Via Gemina
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La via Gemina est une voie romaine qui prolonge la via Postumia vers l’est à partir d’Aquilée, en Italie du Nord (Frioul). Son nom n’est connu que par un seul document, une inscription en l’honneur de l'empereur Maximin Ier (235-238) ; cette inscription ne permet pas d’identifier clairement le tracé de cette voie. À partir de la même porte d’Aquilée et en direction de l’est, deux voies romaines principales sont bien connues par des vestiges archéologiques et des textes : l’une, vers le nord-est, mène à Emona (aujourd'hui Ljubljana, en Slovénie) ; l’autre, vers l’est, conduit à Tergeste (actuelle Trieste), puis dessert l’Istrie et la côte dalmate. La plupart des historiens[2] reconnaissent aujourd’hui la via Gemina dans la première ; cependant, certains autres, comme Mario Mirabella Roberti[3], pensent qu’il s’agit plutôt de la seconde ; et il n’est pas exclu que les deux voies aient partagé ce nom : il s’agirait alors de voies jumelles (ce qui est justement le sens du mot gemina). Il n’y a pas d’argument absolument déterminant en faveur d’une solution plutôt que d'une autre.
La route d'Emona
Une inscription d'Aquilée[4] rappelle que l'empereur Maximin Ier (235-238) a fait réparer la voie entre la sortie d'Aquilée et le pont sur l'Isonzo (a porta usque ad pontem, « de la porte jusqu'au pont »). C'est seulement par cette inscription, trouvée au lieu-dit Monastero, à la sortie nord-est d'Aquilée, que l'on connaît le nom de cette voie romaine.
La route a été construite ou améliorée en 14 ap. J.-C. par la legio XIII Gemina.
Il ne fait pas de doute que la via Gemina partait d'Aquilée vers l'est et constituait une sorte de prolongement oriental de la via Postumia. Mais deux voies romaines attestées par l'archéologie et par les textes peuvent prétendre être reconnues comme la via Gemina ; l'une mène à Emona (aujourd'hui Ljubljana, en Slovénie) et permet de continuer vers la Pannonie et les plaines danubiennes, l'autre dessert Tergeste (Trieste) et, au-delà, l’Istrie et la côte dalmate. La seconde correspond à une implantation romaine plus ancienne (dès le IIe siècle av. J.-C.), la première a une plus grande importance stratégique à partir de la fin du Ier siècle av. J.-C. Elles sont mentionnées, sans que leur nom soit précisé, par les documents qui décrivent les itinéraires de l'empire romain : Table de Peutinger ; Itinéraire d'Antonin ; Anonyme de Bordeaux (seulement la route d'Emona).
Cette route reprend la grande voie protohistorique qui reliait le bassin du Danube à l'Italie du Nord, une des routes de l'ambre[5]. À partir de Nauportus, port fluvial proche d'Emona, les marchandises pouvaient aussi embarquer sur des bateaux qui descendaient la Ljubljanica et la Save jusqu'au Danube.
Destinée à favoriser la romanisation de la Pannonie, elle a par la suite servi à l'inverse de voie d'invasion de l'Italie pour des peuples venus du nord-est : Quades, Goths, Lombards, Huns, etc. Elle recevra pour cette raison au Haut Moyen Âge le nom de Strada Ungarorum[6].
La route de Tergeste
La région de Trieste est occupée par les Romains à partir de 177 av. J.-C., année où ils soumettent les Istriens, qu'ils avaient vaincus une première fois en 221 av. J.-C. En 129 av. J.-C., Caius Sempronius Tuditanus doit intervenir à nouveau[7]. La colonie de Tergeste est fondée à l'époque de César. Dès le IIe siècle av. J.-C., la route d'Aquilée à Tergeste avait certainement une importance stratégique ; le passage de Caius Sempronius Tuditanus aux sources du Timave est attesté par une inscription sur place.