Zone franche du pays de Gex
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La zone franche du Pays de Gex est une zone franche douanière instaurée en 1815 sur le territoire français par le traité de Paris consécutif au congrès de Vienne[1] ; elle se situe au nord-est du département de l'Ain, à la frontière avec la Suisse.
La zone franche du pays de Gex s'étend, depuis le , de la ligne de crête du Jura dans l'Ain jusqu'aux frontières de la Haute-Savoie et des cantons de Genève et de Vaud. Sa délimitation, fixée par l'arrêté du [2], débute à la frontière franco-suisse à Divonne-les-Bains, près de la borne 239 C, passe par le col de la Faucille, le mont Rond, le Colomby de Gex, le crêt de la Neige, le Reculet et le crêt de la Goutte. Elle franchit ensuite l'ancienne route nationale n°84 à Collonges, passe par le pont Carnot, puis longe le Rhône jusqu'au point le plus proche de l'embouchure du Couvalannaz, également à Collonges. Les communes gessiennes de Lélex, Mijoux, Chézery-Forens et Léaz ne font pas partie de la zone franche.
Histoire

La grande zone franche
Après le rattachement du Pays de Gex à la France par le traité de Lyon du , Henri IV accorde au territoire des privilèges fiscaux par les lettres-patentes délivrés à Poitiers le . Cette décision permet aux habitants du Pays de Gex, dont beaucoup sont Genevois et propriétaires fonciers, d'assurer leur prospérité en vendant leur production agricole à la république de Genève. Elle permet également à Genève de s'approvisionner en grains, bétail et autres denrées dans sa banlieue agricole française sans droits de douane. Pour les Gessiens, cette décision maintient en grande partie l'ancienne condition fiscale existante sous domination savoyarde[3].
Cependant, la puissance des Cinq grosses fermes limite les exceptions accordées aux habitants. La pression fiscale et les abus répétés sur les Gessiens les conduisent, avec le soutien de Voltaire et de Turgot, à négocier un accord. Les lettres-patentes données à Versailles par Louis XVI le permettent l'affranchissement du Pays de Gex à partir du , à condition que les Gessiens versent une indemnité de 30 000 livres par an aux fermiers généraux. Concernant les droits de sortie des marchandises, les lettres-patentes ne créent pas un état de droit nouveau mais reconnaissent seulement d'anciennes franchises. En revanche, les droits d'entrée sont dorénavant en franchises douanières[3].
Ces franchises sont abolies par la loi du , qui place pour la première fois les douanes françaises à la frontière politique[4]. La république de Genève est ensuite occupée par les troupes françaises le et annexée à la France par le traité du , créant le département du Léman, avec Genève comme chef-lieu[5]. L'existence de franchises devient alors obsolète, la frontière politique ayant disparu. La république de Genève est restaurée , puis est rattachée à la Confédération suisse en tant que canton suisse le . À la suite des défaites napoléoniennes et du congrès de Vienne, le traité de Paris du permet au canton de Genève d'annexer plusieurs communes gessiennes, à défaut de l'annexion totale du Pays de Gex, afin d'assurer sa continuité territoriale avec la Suisse ainsi que le rétablissement des franchises antérieures[3]. Le paragraphe 3 de l'article 1er de ce traité permet au canton d'annexer les communes de Versoix, Collex-Bossy, Genthod, Le Grand-Saconnex, Meyrin et Vernier[6]. Ce même article repousse la ligne de douane française jusqu'à la Valserine. « La ligne des douanes françaises sera placée à l'ouest du Jura, de manière que tout le pays de Gex se trouve hors de cette ligne. »[7]. Le Pays de Gex peut à nouveau commercer librement avec Genève.
À la même période, deux zones franches similaires sont créées. La zone sarde, aujourd'hui appelée zone franche de la Haute-Savoie, est créée entre la Confédération suisse et le royaume de Sardaigne par le traité de Turin du . La zone franche de Saint-Gingolph est créée par le Manifeste de la Cour des Comptes de Sardaigne du [8].
À la suite de la formation de l'État fédéral de 1848, la Suisse adopte de nouvelles lois relatives aux péages et place ses frontières douanières à sa frontière politique. Cette réorganisation modifie les relations économiques avec le Pays de Gex. Alors que les importations en provenance de Suisse restent libres, les exportations depuis la zone franche sont désormais soumises aux droits de douane fédéraux. Des négociations sont alors engagées entre la France et la Suisse afin de rétablir les franchises prévues par le traité de Paris de 1815. Elles aboutissent à l'arrêt du Conseil fédéral du , par lequel les produits agricoles et les matières premières sont de nouveau admis en franchise douanière. En revanche, les articles industriels sont soumis à un droit modéré et à des quotas[9].
Ce cadre est complété par le traité de commerce du qui régit les relations commerciales entre la Suisse et la France. Un règlement relatif au Pays de Gex est annexé au traité, précisant le régime applicable à la zone franche. Certains produits, principalement agricoles, sont admis en Suisse en franchise douanière et en quantité illimitée, tandis que d'autres marchandises sont soumises à un droit d'entrée correspondant au quart du droit fédéral, dans la limite de quotas. Un nouveau traité de commerce est conclu entre les deux pays le , comprenant une nouvelle fois en annexe un règlement relatif au Pays de Gex. Les droits d'entrée instaurés par le traité de 1864 sont supprimés[9].
Entre 1892 et 1895, une guerre des tarifs oppose la France et la Suisse[5]. Un arrangement commercial entre les deux pays est conclu le et comprend en annexe des dispositions pour le Pays de Gex. Cependant, il n'est pas ratifié par la Chambre des députés alors que les termes sont identiques à ceux du traité de 1882, hormis certains quotas en augmentation. Cette non-ratification provoque la rupture des relations commerciales franco-suisses. L'arrêté du Conseil fédéral du abroge les dispositions du traité du , y compris les franchises du Pays de Gex. Dès le , le tarif général, complété par surélévations tarifaires, s'applique aux exportations de la zone franche. Cependant, le Pays de Gex continue d'admettre les exportations suisses en franchise[9].
Après quelques mois, la Suisse adopte l'arrêté du qui renoue partiellement les relations économiques entre le Pays de Gex et le canton. Certains produits comme le vin et le bétail bénéficient de franchises dans la limite de quotas. Des négociations se poursuivent dans les deux pays en vue de rétablir une situation économique favorable. Le Conseil fédéral suisse adopte l'arrêté du qui entre en vigueur le . Il abroge l'arrêté du et définit, jusqu'à nouvel ordre, les importations des zones franches du Pays de Gex et de la Haute-Savoie. La crise prend fin avec l'arrêté du Conseil fédéral du sur l'entente commerciale avec la France. Ce dernier abroge les arrêtés du et du et rétablit les dispositions de l'arrangement commercial du [9].
La petite zone franche

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la France entreprend des pourparlers avec la Suisse pour obtenir la suppression des zones franches du Pays de Gex et de Haute-Savoie. Cette volonté se concrétise par un projet d'article, accepté par les deux pays le , qui deviendra l'article 435, alinéa 2, du traité de Versailles du . Il est reconnu que les zones franches « ne correspondent plus aux circonstances actuelles et qu'il appartient à la France et à la Suisse de régler entre elles, d'un commun accord, le régime de ces territoires »[10],[4].
Les négociations qui s'ensuivent révèlent un désaccord sur l'interprétation de l'article 435 et sur la valeur des traités. Après de longues discussions, une convention est signée le prévoyant la suppression des zones franches. Malgré une forte contestation en Suisse, notamment à Genève, la convention est approuvée par l'Assemblée fédérale : le Conseil des États donne son accord le , suivi par le Conseil national le avec une faible majorité. Soumise à une votation populaire le , la convention est fortement rejetée par 414 305 voix contre 93 892[4].
Le , la Suisse notifie à la France son incapacité à ratifier la convention de 1922. La France décide de passer outre et repousse unilatéralement sa frontière douanière jusqu'à sa frontière politique le , supprimant de facto les zones franches. Face aux protestations suisses, de nouvelles négociations entre les deux pays aboutissent à la signature d'un compromis d'arbitrage le . Les deux pays conviennent de soumettre leur différend à la Cour permanente de justice internationale de La Haye. Le compromis est officiellement déposé au Greffe de la Cour le [4].
La Cour permanente de justice internationale rend dans un premier temps deux ordonnances, le et le , statuant en faveur de la position suisse et invitant les deux pays à poursuivre leurs négociations pour trouver un accord. Ces négociations n'ayant pas abouti, la Cour rend un arrêt le qui condamne la France et lui ordonne de rétablir, à compter du , les trois zones franches instituées par les traités de 1815, 1816 et 1829[4],[11]. À cette date, la France recule sa ligne douanière, non plus jusqu'à la Valserine, mais sur les crêts du Jura, avec un poste de douane au col de la Faucille. Elle installe de surcroît des bureaux fiscaux tout au long de sa frontière avec le canton de Genève afin de percevoir les contributions indirectes sur les marchandises[12]. Les contrôles d'identité liés au passage de la frontière s'effectuent également au niveau de ces bureaux fiscaux.
Après l'entrée de la Suisse dans l'espace Schengen le , la France entreprend de démanteler la plupart de ses bureaux fiscaux, ainsi que les bureaux de douane du col de la Faucille et de Collonges.
