Victoire Canale
militante politique et féministe corse
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Victoire Canale est une militante politique et féministe corse née en et morte en . Originaire du village d'Albitreccia (Corse-du Sud), elle étudie puis enseigne les lettres. De à , elle dirige l'hebdomadaire nationaliste U Ribombu avant de participer à la fondation du Manifeste pour la vie en .
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Biographie
Enfance, études et formation politique
Victoire Canale naît en Afrique en ; ses parents sont des militants communistes corses[1]. Elle grandit à Pointe-Noire et passe les vacances estivales à Albitreccia, le village dont elle est originaire en Corse-du-Sud[2]. Au cours de ses études de lettres à la faculté d'Aix en Provence, elle adhère à la Ligue communiste révolutionnaire et au Mouvement de libération des femmes où elle milite plus particulièrement dans le groupe Donne corse (Femmes corses) qui se définit comme « féministe, nationaliste corse et socialiste »[2].
Retour en Corse et adhésion au mouvement nationaliste
Au milieu des années , Vicoire Canale rejoint le mouvement nationaliste corse. Elle fait partie des cadres de la Consulta di a ghjuventù nazionalista corsa (CGNC) et tente de s'opposer à sa dissolution imposée par le Front de libération nationale corse (FLNC) en [3]. Elle rentre s'installer en Corse en .
De à , elle dirige l'hebdomadaire nationaliste U Ribombu et soutient la lutte armée clandestine en faveur de l'indépendance de la Corse. En , elle déclare avoir commis une erreur en soutenant non pas la lutte armée, mais la clandestinité « dans la mesure où elle est, par nature, antidémocratique »[2]. Toutefois, elle reste engagée pour l'autodétermination et la reconnaissance du peuple corse.
Elle démissionne du Ribombu avec une partie de la rédaction pour cause de divergence avec la Consulte des Comités Nationalistes (CCN) qui refuse alors la participation des membres du mouvement nationaliste aux élections régionales de [1].
Militantisme pour l'autodétermination et l'arrêt de la lutte clandestine
À partir de et jusqu'à sa mort en , Victoire Canale prend résolument position contre la clandestinité. Elle explique cette évolution en raison de l'impossible contrôle de la violence par le mouvement nationaliste légal et de l'incompatibilité entre bande armée et mouvement démocratique[4]. Elle explicite notamment cette évolution en la liant à une prise de conscience du « “fratriarcat” d'un mouvement nationaliste à la direction essentiellement masculine »[5].
Après avoir quitté U Ribombu, Victoire Canale participe à fondation de la revue de débat Cuntrasti qui paraît entre et [1].
En , elle participe à la fondation du Manifeste pour la vie, un collectif réunissant des femmes qui dénoncent l'usage de la violence dans la lutte politique en réaction à une série d'assassinats à la fin de l'année [5]. Après une manifestation organisée le à Ajaccio par le Manifeste pour la vie, U Ribombu publie un article anonyme intitulé « Des pimbêches qui ne désarment pas » et publié le . Victoire Canale – seule à être nommée dans l'article – et les autres membres du Manifeste sont décrites en des termes injurieux et misogynes et se voient qualifiées de « laiderons »[6]. Quatre membres du Manifeste pour la vie – dont Victoire Canale – déposent une plainte pour injure sexiste. Représentées par Christiane Rocca-Massoué et Gisèle Halimi, elles obtiennent la condamnation du Ribombu représenté par Jean Nicolaï, son directeur, et Jean-Michel Rossi, son rédacteur en chef[7],[8]. Yvette Roudy et Roselyne Bachelot sont citées comme témoins.
Le , avec Maïté Grisoni, Danielle Caïtucoli, Marie-Jeanne Nicoli, Marthe Poli et plusieurs milliers de personnes, Victoire Canale défile en silence dans les rues d'Ajaccio pour demander « le rétablissement de l'État de droit et de la démocratie en Corse » à la suite de l'assassinat du préfet Claude Érignac[9],[10].
À la fin des années et au début des années , tout en soutenant le processus de Matignon, elle appelle l'État français à prendre ses responsabilités et à faire son travail dans la lutte contre la criminalité[5]. Interrogée à propos des aveux du commando Érignac pour le journal de France 3 du , elle déclare espérer « le début d'une nouvelle pratique, que l'on élucidera les autres meurtres qui nous ont endeuillés ces dernières années, que l'on ira au bout des enquêtes financières. Je crois que c'est à cette seule condition que la Corse va sortir du trouble et de l'ornière côté politique »[11]. Au cours de la campagne pour l'élection présidentielle de 2002, elle est reçue en tant que porte-parole du Manifeste pour la vie par différents responsables politiques nationaux dont les candidats Jean-Pierre Chevènement et Arlette Laguiller[12].
Elle meurt le .
Postérité
En , paraît l'ouvrage posthume Et si nous montrions un peu de courage politique ? qui réunit des textes et des articles écrits par Victoire Canale dont certains parus dans U Ribombu et Cuntrasti[1].
Elle figure parmi les femmes corses marquantes pour l'époque contemporaine retenues par le journaliste et essayiste Robert Colonna d'Istria dans son Femmes corses paru en .
Publication
- Victoire Canale, Et si nous montrions un peu de courage politique ?, Ajaccio, Albiana, , 224 p. (ISBN 978-2-846-98093-7)