Originaire du comté de Xinye, Yu Xin naît et grandit à Jiangling — autrefois la capitale du Chu — dans une famille riche et aristocratique ayant produit des érudits pendant sept générations et dont les écrits ont été compilés sur cinq dynasties[1] v. 4. Dès son jeune âge, il fait montre d’un talent exceptionnel et d’une grande intelligence. Il lit abondamment et accumule une grande culture littéraire.
En l’an 527, à 15 ans, Yu Xin entre à la cour impériale et devient un lecteur pour le prince héritier Zhaoming. À dix-neuf ans, il est nommé docteur en transcription et composition. Après le décès de Zhaoming, son frère Xiao Gang est nommé prince héritier[note 1]. Yu Xin accompagne ce dernier dans l’écriture de poèmes ornés et raffinés[2].
Avec les poètes Xu Ling et son père Xu Chi, Yu Xin et son père Yu Jianwu dominent la scène littéraire des Liang dans les années 530 et 540, au point que le style de la poésie palatiale est aussi connue sous le nom de « style xu-yu »[3],[4]. Yu Xin occupe plusieurs postes de fonctionnaire, montant en grade à chaque nomination. Dans sa trentaine, Yu Xin est pris dans la rébellion de Hou Jing[note 2]. Il est alors le préfet de Jiankang et il mène des troupes pour défendre la ville de Jiangkang, mais il est défait. Il fuit vers Jiangling, où il est nommé par Xiao Yi, empereur Yuan des Liang, vice-censeur impérial. Puis, il est nommé, entre autres, général de la garde impériale droite69 ans[5] v. 41, bio. 33.
En 554, Yu Xin est envoyé en mission dans le nord comme ambassadeur à Chang'an, auprès des Wei de l'Ouest. Pendant cette période, la dynastie Liang est détruite et Yu Xin est ainsi retenu à Chang'an jusqu’à sa mort, à moitié prisonnier, à moitié hôte honoré.mi-prisonnier, mi-hôte honoré[6]. Il entre alors au service de la dynastie Wei de l'Ouest, puis de la dynastie Zhou du Nord qui renverse les Wei de l'Ouest. Il occupe plusieurs postes de fonctionnaires dont envoyé impérial, directeur de la chancellerie, avec rang égal aux que les Trois Excellences — c’est pourquoi les gens l'appellent « Yu Kaifu » — et de gouverneur de la province de Luozhou[2]. Bien que les hauts fonctionnaires des Zhou du Nord témoignent un grand respect et une grande courtoisie envers Yu Xin, ce dernier ressent profondément des contradictions et de la douleur. L’empereur de la dynastie Zhou du Nord, Wudi (nom personnel Yuwen Yong), aime particulièrement la littérature et Yu Xin reçoit des honneurs spéciaux[8]. Lu Xin devient un maître de la scène littéraire. Cependant, il éprouve de la nostalgie pour sa terre natale et ressent de la honte de servir un pays ennemi. Son manque de liberté l’emplit également de ressentiment et sa poésie en est influencée. En 579, Yu Xin démissionne de son poste en raison de sa maladie." [20] Finalement, il meurt de vieillesse dans le Nord en l’an 581 sous le règne de l’empereur Wen de la dynastie Sui (r. 583-618), à l’âge de 69 ans[note 3],,[1] v. 2.
Il est posthumément honoré en tant que gouverneur des deux provinces de Jing et Huai[5] v. 41, bio. 33.
La plupart des écrits existants de Yu Xin ont été rédigés dans le Nord. 1+ Memory Palace Comme il accepte certains éléments de la culture du Nord dans ses poèmes, cela lui permet de créer un style unique et d’atteindre un niveau artistique supérieur à celui de ses contemporains, avec un contenu de pensée riche, des contenus idéologiques profonds et un style d’écriture vigoureux, austère[9]. Étant en exil, il ressent souvent la nostalgie de sa terre natale, la douleur de la perte d’un pays et le sentiment de son propre destin. Ses poèmes et ses fu écrits pendant cette période deviennent alors empreints de tristesse, de grandeur et d’un ton sombre et tragique, ton qui se retrouve dans son illustre Rhapsodie de la Déploration du Sud (哀江南). Sa voix s’inscrit, de fa¸on exemplaire, dans le ton de l’exil. À cette nouvelle inspiration, il associe la maître de la perfection stylistique acquise dans sa jeunesse au Sud. Il est très bien traité dans le nord et cela ce qui lui « permet d’exercer une influence littéraire considérable sur les hommes de lettres du Nord. Sa poésie a grandement influencé celle du début des Tang. »[10]
Yu Xin a laissé un recueil intitulé Recueil de Yu Zishan (庾子山), mais il a ensuite été largement perdu. La version existante la plus complète est celle éditée et annotée par le lettré Qing Ni Fan et renommée (Recueil annoté de Yu Zishan) (庾子山集注)[8].
Y Xin a écrit ce poème quand il est retenu dans le Nord. Il est affecté par la vue d’une oie solitaire; cette vue déclenche de la mélancolie et de la nostalgie pour sa terre natale dans le Sud.
Chinois
失群寒雁声可怜。
夜半单飞在月边。
无奈人心复有忆。
今暝将渠俱不眠。 |
Traduction libre
Le cri de l’oie solitaire dans le froid est déchirant.
Au cœur de la nuit, elle vole seule au bord de la lune.
Hélas, impossible d'empêcher le cœur humain de se souvenir.
Cette nuit, elle et moi resterons sans sommeil. |