Voie des Saulniers
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Une voie des saulniers est un axe de transport du sel antique, qui a pu être usité pour franchir des massifs montagneux jusqu'à des dates modernes en Europe occidentale. Le sel est un aliment et une denrée vitale pour les hommes et les animaux. Les saulniers désignent en ancien français les marchands de sel et aussi parfois les maîtres contrôlant l'extraction dans le cas d'un gisement de sel minéral.
À l'époque romaine, les vieux chemins du sel des premières civilisations des métaux semblent en partie avoir repris par plusieurs via salinatorum rectilignes, qui alimentaient les principales garnisons, proches des domaines urbains du limes du rhénan à partir des salins maritimes. À l'époque carolingienne, les routes du sel peuvent emprunter tout ou partie des différents itinéraires antiques, coupant au besoin pour gagner une destination recherchée ou une source de sel terrestre, remise en exploitation.
À partir du XIIIe siècle jusqu'à l'époque moderne, conservation et reprise systématique de parties de tronçons d'origines diverses, et favorisant un commerce local plus varié, a influencé la vie économique générale et les échanges de contrées montagnardes. Aussi délaissant l'étude générale du transport du sel à travers les voies des Saulniers ouvrent une singulière compréhension de l'histoire et de l'économie des contrées montagnardes.
Il en est ainsi de la voie des Saulniers dans les Vosges entre Alsace et Lorraine reliant la vallée de la Meurthe entre Étival et le Val de Villé qui constitue une voie d'échanges et de passage entre les deux versants du massif vosgien traçant une voie de pénétration vers des contrées plus retirées[1].
D'autres "chemins des Saulniers" existent à divers endroits, par exemple deux ont été identifiés en Ille-et-Vilaine, utilisés de manière souvent clandestine par des contrebandiers, pour transporter du sel depuis la Bretagne, exempte de gabelle, vers le Maine et l'Anjou[2].
Le tracé de la via salinatorum n'est qu'en partie reconstitué par les archéologues. Une fraction de modestes tronçons rectilignes a été soit préservée soit, le plus souvent, répertoriée dans la littérature lorsqu'ils ont été (re)découverts. L'axe orienté relie l'antique carrefour de voies gallo-romaines, Grand à l'antique port rhénan, Rhinau. Les points de repères qui ont servi à son édification par visée simple au théodolite sont toujours prestigieux : Ungersberg à partir d'Epfig ou de la plaine d'Alsace, Climont, Ormont, côtes du Répy dans le massif des Vosges, la colline de Sion au loin en plaine lorraine et ses promontoires méridionaux à proximité.

Le tracé de cette voie secondaire relie le territoire des Belges Leuques à une fraction méridionale de la Germanie. L'autorité romaine a très tôt perçu la parenté des populations de part et d'autre du petit massif des Vosges[3]. Vers 80-90, elle a chargé la légion de cette tâche, employant une main d'œuvre d'esclaves et sans doute foules d'artisans eux-mêmes esclaves ou associés. Le tracé prévu, peut-être pas toujours réalisé, peut être reconstitué à partir des éléments cités. Il passe en particulier par les communes actuelles de Rhinau, Epfig, Nothalten par Zell, Albé par Albéville sous l'Ungersberg, Saint-Martin, Maisonsgoutte, Steige, Bourg-Bruche, Saales, La Grande-Fosse, Ban-de-Sapt, Moyenmoutier, Étival-Clairefontaine, Ménil-sur-Belvitte, Anglemont, Roville-aux-Chênes, Charmes, Hergugney, Fraisnes-en-Saintois, Vicherey, Aouze, Attignéville, Midrevaux, Grand. Notons que la voie romaine dégage un espace de passage strictement sous égide militaire, vide de toutes constructions, observé et protégé par un maillage de castrum ou châteaux. La voie éloigne toute construction superflue, confisque les terres proches à son usage, massacre les forêts voisines ou éradique les points d'embuscade. Elle cantonne les habitats-relais à des distances normalisées. Mais sur de larges bandes latérales, ses gardiens tolèrent le portage des denrées secondaires sur lesquelles ils prélèvent des taxes.
Il n'est pas toujours rectiligne et s'adapte au terrain traversé. De multiples déviations, doublements et ramifications, ainsi que des captations ont favorisé des jonctions, sans doute au profit d'agglomérations excentrées. Ce réseau a contribué à détourner ou déformer le tracé initial, parfois quelques décennies après la construction. Il est fort possible que les travaux ultérieurs aient autant remédié aux défectuosités apparues sur le parcours initial, central ou latéral, qu'à l'intérêt de capter une partie du flux des échanges latéraux à ces voies.
