Yelü Dashi
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Yelü Dashi (chinois : 耶律大石 ; pinyin : ou 耶律達實, ), Ye-liu Ta-che ou Yeh-Lu Ta-Shih, Nushi Taifu ou Qushqin, né vers 1087 et mort en 1143, est le fondateur de la dynastie Liao de l'Ouest, ou khanat Kara-Khitans. Prince du clan royal Yelü de la dynastie Liao, il sert d'abord celle-ci en tant qu'administrateur et commandant militaire. Cette prise de fonction coïncide avec l'ouverture d'un conflit avec la dynastie Song, allié séculaire du Liao, et l'émergence d'un groupe Jürchen qui fait dissidence et fonde la dynastie Jin.
Après l’effondrement progressif des Liao face aux Jin et aux Song, Yelü Dashi tente d’organiser la résistance khitane, d'abord aux côtés de l'empereur Tianzuo, puis après l'avoir trahi, depuis la garnison de Kedun en Mongolie actuelle. Il échoue à fédérer une force suffisante pour s'opposer aux Jins et entame vers 1130 une migration vers l'ouest. Après avoir installé un campement sur les rives de l'Emin, il est intrônisé Gurkhan, affirmant une double légitimité impériale mongole et chinoise. Cette événement marque la fondation du khana Kara-Khitan.
Sa politique extérieure s'affirme et il parvient progressivement à accroitre son influence. Sa victoire face aux Seldjoukides lors de la bataille de Katwan en 1141 marque l'apogée de son pouvoir et fait des Kara-Khitans une puissance majeure d’Asie centrale. À sa mort, en 1143, son empire contrôle de nombreuses villes et régions : la Transoxiane, Ferghana, Jetyssou, le Bassin du Tarim et les territoires Ouighours. Cependant, en l'absence de successeur, ce contrôle s'estompe rapidement.
Biographie
Jeunesse et formation
Yelü Dashi, aussi connu sous le nom de Nushi ou Qushqin Taifu dans les sources musulmanes, naît probablement en 1087. Il est le fils de Baighu[1] du clan royal Yelü des Khitans descendant de Liao Taizu. Ses liens de filiation par rapport à l'empereur Liao durant sa vie, Liao Tianzuo, sont toutefois indéterminés. De même, son père et grand-père n'est pas identifié dans les sources chinoises et serait probablement issu d'une branche dynastique mineure du clan royal[2].
Il reçoit une éducation correspondant à son rang, maîtrise l'écriture chinoise, le khitan et ses écritures grande (en) et petite (en). Son enseignement militaire en fait un cavalier et archer reconnu. Au terme de ses examens, il reçoit le titre académique de jinshi et entame un début de carrière en tant que scribe à l'Académie Hanlin, fonction qui intègre également des devoirs militaires[3].
Dislocation Liao
Conflit avec les Jin et les Song
Son début de carrière, en 1115, coïncide avec l'émergence du pouvoir Jürchen sous l'impulsion de Jin Taizu de la nouvelle dynastie Jin. Yelü Dashi est désigné peu de temps après aux préfectures de Taizhou et Xiangzhou, deux villes en bordure du territoire Jin nouvellement conquis. En 1117, Taizhou est conquise par les Jin. À Xiangzhou, Yelü Dashi est promu commandant militaire du Liaoning au croisement des frontières Liao et Song. Cependant, bien que cette nomination témoigne d'une carrière réussie dans la bureaucratie impériale, les Liao perdent en influence et territoire dans leur conflit avec les Jin[4].
En 1122, les nombreuses défaites amènent les nobles Khitan et Xi, un groupe turco-mongol proche des Khitans, à destituer Tianzuo. Yelü Dashi participe à l'intronisation du nouvel empereur, Yelü Chun, constituant l'éphémère dynastie de Liao du Nord. Yelü Dashi est nommé au commandement d'une armée de cavaliers vers le sud afin de défendre le territoire d'une offensive Song qu'il parvient à prendre par surprise[5]. Après avoir reçu d'importants renforts, Yelü Dashi indique au commandant Song que son offensive le déshonore en violant une amitié séculaire entre Liao et Song et tente de le dissuader de continuer. Cependant, la mort du nouvel empereur Liao précipite la continuité du conflit. L'armée de Yelu Dashi parvient à battre son opposant. Cependant, la partie nord du territoire ne résiste pas aux conquêtes des Jin[6].
Résistance et trahison
Après la perte de la capitale Yanjing aux mains des Jin, Yelu Dashi suggère au chef des Khitan de rejoindre l'empereur destitué Tianzuo, en fuite dans l'ouest. Face au refus de celui-ci, il le décapite et prend la tête de l'armée Khitane. Les 7000 hommes de son armée sont rejoints par d'autres groupes en fuite et rejoignent Tianzuo qui campent alors dans les Monts Yin. Á partir de ce moment, Yelü Dashi assume le rôle de chef et roi Khitan[7]. Il agit en tant que commandant en chef avec pour objectif de résister aux jin et reprendre les territoires[8].
Cependant, en 1123, il subit une défaite et est capturé par le général Jin qui lui ordonne de l'amener au palais où se cache l'empereur Tianzuo. La majorité de la famille impériale est capturée à cet occasion, à l'exception du fils de Tianzuo. En remerciement de cet acte, l'empereur Jin offre à Yelü Dashi la main d'une de ses filles afin de le convaincre d'intégrer l'aristocratie. Ce dernier refuse et s'échappe de sa captivité. Les sources sont contradictoires entre 1123 et 1124, suggérant d'une part qu'il tente de rejoindre l'empereur Tianzuo en fuite, d'une autre qu'il soit lui-même intronisé à la tête des Liao[9]. C'est en tout cas en 1124 que Tianzuo envisage une nouvelle contre-offensive avec ses alliés Tatars malgré l'avis contraire de Yelü Dashi qui considère le plan trop risqué. Cette rupture l'amène à se rebeller contre l'empereur, s'auto-proclamer roi, et fuir vers l'ouest avec plusieurs membres du clan royal Yelü et une armée[10].
Dernière tentative de résistance
En se rendant vers l'ouest, il rejoint tout d'abord la ville de Kedun, garnison militaire Liao à l'extrémité occidentale. Depuis cet endroit, il parvient à prendre le contrôle de plusieurs groupes tribaux, réunissant plus de 10.000 cavaliers[11]. Il s'adresse alors aux principales organisations politico-militaires de la région : sept préfectures (Weiwu, Chongde, Huifan, Xin, Dalin, Zihe et Tuho) et dix-huit tribus (Dahuang, Shiwei (en), Dila, Qonggirad, Jajirad, Yexi, Bigude, Nila, Dalaguai, Damili, Merkit, Hezhen, Wuguli, Tatars, Pusuwan, Tanggu, Humusi, Xidi et Jiuerbi). Par cet acte, il parvient à fédérer certains d'entre eux avec pour objectif de restaurer le Liao et détruire les Jin[12]. Il tente également de convaincre les Xia de devenir ses alliés et encourage des groupes tribaux à tirer profit du conflit entre les Jin et les Song pour les affaiblir[13].
En 1125, la crainte d'une potentielle alliance des Xia à Yelü Dashi pousse les Jin à envoyer une expédition militaire pour sécuriser Shaanxi. Ce mouvement les dissuade effectivement de formaliser cette alliance. Toutefois, en 1126, Yelü Dashi est à la tête d'une armée conséquente et semble recevoir un soutien indirect des Xia pour recruter des troupes. Il tente alors de rallier les Song qui rejettent sa proposition. En 1127, il se tourne vers les Tatars qui acceptent de ne plus vendre de chevaux aux Jin[14]. En 1129, le constat est que les différents efforts diplomatiques n'aboutissent pas, ce qui le convainc de passer à l'action et prendre possession de deux garnisons Jin. Cependant, les forces auxquelles il s'oppose sont trop importantes et, ne pouvant garantir d'octroyer des terres à ses alliés tribaux, il risque de perdre leur soutien et doit se tourner vers des territoires moins biens défendus, déportant son regard vers l'ouest et l'Asie centrale où nomadisaient déjà plusieurs groupes khitans soumis aux Qarakhanides[15].
Fondation du Khanat Kara-Khitans
Intronisation et émergence du pouvoir
La chronologie et le parcours précis de son exil sont contradictoires dans les sources. En 1130 ou 1131, Yelü Dashi quitte Kedun et les derniers territoires Liao avec 10.000 à 20.000 hommes khitan et mongols ce incluant des troupeaux et des familles. Cette vague migratoire se dirige d'abord au sein du Khaganat kirghize du Ienisseï puis vers l'ouest vers l'Irtych et l'Emin. C'est sur la rive de l'Emin qu'ils établissent un premier campement durable[16]. Celui-ci se trouvant en territoire Ouïghour, il rassure le Khan en indiquant que son objectif est de s'installer sur les territoires musulmans des Qarakhanides. Ses troupes continuent dès lors vers Gaochang puis Kachgar, mais il y subit une défaite contre l'armée Qarakhanides et se replie à Gaochang. La date de cette première bataille est incertaine, et se déroule probablement durant l'été 1131[17].
Depuis les territoires Jin, une armée est envoyée afin de traquer Yelü Dashi. La finalité est incertaine, mais l'armée Jin ne revient pas et la situation a en tout état de cause affermi la légitimité de Yelü Dashi puisqu'il est intronisé Gurkhan au campement sur la rive de l'Emin en 1131 ou 1132. Plusieurs tribus l'ont alors rejoint, augmentant ses forces à plus de 40.000 foyers[18]. La particularité du titre de Gurkhan est qu'il affirme une double légitimité impériale, non seulement celle de Khan universel, mais aussi celui d'Empereur de Chine[19]. C'est à partir de ce moment que le Khanat Kara-Khitan prend forme.
À partir de ce moment, Yelü Dashi se renforce graduellement et étend son influence avec les pouvoir régionaux, si bien qu'il parvient à contrôler certaines d'entres elles. Un moment charnière survient en 1134 lorsque le dirigeant Qarakhanide de Balasagun demande assistance militaire à Yelü Dashi et se retrouve finalement capturé par ce dernier, le forçant à se soumettre. Il déplace alors sa capitale nomade à proximité et envoie des émissaires dans les régions avoisinantes. Par cette politique, il provoque le soulèvement des groupes Khitans qui se joignent à ses forces[20]. Cette force lui permet de continuer de s'étendre jusqu'à la vallée de Ferghana, déclenchant un conflit ouvert avec les Qarakhanid dès 1137[21].
Bataille de Katwan
En 1141, les troupes de Yelü Dashi entrent en Transoxiane à la demande probable du Khwarezmchahs Ala ad-Din Atsiz souhaitant leur soutien face au sultan Seldjoukide Ahmad Sanjar. En conséquence, des troupes Seldjoukides s'installent dans la région de Samarcande, suscitant la colère des Karlouks, vassaux Qarakhanides. Ces derniers changent alors d'allégeance et demandent à leur tour assistance à Yelü Dashi qui accepte et mobilise son armée. La bataille de Katwan prend place le dans les plaines à proximité de Samarcande[22].
Les Kara Khitan se composent de trois contingents d'armées khitan, turque, mongoles, chinoises avec un important renfort Karlouk de 30.000 à 50.000 cavaliers. Yelü Dashi dirige le détachement central et son armée parvient rapidement à encercler les forces Seldjoukides qui sont capturés. Cette importante victoire ne constitue pas un simple gain de ressources, mais permet également au Gurkhan d'asseoir son autorité sur plusieurs villes du territoires. Il obtient également l'assujetissement du jeune royaume khwarezmien[23]. Sa victoire, qui met un terme provisoire à l'expansion de l'islam en Asie centrale, est probablement l'origine de la légende, en Occident, du prêtre Jean[24].
Mort et succession
Yelü Dashi meurt en février 1142 ou 1143. Le Khanat des Kara-Khitans recouvre alors un vaste territoire et contrôle de nombreuses villes de la route de la soie : la Transoxiane, Ferghana, Jetyssou, le Bassin du Tarim et les territoires Ouighours. Ce qui correspond aux actuels Xinjiang, Kirghizistan, Ouzbékistan, Tadjikistan, le sud du Kazakhstan ainsi que la partie occidentale de la Mongolie[25]. La période qui suit directement son règne est la moins documentée. Sa veuve Xiao Tabuyan (塔不煙, ) assure la régence de l’empire jusqu'en 1150 pour leur fils Yelü Yilie (耶律夷列)[26].
La mort de Yelü Dashi provoque le retour de plusieurs groupes hostiles, comme les Oghouzes qui reprennent possession de Boukhara dès mars 1144. De même, les Seldjoukides parviennent à reprendre le contrôle du Khorassan et la défection du Khwarezm qui redevient leur vassal. Les Ouighours deviennent quant à eux tributaire des Jins et se dissocient de l'autorité Kara-Khitan[27].