Vera Sílvia Magalhães
économiste et sociologue brésilienne, combattante contre la dictature militaire
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Vera Sílvia Araújo de Magalhães (Rio de Janeiro, - Rio de Janeiro, ) est une économiste, sociologue et guérilla brésilienne, membre de la Dissidence communiste de Guanabara, une organisation étudiante d'extrême gauche qui deviendra le MR-8. Elle est une des rares femmes de cette époque à occuper un poste de direction d'une organisation de lutte armée contre la dictature brésilienne et la seule à participer à l'enlèvement de l'ambassadeur des États-Unis, Charles Elbrick. Emprisonnée et torturée après son arrestation, elle est libérée avec 39 autres prisonniers politiques le , échangée contre l'ambassadeur d'Allemagne au Brésil. Exilée en Europe, elle rentre au Brésil à la faveur d'une loi d'amnistie mais gardera des séquelles importantes des tortures subies. Elle meurt d'une crise cardiaque en 2007.
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Biographie
Origines et formation
Arrière-petite-fille du leader républicain Augusto Pestana, Vera Sílvia est née dans une famille de la classe moyenne du Rio Grande do Sul. Le père de Vera, l'avocat Cláudio Augusto Pestana de Magalhães, déménage en à Rio de Janeiro, la capitale fédérale à cette époque, pour exercer comme conseiller du ministre des Transports et des Travaux publics du gouvernement Dutra[1]. La mère de Vera, Maria Virgínia Gonçalves de Araújo, était une dirigeante du Rio Grande do Sul. En , elle a présidé le VIIe Congrès national étudiant[2].
Enfant, Vera s'est rebellée contre ses instituteurs qui exigeaient que les élèves fassent des exercices en anglais[3]. À onze ans, elle reçoit de son oncle le livre « Manifeste du Parti communiste » de Marx et Engels. Elle s'engage en politique à quinze ans, au sein d'une association d'élèves[4]. Au début de son adolescence, influencée par ses lectures et par les dons de vêtements que son père réalise à des familles communistes désargentées, elle donne ses vélos et ses poupées à ses voisines et amies, croyant que c'est du « socialisme ». Adolescente, alors qu'elle étudie au Collège Andrew (en), elle s'engage dans le syndicat étudiant, où elle mène une grève contre l'augmentation des droits de scolarité en coulant du ciment sur le portail pour empêcher d'accéder à cette école[3].
Elle rejoint en 1966 la Dissidência Comunista da Guanabara. Elle coopte son ami Franklin Martins (pt), futur ministre et José Roberto Spigner (pt), avec qui lequel elle vit en couple[3]. C'est en 1968, alors qu'elle est étudiante qu'elle entre dans la clandestinité et rejoint la lutte armée contre la dictature militaire[5].
Rôle dans la lutte armée
Agissant au sein du Front armé du travail (FTA), la troupe de choc de la Dissidence communiste de Guanabara, l'un des nombreux mouvements dissidents du Parti communiste brésilien, et qui prendra ensuite le nom de Mouvement révolutionnaire du (MR-8), Vera a participé à plusieurs vols de banques, de supermarchés, de stations-service et de véhicules blindées, ainsi qu'à un vol dans l'appartement du député Edgar Guimarães de Almeida, à Copacabana, avec des membres du groupe déguisés en journalistes. Dans ces actions, elle portait toujours une perruque blonde et deux colts de calibre 45, ce qui lui valut le surnom de « Blonde 90 » dans la presse et parmi les agents du gouvernement – des années plus tard elle précisera qu'il ne s'agissait que d'un mythe car elle utilisait un seul revolver de calibre 38 qui s'enrayait par moments[3].
Elle est, dans l'histoire du Brésil, l'une des guérilleros les plus célèbres pendant la dictature militaire, et la seule femme à participer à l'enlèvement de l'ambassadeur des États-Unis dans le pays, Charles Burke Elbrick (en) en . Lors de cette opération, Vera a pour mission de recueillir des informations sur les activités quotidiennes de l'ambassadeur Elbrick[6]. À cette fin, elle flirte avec le chef de la sécurité de l'ambassade des États-Unis à Botafogo. Après avoir obtenu le planning du diplomate, elle est écartée de l'enlèvement car jugée « émotionnellement instable »[5]. Le diplomate américain racontera avoir été retenu en otage par un commando de 6 ou 7 hommes toujours cagoulés, « des fanatiques intelligents et déterminés [...] mais ce n'était pas des gangsters »[7].
Cet enlèvement est le premier du genre au Brésil et 4 autres enlèvements seront organisés sur les 14 mois qui suivront[8]. Les ravisseurs demandent[9] et obtiennent la libération de quinze prisonniers politiques en échange de leur otage[8]. Vera disparait ensuite dans la clandestinité, recherchée, comme les autres membres du commando, par la police et les agents des services de renseignement des trois forces armées. Cachée à Penha avec son compagnon d'alors, José Roberto Spigner, lui aussi guérillero, elle participe sporadiquement à des actions armées – dont le vol de documents vierges pour fabriquer de faux papiers d'identité - et à diffuser de la propagande[3].
Arrestation
Elle est arrêtée en dans le quartier de Jacarezinho, et se prend, lors de son arrestation, une balle dans la tête[10]. Elle a été dénoncée par une voisine qui obtient ainsi la libération de son frère arrêté pour viol[3]. A sa sortie de l'hôpital, Vera Sílvia est torturée dans une caserne de la police militaire du quartier de Tijuca[10]. En effet, un nouveau code de procédure pénale a été promulgué le , lequel prévoit une première phase d'investigation, où le suspect est tenu au secret jusqu'à 50 jours et une seconde phase de 20 jours, où le prévenu n'a toujours pas droit de contacter un avocat. Durant cette deuxième phase, les autorités s'efforcent d'obtenir des aveux par tous les moyens. Ce n'est qu'une fois les aveux signés que le prévenu est officiellement arrêté et considéré comme un prisonnier. Dans cette troisième phase, son dossier est transmis au procureur qui prononce son inculpation[10],[11].
En pratique, le délai de 50 jours de la première phase d'investigation n'est pas toujours respecté et la seconde phase peut être prolongée si les aveux ne sont pas signés[11]. Entre les mains de l'armée et de la police pendant trois mois, Vera Sílvia Magalhães endure des décharges électriques, des coups, des simulations d'exécution, des brûlures, un isolement complet dans des conditions glaciales et de nombreuses tortures psychologiques. Elle est contrainte d'absorber des médicaments utilisés en psychiatrie[3].
A l'issue de son inculpation, elle est conduite devant le tribunal suprême militaire[note 1] et une séance de torture[note 2] à la suite d'une audience lui provoquent une hémorragie rénale si bien qu'elle est hospitalisée dans l'hôpital central de l'armée[10]. Elle ne pèse alors plus que 37 kilos et incapable de bouger[10]. Elle finit par être libérée avec 39 autres prisonniers politiques, le , en échange de l'ambassadeur d'Allemagne au Brésil, Ehrenfried von Holleben, enlevé par un autre groupe de guérilleros[12],[8].
Exil, Retour au pays et fin de vie
Bannie du pays Vera est partie à Alger. Elle séjourne ensuite à Cuba, en Allemagne et au Chili avec Fernando Gabeira, son partenaire lors de l'enlèvement. Du Chili, elle se rend en Argentine, et décolle pour la Suède, le seul pays qui avait accepté de lui accorder, ainsi qu'à Gabeira, l'asile politique. Dans ce pays, le couple se sépare, car Vera ne supporte pas la vie en Scandinavie, et déprime. Elle s'installe en France[3]. Elle suit des études à la Sorbonne à Paris, où elle devient l'élève du sociologue et futur président de la République, Fernando Henrique Cardoso, également exilé en Europe. Ce dernier devient son compagnon. De retour au Brésil en 1979 à la faveur d'une amnistie, elle passe quatre ans passés à Recife, puis retourne à Rio de Janeiro où elle travaille pour le gouvernement de l'État comme urbaniste, jusqu'à sa retraite anticipée pour invalidité[10].
Vera, symbole de la guérilla de Rio de Janeiro, a souffert d'épisodes psychotiques, de saignements des gencives et de problèmes rénaux jusqu'à la fin de sa vie. En raison de ses problèmes de santé persistants causés par la torture, elle devient en 2002 la première femme à recevoir une compensation financière de l'État[5]. Atteinte d'un lymphome durant ses dernières années et elle meurt d'une crise cardiaque en 2007[5].
Cinéma

Dans le film Quatre jours en septembre[13], l'actrice Fernanda Torres interprète son personnage[14]. Elle a aussi inspiré le personnage principal du film Le Souvenir qu'ils me racontent (2013), de la réalisatrice Lúcia Murat[15].