Zénaïde Kotchekowa
From Wikipedia, the free encyclopedia
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Nom de naissance |
Зинаида Митрофановна Протопопова |
| Activité |
Zénaïde, dite aussi Zeka, Kotchekowa est le nom d'épouse, francisé, de Zinaïda Mitrofanovna Protopopova, née en , à Pokrovskoïe (gouvernement de Iekaterinoslav, Empire russe) et morte, apatride, le à Bruxelles (Belgique), économiste, militante féministe et socialiste, journaliste, traductrice, professeure à l’École ouvrière supérieure, membre de la commission syndicale du POB, déléguée du Conseil national des femmes belges (CNFB), première secrétaire adjointe de la Fédération belge de l’ordre maçonnique mixte international « le Droit humain », active en Belgique.
Études et activité professionnelle
De père instituteur puis avocat à Moscou, Zénaïde se marie avec Wenceslas Kotchetkof à l'âge de 24 ans. Elle le quitte trois ans plus tard et s'installe à Ixelles.
Elle s'inscrit aussitôt à l’université libre de Bruxelles en sciences politique et sociales, puis en sciences économiques où elle suit les cours d'Hector Denis[1]. Diplômée avec grande distinction en 1903 pour sa thèse Recherches statistiques sur certains facteurs agissant sur les salaires des femmes en Belgique, sous la direction d'Émile Waxweiler, elle devient la première femme docteure ès sciences économiques diplômée de l’ULB comme le souligne La Fronde du 11 août 1903, en première page[2].
En 1902, on lui a proposé l'animation et la direction de l'Université populaire bruxelloise l'Émancipation qui va devenir un centre de propagande socialiste, mais l'année suivante, la Fédération des femmes socialistes décidant de se distinguer du mouvement féministe « jugé bourgeois », elle rejoint les idées d'Isabelle Gatti qui préfère l'union du socialisme et du féminisme[1] car, selon elle, « il y a un malentendu au sujet du féminisme ; le parti socialiste est essentiellement humanitaire, et il ne peut s’opposer à l’avènement d’une partie de l’humanité. Nous ne voulons pas lutter contre les hommes, au contraire, nous voulons que la fraternité existe entre les deux sexes »[2]. Elle va donner de nombreuses conférences dans les Universités populaires des régions de Bruxelles et du Hainaut, traitant surtout du féminisme et de la Russie[2].
Engagée comme attachée à l’Institut Solvay, elle participe notamment à des séminaires, publie des comptes rendus dans les Archives sociologiques de l’Institut et organise des visites pour le Conseil national des femmes belges (CNFB). Au IIe Congrès international d’hygiène alimentaire et de l’alimentation rationnelle de l’Homme de Bruxelles, en octobre 1910, elle fait part de ses recherches sur l’influence du milieu sur l’alimentation pour les populations ouvrières, y faisant références aux recherches d’Émile Vandervelde[2].
Pendant la Première Guerre mondiale, vers 1916, Zénaïde Kotchekova part travailler pour le consulat de Russie aux Pays-Bas tandis qu'Émile Waxweiler, en Suisse, rédige plusieurs textes sur la Belgique, victime de la violation du droit international[N 1]. La traduction en russe, par Zeka, de son ouvrage sur la Belgique neutre et loyale est publiée cette année-là par les éditions Sabashnikov à Moscou[2].
Après la mort de sa mère à Leiden en septembre 1921, Zeka revient travailler à Bruxelles, âgée de 50 ans, comme bibliothécaire et monitrice à l’École ouvrière supérieure (EOS). Avec Max Buset et Paul-Henri Spaak[3], elle y encadre les élèves au quotidien mais y donne aussi, avec Victor Serwy, un cours sur les coopératives, un autre sur les statistiques et l’administration, et enseigne sur l’histoire des doctrine économiques et socialistes avec Émile Vandervelde et Léon Delsinne (lorsqu'il sera nommé directeur de l’EOS)[2].
Vers 1930, à l'approche de la soixantaine, elle est engagée à la Société financière de transports et d’entreprises industrielles et réduit ses activités de militante et conférencière[2].
Activité politique, syndicale et d'éducation ouvrière
Arrivée en Belgique en en 1899, étrangère, elle est fichée par la Police des étrangers comme ayant été en contact avec des personnes professant les idées révolutionnaires[2] ; cette police va continuer çà la suivre car elle fréquente les immigrés russes et qu'elle publie dans des revues russes. Zénaïde Kotchekova n'est pas proche des Bolcheviks qu'elle critiquera, mais du Parti socialiste révolutionnaire dont elle rencontre vers 1910 une célèbre membre, Véra Figner, venue à Bruxelles témoigner du sort des prisonniers politiques russes auprès des membres d'un Comité de secours dont la mère de Zeka est la trésorière. Encore en 1925, Zeka garde des contacts avec d'anciens compatriotes et tente de les aider ; elle appellera ainsi ses camarades du POB à aider les enfants réfugiés de la guerre civile par une lettre publiée dans le journal Le Peuple[2].
Le POB : Dès 1900, elle est membre du Parti ouvrier belge (POB), y travaillant dans la commission syndicale, traduisant, relatant les activités socialistes et syndicales de l’étranger, présidant parfois des séances ou représentant cette commission lors de la création d’une université populaire en 1901. En 1903, elle est secrétaire du comité de l'Université ouvrière de la Maison du peuple de Bruxelles, L'émancipation. L'année suivante, elle présente au rapport au VIe Congrès de la Commission syndicale, traitant de la constitution d’une caisse nationale de grève, proposition qui n'aboutit pas, chaque organisation voulant garder son autonomie. En 1912, correspondante officielle du journal du Parti constitutionnel démocratique de Saint-Pétersbourg, elle crée en Belgique l’Association de la presse étrangère pour défendre les journalistes étrangers[2].
Et elle donne de multiples conférences et leçons, annoncées dans la presse belge (dans La Dernière Heure, le Journal de Charleroi, Le Soir, La Gazette de Charleroi, L’Indépendance belge, La Meuse, sur divers thèmes comme Le mouvement suffragiste anglais, L’organisation syndicale à base multiple, Les assurances patronales contre les grèves, Le mouvement féministe en Angleterre. Les suffragettes, La Russie d’Europe : le pays, les peuples […] avec projections lumineuses, La Russie, Histoire de la population, La Finlande, les provinces baltiques, la Pologne, À travers la Russie, La Russie d’hier et d’aujourd’hui, La femme à travers les âges[2].
Engagement maçonnique
En 1912 est née à Bruxelles, rue du Persil (près de la place des Martyrs), la première loge belge de l’ordre maçonnique mixte international « le Droit humain » intitulée Égalité ». Ses membres — dont Ovide Decroly, Emile Vinck et Valentine Vinck, Eugène Monseur, Louise Monseur-Sury, Céline Dangotte-Limbosch, Lucie Royer — appartiennent à la bourgeoisie bruxelloise, socialiste par conviction ou libérale progressiste. Zénaïde Kotchetkova les rejoint rapidement car tous s'intéressent aux questions sociales, ouvrières, éducatives et féministes. Les ateliers mixtes augmentant en Belgique, une Fédération belge du Droit humain y est ensuite créée et Zeka en devient la secrétaire adjointe. Son rôle est dévoilé au grand public en mai 1931 par La Libre Belgique, quotidien d'obédience catholique qui publie le nom de francs-maçons[2].
Une Européenne convaincue
Convaincue par les idées de Richard Coudenhove-Kalergi, Zeka Kotchekova publie en 1929 Soyons européens, un appel à la création d'une union politique européenne sous forme de Fédération car « l’unité de la culture de l’Europe occidentale nous donne le droit de parler de la Nation européenne ». Elle y expose que l’Empire britannique, devenu une « fédération intercontinentale », et la république socialiste fédérative soviétique de Russie devenue « une puissance mondiale « eurasienne » » ne sont plus des États européens. Qu'avec la montée en puissance américaine et asiatique, de plus, l’Europe a « perdu définitivement son hégémonie mondiale » mais qu'en rassemblant les États européens en une Fédération paneuropéenne formant « l’union économique des démocraties du continent », l'Europe « peut encore devenir la cinquième puissance mondiale égale aux autres »[2].