Ydir Amazit
militant, membre du Mouvement libertaire nord-africain et Français libre
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Ydir Amazit, — parfois orthographié Idir, Iddir ou Azamit, (en kabyle: Ydir Amazit, en tifinagh: ⵃⴰⵎⵉⴷ ⴰⵎⴰⵣⵉⵜ), — né le 6 janvier 1925 dans la commune de Ifigha (Département de Tizi Ouzou, Algérie française)[1] et mort le 4 décembre 2012 à Paris[2], est un professeur d'université franco-algérien, linguiste, marin, résistant antifasciste engagé dans la France libre pendant la Seconde Guerre mondiale, journaliste, militant anticolonialiste et indépendantiste libertaire[3].
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| Décès | |
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| Nom dans la langue maternelle |
ⵢⴷⵉⵔ ⴰⵎⴰⵣⵉⵜ |
| Nom de naissance |
Ydir Amazit |
| Autres noms |
Idir Amazit |
| Nationalité | |
| Allégeance | |
| Activité | |
| Période d'activité |
1942-2012 |
| Appartenance ethno-culturelle |
| A travaillé pour |
Le Libertaire Le Jeune Algérien |
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| Distinction |
• Le Drame de l’Afrique du Nord: Ce qu'il faut dire (1955) |
Biographie
Naissance et origines familiales
Idir Amazit, naît le 6 janvier 1925 à Ifigha, commune située à 38 km à l'est de Tizi Ouzou, en Kabylie (Département de Tizi Ouzou, Algérie française). Ses parents sont Mohand Amazit et Djouhra Yaïche. Il est issu d’un contexte colonial marqué par les inégalités[4].
Engagement dans la France Libre (1942-1945)
En janvier 1942, à seulement 17 ans, Amazit rejoint la France libre en Angleterre. Il s’engage dans les Forces navales françaises libres (FNFL) et combat comme matelot dans la Marine nationale contre le nazisme[2].
Son engagement militaire lui vaut plusieurs décorations : la Croix du combattant volontaire, la Légion d'honneur et l’Ordre national du Mérite. Cette expérience de guerre marque profondément sa vision politique et l’oriente vers un engagement antifasciste durable[5].
Après-guerre : militantisme politique et nationaliste (1946-1950)
Après la Seconde Guerre mondiale, Ydir Amazit s’installe en France. Il s’engage dans le combat politique en devenant secrétaire de la Fédération de France de l’Union démocratique du Manifeste algérien (UDMA)[6], parti fondé en 1946 par Ferhat Abbas[7].
L’UDMA défend alors l’idée d’une émancipation progressive de l’Algérie sans rupture immédiate avec la France, misant sur une évolution démocratique et égalitaire au sein de la République française[8].
Proximité avec le mouvement libertaire (1951-1953)
À partir de 1951, Amazit se rapproche des milieux anarchistes et libertaires en métropole. Il devient membre ou, du moins, proche du Mouvement libertaire nord-africain (MLNA), organisation regroupant des militants maghrébins libertaires. Le MLNA prônait une ligne de « soutien critique » à l’indépendance algérienne, c’est-à-dire un appui sans condition au droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, tout en restant méfiant vis-à-vis des dérives autoritaires des nationalismes[9].
Entre 1951 et 1953, il publie une vingtaine d’articles dans Le Libertaire, journal de la Fédération anarchiste. Dans ses textes, il dénonce les conditions d’exploitation et de discrimination imposées aux travailleurs nord-africains en France. Il collabore également au Jeune Algérien, où il approfondit son analyse des luttes sociales et coloniales[10].
Certains témoignages affirment son appartenance formelle au MLNA, mais des chercheurs nuancent : il est incontestablement un sympathisant anarchiste actif, mais son statut exact reste difficile à établir[10].
Publications et pamphlets (1955-1960)
En mars 1955, Amazit publie une brochure importante : Le drame de l’Afrique du Nord, éditée par les Cahiers de Contre-courant. Ce texte est un véritable pamphlet politique, exposant la situation dramatique des peuples colonisés et appelant à leur émancipation[11].
Une édition clandestine de cette brochure paraît en 1960 en Algérie, sous le titre Point de vue nord-africain, preuve de l’impact de son œuvre militante[12].
Engagement libertaire et soutien à l’indépendance de l'Algérie
Ydir Amazit fait également partie de la Fédération communiste libertaire (FCL), organisation anarchiste qui, dès les années 1950, adopte une position claire en faveur de l’indépendance de l’Algérie. À travers ses articles et ses prises de position, il milite contre le colonialisme, tout en défendant une vision libertaire et anti-autoritaire des luttes de libération[13].
L’indépendance algérienne (1962)
Le 5 juillet 1962, l’Algérie proclame officiellement son indépendance après une longue guerre de libération[14], Pour Amazit, ce moment représente l’aboutissement d’un combat auquel il avait contribué par ses écrits, ses engagements militants et son action de sensibilisation en métropole. Toutefois, fidèle à la ligne du MLNA et de la FCL, il garde une attitude critique envers les orientations autoritaires du nouveau pouvoir algérien.
Engagements ultérieurs et activités professionnelles (1962-2012)
Au-delà de la cause algérienne, Ydir Amazit reste actif dans des engagements solidaires. En 1980, il participe à une souscription économique pour la création d’une école maternelle sahraouie, marquant son soutien à la cause du peuple sahraoui[4].
Linguiste de formation, il exerce le métier de professeur de langues pour gagner sa vie. Sa carrière académique et pédagogique témoigne d’une autre facette de son engagement : la transmission des savoirs[4].
Sur le plan personnel, il épouse Baya M’Silta, mais le couple finit par divorcer[4].
Dernières années et décès
Idir Amazit meurt le à l'Hôpital Henry-Dunant, dans le XVIe arrondissement de Paris. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise[5] à Paris. Sur la stèle de sa tombe, il est inscrit : « Loin de toi, mille regrets, Chère et éternelle Numidie, C’est ici que j’ai passé Le meilleur de ma vie »[15].
Principales œuvres
Articles
- Avertissement aux colonialistes, Le Libertaire, no 285, 19 octobre 1951.
- Les tartarinades du général Guillaume, Le Libertaire, no 286, 26 octobre 1951.
- Le Glas du colonialisme: Hallali de l'Union Française, Le Libertaire, no 288, 9 novembre 1951.
- La fusillade de Casablanca ou le colonialisme tel qu'il est, Le Libertaire, no 289, 16 novembre 1951.
- Victoire de la France?, Le Libertaire, no 290, 23 novembre 1951.
- Politique arabe en Afrique du Nord: Présence de la France, Le Libertaire, no 291, 30 novembre 1951.
- Le calvaire des Nord-Africains, Le Libertaire, no 310, 11 avril 1952.
- La souveraineté française ou la vertu de Zoueikha, Le Libertaire, no 311, 18 avril 1952.
- L'œuvre du colonialisme ou le Baobab de Tartarin, Le Libertaire, no 312, 25 avril 1952.
- Nature et aspect de la colonisation en Algérie, Le Libertaire, no 313, 2 mai 1952.
- Par l'épée et par la charrue, Le Libertaire, no 314, 9 mai 1952.
- La féodalité terrienne du colonat, Le Libertaire, no 315, 16 mai 1952.
- L'industrie algérienne, Le Libertaire, no 316, 23 mai 1952.
- État sanitaire et enseignement des populations Algériennes, Le Libertaire, no 317, 30 mai 1952.
- Que manigance le Bourreau de Madrid, Le Libertaire, no 319, 12 juin 1952.
- Qu'attend la bavarde O.N.U pour enquêter sur un assassin?, Le Libertaire, no 359, 7 mai 1953.
- Les Assassins du peuple indochinois se trompent: Ils ne recruterons pas dans la classe ouvrière, Le Libertaire, no 364, 11 juin 1953.
- Au maroc, la france choisit ses valets: Un tenancier des maisons closes, le pacha El Glaoui, un homme à tout faire du général Guillaume, Le Libertaire, no 365, 18 juin 1953.
- L'Afrique, terre de la révolution, Le Libertaire, no 367, 2 juillet 1953.
- Les Marocains gagnerons le combat de la révolution sociale, Le Libertaire, no 373, 24 septembre 1953.
Brochures
- Le Drame de l’Afrique du Nord, I: point de vue nord-africain, Paris: Contre-courant, 1955 [mars], Tome I. — p. 97-112; 23 cm. — (Les Cahiers de « Contre-courant »; 6).
Bibliographie
- Philippe Bouba, L’Anarchisme en situation coloniale, le cas de l’Algérie. Organisations, militants et presse, 1887-1962, thèse de doctorat en histoire et histoire de l'art, sous la dir. de Michel Cadé et de Hassan Remaoun, univ. de Perpignan et univ. d'Oran Es-Senia (Algérie), 2014, 364 p, lire en ligne..
- Pierre-Jean Le Foll Luciani, “Anarchisme et décolonisation en Algérie. Le Mouvement libertaire nord-africain (1950-1956)”, Histoire Politique [Online], 39 | 2019, Online since 01 October 2019, connection on 27 September 2025. URL: http://journals.openedition.org/histoirepolitique/3268; DOI: https://doi.org/10.4000/histoirepolitique.3268.
