Xavier Haegy
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| Xavier Haegy | |
L'abbé Haegy dans ses dernières années | |
| Fonctions | |
|---|---|
| Conseiller général du Haut-Rhin | |
| – (13 ans) |
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| Circonscription | Canton de Neuf-Brisach |
| Député au Reichstag | |
| – (6 ans) |
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| Circonscription | Sélestat |
| Législature | XIIIe législature de l'Empire allemand |
| Conseiller général | |
| – (6 ans) |
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| Circonscription | Canton de Hirsingue |
| Biographie | |
| Nom de naissance | François Xavier Joseph Haegy |
| Date de naissance | |
| Lieu de naissance | Hirsingue |
| Date de décès | (à 61 ans) |
| Lieu de décès | Colmar |
| Nature du décès | Crise cardiaque |
| Sépulture | Hirsingue (France) |
| Nationalité | Allemande puis française |
| Parti politique | Zentrum |
| Profession | Prêtre, journaliste |
| Langue | Allemand, alémanique |
| Religion | Catholicisme |
| modifier |
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L'abbé François Xavier Haegy, né à Hirsingue le [1] et mort à Colmar le , est un prêtre, journaliste et homme politique alsacien.
Jeunesse et débuts
Issu d'une famille paysanne du Sundgau (fils de François Pierre Haegy, cultivateur, et d'Anne Marie Holler, fille d'un meunier de Werentzhouse), il naît alors que l'Alsace-Lorraine bascule sous contrôle allemand, à l'issue de la guerre de 1870. Après le Traité de Francfort, ses parents choisissent de rester en Alsace et de devenir citoyens allemands. Il fait ses études primaires à Hirsingue. Se destinant à la prêtrise, il suit ensuite des cours de latin auprès de son oncle alors curé de Rouffach, avant d'entrer au petit séminaire de Zillisheim en 1884, et au grand séminaire de Strasbourg trois ans plus tard. Il complète ses études de théologie aux universités de Wurtzbourg et Munich, en Bavière. Il est ordonné prêtre le 10 août 1895 à Strasbourg par Mgr Fritzen[2].
En 1896, il soutint une thèse en théologie et obtint son doctorat[3], puis fut nommé vicaire à Thann en mai de la même année, dans l'attente qu'une chaire d'enseignement se libérât au Grand Séminaire ; mais les œuvres du professeur Herman Schell, qui avait été son maître à l'université de Wurtzbourg, ayant été mises à l'Index, l'évêque de Strasbourg préféra ne pas lui confier une chaire d'exégèse.
Dès 1897, il se tourne vers le journalisme en collaborant à la rédaction du journal Mühlhauser Volksblatt, qui sera interdit par les autorités quelques mois plus tard en raison de ses prises de position, avant de devenir rédacteur en chef de l'Oberelsässische Landeszeitung, principal quotidien catholique de la région de Mulhouse. En juillet 1900, il prit également la direction du journal catholique Elsässer Kurier, à Colmar, poste qu'il conserva jusqu'à sa mort en 1932. Intransigeant sur le dogme, il était très ouvert aux questions sociales et soucieux de promouvoir un syndicalisme catholique afin de ne pas laisser le monde ouvrier aux mains du socialisme. Il créa notamment, dans la paroisse Sainte-Marie de Mulhouse, en 1898, un cercle de discussion (Diskutierklub) autour des questions sociales rassemblant de jeunes ouvriers parmi lesquels Camille Bilger, futur leader des mouvements syndicaux chrétiens en Alsace. Il établit également très tôt des relations étroites avec Mönchengladbach, ville de Rhénanie foyer du catholicisme social en Allemagne. Cependant « sa conception de la démocratie fut toujours cléricale » car elle devait être « un instrument de conservation ou de restauration de la société chrétienne en Alsace »[4].
Carrière politique
Sous l'Empire allemand

En 1906, il se lance également en politique en se faisant élire conseiller général du canton de Hirsingue. En 1912, il est d'abord candidat à la députation de Colmar mais est battu par le socialiste Peirotes. Il est finalement élu député au Reichstag pour la circonscription de Sélestat, en Basse-Alsace, à la faveur d'une élection complémentaire en fin d'année. Après quelques tergiversations, il rejoint le Zentrum (le parti catholique allemand)[2]. Au Reichstag, il défend vigoureusement les intérêts de l'Alsace, réclamant pour cette dernière un statut équivalent à celui des autres états confédérés allemands. Il menace même de quitter le Zentrum si ce dernier ne se prononce pas en faveur d'une autonomie complète du Reichsland. Son attitude antimilitariste (il a participé, avec d'autres députés allemands et alsaciens, aux conférences interparlementaires de paix à Berne et Bâle en 1913 et 1914) le rend peu sympathique aux autorités militaires allemandes, qui, certainement pour l'éloigner des affaires politiques et de l'Alsace, l'envoient sur le front de l'Est dans un hôpital de Pleschen en Posnanie, en tant qu'aumônier, en 1916. Le 25 octobre 1918, alors qu'il est question pour le nouveau gouvernement allemand mené par Max von Baden d'enfin octroyer à l'Alsace-Lorraine un statut semblable aux autres régions allemandes, l'abbé Haegy est le dernier député alsacien-lorrain à prendre la parole au Reichstag. Dans cet ultime discours, il condamne le régime de dictature militaire mis en place par l'état-major allemand depuis le début de guerre et regrette que cette mise à égalité avec le reste de l'Allemagne n'intervienne que bien trop tard, maintenant que la victoire des Alliés et le retour de sa région natale à la France ne fait presque plus aucun doute[2],[4]. Il s'en remet au programme en quatorze points du président Wilson quant au droit à l'autodétermination des peuples et appelle à l'organisation d'un plébiscite (Volksabstimmung) sur l'avenir de l'Alsace-Lorraine[5].
Après le retour à la France
Après la guerre et le retour de l'Alsace à la France, il combattit vigoureusement la politique de francisation et de déconfessionnalisation des écoles menée par les autorités françaises et en 1921 créa une revue mensuelle, Die Heimat, pour y défendre « un régionalisme qui allait au-delà d'une simple décentralisation administrative » et une place officielle pour la langue allemande aux côtés du français. Il finit par se rallier à la politique du Volksfront c'est-à-dire à l'alliance avec les partis autonomistes alsaciens mais son attitude cléricale dressait contre lui les protestants et les libéraux. Dans son journal le protestant libéral Philippe Husser dit qu'il refuse cette « Haegymonie »[6]. Cette prise de position radicale en faveur de l'autonomie lui attirera les foudres des autorités et des nationalistes: antithèse parfaite de l'abbé Wetterlé[7], il était d'une maigreur qui mettait en joie les caricaturistes et, du fait de ses origines paysannes, se sentait plus à l'aise dans les réunions paysannes où l'on discutait en dialecte que dans les salons strasbourgeois où l'on causait en français. Ce défaut d'habitudes mondaines explique à la fois son succès dans les milieux populaires et les limites de son audience dans la bourgeoisie alsacienne, au reste largement protestante. D'après le traducteur Joseph Schmittbiel, l'abbé Haegy aurait encore durci sa politique autonomiste durant ses dernières années, allant parfois jusqu'à réclamer la constitution d'un Etat fédéré alsacien ! Sous l'influence de ce qui se passait alors de l'autre côté du Rhin, dans la République de Weimar, il soutient également le droit de vote des femmes[8].
En 1918, l'abbé Haegy prit encore la direction de la Société d'édition de Haute-Alsace, l'un des plus importants organes de presse catholiques de la région. En 1919, il fut élu conseiller général du canton de Neuf-Brisach et conserva ce mandat jusqu'à sa mort. De 1920 à 1924, il siégea encore au conseil consultatif d'Alsace-Lorraine, mais sa voix ne fut pas entendue et même combattue par les autorités[4]. Il fut victime de violentes et virulentes campagnes de presse. Ainsi, Edouard Helsey (pseudonyme de Lucien Coulond), correspondant au Journal, rapporta à plusieurs reprises qu'Haegy entretiendrait des liens avec des agents allemands en vue d'un complot contre la France. Furieux, l'abbé Haegy attaqua Helsey pour diffamation et le procès opposant les deux hommes se tint à Colmar du 8 au 12 avril 1927. Les deux antagonistes en sortirent réconciliés[9]. En 1927, une vaste campagne d'arrestation frappa la mouvance autonomiste, ses principaux chefs comme Eugène Ricklin furent arrêtés, soupçonnés de complot contre l'Etat français, de concert avec l'Allemagne. Haegy vit son domicile à Colmar perquisitionné et fouillé mais, en l'absence d'éléments suffisants contre lui, il ne fut pas arrêté. Il vint témoigner à décharge à plusieurs reprises lors du "procès du Complot" (Komplottprozess) de Colmar en mai 1928, à l'issue duquel les principaux leaders autonomistes comme Ricklin se virent frappés de courtes peines de prison. L'abbé Haegy échoua aux élections sénatoriales complémentaires de 1929 auxquelles il s'était présenté face à Joseph Pfleger, partisan d'une certaine autonomie mais qui tenait à écarter « toute question de plébiscite, de neutralité ou d’autonomie politique »[10].
L'abbé Haegy meurt le 11 mai 1932 d'une crise cardiaque, à Colmar, après avoir passé ses derniers instants en compagnie de son ami et collaborateur Joseph Rossé[11]. Ses dernières paroles sont citées dans une biographie lui étant consacrée et parue l'année même de sa mort[8]:
Wir müssen weiterkämpfen, Gott befohlen ! [12] (Nous devons poursuivre le combat, c'est un ordre de Dieu)
Ses obsèques ont lieu en la collégiale Saint-Martin de Colmar, en présence de plus de 500 prêtres venus de toute l'Alsace-Moselle. Sa dépouille, saluée par la foule dans chaque village où elle passe, est transférée dans son village natal et inhumée en la chapelle Sainte-Cathernie dite Garner de Hirsingue[8]. Sa pierre tombale est toutefois aujourd'hui recouverte par un revêtement de sol en béton, mais une petite plaque commémorative dans le mur rappelle encore son souvenir. En 2012, le parti autonomiste alsacien Unser Land, mené par sa présidente Andrée Munchenbach et Henri Goetschy, ancien sénateur et conseiller général du Haut-Rhin, lui a rendu hommage lors d'une conférence évoquant son oeuvre, en la chapelle Sainte-Catherine[13].
En hommage à son attitude « antifrançaise » les Allemands donnèrent son nom à une rue de Colmar pendant l'Occupation, ce qui ne les empêcha pas d'expulser son frère comme peu sûr et de confisquer la maison familiale[14]. Le le conseil municipal de Hirsingue a refusé par 11 voix contre une qu’une voie dans un nouveau quartier fût baptisée « Impasse Abbé Haegy[15] ».