Violence vicariante
From Wikipedia, the free encyclopedia
La violence vicariante (dérivé du latin vicarius, qui signifie « substitut » ou « remplaçant ») ou violence par procuration est une forme de violence conjugale et de contrôle coercitif. Elle se caractérise par des actes agressifs et des manipulations perpétrés par un conjoint ou ex-conjoint à l’encontre de tiers — le plus souvent les enfants du couple — dans le but d'atteindre, de détruire psychologiquement ou de maintenir sous emprise sa partenaire ou ex-partenaire. Théorisé en psychologie au début des années 2010, ce concept est de plus en plus mobilisé en victimologie pour qualifier les mécanismes d’infanticide et de maltraitance sur mineur post-séparation et est une forme de féminicide par procuration. Il fait l’objet de réformes législatives progressives en Europe, notamment en Espagne, et en Amérique latine.

Origine et conceptualisation
Le terme a été théorisé en 2012 par la psychologue clinicienne argentine Sonia Vaccaro (es). Ses recherches portent sur les structures de domination masculine s'exerçant après la rupture conjugale, lorsque l’agresseur perd le contrôle direct sur la victime principale. Sonia Vaccaro définit cette violence comme une stratégie calculée où l’agresseur utilise l'empathie et le lien d'attachement viscéral de la mère envers ses enfants pour lui infliger la souffrance maximale[1],[2],[3].
Mécanismes et manifestations
Elle s'inscrit dans un contrôle coercitif post-séparation, utilisant des tiers pour perpétuer l'anxiété de la victime et la « punir »[4]. Selon Hauteclair Dessertine, secrétaire adjointe de l'Union nationale des familles de féminicides (UNFF), l'enfant est utilisé « comme une arme pour punir l'autre parent ». Dans le cas des infanticides, il s'agit d'un « féminicide par procuration » avec « une forme de mise à mort psychologique » de la mère[5]. Selon Andreea Gruev-Vintila, maîtresse de conférences en psychologie sociale à l'université Paris-Nanterre, les violences vicariantes s'inscrivent dans un contexte de contrôle coercitif, une forme insidieuse de violence qui inclue la surveillance, l'intimidation et l'isolement de la victime[6],[7]. Selon elle, « Avoir des enfants avec une femme ouvre un boulevard pour le père violent qui peut utiliser l'autorité parentale conjointe pour continuer à contrôler et punir la mère longuement après la séparation »[5].
Selon Karen Sadlier, docteure en psychologie clinique spécialisée dans les violences intrafamiliales, « ce type d'acte est souvent commis par des personnes qui n'acceptent pas la séparation, et c'est pour elles une façon de dire 'je ne t'aurais pas donc je vais faire en sorte que ta vie soit un enfer et donc tuer les enfants', c'est l'envie de créer une détresse maximale chez l'autre, de la culpabilité ». Elle conclue que « tuer les enfants c'est une façon de tuer psychiquement la mère, c'est une autre manière de la tuer ». Le conjoint ou ex-conjoint se suicide ou tente de se suicider souvent après avoir tué ses enfants, « soit parce qu'il ne supporte pas l'acte qu'il a fait, et préfère se tuer, soit parce qu'il veut faire encore plus culpabiliser la mère »[8].
Statut juridique par pays
Espagne
Pays précurseur en Europe, l'Espagne reconnaît les enfants comme co-victimes et intègre cette notion dans le processus législatif contre la violence de genre[9]. Un avant-projet de loi (2025) vise à en faire un délit autonome[10]. Depuis les premières statistiques qui datent de 2013, « 65 enfants ont été assassinés en Espagne dans le cadre de violences conjugales et vicariantes, dont neuf en 2024 »[1].
France
Le terme n'est pas spécifiquement défini en droit, les faits étant poursuivis séparément. Cependant, le contrôle coercitif est débattu et des lois récentes renforcent la protection des enfants face aux violences intrafamiliales[1]. Il n'y a pas de statistiques précises des infanticides commis dans le cadre de violences vicariantes en France. Les chiffres du ministère de l'Intérieur publiés en octobre 2025 font état de sept enfants tués en 2024 dans le cadre de violences au sein du couple, sans précision sur le contexte des décès, mais une enquête de Mediapart reprise dans le rapport A vif du ministère de la justice décompte 46 enfants morts de violences en 2024 dans le cadre familial. le rapport conclue que « A de rares exceptions, l'auteur est le père ou le beau-père, qui tue l'enfant en raison d'une séparation conjugale non acceptée ». Cet écart statistique font que la Commission nationale consultative des droits de l'Homme (CNCDH) déclare que « les données relatives aux morts d'enfants sont largement méconnues et insuffisantes »[5].
Avec des qualificatifs comme « drame familial » ou « un coup de folie » dans les médias français en aout 2026 après qu'un père ait tué son fils de 17 ans après avoir été quitté, selon Médiapart « les violences vicariantes sont encore considérées en France comme des faits divers isolés. Il s’agit pourtant d’une forme spécifique de violences conjugales, comme l’Espagne l’a compris depuis près de dix ans. »[9].