Yinon Levi
colon israélien
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Yinon Levi (en hébreu : ינון לוי), né le 19 décembre 1992 en Israël, est un colon israélien installé en Cisjordanie, fondateur en 2021 de l'avant-poste de la ferme de Meitarim, dans le sud de la région de Hébron. Il fait l'objet, à partir de 2024, de sanctions financières des États-Unis, du Royaume-Uni, de l'Union européenne et du Canada pour des violences répétées contre des communautés palestiniennes, notamment à Susiya et à Khirbet Zanuta ; les sanctions américaines sont levées par Donald Trump en 2025.
Israël
| Naissance | Israël |
|---|---|
| Nom dans la langue maternelle |
ינון לוי |
| Nationalité |
Israélienne |
| Domicile |
Ferme de Meitarim |
| Activité |
Éleveur |
| Conjoint |
Sapir Levi |
Le 28 juillet 2025, lors d'une attaque de colons contre le village d'Umm al-Khair, il tue par balle le militant palestinien Awdah Hathaleen (en), qui avait contribué au documentaire oscarisé No Other Land. Placé en résidence surveillée puis remis en liberté, il fait l'objet, en février 2026, d'une annonce d'inculpation pour homicide par imprudence.
Biographie
Situation personnelle
Yinon Levi naît le 19 décembre 1992 en Israël[1]. Il est marié à Sapir Levi[2].
Fondation de la ferme de Meitarim
En 2021, il fonde l'avant-poste de la ferme de Meitarim, une colonie israélienne du sud de la Cisjordanie, dans l'intention, selon lui, d'empêcher les Palestiniens de reprendre le contrôle de la zone[3],[4].
Un fermier palestinien dont l'exploitation jouxte celle de Levi témoigne auprès de la BBC en 2024 que Levi le harcèlerait depuis 2021, d'abord avec des drones, puis, après le 7 octobre 2023, avec des armes. Il affirme que Levi aurait menacé de le tuer avec toute sa famille s'ils ne quittaient pas les lieux, et qu'il aurait frappé son épouse avec la crosse de son arme après qu'elle l'a insulté. Levi nie avoir eu un comportement violent envers les Palestiniens de la région, et affirme alors n'avoir possédé une arme que depuis peu[5]. Des vidéos d'avril 2022 et de mars 2023 montrent Levi accompagné de son chien importuner des militants et dissuader des Palestiniens de faire paître leurs troupeaux. Interrogé à ce sujet, Levi affirme que des militants provoquaient volontairement le chien et les moutons pour documenter l'incident[2].
Selon le chercheur spécialiste de l'occupation Dror Etkes (en), la superficie des terres contrôlées par Levi a presque doublé entre octobre 2023 et juin 2024, passant d'environ 400 à 800 hectares. Des militants opposés à la colonisation estiment alors que plus de 300 personnes de quatre hameaux voisins ont été chassées de leurs terres depuis la fondation de la ferme de Meitarim. Les Palestiniens qui refusent de quitter les environs de la ferme affirment que la superficie de leurs terres restantes a diminué de 95 % depuis la création de l'avant-poste[4].
Contentieux devant la Cour suprême d'Israël


En novembre 2023, l'organisation de défense des droits humains Haqel dépose auprès de la Cour suprême israélienne une pétition demandant à l'armée et à la police de protéger plusieurs communautés palestiniennes de la région de Hébron face aux violences de colons ; Yinon Levi y est nommé, accusé d'avoir dirigé et participé à des attaques répétées contre ces communautés, leurs habitants et leurs infrastructures[6]. Elle mentionne notamment le village de Susiya, où, en octobre, accompagné de soldats israéliens, il aurait participé à la destruction d'oliviers, de cultures et de puits, ce qui a entraîné le départ des habitants[3]. Des habitants et militants locaux affirment qu'il aurait été ce jour-là aux commandes d'un bulldozer bloquant des routes à Susiya, ce qu'une image satellite semble corroborer par la présence de terre remuée sur une route[2]. Le village de Khirbet Zanuta, également couvert par la pétition, se vide de ses 300 habitants en novembre 2023 après des attaques répétées de colons venus de l'avant-poste dirigé par Yinon Levi[7],[8]. La Cour suprême demande à l'armée et à la police de rendre compte, avant le 13 février 2024, des mesures prises à l'encontre des suspects visés par la pétition, parmi lesquels Yinon Levi[6].
En juillet 2024, la Cour suprême israélienne ordonne à la police et à l'armée de permettre le retour des Palestiniens de Khirbet Zanuta, qui a lieu le mois suivant. Levi et d'autres jeunes hommes de l'avant-poste continuent alors d'intimider les habitants revenus dans le village. Interrogé par l'Associated Press en juin 2024, Levi revendique la propriété de ces terres et reconnaît avoir participé à en écarter les Palestiniens, tout en niant avoir eu recours à la violence[7]. En septembre 2024, Yinon Levi pénètre dans le village et tente de voler un mouton appartenant à des résidents, sans que la police ou l'armée n'intervienne[9]. Peu après, de nouvelles violences de colons poussent les habitants à quitter une seconde fois le village ; ceux-ci saisissent la Cour suprême d'une requête pour outrage à la justice contre la police et l'armée, à laquelle la Cour répond en février 2025 en ordonnant une nouvelle fois leur retour[10].
Sanctions internationales
En février 2024, le gouvernement américain le sanctionne financièrement, avec trois autres Israéliens, pour des violences commises contre des civils palestiniens en Cisjordanie. Le département d'État des États-Unis l'accuse d'avoir dirigé des groupes de colons responsables d'agressions contre des Palestiniens et des Bédouins, de menaces destinées à pousser ces derniers à quitter leurs terres, ainsi que d'incendies de champs et de destructions de biens[3]. Les sanctions entraînent le gel du compte bancaire commun de Levi et de son épouse[2]. Une collecte de fonds organisée par le conseil régional de Har Hebron recueille 140 000 dollars auprès de 3 000 donateurs à travers le monde[4].
En mars 2024, le Royaume-Uni sanctionne à son tour Levi, ainsi qu'un autre colon, les accusant d'avoir eu recours à de la violence physique, d'avoir menacé des familles sous la menace d'une arme et d'avoir détruit des biens dans le cadre d'un effort ciblé pour déplacer des communautés palestiniennes. Levi nie ces accusations et affirme qu'aucune procédure judiciaire n'est engagée contre lui en Israël. Il justifie sa présence sur ces terres par la nécessité, selon lui, de les maintenir sous propriété juive, et précise qu'il surveille la zone pour empêcher toute construction non autorisée. Le député Zvi Sukkot du Parti sioniste religieux, lui-même colon, apporte publiquement son soutien à Levi après l'annonce des sanctions[5]. En avril 2024, le Conseil de l'Union européenne sanctionne à son tour Levi, lui reprochant d'avoir pris part à de multiples actes de violence contre les villages voisins de son lieu de résidence[11]. Le Canada le sanctionne à son tour en mai 2024[12].
Ce même mois, Levi retrouve l'accès à ses fonds, avec un plafond de retrait mensuel de 8 000 dollars qu'il dépasse presque du double dès les premières semaines. Selon son beau-père Noam Federman (en), le ministre des Finances Bezalel Smotrich intervient directement en sa faveur auprès des banques. Levi déclare que les sanctions ont renforcé sa détermination[4]. En janvier 2025, dès le jour de son investiture, le président américain Donald Trump signe un décret abrogeant le régime de sanctions institué par Joe Biden contre les colons violents de Cisjordanie, parmi lesquels Levi[13].
Mort d'Awdah Hathaleen
Le 28 juillet 2025, le militant palestinien antioccupation et enseignant Awdah Hathaleen (en), qui a participé à la réalisation du documentaire No Other Land, oscarisé la même année, est tué par balle lors d'une attaque de colons contre le village d'Umm al-Khair[14]. En recoupant séquences vidéo et témoignages, notamment ceux de Haaretz, du Guardian et de Mediapart, le magazine +972 reconstitue les faits. Selon une reconstitution des faits par +972, Levi pénètre en fin de journée sur un terrain privé palestinien accompagné du conducteur d'une excavatrice, laquelle détruit des oliviers, une clôture et la conduite d'eau principale du village ; des jets de pierres de Palestiniens commencent après que la machine a heurté à la tête un cousin d'Awdah Hathaleen, et n'atteignent pas Levi. Il tire alors deux coups de feu en direction des habitations, le premier touchant Hathaleen, qui se tient à 35 mètres. Pour +972, les témoignages oculaires et l'analyse des séquences vidéo montrent que Hathaleen a été abattu de sang-froid[15].
Selon le témoignage d'un militant israélo-américain présent sur place, Levi désigne ensuite aux soldats israéliens les Palestiniens qu'il souhaite voir arrêtés ; six habitants du village et deux militants étrangers sont arrêtés à la suite de l'attaque[16]. Levi est ensuite placé en résidence surveillée[17]. Devant la justice israélienne, Levi affirme avoir ouvert le feu après avoir été agressé par des dizaines de personnes qui lui jetaient des pierres. Honenu (en), une organisation d'extrême droite qui assure sa défense, qualifie l'incident de tentative de lynchage[15]. Son assignation à résidence est levée par la suite ; un juge israélien le remet en liberté quelques mois après les faits, invoquant l'absence de preuve qu'il ait lui-même tiré les coups de feu mortels. En février 2026, le bureau du procureur général de l'État annonce son intention d'inculper Levi pour homicide par imprudence. Khalil Hathaleen, frère de la victime, juge cette qualification insuffisante et estime qu'il s'agit d'un meurtre intentionnel et prémédité[17].

En juillet 2026, l'ONG de défense des droits humains Al-Haq publie un rapport contredisant la thèse de la légitime défense. Selon ce rapport, Levi affirme d'abord devant la justice qu'il n'existe aucun lien entre le coup de feu qu'il a tiré et la mort de Hathaleen, et ce n'est qu'après que l'autopsie a établi qu'une seule balle, dont le calibre correspond à son pistolet, a causé une hémorragie fatale à la poitrine, qu'il invoque la légitime défense. L'ONG établit que Levi était le seul, parmi les personnes présentes lors de l'altercation, à porter une arme à feu, les Palestiniens présents ne disposant que de téléphones pour filmer. Sa reconstitution spatiale situe Hathaleen à une trentaine de mètres du tireur, séparé de l'affrontement qui se déroulait près de l'excavatrice et sans interaction avec Levi au moment des faits. Selon Al-Haq, c'est un autre colon qui frappe Ahmad Hathaleen à la tête avec le marteau hydraulique de la pelleteuse, avant que Levi n'ouvre le feu[12].