Utenzi
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L’utenzi ou utendi (pl. tenzi/tendi) est un genre majeur de la poésie classique swahilie[1], caractérisé par sa forme narrative et sa métrique rigoureuse[2]. Le registre épique y occupe une place prépondérante sans pour autant être exclusif. Le terme — utenzi en swahili standard et utendi dans les variantes septentrionales (Kenya et Somalie) — signifie « action » ou « haut fait ». L’Utendi wa Tambuka, l’Utenzi wa Shufaka et l’Utenzi wa vita vya Uhud[3], le récit épique de la bataille de Uhud, figurent parmi les exemples épiques les plus connus.
Toutefois, le terme désigne également la « poésie » au sens large : on trouve ainsi des tenzi religieux ou didactiques traitant d'éducation morale et sentimentale. L'œuvre de la poétesse Mwana Kupona, originaire de l'archipel de Lamu, appartient à ce genre. Dans son poème éponyme, elle prodigue des conseils à sa fille afin que celle-ci mène une vie conjugale harmonieuse, en accord avec les préceptes islamiques.
La récitation de ces poèmes demeure courante lors des mariages et des cérémonies ; un chanteur spécialisé, nommé mghani[4] en swahili, est souvent invité à cette fin[5]. Les poèmes tenzi sont un genre encore très populaire en Afrique de l'Est, et ils peuvent être utilisés comme vecteurs d'un message politique[6].
Par ailleurs, si historiquement l'utenzi est un art qui ressort de la civilisation islamique swahilie millénaire, il faut noter que son mètre a été utilisé pour diffuser un message chrétien à partir du XXe siècle. Le poète catholique Mathias E. Mnyampala a par exemple composé l'Utenzi wa Injili Takatifu (Poème des Saintes Évangiles)[7] et l'Utenzi wa Zaburi (Poème des Psaumes)[8] en adaptant des passages de la Bible en swahili aux règles de la composition classique de tenzi, contribuant, de là, à augmenter la versatilité de contenus véhiculés par cette forme dans toute l'aire swahilie. Julius K. Nyerere composera aussi des tenzi chrétiens en modifiant au passage les règles de versification mais en conservant les strophes de quatre vers octosyllabiques[9].
En définitive, l’utenzi se définit davantage par sa forme que par son contenu. Ce dernier peut être très divers, même aux époques classiques, et excède largement le seul registre de l'épopée.