Zoé Sagan

auteur français, conspirationniste et cyberharceleur From Wikipedia, the free encyclopedia

Zoé Sagan est le pseudonyme de l'écrivain français Aurélien Poirson-Atlan, né le . Présentée comme une intelligence artificielle féminine, Zoé Sagan est l'auteure de plusieurs ouvrages qualifiés d'« OLNI » (Objet Littéraire Non Identifié) par la critique[1]. Le personnage comme son auteur sont souvent accusés de propager de la désinformation et d’appartenir à la sphère complotiste. En , Brigitte Macron dépose une plainte contre Aurélien Poirson-Atlan pour cyberharcèlement.

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Zoé Sagan
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Biographie

Jeunesse

Aurélien Poirson-Atlan est né d'une mère psychologue et d'un père ingénieur polytechnicien[2]. Son père quitte le foyer familial pour l'Inde alors qu'il est encore enfant. Il grandit dans la banlieue de Lyon avec sa mère et sa grand-mère, d'origine juive[3], avant de s'installer à Paris pour poursuivre des études supérieures.

Formation

Il s'inscrit dans une école privée de communication, l'ÉFAP, ce qui lui permet de faire un stage en 2008 chez D8 dans l’émission littéraire de Philippe Labro et de fréquenter le milieu de la communication parisienne. Il entre dans une agence de publicité comme rédacteur, crée en 2012 une revue branchée, Blended[4], et lance en 2013 avec Cécile Montigny une agence de publicité, APAR[5], ainsi qu'un site web, apar.tv[6]. En 2017, ils sont brièvement associés à la création de l'agence Blackpills, une plateforme de vidéos courtes à destination d'un public adolescent, financée par Xavier Niel, le fondateur de Free. En 2021, leur agence de publicité est liquidée[5].

Carrière sous le nom de Zoé Sagan

À partir de 2018, sur Facebook, Aurélien Poirson-Atlan publie sous le nom de Zoé Sagan des textes acerbes et satiriques, écrits à la première personne, dans lesquels sont dénoncés et moqués des milliardaires et des personnalités du monde de la politique, de la mode, des médias ou du cinéma. Ce personnage de jeune femme outrancière, prétendant « s'infiltrer » dans les événements mondains, commence à susciter la curiosité au sein du microcosme médiatico-culturel.

En 2019, Zoé Sagan contribue à Gilets jaunes. Pour un nouvel horizon social, un recueil consacré aux mouvement des Gilets jaunes[7],[8], publié par les éditions Au diable vauvert, aux côtés d'auteurs comme Annie Ernaux, Nicolas Mathieu, François Bégaudeau ou Denis Robert. Selon France Culture, elle « arrose de ses posts radioactifs tous les milieux culturels[9] ».

Au début de l'année 2020, Au diable vauvert publie son premier roman, Kétamine[10],[11], évoqué dans L'Express[12] ou dans Technikart[13], qui la décrit comme une « pamphlétaire kamikaze ». Selon GQ, « elle s'inscrit dans la droite ligne des situationnistes »[14]. Le Nouveau Magazine littéraire la compare à une « Elena Ferrante trash »[15]. Selon Lucile Poulain, chroniqueuse de la RTBF, « c'est à croire que les conversations qu'on retrouve dans le roman Kétamine sont tirées de la réalité […] C’est mieux que Gossip Girl et House of Cards réunis[16]. »

Zoé Sagan publie en parallèle sur Le Média, alors dirigé par Denis Robert, une série satirique sur le milliardaire français Bernard Arnault  PDG de LVMH  et ses enfants, intitulée L'Incroyable Famille Arnault[17].

En , des vidéos intimes de Benjamin Griveaux sont rendues publiques par l’artiste russe Piotr Pavlenski sur le site internet pornopolitique.com. Zoé Sagan est la première à diffuser les vidéos sur son compte Facebook[18],[19]. Elle affirme que l'avocat et activiste Juan Branco lui a envoyé le lien, ce que ce dernier réfute en expliquant l'avoir simplement mise en contact avec Piotr Pavlenski[20].

Cet épisode ravive l'intérêt médiatique autour du personnage de Zoé Sagan. Différentes hypothèses sont alors évoquées dans la presse quant à son identité réelle : Juan Branco agissant sous pseudo[21], ou Aurélien Poirson-Atlan, publicitaire cofondateur de la plateforme Apar.tv[22],[23].

En 2021 paraît Braquage : data noire dans la collection « Bouquins », dirigée par Jean-Luc Barré. L'édition papier est aujourd'hui épuisée ; aucun exemplaire neuf n'est disponible chez les revendeurs en ligne, et les exemplaires d'occasion s'échangent entre 119 et plusieurs centaines d'euros sur les plateformes spécialisées[24].

En , Paris Match publie un portrait d'Aurélien Poirson-Atlan, qui dit vouloir lever le voile sur l'identité de Zoé Sagan, afin de se protéger des pressions qu'il recevrait, et pour revenir à la réalité après des années d’immersion quotidienne dans la peau de son personnage numérique[2].

Après son implication dans la diffusion des vidéos de Benjamin Griveaux, Zoé Sagan est approchée par Ludovic Chaker, un conseiller du président Emmanuel Macron, qui reconnaît des « échanges informels »[2]. Aurélien Poirson-Atlan est interrogé par la police en 2021, après s’être targué d’avoir piraté le téléphone du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin.

L'article de Paris Match mentionne également le « mentor » d'Aurélien Poirson-Atlan : un dénommé Steven Mark Klein (en), figure de la scène underground new-yorkaise des années 1980, proche de Keith Haring, théoricien de la culture, consultant pour de grandes marques et archiviste du monde de la mode et de l'art. Sa collection de plusieurs milliers d'éphémères imprimés — invitations de défilés, look books, publicités — constitue le fonds fondateur de l'International Library of Fashion Research, institution inaugurée à Oslo en 2022[25]. Klein se suicide en 2021 à 70 ans[26].

Délaissée par ses anciens éditeurs et peinant à vendre sa prose jugée « foutraque, absconse et limite complotiste »[2], Zoé Sagan clôt sa trilogie d'« infofiction » avec son livre Suspecte, publié en 2022 aux éditions Magnus, réputées proches de l'ultra-droite identitaire. Sur X, son compte affiche une proximité avec la lettre confidentielle Faits et Documents[27], dont le propriétaire, Xavier Poussard, est un proche de l'essayiste Alain Soral[28]. Zoé Sagan s'inscrit dans des thématiques telles que pédocriminalité et satanisme supposé des élites.

Outre Bernard Arnault et ses enfants, on trouve parmi ses cibles principales : Emmanuel et Brigitte Macron dont il propage la rumeur sur une transidentité, ou encore Marlène Schiappa, Gabriel Attal et Cyril Hanouna.

Il s'en prend en 2023 à Rudy Reichstadt, fondateur de Conspiracy Watch[29], et à Julien Pain, le présentateur de Vrai ou faux sur France Info qu'il accuse de violences en le confondant avec un homonyme[30].

En 2024, il publie une « liste noire » de personnalités du cinéma français prétendument accusées de violences sexuelles. Cette rumeur, reprise dans les sphères complotistes, est largement commentée dans les médias[31].

Le , le compte X de Zoé Sagan est suspendu pour violation des règles de la plateforme[32].

Le , Brigitte Macron dépose une plainte pour cyberharcèlement. L'enquête est confiée à la Brigade de répression de la délinquance aux personnes : le , quatre hommes dont Aurélien Poirson-Atlan sont interpelés et placés en garde à vue. Ils sont jugés le , mais Brigitte Macron, qui leur reprochait « de nombreux propos malveillants portant sur son genre, sa sexualité ainsi que la différence d'âge avec son conjoint selon un angle l'assimilant à la pédophilie[33] », est finalement déboutée[34].

Juan Branco, l'avocat d'Aurélien Poirson-Atlan, dénonce de son côté un supposé « téléguidage politique désormais évident » du parquet de Paris[35].

Lors de l'audience des 27 et , Aurélien Poirson-Atlan se présente comme « un absolutiste de la liberté d'expression » et revendique avoir inventé « un nouveau genre littéraire ». Il décrit sa situation comme un « cyberharcèlement inversé » ; son avocat dénonce un « procès de la liberté d'expression »[36].

Le , Aurélien Poirson-Atlan est condamné à huit mois d'emprisonnement avec sursis pour sa série de messages sur le réseau social X et à verser des dommages et intérêts (pour un total de dix mille euros avec les neuf autres condamnés dont Bertrand Scholler et Amandine Roy) à l'épouse du chef de l'État, à la suspension de son compte X durant six mois, et au suivi à ses frais d'un stage de sensibilisation au « respect des personnes dans l’espace numérique »[37],[38].

Publications

  • Kétamine : C13H16ClNO, Paris, Au diable vauvert, , 488 p.
  • Braquage : data noire, Paris, Bouquins, , 332 p.
  • Suspecte : respawn, Paris, Magnus, , 286 p.
  • Les Limites de la liberté d'expression : Compte suspendu, Paris, Auto-édition numérique,
  • Compte suspendu : Journal 2023-2025, Paris, Max Milo, (ISBN 9782315026647)


Réception critique

En 2021, le critique Guillaume Sanchez publie sur Mare Nostrum une analyse de Braquage : data noire, qualifiant l'ouvrage d'« OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) », « ni roman, ni essai, ni pamphlet mais finalement tout cela à la fois »[1]. Il compare Zoé Sagan à « ce que Banksy est aux arts plastiques : une lanceuse de bombes à travers ses mots »[1] et conclut son analyse en évoquant « cette entité féminine dont Zoé me semble être le dernier avatar »[1].

La même année, la critique Dominique Cozette publie un portrait de Zoé Sagan, soulignant que Bernard Arnault est « le plus cité » dans Braquage et que le livre « a été interdit de critique un peu partout et par tous, sachant que ceux qu'elle attaque sont ceux qui tiennent les médias »[39].

En 2020, le magazine culturel Gonzaï publie une analyse de Kétamine, soulignant que « le roman en dit beaucoup sur nos sociétés du spectacle, parodie nos modes de consommation, se réclamant post-Guy Debord »[40]. Selon GQ, Zoé Sagan « s'inscrit dans la droite ligne des situationnistes »[41].

La fondation culturelle La Fab. (Agnès b.) lui consacre un épisode de son podcast Les Confidences de l'Après, décrivant comment elle « hacke et détourne les algorithmes »[42].

Notes et références

Liens externes

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