Vingt-quatre prunelles
film sorti en 1954
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Vingt-quatre prunelles (二十四の瞳, Nijūshi no hitomi) est un film japonais réalisé par Keisuke Kinoshita, sorti en 1954. Cette adaptation d'un roman de Sakae Tsuboi, publié en 1952, remporta en 1955 le Golden Globe du meilleur film étranger.
Nijūshi no hitomi
Sakae Tsuboi (roman)
Chishū Ryū
Shizue Natsukawa
Kumeko Urabe
| Titre original |
二十四の瞳 Nijūshi no hitomi |
|---|---|
| Réalisation | Keisuke Kinoshita |
| Scénario |
Keisuke Kinoshita Sakae Tsuboi (roman) |
| Acteurs principaux |
Hideko Takamine Chishū Ryū Shizue Natsukawa Kumeko Urabe |
| Sociétés de production | Shōchiku |
| Pays de production |
|
| Genre | Drame |
| Durée | 155 minutes |
| Sortie | 1954 |
Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.
Synopsis
1928, début de l'ère Shōwa. La jeune institutrice Hisako Ōishi est nommée dans un petit village côtier de l'île de Shōdoshima, dans la mer intérieure de Seto. Sa modernité — en particulier son habitude de faire à vélo, en jupe occidentale, la longue distance qui sépare son domicile de l'école située de l'autre côté de la baie — lui vaut d'être traitée de moga et suscite les médisances des villageois. Un jour, une farce de ses élèves, un trou camouflé sur le chemin, la fait tomber et lui rompt le tendon d'Achille, l'obligeant à un long congé. Attristés par son absence, les enfants entreprennent à pied le long trajet jusque chez elle. Les retrouvailles, chargées d'émotion, scellent un attachement profond entre la maîtresse et ses douze élèves.
Au fil des ans, leurs destins divergent. Les garçons, enrôlés comme soldats, partent à la guerre ; les filles n'ont pas toutes la chance de poursuivre leurs études. Mariée et bientôt mère, l'institutrice, en butte aux pressions militaristes de sa hiérarchie, finit par démissionner de l'enseignement. La guerre frappe alors durement les siens. Son mari meurt au front. Sa mère puis sa plus jeune fille disparaissent peu après : la fillette, affamée dans la pénurie de la guerre, fait une chute mortelle en grimpant à un arbre pour cueillir un kaki. Plusieurs de ses anciens élèves tombent également au combat.
La paix revenue, en 1946, elle reprend l'enseignement et retrouve face à elle les enfants de ses premiers élèves. Émus de la voir pleurer en lisant la liste de leurs noms, ces nouveaux élèves la surnomment "Maîtresse pleurnicheuse" 泣き虫先生 (Nakimushi sensei). Lors d'une réunion d'anciens élèves, Isokichi, devenu aveugle à la guerre, parvient pourtant à désigner la place de chacun sur la photographie de classe d'origine. Ses anciens élèves lui offrent alors un vélo neuf — écho émouvant à son arrivée sur l'île, dix-huit ans plus tôt.
Fiche technique
Ces informations proviennent de la base IMDb[1], de la fiche Wikipedia japonaise et de la base de données japonaise NFAJ[2]
- Titre : Vingt-quatre prunelles ou Les Vingt-quatre prunelles
- Titre original : 二十四の瞳 (Nijūshi no hitomi)
- Titre anglais : Twenty-Four Eyes
- Réalisation : Keisuke Kinoshita
- Scénario : Keisuke Kinoshita d'après un roman de Sakae Tsuboi
- Assistant réalisateur : Yoshirō Kawazu
- Musique : Chūji Kinoshita (ja) à partir de chants traditionnels japonais
- Photographie : Hiroshi Kusuda (ja)
- Éclairage : Ryōzō Toyoshima
- Direction artistique : Kimihiko Nakamura
- Décors : Kakuzō Sasu, Ushitarō Shimada
- Costumes : Eikichi Hayashi
- Son : Hisao Ōno
- Montage : Yoshi Sugihara
- Producteur : Ryōtarō Kuwata
- Société de production : Shōchiku (Ōfuna Studio)
- Pays d'origine :
Japon - Langue : japonais
- Format : noir et blanc — format 1,37 :1 — 35 mm — son mono
- Genre : Drame
- Durée : 155 minutes (4 259 mètres)[2]
- Date de sortie :
- Japon :

Distribution
- Hideko Takamine : Hisako Ōishi, l'institutrice (les élèves la surnomment 小石 (Koishi) "petit caillou"), jeu de mots sur son nom "grande pierre" 大石 (Ōishi))
- Chishū Ryū : un collègue instituteur
- Kumeko Urabe : son épouse
- Yumeji Tsukioka : Masuno adulte
- Kuniko Igawa : Matsue adulte
- Toshiko Kobayashi (en) : Sanae adulte
- Takahiro Tamura : Isokichi adulte, (surnommé Sonki)
- Shizue Natsukawa : la mère de Hisako
- Nijiko Kiyokawa (ja) : la patronne du magasin général du village, 万屋 (Yorozuya)
- Chieko Naniwa : la propriétaire du restaurant à Takamatsu où travaille Matsue
- Ushio Akashi (ja) : le directeur de l’école (un ami du père de Hisako qui est décédé)
- Hideyo Amamoto : le mari de Hisako
- Toshio Takahara (en) : Chiririn’ya
- Tokuji Kobayashi : le père de Matsue
Soutien du Groupe de théâtre du centre communautaire Shōdoshima Naeba. Pour les jeunes acteurs, les enfants furent recrutés dans tout le pays. Le tournage eut lieu principalement pendant les vacances scolaires, du printemps 1953 au printemps 1954.
La musique dans le film
- Les chants scolaires, 唱歌 (shōka), et chansons enfantines, 童謡 (dōyō), les plus emblématiques de la bande sonore du film sont : Nanatsu no ko, Aogeba Tōtoshi (en), Hamabe no Uta (ja) et Furusato. Les chansons du film ont fait l'objet d'un album commémoratif édité en 2007 par Universal Music Japan[3].
- Le chercheur Toshiaki Satō, spécialiste du cinéma populaire japonais, note en 2021 : "Lors de l'adaptation du roman de Sakae Tsuboi, le réalisateur Kinoshita consulta son frère cadet, le compositeur Chūji Kinoshita (ja), et lui demanda : "Et si nous utilisions uniquement des chants scolaires pour la musique de Vingt-quatre prunelles ?" Chūji fut séduit par l'idée et, ensemble, ils se mirent à sélectionner les morceaux, créant ainsi l'univers musical du film. Dans l'œuvre de Kinoshita, lorsqu'il s'agit de chants scolaires et de comptines, la chanson Furusato (« Ville natale »), du premier long métrage en couleurs du cinéma japonais, Carmen revient au pays (1951, également de Kinoshita), s'accordait parfaitement avec le paysage idyllique au pied du mont Asama. Ici, cependant, elle est utilisée avec efficacité pour susciter la nostalgie et le lyrisme, permettant au spectateur de partager les sentiments liés à cette époque."[4]
Appréciation
« Keisuke Kinoshita s'attache à la modestie de la vie et au bonheur de l'instant dans l'équilibre des éléments, dans la paix d'un univers reconnu, et qui ne s'étend point au-delà des limites de l'île...
On ne peut échapper à l'emprise d'une poésie quotidienne où rien ne vulgarise le geste, mais où rien aussi ne le déforme, une poésie de la réalité décantée par le temps, et qui enferme l'essentiel du bonheur et du malheur de l'homme. »
— Pierre Marcabru, Cahiers du cinéma, n°106, avril 1960
Dans le film, les enfants chantent souvent des chansons. Certaines scènes sont très émouvantes, par exemple celle où un bateau s'apprête à partir d'un quai où se trouvent des familles qui font des signes d'adieu en tenant des rubans et en pleurant.
Autour du film
- La sortie scolaire sur les lieux de la bataille de Yashima inscrit l'image des guerres japonaises dans une mémoire longue — anticipation discrète de la catastrophe contemporaine qui va frapper la classe d'Ōishi : comme les guerriers Heike du clan Taira, disparus dans la mer intérieure de Seto en 1185, les garçons de la classe seront engloutis par la guerre quelques années plus tard.
- Une nouvelle version[5] a été tournée en couleurs en 1987, réalisée par Yoshitaka Asama. Plusieurs téléfilms ont également été produits depuis 1964[6].
- Sur l'île natale de Sakae Tsuboi, un village reconstitué, 二十四の瞳映画村 (Village du cinéma Vingt-Quatre Prunelles) [7], qui réutilise les décors extérieurs du remake de 1987 pour évoquer l'univers du roman et du film. Il se situe à Taura, commune de Shōdoshima (préfecture de Kagawa).
- Le film a été projeté au festival des 3 continents en 2021[8] lors de la rétrospective "100 ans de la Shōchiku".
Commentaire de Georges Sadoul dans son Dictionnaire des films : "De 1928 à 1946, l'histoire du Japon, vue à travers la vie d'une institutrice (H. T.) éduquant les enfants dans une petite île du japon. Le sujet, qui adapte un livre très populaire au Japon, est assez proche de la Varvara [L'Institutrice du village de Donskoï, 1947]. Le film est sensible et direct."[9] (rédigé entre 1962 et 1964), p. 269
Audie Bock décrit le film comme la « chronique d'une institutrice et de ses élèves dans un petit village de la Mer Intérieure, couvrant vingt années à partir de 1928, retraçant leurs joies et leurs peines. Critique du contrôle des esprits en temps de guerre et des tragédies qui ont marqué la vie des insulaires, présentée avec une retenue de la caméra très touchante et sincère, mettant en valeur la beauté des paysages."[10] Bock, Audie (1978). Japanese Film Directors. Kodansha International, p. 212.
David Sterritt indique que "le titre Vingt-quatre prunelles fait référence aux yeux vifs et curieux des douze premiers élèves d'Hisako, et le récit se concentre presque entièrement sur ses relations à l'école, s'attardant parfois aussi sur les familles de ses élèves."[11]
David Sterritt écrit : "Le drame discrètement émouvant, Vingt-quatre prunelles (1954), écrit et réalisé par Keisuke Kinoshita, est à la fois ambitieux et modeste. Son ambition se manifeste par son étendue temporelle, de la fin des années 1920 à peu avant sa sortie en 1954, et par son évocation subtile des réactions psychologiques face à l'évolution du contexte historique. Sa modestie tient à sa concentration sur un petit nombre de personnages dans un village modeste, ainsi qu'à la poésie naturelle du style visuel lyrique et pourtant ancré dans le réel de Kinoshita. […] Au-delà des considérations politiques, Hisako est horrifiée par le gâchis de jeunes vies sur les champs de bataille – selon le spécialiste du cinéma japonais Audie Bock, l'âge de la conscription au Japon est descendu jusqu'à quatorze ans au fil du conflit[12] – et décide de quitter l'enseignement plutôt que de voir ses chers élèves rentrer au pays sous forme de cendres dans des boîtes funéraires, équivalent des sacs mortuaires d'aujourd'hui. […] Un jour, en arrivant à l'école, Hisako découvre le directeur en proie à la panique : un professeur a été arrêté pour avoir distribué des écrits communistes à ses élèves. Quand elle entend le titre du livre incriminé, Hisako répond que c'est un très bon livre, que les essais ne sont pas subversifs et qu'elle l'a utilisé avec succès dans ses propres classes. Le directeur, de plus en plus paniqué, brûle les pages interdites tout en la suppliant de ne plus tenir de tels propos. Même dans une école primaire rurale, il s'avère qu'on ne peut échapper à la politique. […] La discrétion de Kinoshita concernant la vie privée d'Hisako a le mérite d'éviter le sentimentalisme excessif dans des scènes potentiellement mélodramatiques. On n'aperçoit que brièvement son mari, dont le travail sur un bateau touristique l'éloigne souvent de la maison ; il est donc difficile de s'émouvoir profondément de sa mort au combat, ni de celle de sa fille, décédée des suites d'une chute en grimpant à un arbre. Bien que riche en émotions et comportant quelques scènes poignantes, le film évite l'écueil du mélodrame excessif qu'aurait pu connaître un réalisateur moins avisé. L'utilisation parcimonieuse des gros plans par Kinoshita est particulièrement remarquable dans un film qu'une caméra trop insistante aurait facilement pu transformer en un mélodrame larmoyant. L'esprit pacifiste et le scepticisme face à la paranoïa anticommuniste qui imprègnent le récit sont profondément ancrés dans le cœur de Kinoshita. Il avait déjà rejeté le militarisme patriotique dans ses précédents films sur la guerre ; l'adaptation du roman de 1952, Vingt-quatre prunelles, écrit par Sakae Tsuboi, originaire de Shōdoshima, lui offrit l'opportunité d'exprimer sa philosophie humaniste en des termes accessibles et touchants pour un large public."[11]
Récompenses
- À sa sortie, Vingt-quatre prunelles est massivement primé par la critique et l'industrie cinématographiques japonaises. Le film est élu meilleur film de l'année aux trois principaux prix nationaux : le Kinema Junpō Award, le Prix Mainichi et le Blue Ribbon Awards. Au classement Kinema Junpō Best Ten, il devance notamment Les Sept Samouraïs d'Akira Kurosawa, qui sort la même année.
- Aux prix du film Mainichi 1955, Keisuke Kinoshita reçoit également les prix de la meilleure réalisation et de meilleur scénario, partagés avec son autre film de 1954, Le Jardin des femmes. Hideko Takamine est récompensée comme meilleure actrice, conjointement pour ses rôles dans Vingt-quatre prunelles, Le Jardin des femmes et Quelque part sous le ciel immense de Masaki Kobayashi. Le prix du meilleur son revient à Hisao Ōno, partagé avec ces mêmes deux films.
- Aux Blue Ribbon Awards 1955, le palmarès est largement parallèle : meilleur film, meilleure actrice (Takamine, partagé avec les deux mêmes titres) et meilleur scénario (Kinoshita, partagé avec Le Jardin des femmes).
- Aux récompenses critiques s'ajoutent trois reconnaissances institutionnelles, mentionnées dans les cartons d'ouverture du film. Vingt-quatre prunelles a reçu la distinction 文部省特選映画 (Monbushō tokusen eiga), label décerné par le ministère de l'Éducation aux œuvres jugées de valeur culturelle, et a été retenu comme première sélection de la Société d'appréciation des films de qualité (優秀映画観賞會, Yūshū eiga kanshōkai). Le film a en outre remporté la première place du concours cinématographique du Festival des arts (ja) de 1954, manifestation culturelle nationale annuelle alors organisée par le ministère de l'Éducation et aujourd'hui par l'Agence pour les affaires culturelles[13].
- Sur le plan international, le film remporte le Golden Globe du meilleur film en langue étrangère à la 12e cérémonie en 1955. partagé avec Geneviève de Henry Cornelius (Royaume-Uni), le mélodrame argentin La mujer de las camelias d'Ernesto Arancibia, adapté de La Dame aux camélias, et Des enfants, des mères et un général de László Benedek (Allemagne de l'Ouest).
- En 2009, il est numéro 6 dans la liste des "meilleurs films japonais de tous les temps" de Kinema Junpō, devant Rashomon d'Akira Kurosawa.