Ultralimite
From Wikipedia, the free encyclopedia
En mathématiques, une ultralimite est une construction géométrique qui associe à une suite d'espaces métriques Xn un espace métrique qui est leur « limite ». Cette construction est une généralisation de la convergence au sens de Hausdorff, et utilise un ultrafiltre pour éviter d'avoir à considérer des sous-suites convergentes.
Pour la limite inductive d'une suite d'ultraproduits, voir Ultraproduit.
Ultrafiltres
Rappelons qu'un ultrafiltre ω sur l'ensemble ℕ des entiers naturels est une mesure finiment additive[1] ω : 2ℕ → {0, 1}, allant de l'ensemble des parties 2ℕ (c'est-à-dire de l'ensemble de tous les sous-ensembles de ℕ) vers l'ensemble {0, 1}, telle que ω(ℕ) = 1. Un ultrafiltre ω sur ℕ est non trivial si, pour tout sous-ensemble fini F ⊂ ℕ, on a ω(F) = 0.
Limite d'une suite relativement à un ultrafiltre
Soit ω un ultrafiltre non-trivial sur . Si est une suite de points d'un espace métrique (X,d) et si x ∈ X, on dit que la suite est ω-convergente vers le point x, appelé la ω -limite de xn, et noté , si pour tout on a :
Les propriétés suivantes sont faciles à démontrer :
- si une suite est ω-convergente, sa ω-limite est unique.
- si au sens usuel, . (pour que cette propriété soit vraie, il est crucial que l'ultrafiltre soit non-trivial.)
Une caractérisation importante des espaces compacts est que toute suite est ω-convergente (ce résultat est vrai en fait même pour des espaces topologiques quelconques, en généralisant la définition[2]) ; comme on l'a dit, la ω-limite est d'ailleurs nécessairement unique. En particulier, toute suite bornée de nombres réels admet une ω-limite, puisque tout intervalle fermé de est compact.
Ultralimite d'espaces métriques pointés
Soit ω un ultrafiltre (non trivial) sur . Soit (Xn,dn) une suite d'espaces métriques pointés par des points de base pn∈Xn.
On dira qu'une suite , où xn∈Xn, est admissible si la suite des nombres réels (dn(xn,pn))n est bornée, c'est-à-dire s'il existe un réel positif C tel que . Notons l'ensemble de toutes les suites admissibles. On voit facilement (à l'aide de l'inégalité triangulaire) que pour deux suites admissibles et , la suite (dn(xn,yn))n est bornée et donc qu'elle est ω-convergente vers . Définissons alors sur l'ensemble une relation de la manière suivante : pour , on a si Il est facile de voir que est une relation d'équivalence sur
L'ultralimite de la suite (Xn,dn, pn) relativement à ω est un espace métrique défini de la manière suivante[3] :
- (en tant qu'ensemble).
- Pour deux classes d'équivalence (relativement à ) contenant les suites admissibles et , on pose
Il n'est pas difficile de voir que est bien définie (c'est-à-dire qu'elle ne dépend pas des représentants et choisis), et que c'est une distance sur ; on note l'ultralimite de la suite.
Le cas des espaces uniformément bornés
Supposons que (Xn,dn) soit une suite d'espaces métriques de diamètre uniformément bornés, c'est-à-dire qu'il existe un nombre réel C>0 tel que diam(Xn)≤C pour tout (autrement dit, pour tout n et tout couple , on a ). Alors, pour tout choix de points de base pn dans Xn, toutes les suites sont admissibles. Dans ce cas, le choix des points de base n'a pas à être spécifié pour définir une ultralimite, et l'ultralimite dépend seulement de (Xn,dn) et de ω ; on écrit alors .
Propriétés de base des ultralimites
- Si les (Xn,dn) sont des espaces métriques géodésiques[4], alors est aussi géodésique.
- Si les (Xn,dn) sont des espaces métriques complets, est également complet[5].
- Si (Xn,dn) est une suite d'espaces compacts qui converge (au sens de Hausdorff) vers un espace (X,d), ce qui implique que les (Xn,dn) sont de diamètre uniformément borné, alors l'ultralimite est isométrique à (X,d).
- Si les (Xn,dn)sont des espaces métriques propres[6], et si sont des points de base tels que la suite (Xn,dn,pn) converge (au sens de Hausdorff) vers un espace métrique propre (X,d), alors l'ultralimite est isométrique à (X,d)[7].
- Soient κ ≤ 0 et (Xn, dn) une suite de CAT(κ)-espaces. Alors l'ultralimite est aussi un CAT(κ)-espace[7].
- Soit (Xn,dn) une suite de CAT(κn)-espaces, où Alors l'ultralimite est un arbre réel[7].
Cônes asymptotiques
Les cônes asymptotiques d'espaces métriques forment une importante classe d'ultralimites. Soit (X,d) un espace métrique, ω un ultrafiltre (non trivial) sur , et pn ∈ X une suite de points de base. Alors l'ultralimite (relativement à ω) de la suite s'appelle le cône asymptotique de X et se note . On choisit souvent la suite des points de base constante : pn=p pour un p fixé de X ; dans ce cas le cône asymptotique ne dépend pas de p et est noté ou simplement .
Cette construction joue un rôle important dans la théorie géométrique des groupes, car les cônes asymptotiques (ou plus précisément leurs types topologiques et leurs types lipschitziens) fournissent des invariants quasi-isométriques[8] des espaces métriques en général et des groupes à nombre fini de générateurs en particulier[9]. Les cônes asymptotiques se sont également révélés utiles dans l'étude des groupes relativement hyperboliques (en) et de leurs généralisations[10].
Exemples
- Soit (X,d) un espace métrique compact ; posons (Xn,dn)=(X,d) pour chaque . Alors l'ultralimite est isométrique à (X,d).
- Soient (X,dX) et (Y,dY) deux espaces métriques compacts distincts et soit (Xn,dn)une suite telle que pour tout n on ait (Xn,dn)=(X,dX) ou (Xn,dn)=(Y,dY). Soit et . Alors A1, A2 sont disjoints et Par conséquent, l'un des A1, A2 est de ω-mesure 1 et l'autre a pour ω-mesure 0. Donc est isométrique à (X,dX) si ω(A1)=1 et est isométrique à (Y,dY) si ω(A2)=1. Cela montre que l'ultralimite peut dépendre du choix de l'ultrafiltre ω.
- Soit (M,g) une variété riemannienne compacte connexe de dimension m, où g est une métrique riemannienne sur M. Soit d la métrique sur M correspondant à g ; (M,d) est alors un espace métrique géodésique[4]. Choisissons un point de base p∈M. Alors l'ultralimite (et même la limite ordinaire au sens de Hausdorff) est isométrique à l'espace tangent TpM de M à p, la distance sur TpM étant donnée par le produit scalaire g(p). Ainsi, l'ultralimite est isométrique à l'espace euclidien muni de la distance usuelle[11].
- Soit l'espace euclidien usuel à m dimensions. Alors le cône asymptotique est isométrique à .
- Soit le réseau entier de dimension 2 avec la distance entre deux points du réseau donnée par la longueur du plus court chemin les reliant. Alors le cône asymptotique est isométrique à , où est la distance de Manhattan sur , connue aussi sous le nom de norme 1 : .
- Soit (X,d) un espace métrique géodésique δ-hyperbolique (en), avec δ ≥ 0. Alors le cône asymptotique est un arbre réel[7],[12].
- Soit (X,d) un espace métrique de diamètre fini. Alors est réduit à un point.
- Soit (X,d) un espace CAT(0) métrique. Alors est aussi un espace CAT(0)[7].