Veronika Alseikienė, née Janulaitytė (1883-1971), est une médecin et militante lituanienne.
Elle étudie la médecine aux universités de Berne et de Berlin, choisissant l'ophtalmologie comme spécialité. Elle ouvre son cabinet privé à Ukmergė durant l'été 1910. Pendant la Première Guerre mondiale, avec son époux Danielius Alseika(lt), elle co-fonde la Société lituanienne d'aide sanitaire. Cette société se munit d'un hôpital militaire et le transfère de Minsk à Vilnius. Alseikienė y travaille jusqu'en 1931. Parallèlement, elle participe activement à la vie culturelle lituanienne dans la région de Vilnius, alors disputée entre la Pologne et la Lituanie.
En 1931, elle décide de s'installer à Kaunas et de se retirer définitivement de la vie publique. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, ses deux enfants —le journaliste Vytautas Kazimieras Alseika(lt) et l'archéologue Marija Gimbutas— se réfugient en Allemagne puis déménagent aux États-Unis. Alseikienė reste en Lituanie et ne reprend contact avec eux qu'au milieu des années 1950.
Enfance et éducation
Veronika Alseikienė est née le 18 mai 1883 à Malavėnai(lt) près de Šiauliai, qui fait alors partie de l'Empire russe. Elle est la benjamine d'une famille de treize enfants, dont neuf atteignent l'âge adulte et cinq font des études universitaires[1]. Parmi ses frères et sœurs figurent le juge et professeur Augustinas Janulaitis(lt) et le prêtre catholique Pranciškus Janulaitis(lt), et la dentiste Julija Biliūnienė[2]. Son père est décédé lorsqu'elle avait un an[1].
Elle reçoit sa première instruction à domicile. Elle s'inscrit ensuite au lycée de jeunes filles de Šiauliai, mais en est renvoyée pour avoir détenu et diffusé des publications lituaniennes interdites. Elle parvient à intégrer un lycée à Mitau (aujourd'hui Jelgava, en Lettonie) et obtient son diplôme en 1902[1]. À Mitau, elle vit un an dans le dortoir de Liudvika Didžiulienė[3]. Alseikienė souhaite étudier la médecine, mais ces études sont interdites aux femmes en Russie. Elle s'inscrit alors à l'université de Berne, en Suisse, où son frère Augustinas est également étudiant. Elle étudie aussi un semestre à Vienne, puis rejoint l'Université de Berlin[1]. À Berlin, elle est l'une des quatre seules femmes parmi 400 étudiants en médecine[3]. Elle choisit l'ophtalmologie comme spécialité car elle souhaite soigner le trachome, une maladie évitable pouvant entraîner la cécité[1].
Pendant son séjour à Berlin, elle fait la connaissance du philosophe Vydūnas et prit soin de Povilas Višinskis(lt), atteint d'une maladie en phase terminale. Elle assiste également à une conférence de Clara Zetkin, mais celle-ci ne la marque pas[1].
Carrière médicale
Alseikienė avec son mari en 1915.
Alseikienė obtient son doctorat à l'été 1908 et retourne en Russie. Cependant, pour faire reconnaître son diplôme étranger, elle doit passer un examen supplémentaire en janvier 1909[1]. Elle se rend ensuite à Vilnius où elle rejoint la Société artistique lituanienne et rencontre Danielius Alseika, alors étudiant à l'Université impériale de Dorpat, qui l'encourage à suivre des cours supplémentaires dans cette ville[1]. Afin de se perfectionner, elle s'inscrit à une clinique ophtalmologique mobile qui soigne les habitants du gouvernement de Simbirsk. Elle travaille ensuite brièvement à la clinique de Vladimir Dolganov(ru) avant de s'engager pour soigner une épidémie de typhus dans le gouvernorat de Toula. Ce travail lui rapporte 300 roubles russes[3] et lui permet de gagner suffisamment d'argent pour acheter du matériel médical et ouvrir son cabinet privé[1].
Elle retourne en Lituanie et ouvre un cabinet privé à Ukmergė durant l'été 1910[4]. Son futur époux, Danielius Alseika(lt), spécialiste en otorhinolaryngologie (ORL), la rejoint. Ils suivent brièvement des cours de médecine complémentaires à Vienne, mais doivent rentrer précipitamment en Lituanie au début de la Première Guerre mondiale. Alseikienė travaille dans un hôpital de la Croix-Rouge à Vilnius[4]. Lorsque la ville est occupée par les Allemands en septembre 1915, elle se réfugie en Russie. Elle vit quelque temps à Voronej, qui accueille un grand nombre de réfugiés lituaniens. Elle travaille avec la Société lituanienne de secours aux victimes de guerre, soignant des étudiants lituaniens, avant de s'installer à Minsk pour travailler dans différents hôpitaux militaires[4]. Elle y crée un hôpital de 30 lits avec l'aide de la Croix-Rouge et du général Alexeï Evert, commandant du front occidental. Pour son engagement, elle est décorée de l'Ordre de Saint-Stanislas[5].
À Minsk, elle retrouve son mari, enrôlé dans l'armée impériale russe. Lorsque la ville est occupée par les Allemands début 1918, ils fondent la Société lituanienne d'aide sanitaire, qui obtient des autorités allemandes l'autorisation de soigner et de vacciner les réfugiés de guerre rentrant en Lituanie via Minsk. Ceci est rendu possible grâce à une connaissance d'Alseikienė, rencontrée à l'université : l'officier allemand Werner Miller[6]. Parallèlement, elle siège au conseil d'administration de divers comités d'assistance aux réfugiés de guerre[5]. En mai 1918, avec Jonas Variakojis(lt), elle devient représentante du Conseil de Lituanie à Orcha. Elle est chargée de communiquer avec les autorités allemandes au sujet des réfugiés de retour[5].
La société réussit à acheter l'équipement et d'autres stocks d'un hôpital de guerre et le relocalise à Vilnius en juillet 1918[4]. Elle travaille dans cet hôpital jusqu'en 1931[7] et effectue plus de 300 opérations de la cataracte[8].
Autres activités
Membres du conseil d'administration de la Société lituanienne de secours aux victimes de guerre (Alseikienė est assise deuxième à partir de la droite).
Outre son travail à l'hôpital de la Société lituanienne d'aide sanitaire et son activité libérale, Alseikienė participe activement à la vie culturelle lituanienne[4]. En collaboration avec la Société lituanienne de secours aux victimes de guerre, elle soigne bénévolement les orphelins de guerre hébergés dans dix orphelinats gérés par l'association. Afin de transmettre des compétences à ces enfants, elle organise des ateliers d'artisanat (par exemple, le tricot pour les filles et la forge pour les garçons). Elle participe également aux activités de la Société lituanienne d'éducation Rytas[4].
La région de Vilnius est âprement disputée entre la Lituanie de l'entre-deux-guerres et la Seconde République polonaise. Son mari est président du Comité provisoire des lituaniens de Vilnius(lt) en 1923-1928 qui promeut la culture lituanienne dans la région. Pour ces activités, Alseika fut persécuté par les autorités polonaises[8]. En mai 1924, les autorités polonaises veulent déporter Alseika et Alseikienė, mais cela est évité grâce à une plainte déposée auprès de la Ligue des droits de l'homme à Paris[9]. Après la démission d'Alseika du Comité provisoire, ils œuvrent ensemble à la création de la Société Kultūra, qu'Alseika préside de 1929 à 1934[4],[10].
Dernières années
En 1931, Alseikienė quitte son mari à Vilnius et s'installe à Kaunas avec ses deux enfants car son fils Vytautas(lt) ne souhaite pas intégrer l'université polonaise de Vilnius. Elle est également épuisée par le travail caritatif ingrat, les difficultés financières et les conflits incessants à l'hôpital. Comme elle l'écrit plus tard dans ses mémoires : «J'ai décidé de tout quitter, car mes nerfs n'en pouvaient plus.»[7]. Sa relation avec son mari reste étroite jusqu'à son décès en 1936[7], bien que leur mariage ait été tumultueux dès le départ[3].
À Kaunas, Alseikienė vit avec sa sœur Julija Biliūnienė[3]. Sa fille, Marija Gimbutas, affirmera plus tard que sa cousine Meilė Lukšienė a exercé une influence déterminante sur sa jeunesse[1]. Alseikienė travaille à la Caisse nationale d'assurance maladie et exerce en cabinet privé, mais se retire par ailleurs de la vie publique. Elle prend sa retraite en 1943[7], mais ne reçoit pas de pension de l'État, ce qui la contraint à maintenir son activité libérale[3]. En 1944, ses deux enfants décident de se réfugier en Allemagne, puis de s'installer aux États-Unis. Elle reste en Lituanie et ne reprend contact avec eux qu'au milieu des années 1950. Elle ne peut voir sa fille Marija Gimbutas qu'en 1960, 1968 et 1971[7].
Alseikienė décède après une longue maladie le 26 septembre 1971. Elle est enterrée au cimetière de Petrašiūnai[7].
12345678910(lt) Regina Vaišvilienė, «Minėdami Mariją Gimbutienę, pagerbkime ir jos tėvus – gydytojus Alseikas», Mokslo Lietuva, vol.10, no675, (ISSN1392-7191, lire en ligne)
↑(lt) Daiva Vaitkevičienė, «Prie gyvybės medžio šaknų: Marija Gimbutienė šeimos moterų draugijoje», Tautosakos darbai, vol.62, , p.107 (ISSN1392-2831, lire en ligne)
1234567(lt) Regina Vaišvilienė, «Minėdami Mariją Gimbutienę, pagerbkime ir jos tėvus – gydytojus Alseikas», Mokslo Lietuva, vol.11, no676, (ISSN1392-7191)
123(lt) Sandra Grigaravičiūtė, «Lietuvos Tarybos įgaliotinių Teresės Prapuolenytės ir Veronikos Janulaitytės-Alseikienės paskyrimas ir veikla», Acta Historica Universitatis Klaipedensis, vol.XLII, , p.140-141 (lire en ligne[PDF])
↑(lt) Regina Vaišvilienė, «Vilniaus fenomenas – Lietuvių sanitarinės pagalbos draugija, ligoninė ir poliklinika (1918–1941)», Mokslo Lietuva, vol.6, no627, , p.11-12 (ISSN1392-7191, lire en ligne)
123456(lt) Regina Vaišvilienė, «Minėdami Mariją Gimbutienę, pagerbkime ir jos tėvus – gydytojus Alseikas», Mokslo Lietuva, vol.12, no677, (ISSN1392-7191, lire en ligne)
12(lt) Vincas Lapinskas, «125 metai nuo gydytojo rentgenologo Danieliaus Alseikos gimimo», Sveikatos Mokslai, vol.5, no483, (ISSN1392-6373, lire en ligne[PDF])