaire de la Fondation du patrimoine[25]. Le budget est important en raison des fortes dégradations causées par l'absence d'entretien pendant des décennies[47].
En , l'architecte Rudy Ricciotti vient faire une conférence au musée de Grenoble et, après avoir visité la tour vante ses qualités architecturales et promet un chantier technique[48].
En 2018, le concours pour la maîtrise d’œuvre et lancé, et l'architecte François Botton est retenu en 2019.
La mairie annonce ensuite que la tour doit faire l'objet d'un « chantier-test » pour le choix des techniques[49]en 2020 avant le chantier principal en 2021-2022 et la fin de la restauration puis la réouverture au public d'abord prévue en 2024[24],[25]. Le chantier de restauration à proprement parler commence en 2023[21] ; début 2025, l'ouverture est estimée pour [13],[50], soit l'année qui suit le centenaire de l'Exposition internationale de la houille blanche[21]. En juin 2026 la réouverture est annoncée pour le 10 juillet de la même année, date confirmée par le journal Le Dauphiné libéré dans son édition du 6 juin 2026.
Les travaux impliquent notamment d'enlever le béton altéré des piliers, de remplacer certaines armatures en acier, puis de refaire les bétons par projection et estampages (technique éprouvée mais mise en œuvre unique au monde). Des restaurations structurelles sont importantes dans les parties supérieures, dont l'escalier hélicoïdal qui est une prouesse à 80 m de haut. Le chantier voit aussi l'installation de la technologie PCCI (protection cathodique par courant imposé) qui, sur le principe anode-cathode limite le potentiel de corrosion des armatures[20].
Les deux ascenseurs sont également restaurés, en conservant les cabines d'origine[9]. Enfin, le jet grouting est la technique utilisée pour former de nouvelles fondations et empêcher la tour de pencher[9],[20]. Pendant les travaux, le chantier installe des nichoirs à oiseaux et chauves-souris et emploie des personnes en insertion professionnelle[20].
La tour est inaugurée le 10 juillet 2026[51] et rouvre au public le lendemain, soit le 11 juillet 2026[52], 66 ans après sa fermeture.
Postérité
Locale
Un musée de l'œuvre de la Tour Perret est annoncé pendant les travaux de restauration des années 2020[21].
La tour Perret et surtout sa table d'orientation est un symbole des Alpes françaises, une région symbolique créée autour de l'époque de l'exposition internationale de la Houille blanche[10].
En sport
À l’aube du centenaire de la Tour Perret, le Grenoble Foot 38 présente son troisième maillot pour la saison 2024-2025 de Ligue 2 et met en lumière la célèbre tour grenobloise qui fêtera son 100e anniversaire[53].