Place des Martyrs (Bruxelles)

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Place des Martyrs
Image illustrative de l’article Place des Martyrs (Bruxelles)
Vue de la place, prise en journée à partir de son angle nord.
Situation
Coordonnées 50° 51′ 05″ nord, 4° 21′ 22″ est
Pays Drapeau de la Belgique Belgique
Région Région de Bruxelles-Capitale
Ville Ville de Bruxelles
Morphologie
Type Place
Forme Rectangulaire
Histoire
Création 1774 - 1776
Protection 1963

La place des Martyrs (en néerlandais : Martelaarsplein) est une place située au centre de Bruxelles, près de la rue Neuve. Construite entre 1774 et 1776 sur le site d'une ancienne blanchisserie, la place Saint-Michel initiale marque l'introduction, par l'ingénieur Claude Fisco, du style néo-classique et de sa conception urbanistique dans la capitale des Pays-Bas autrichiens. C'est, en plus, la première place de Bruxelles qui n'a pas de fonction marchande, et elle n'est ni une place royale à la française, vu qu'il n'y avait pas des statues au début, ni un square à l'anglaise, vu qu'il n'y avait pas de plantations[1]. Au début du XXIe siècle, seules les façades d'origine demeurent.

Projet d'urbanisation

Future place des Martyrs en 1748 (rue Neuve en bas, rue du Marais en haut, rue aux Choux à gauche).

La seconde enceinte de Bruxelles englobe un terrain si vaste que pendant des siècles Bruxelles est une des villes les plus vertes de l'Europe. On y trouve à l'intérieur des murs plein de fonctions qui, dans d'autres villes se trouvent à l'extérieur. Le terrain de la future place des Martyrs sert depuis au moins 1536 à la Grande Blanchisserie, den Blijk[2].

En 1771, deux particuliers proposent à la ville d'urbaniser l'espace, et demandent une subvention, ainsi que des privilèges fiscaux, pour le faire. Le magistrat aime bien l'idée, mais l'organise lui-même. Le , il obtient une autorisation d'expropriation et charge son nouveau directeur des travaux publics, l'ingénieur Claude Fisco, de s'en occuper. Des différents projets qu'il propose à la ville, un est choisi, le lotissement comprend 50 parcelles au tour d'une vaste place rectilinge et dans deux courtes rues des Roses et des Œillets. Elles sont mises à la vente publique, le , soumises à des règles strictes, portant aussi bien sur l'esthétique que la durée des travaux. En , la ville peut obliger les particuliers de dégager l'espace public pour passer au pavage de la place, à laquelle on donne le nom de Saint-Michel, protecteur de la ville[3].

Plan cadastral de 1835, montrant les parcelles (Craan/Vandermaelen) (rue Neuve en haut, rue aux Choux à droite).

Lors de la vente publique, seulement neuf acheteurs se partagent les 50 parcelles. Quatre entre-eux seulement se contentent d'une seule parcelle, un en achète deux, deux cinq, un six, et un monsieur Petrus Cludts les vingt-huit restants[4]. On voit sur le plan du cadastre de 1835, que plusieurs maisons occupent des doubles parcelles. Toutes les maisons ne sont pas occupées par leurs propriétaires, beaucoup en sont louées. Quand on regarde les professions présentes, on trouve beaucoup des personnes liées à la justice, des fonctionnaires, des marchands et docteurs, une panoplie de la bourgeoisie. C'est qui distingue la place de la rue Neuve, plus aristocratique, et des autres rues du quartier, occupés par des gens moins aisées[5].

L'espace public

En 1776, le directeur du théâtre de la Monnaie Ignaz Vitzthumb obtient l'autorisation d'y ériger un « théâtre portatif », petit édifice en planches, léger et démontable, sur lequel il donne des pièces en néerlandais. Déficitaire, l'opération se solde par la mise en vente du théâtre en mars 1777[6].

En 1795, sous le régime français, la place fut temporairement débaptisée et reçut le nom de « place de la Blanchisserie »[7].

L'aménagement de la place fut modifié à plusieurs reprises. À l'origine, il s'agissait d'une place pavée « vide », comme on peut le voir sur des gravures de la fin du XVIIIe siècle. En 1802, on y planta une double rangée de tilleuls. Après avoir enterré les premières victimes des combats révolutionnaires, en 1830, la construction du monument aux Martyrs, terminé en 1838, entraîna une altération radicale du lieu. À cette occasion, les tilleuls sont abbatus[8]. Selon Guillaume Des Marez, la statue est « de dimensions incontestablement trop grandes et nuit à la conception primitive de l'œuvre »[9]. En 1839, l'aménagement de jardins de part et d'autre du Monument, puis en 1841, l'installation de fontaines remplacées par des bassins en 1841, en changèrent à nouveau l'aspect. En 1980, la place retrouva en partie son aspect d'origine en étant à nouveau pavée.

Transformations du bâti

Les façades et les toitures des immeubles de la place ainsi que le monument aux Martyrs sont classés, par arrêté royal du [10]. Pendant longtemps, la place est un lieu d'habitation prisé, à l'abri de l'agitation de la rue Neuve voisine mais, après une longue désaffection, les façades au caractère digne et homogène en font le lieu d'investissement rêvé pour des entreprises de prestige, publiques et privées.

En ce qui concerne le bâti, il passe au fil du temps de 30 parcelles à onze. Le premier changement de la disposition d'origine arrive avec l'ouverture, en 1872, de la galerie du Commerce, liant le coin sud-ouest de la place à la rue Neuve et la rue de l'Argent. En 1891, un quatrième bras est ajouté vers la rue Fossé-aux-Loups[11]. Après de multiples destructions et remaniements il subsiste une impasse de ce-dernier.

Entre 1927 et 1939 le numéro 22 est transformé en cinéma[12], reconstruit en 1995 pour le Théâtre des Martyrs[13]. La place est menacée par la politique de bruxellisation des années 1960 / 1970. Les autorités souhaitent y créer un parking souterrain, ce qui conduit à une levée de boucliers pour sauver l'endroit, notamment au travers de la création de l'asbl « Pro Belgica », qui gagne son combat pour préserver les lieux[14].

En 1977/1978, la ville de Bruxelles rénove l'îlot entre rue des Œillets et rue du Persil, dans l'esprit de créer la symétrie jamais réalisée du projet original, en ajoutant des cheminées et en perçant de nouvelles portes[15]. En 1994 l'îlot est éventré et reconstruit par Deka[13]. Entre 1975 et 1980, la CGER achète l'îlot entre rue de Persil et rue d'Argent pour le revendre après des années d'abandon en 1989 à De Waele et Besix[16]. Il est éventré et accueille un nouveau bâtiment par Deka en 1995[13].

Entre 1968 et 1980, la Régie des bâtiments acquiert une maison après l'autre des îlots des deux petits côtés de la place, un tiers de la galerie du Commerce inclus. Le but initial est d'y construire une bibliothèque et un centre culturel flamand[17]. Après des retards dus à la fédéralisation du pays, les îlots sont éventrés en 1993 pour accueillir des nouveaux immeubles en béton du gouvernement flamand[18].

En 2010, c'est l'îlot entre la rue Saint Michel et l'ancienne galerie du Commerce qui est altéré : dans les mains de l'entreprise Deka depuis des années 1980, il se fait éventrer pour accueillir un hôtel, alors que dans le passé la réglementation l'interdisait expressément[19].

L'architecture de la place fait au début semblant d'une hiérarchie des trois types de bâtiments différents : deux faux palais aux extrémités, quatre bâtiments d'angles avec colonnes et le reste, alors que tous les bâtiments étaient des logements de plus au moins la même taille, les "palais" étant composés de quatre chacun. Les transformations des dernières années ont suivi ce qui n'était jadis que faux-semblance : les deux extrémités accueillent de vrais palais gouvernementaux et les quatre angles des commerces[20].

Description

La place présente un aspect sobre et sévère, caractéristique de l'architecture néo-classique. Elle s'inspire du modèle des places royales françaises, tel qu'il fut mis au point à la fin du XVIIe siècle. Elle présente une double symétrie, que l'on perçoit le mieux en l'abordant par la rue Saint-Michel. Elle est divisée par deux axes, dont l'un passe par le centre des longs côtés, de la rue Saint-Michel à la rue du Persil, tandis que l'autre passe par le centre des frontons des petits côtés.

Comme c'est le cas pour la place Royale et les maisons longeant le parc de Bruxelles, les parcelles de la place des Martyrs avaient été grevées de servitudes architecturales témoignant du souci des autorités de construire et de conserver un ensemble homogène. Cette homogénéité est notamment atteinte en imposant aux propriétaires d'enduire et de peindre les façades en gris cendre et les portes et fenêtres en gris perle.

L'agencement des façades est également uniforme : le rez-de-chaussée présente des refends, dont la profondeur est égale à la moitié de celle des incisions, qui soulignent l'horizontalité de l'ensemble. Les fenêtres sont pourvues de baies cintrées. Entre le rez-de-chaussée et le premier étage court un stylobate continu. Le rez-de-chaussée supporte des pilastres sur un étage et demi. Le tout est surmonté d'une frise à triglyphes et métopes et couronné d'un attique. Les façades sont munies d'un toit en batière continue.

Deux types de parcelles, que leur emplacement destine à être mises en valeur, dérogent par certains aspects à cette uniformité. Les parcelles d'angle des rues Saint-Michel et du Persil sont dotées d'avant-corps où les pilastres font place à des colonnes libres. Ces colonnes libres sont exceptionnelles à Bruxelles à l'époque de la construction de la place : seul le Palais de Charles de Lorraine en est doté[21]. Les métopes sont décorées de patères et de bucranes. Les angles sont couronnés de vases. Au premier étage deux consoles supportent un décrochement du stylobate muni d'une grille entourée de guirlandes de laurier. Les petits côtés présentent le même agencement mais se distinguent en outre par un imposant fronton flanqué de vases, qui se développe sur sept travées. La travée centrale plus large se distingue par un traitement plus monumental : au rez-de-chaussée, l'accès se fait par une porte cochère cintrée; au premier étage une porte-fenêtre surmontée d'un cintre donne accès au balcon.

Le grand bâtiment au nord est le siège du cabinet du ministre-président du gouvernement flamand. Le côté est comporte deux librairies, dont une à l'angle avec la rue du Persil, ainsi qu'une auberge de jeunesse. Le bâtiment au sud accueille une école primaire, cependant que l'hôtel Juliana (5 étoiles) occupe tout l'angle sud-ouest jusqu'à la rue Saint-Michel. Enfin le bâtiment au nord-ouest abrite un café et le théâtre de la Place des Martyrs.

Les monuments

Monument aux martyrs de la révolution de 1830

Genèse du projet

La place sert de cimetière aux victimes et aux combattants tombés lors des Quatre Jours de Bruxelles.

Avec les combats des Quatre Jours de Bruxelles, la nécessite d'enterrer les victimes et les combattants tués se présente rapidement. La Commission administrative, créée le l'absence de toute autre autorité légale, choisit la place Saint-Michel pour y placer les dépouilles[22]. Alors que les combats font toujours rage et que la victoire demeure incertaine, elle proclame[23] :

« La commission administrative, vu le nombre de victimes qui conte succombé dans notre lutte glorieuse ; vu la nécessité de veiller à la salubrité publique, et voulant en même temps donner de dignes funérailles aux braves défenseurs des libertés, arrête :

Une fosse sera creusée sur la place Saint-Michel (devenue la Place des Martyrs) ; elle sera destinée à recevoir les restes des citoyens morts dans les mémorables Journées de Septembre.

Un monument transmettra à la postérité les noms des héros et la reconnaissance de la patrie.

Les patriotes belges prennent sous leur protection les veuves et les enfants des généreuses victimes.

Fait à l'hôtel de ville de Bruxelles, le 25 septembre 1830.

Bon EM.D'HOOGVORST , CH.ROGIER, JOLLY. »

Le , la place est rebaptisée place des Martyrs, une décision officialisée le par un décret du bourgmestre de Bruxelles, Nicolas Rouppe[24]. Sous les pavés de la place sont inhumés 467 héros des Journées de septembre. Elle devient alors l'un des hauts lieux de célébration de l'identité nationale et de la révolution belge.

L'idée de construire un monument commémoratif au milieu de la place germe bientôt. Le gouvernement provisoire de Belgique et le Congrès national y souscrivent dès le mais le projet met beaucoup de temps à aboutir. Le , une commission est constituée afin d'ouvrir un concours pour le monument. Le projet par souscription s'avére difficile à financer, malgré quelques dons importants, comme celui de Félix de Merode, qui offre 16 000 florins néerlandais. En 1832, la Chambre libère finalement une somme de 15 000 florins. Après qu'un concours eut été lancé, quinze plans sont présentés, sans qu'aucun donne satisfaction. La commission est alors invitée par le ministre de l'intérieur, Charles Rogier, à désigner un artiste éminent. Son choix se porte sur Guillaume Geefs, qui soumet un premier projet. Comme celui-ci ne fait pas l'unanimité, le sculpteur le modifie et un projet définitif est finalement adopté en 1836. Le monument qui est inauguré en 1838, n'était pourtant pas terminé. Il faut attendre 1840 pour que les anges soient installés et 1849 pour que le dernier bas-relief soit en place.

Description

Le monument, dont les sculptures sont en marbre blanc de Carrare est surmonté d’une représentation de la Liberté inscrivant les journées des 23, 24, 25 et [25]. À ses pieds, le lion belge est couché sur les chaînes brisées de l'esclavage. Sous la statue les quatre anges[26] cantonnant le socle représentent Le Combat, La victoire, L'Inhumation et la Prière, et sous le niveau de la place, les quatre faces du monument comportent des bas-reliefs représentant des scènes de la révolution belge : La Belgique couronnant ses héros, La bénédiction des tombes des héros par le doyen de Sainte-Gudule, Le serment des patriotes sur la Grand-place et L'attaque du parc commandée par Van Halen. Il est entouré d’une crypte dont la galerie est ornée de 27 panneaux de marbre noir où sont gravés les 467 noms des révolutionnaires tombés au cours des combats de .

Autres monuments

Deux autres monuments furent plus tard rajoutés aux deux extrémités de la place : en 1897, le monument à Jenneval et, l'année suivante, le monument au comte Frédéric de Merode, dédiés à deux héros de la révolution morts au combat en .

Les deux monuments se trouvaient jadis plus près du monument aux Martyrs. Ils ont été déplacés à leur endroit actuel lors du réaménagement de la place en 1979.

Du côté sud de la place, la stèle, conçue par l'architecte Henry Van de Velde, et dont les volutes sont caractéristiques de l'Art nouveau, porte l'inscription bilingue : « A FRÉDÉRIC DE MÉRODE/ MORT POUR L'INDÉPENDANCE /DE LA PATRIE », surmontée d'un portrait de profil de Frédéric de Mérode en médaillon. Devant la stèle se dresse une statue qui représente un volontaire, l'arme au pied, vêtu de la blouse distinctive. Ces deux sculptures sont l'œuvre de Paul Du Bois.

Du côté nord, une autre stèle rend hommage à Hippolyte-Louis-Alexandre Dechez, mieux connu sous le nom de Jenneval, auteur des paroles de la Brabançonne. Réalisée en pierre bleue, elle est l'œuvre du sculpteur Alfred Crick. Un bas-relief représente une allégorie de la Belgique inscrivant le nom de Jenneval au livre de l'Histoire. Elle est surmontée d'une inscription : À JENNEVAL/LE POÈTE DE LA BRABANÇONNE/MORT POUR L'INDÉPENDANCE/HOMMAGE DE LA VILLE DE BRUXELLES/. Dans la partie supérieure du monument figure un portrait de Jenneval en marbre blanc.

Dans les arts

Notes et références

Voir aussi

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